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/ S'^ 



Soc. 2.ôi4« -e 



S 




MM les membres de la Société Française 
d'Archéologie, sont priés d'adresser à M. Gaugain, 
trésorier, rae de la iMarine, à Gaen, un mandat de 
9 fr. 80 c. sur la poste pour leur cotisation de 
Tannée 1873, ou un mandat de 24 fr. 15 c. s'ils 
Êont abonnés au Bulletin Monumental 



SÉANCES GÉMÉRALES 



TENUES 



A VENDOME 



EN «8Vt 



ANGERS, m. P. LACHÈSE, RELLEUTEE ET DOtBEAU. 



CONGRÈS 

ARCHÉOLOGIQUE 



WmLA.JXCWi 



XXXir SESSION 



SÉANCES GÉNÉRALES 

TBNUE8 

A VENDOME 

EN «8Vt 

PAR LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE 

P0UII U CNSERVATIN ET LA DESGIIIPTIM DES ■MUHERTS 



•(BODLlLIDi".;- 

%/OD\cr>^ 



PARIS 

DERACHE, RUE MONTMARTRE, 48 

GABII, F. LEBLANC-HARDEL, IMPRIMEUR-LIBRAIR£ 

Rae Froide, 2 et 4 

AJI6ERS, p. LACHiSE, BELLEUVRE&DOLBEAU, IMPRIMEORS-UBRAIRES 

13, GbtoMée Sainl-Pierre, 13 

1S73 






LISTE GÉNÉRALE 

DIS IRHBRKS DB LA SOCIÉTÉ FRANÇâlSB D'ARCHÉOLOGIE 

Par ordre Géographiqw et Alphabétique (1). 



Bureau central. 

MU. DE C0U6NY, diracteur de U Société, au cMteau de la Grille, près 
ChiDon. 

L*abbé LE PETIT, chanoine honoraire de Reims et de Bayeux, 
doyen de Tilly-sur-Seulles, membre de l'Instilot des provinces, 
teeréiaire général. 

DE BEAUREPAIRE, conseiller k la Cour d*appel, secrétaire ad- 
joifUt à Gaen. 

DE CHAVIGNY (Félix), secrétaire adjoint, à Chinon. 

BOUET, irupect. des monutnents du Calvados^ rue de l'Académie. 
6, a Gaen. 

L GAUGAIN, trésorier archiviste, rue de la Marine, 3, k Gaeu. 
CSonaell d'Administration* 

Le Conseil se compose des membres du Bureau centrai, 
de MM. les Inspecteurs divisionnaires , des Inspecteurs 
des départements et de quarante membres résidant dans 
les différentes parties de la France^ indiqués, dans la Liste 
générale, par des caractères italiques. 

Les Ministres , le Directeur général des Cultes, Tlns- 
pecteur général des monuments historiques , les Cardi- 
naux , Archevêques et Évoques de France font de droit 
partie du Conseil. 

(1) Ceux de MM. les Membres de la Société dont les noms seraient 
oroia sur cette liste, et ceux qui auraient à indiquer des recttflcations 
poar leurs noms, qualités on domicile , sont priés d'adresser leurs récla- 
mations à M. le Secrétaire général de la Société, ou à M. Gaugain , 
tréBOrief'archhiste, rue de la Marine, 3, à Gaen. 

1. 



H 



LISTE DES MEMBRES 



LISTE GtNtRALE DES REIBRES. 

L'astérisque (*) désigne les membres de la Société 
abonnés au Bulletin monumental (i). 

(Les DOBS des aeibres eu Coiseil soat désignés par le caractère italique ) 



\^ DIVISION. — NOBD, PAS-DE-CALAM, 

et OISE. 



Insfiecleur divitionnaire : M. DESCHAMPS DE PAS, ingéoieur des 

pODtS'Ct-chaassées, à Saint-Omer. 

Nord. 

Intpecteur : * M. le comte de CAUUiffCOURT , à Lille. 



Alart, banquier, membre de TIds- 
titut des provioces, à Donkerque. 

BoNVARLCT (A), consul de Dane- 
mark, id. 

* Caolaimcourt (le comte Anatole 
de), à Lille. 

CoRTTL (l'abbé), membre de l'Aca- 
démie d'archéologie de Belgique, 
curé de Vylder. 

' CuvELiKR (Auguste), à Lille. 

Delafter t^l'abbé), curé-doyen de 
S>-£loi, à Dunkerqae. 

Douai (la Société d'agricullore. 



sdencaset arts de;. 

GODKFROT BE MsaNlLGLAlSE Je 

marquis de), ancien sous-préfet, 
à Lille, et k Paris, rue de Gre- 
nelle, 93. 

Hervyn (Jean-Philippe}, k Bergues 
(Nord). 

La Rotêre (de), notaire honoraire, 
président de la Commission des 
raoéres françaises, k Bergues. 

Lepebre, secrétaire général de la 
Société d'émulation de Cam- 
brai. 



(1) Le Bulletin monumental^ qui a conquis, depuis 40 ans, un rang 
si distingué parmi les publications archéologiques de la France et de l'é- 
tranger, parait de six semaines en six semaines, illustré d'un grand 
nombre de Qgures. Pour le recevoir, les membres doivent a/ot</er ift/r. 
ù leur cotisation annuelle, pour la France, et 18 /r. pour l'étranger. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE f^'ARCHÉOLOGIE. 



m 



Lebot, architecte^ k Lille. 
IbiiARD, ooDseiHer à la Cour d'ap- 

pei de Ikraal. 
PiKOX, aYOcat général, k Douai. 
* Régnier (Mv^ , archevêque de 

Camhrai. 
' SeoftE (l'ahbé), supérieur du 



grand'Séminalre , à Camhrai. 
VALLÉE(rahhé), vicaire général, id. 
Verdegies (le comte Charles de), 

à Cambrai. 
Vincent (Charles), chef de division 

à la préfecittre, à Lille. 



F«s-de4Mals« 



Itupeeteur : M. 

' Aly, artiste-pdntre, à Rinxeat. 

Cardsvaque (Alpboiiae de), pro- 
priétaire, k Saint-Omer. 

' Deschamps de Pas, ingénieur des 
ponts-et-chaussées, id. 

Givofcn (Charles de), Id. 

Okibet (l*aU)é François-Joseph)^ 
rare de Wierre-au-Bois, 

Hagérve (Amédée de Beogny d'}, 
an Gfaâtean de Soseingghen. 

' Bérieourt (le comte d'), k Arras. 

Hats (E. du}, an chitean de Cour- 
sel. 

Lefebvre (i*M)é F.), à Halln- 
ghem. 



Lequette (Ms^} évêqae d* Arras. 

Lejeuik (Fimile-Emest), président 
de la Société philotechnique à 
Calais. 

Unas (le chevalier de), à Arras. 

Maillard-Oéneau ( Antoine-Dé- 
siré-Alexandre), archéologue, à 
Samer. 

QUANDALLE (Cyprien) , receveur 
municipal, membre de plusieurs 
Société» savantes, b Moiiireuil- 
snr-Mer. 

SoDQUET (Achille), à Etaples. 

Vandrival (l'abbé), chanoine titu- 
laire, k Arras. 



ISomiiie. 



IwptcltuT : " M. Mennechbt, conseiller k la Cour d'Amiens. 



AxTOT ( Emeric ) , capitaine au 

I19« rëghnent d'infimterfe de 

ligne, à Amiens. 
6EAU7ILLÉ (le vicomte de), à Mont- 

didier. 
Dklfortrie, fils , architecte, à 

Amiens. 

* Uuval^ chanoine titulabe, id. 

* EiMiCNT (d*), à Péronne. 

* JouMAiH (l*abbé), chanoine (ilu- 
bire, id. 



JDIIEL9 curé de (^evauviller (can- 
ton de Mallien- Vidame). 

Matham (le baron Edgard de)^ 
lieutenant-colonel en retraite, id 

* HIennechet (Eugène-Alexandre), 
conseiller à la cour d'appel, à 
Amiens. 

MoRGAM (le baron Thomas de), pro- 
priétaire, id. 



IV 



LISTE DES MEMBRES 
Olfie. 

Inspecteur ; M. De Marsy , à Compiègne, 



Bareaud, chanoine tilnlaire de 

Beauvais. 
Bruslé, peintre, à Senlis. 
DanfoUf président du tribuBal 

civil de Beauvais. 
Latteui (Ludovic), directeur de la 

fabrique de vitraux peints, à 

Mesnil-Saint-Firmin. 



LÉCOT (l'abbé) , directeur de la 

Foi picarde y vicaire à Noyon 
Marst (Arthur de), conservateur 

du musée, élève de TEcole des 

Chartes, à Compiègne. 
Martinval, curé de Saint -Morain- 

viUe 



»> DIVISION. — AISNE et ABDGNNBS. 

Inipectiur divisionnaire : * M. GOMART, membre de l'Institut 

des provinces, ï Sl-Quentin. 

Aisne. 

Inspecteur : M. Le Proux. 



* Baillakcourt (Gustave de), à 
Saint-Simon. 

Chauvsmet (de.\ président du tri- 
bunal dvil à Saint-Quenlin. 

Dersu, juge au tribunal civil de 
Laon. 

DBSAiifS, à Saint-Quentin. 

• GoMART, membre de rinslilul des 
provinces, h Saint-Quentin. 



Le Clerc de La Prairie (Jules), 
président de la Société archéo- 
logi<iue, à Soissons. 

Le Proux, à SaintrQuentiu. 

Martin, membredu Conseil général 
de r Aisne, à Rozoy- sur-Serre. 

Thévenart (l'abbé), chanoine ho- 
noraire, archiprétre de Laon. 

WiLLOT, secrétaire de la Société 
archéologique de Soissons. 



Inspecteur ; *M Coott, architecte, à Sedan. 

Guillaume (l'abbé;, curé de Bu- Choisy, ingénieur des ponts et 
xancy. chaussées, à Réthel. 

J^ DIVISION. — MARNE et SEINB-ET-fliARNE. 

Inspecteur divisionnaire ; ' M. le comle de MËLLRT, membre de 

rinslilut des provinces. 

Harne* 

Inspecteur : M. Givelet, propriétaire, à Reims. 

Barré (l'abbé), curé de Pllvot. Cbaubry de Troucenord (le baron 

• BATE (Joseph de), à Baye. de), à Cougy. 

Bordé (l'abbé), au château de Baye. Cosquin, membre du Conseil génér. 



DE LÀ SOCIÉTÉ FRANÇAISE D' ARCHÉOLOGIE. 



GouiTHATE, à Suippes. 

Dems (Aoguste), à ChÂlons-sor- 

Marne. 
Dupusssis, notaire honoraire, à 

Kdois. 
DuQDEinsLLE , membre de TAca- 

dénnie, id. 
Gahinkt (Jules), oonseiUer hono- 
raire de préfecture, à Ch&lons. 
* CivELET, membre de 1* Académie 

de RdBU 
GoDABD (Isidore), suppléant du 

jQge de paix, à Epernay. 
Goulet (François- André), négoc., 

à Reims. 
Landriot (Mfl^), archevêque de 

Reims, membre de Tlnstilut des 

provinces. 
Laonois, percepteur à Reims. 
LoiSEL, architecte, à Châlons-sur- 

Marne. 



* Mellet (le comte de), membre 
de l'Institut des provinces, au 
château de Chaltrait. 

Moignon (Ernest), conseiller de 
préfecture, à Ghàlons. 

* Morei^ membre du conseil admi- 
nistratif, percepteur, à Court. 

NiCAisE (Auguste), k Ghâlons. 
PoisEL, architecte, à Ghâlons-sar- 

Mame. 
Robert, propriétaire, à Reims. 
Perbirr (Emile), à ChAlons. 
Savy (Camille) , chef de division 

à la préfecture, à Châlons. 
Savy, agenl-voyer en chef, membre 

de r Institut des provinces, id. 
Simon, à Reims. 
ToRTRAT, architecte, id 
' Varnier (C), à Avize. 
Werlé (Alfred), à Reims 



Sk;Ioe-«t-narne . 

Iwtpecteur : * M. le vicomte de Bonneuil, à Melun, et à Pans, 

rue St-Guillaume. 29. 



* TiERCKLiN (l'abbé), vicaire, à 
Jouarre. 



BOTER, à Jooarre. 
Erceville (le comte Gabriel), à 
Ghtpuis. 



4« DIVISION. ~ CALWADOS, MANCHE. ORNE, EURE 

et SEINB-INFÉRIEURE. 

IwtpeeUur divifionnaire : M. DE BEAUREPA1RE, conseiller à la 

TiOur d'appel de Gaen. 

Calvaidos. 

ifupecietir : * M Boubt 



AcBAiD DE Vacognes (Amédée), à 
Bayeux. 

Auberty membre du Conseil de 
r Association normande, à Caen. 

AuvRAY, architecte de la ville, id. 

Bazin (RaouI\ à Condé-sur-Noi- 
reau. 

Bazin (Alphonse), courtier de na- 
vires, à Caen. 



Beadcourt (le comte de), an châ- 
teau de MorainviUe, au Mesnil- 
sur-Blangy. 

' Beaujour, notaire honoraire, à 
Caen. 

Beaurepaire (de), conseiller à la 
cour d'apitel. k Caen. 

Blangy (vicomte Auguste de), au 
château de Juvigny. 



VJ 



UST£ D£S MEMBRES 



BONNECHOSS (de), à Monceaux. 
BoscAiM, graveur, à Caeo. 

* BODET, id. 

fiiîicouRT(de), ancien offider de 

marine, k Gaen. 
" Beiqukvillb (le marquis de), à 

Guéron. 

* Campion, aTocal, seerétaire gé- 
nénd de la mairie, à Gaen. 

Gastel, agent-voyer chef en re- 
traite, à Bayeux. 

* Gadmont (M>»« de), à Gaen. 
GAzm, propriétaire^ à Vire. 
Ghatel (Victor), à Valcongrain. 
Ghauubd (le baron de), ancien re- 
présentant, à Vire. 

GoRNULiER (le marquis de), à 
Gaen. 

* GussT DB Jdcoyille (le marquis 

de), à la Gambe. 

Dauger (le baron), propriétaire^ 
au château d'Esquay-sur-SeuIles. 
Delaunay, architecte, à Bayeux. 
Desfriêches O'abbé), curé d'Ussy. 
Deshayes, architecte, à Gaen. 

* DoDESNBL (A.), ancien député, à 

Bayeux. • 

DoDÉTiL, à Vire. 

DUBODRG, juge honoraire au tri- 
bunal civil, à Falaise. 

Du Ferrage, propriétaire, à Gaen. 

* Du Manoir (le comte), maire 

de Juaye. 
Ddport, sculptaur, à Gaen. 

* Duf/ray^Lamahérie , oonseilier 
à la cour d'appel, id. 

Farcy (Paul de), à Bayenx. 

Ferhard^ préfet du Galvados. 

FtDÉRiQDE (Gbarles-Antoine), avo- 
cat, à Vire. 

Flardin, membre du Gonaeil gé- 
néral, à Pont-l'Evéque. 

Kloquet, correspondant de l'Ins- 
titut, au château de Formentin, 
et rue d'Anjou-St-Honoré, 52, 
â Paris. 



* Fontette (le baron Emmanuel 
de), ancien député, à Monts. 

' Fùrmigny de La Londt (de), à 
Gaen. 

FououEs O'abbé), curé de Trois- 

Monta. 
Fourrés (le marquis Arthur de)^ à 

Veaux-sur-SeuUes. 
Fourrier (l'abbé), curé de Glin- 

champs. 

' Gaugair, propriétaire, à Gaen. 
Grardval (le marquis de), mem- 
bre du Gonseil général, à Saint- 
Denis-de-MaisonceUes. 

Guerrier, pehitre, à Vire. 

Guerrier (l'abbé Léon), aumônier 
des hospices, id. 

*GMi76er^ (Georges), membre de 
l'Association normande, â Gaen. 

GmixARD, conservateur du musée 
de peinture, id. 

' Hardjéri (le prince)^ au château 
de Manerbe. 

* Harcourt (le duc d'), à Thury- 
Harcourt. 

* Hettier, conseiller général , à 

Gaen. 

HuGORiN (Mfl'), évéque de Bayeux 
et Lisieux. 

Laffetay (l'abbé), chanoine titu- 
laire, à Bayeux. 

' La Mariouze de Préuarin de), 
ancien directeur des domaines, à 
Gaen. 

Lamotte, architecte, id. 

La Porte (Augustin de), à Li- 
sieux. 

Le Blarc, imp.-libraire,â Gaen. 

Lb Goirte (l'abbé), curé de Gor- 
melles. 

* Le Ferror de Lorgcuamp , doct. 
en droit, à Gaen. 

Leffroy, propriétaire, à Caeo. 
Le Gouix (l'abbé), curé d'Authie, 

• Le Petit (l'abbé), curé-doyen de 

Tiliy-sur-SeuUes. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. VII 



Letot, propriétaire, à Caen. 

* Lidehard, propriétaire, id. 

* Loir (l'abbé), curé de Bienfaite. 
Mabgderit de Rochefort (Léonce 

de), à Vierville. 
MoKTGOHifERY (le comte de), à 

Fervaqoes. 
HoRiN-LAyALLÉE, à Vire. 
?ficoLAs (Alexandre), architecte de 

la Tille de Lisieux. 

* OiLLiAMSON (le comte Gabriel d'), 

au ch4teau de Saint-Oermain- 
Langot. 

* Olths, maire d'EUon, rue Echo, k 

Bayeui. 

* Vannier, avocat, à Usieux. 
Paulmier, ancien député, à Brette^ 

ville-sur-Laize. 

PÉPIN, docteur-médecin, à Saint- 
Pierre-sur-Dives. 

' Pierres (de), membre du Conseil 
général, à Lourières. 

Picot (l'abbé), supérieur des Mis- 
sionnaires de la Délivrande. 

PoRQUET (le docteur), à Vire. 

RiouLT DE Neuville (le vicomte 
Louis de), à Livarot. 



RuAULT DU Plessis-Vaidière, con- 
seiller à la cour d'appel, à Caen. 

Saint- Jeam, membre du Conseil 
général, à Bretteville-le-Rabet. 

Saint-Reht (de), à Caen. 

TiENifOTTE, inspecteur de l'Asso- 
ciation normande, à Caen. 

' TiRARD (i.)» à Condé-Mir-Noi • 
reau. 

'^ TissoT j conservateur de la Biblio- 
tbècjoe, à Lisieux. 

TousTAiN (le vicomte Henri de), 
ancien officier de marine, au 
cbâiteau de Vaux-sur- Anre. 

* Travers^ ancien professeur k la 
Faculté des lettres, secrétaire 
perpétuel de l'Académie de Caen. 

Travers (£.), conseiller de pré 
fecture, à Caen. 

Vengeon (l'abbé), curé de Luc. 

ViGAN (Henri de), inspecteur des 
forêts, en retraite, à la Petite- 
Lande-de-Cerqueux, par Orbec- 
cn-Auge. 

Villers (Georges de), membre de 
rinstitutdes provinces, à Bayeux. 

YvoRY^ sculpteur, à Bayeux. 



jMpeeteur : * Ugr Bravard, évêquc de Goutances. 



' AmioviLLE (Michel d') , maire, à 
Auderville. 

* Bravard (M9'), évéque de Gou- 
tances et d'Avrancbes 

Deligondj chanoine, k Goutances. 

Haslkt (l'abbé Isidore^ curé coad- 
juteor d'Hémevez. 

LAnÉ, président de la Société ar- 
chéologique, à Avrancbes. 

Le CARD029HEL (l'abbé), archi- 
viste du diocèse, à Goutances. 

Le Grëps, propriétaire, à Sainl-Lâ. 

Le Goupils (l'abbé), curé de Percy. 

Le Mesle (l'abbé), curé de Savi- 
gny, près St-Hiiaire^u-Harcouét. 

Mouur, inspecteur de l'Associa- 



tion normande , à Mortain 
Onproy de Tracy, percepteur, à 

Gavray. 
PONTGiBAUD (le Gomto César de), 

au château de Fontenay, près 

Monlebourg. 
* QuÉNAULT, ancien sous-préfet de 

Goutances. 
RiGNY (de), receveur des finances, 

à Valognes. 
RouGÉ (le comte de), au château 

de Saint'Symphorien. 
ToGQUEViLLE (le comte de), au 

château de NacqueviUe. 
ViALLET, procureur de la Répu- 
blique, à MonIffioriUon 



vni 



LISTB DES MEMBRES 



Inspecteur ; * M. Léon db La Sicotière, membre de l^Aissemblce 

nationale, à Aleuçoa. 



Barberey (de\ m château de Ma- 
tignon, à E86ay. 

* Blanchetière, ancien conducteur 

des ponts-et-chaussées, membre 
de l'Institut des provinces^ à 
Domfront. 

Ganivet, inspecteur de l'Associa- 
tion normande, an château de 
Ghamboy. 

CoHTADEs (\b comte de), membre du 
Conseil général , à St-Maurice. 

Fat (le vicomte du), au château 
de la Guimandiëre. 

* La Perrière (le comte de), au 

château de Ronfougeray. 
La Garenne (de), secrétaire gé- 
néral de la prérecture, à Alençon. 



La Sicotiére (Léon de), député de 
l'Orne, à Alençon. 

Lautour-Mezeray, ancien maire 
d'Argentan, membre du Conseil 
général de l'Orne, à Argentan. 

Le Gointre (Eugène); à Alençon. 

Le Vavasseur (Gustave), membre 
de l'Institut des provinces, à La 
Lande-de-Lougé. 

Mackad (le baron de), ancien dé- 
puté au Corps législatif, au châ- 
teau de Vimer, par Vimoutiers. 

Mûrie, architecte de la ville, a 
Fiers. 

* Pasquier-d'Audiffret (le duc), au 
château de Sacy, près Argentan 



Enre. 

Inspecteur ; * M. Raymond Bordeaux, docteur en droit, 

è Evreux. 



Bardet, docteur-médecin, à Bemay . 

* Bu>ssEviLLE (le marquis de), an- 

cien député, au château d'Am- 
freville-la-Gampagne. 
Bourdon (l'abbé), curé de Saint- 
Germain, à Pont-Audemer. 

* BoRDEAuii (Raymond), docteur en 

droit, membre de l'Institut des 

provinces, à Evreux. 
Caresme (l'abbé), curé de Pinter- 

ville. 
Dauger (le comte), au château de 

Menneval. 

* DiRON (Paul), propr , à Louviers. 
Dubàmbl-Marette , peintre-ver- 
rier, à Evreux. 

GuiLLARD (E), avoué, à Louviers. 
Lair (Casimir), à Saint-Léger-de- 

Rostes. 
Laluh, architecte, k Louviers. 



La Roncier e le Nourt (le baron 
Clément de), amiral, au château 
de Craoouville. 

Le Blond, entrepreneur de bâti- 
ments, â Gisors. 

Leteuil, huissier à Breteuil. 

LoiSEL, ancien maître de poste, à 
la Rivière-Thibouville. 

* Malbranche, greffier du tribunal 
civil de Bernay. 

MÉHY (Paul), â Evreux. 

Petit (Guillaume), ancien député, 
â Louviers. 

pRÉTAvoiNE, membre de l'institut 
des provmces, maire de Lou- 
viers. 

QuEviLLT (Henri), à Beaumesnil. 

RosTOLAN (le comte de), à Evreux. 

* ScBiCKLER, au château de Bizy, 
près Vemon. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAIS^ d'ARCHÉOLOGIE. 



IX 



SeUie-laférleare . 

IntpeeUau : * 11. Léonce de Gunville, membre de rinslitiu 

des proviui'es. à Rouen. 

Abgentré (le vicomte d*), à Roaen. ' Dumomt (K.), employé aux docks, 

an Havre. 

* DuRAMviLLE (Léofl de), proprié- 
taire, à Grancourt. 

DuvAL, percepteur des contribut. 
directes à LillebonDe. 

* EsTAiNTOT (le comte d'), inspec- 
teur divisionnaire de l'Associa- 
tion normande, aux Autels, près 
Doudeville. 

EsTAiNTOT (le vicomte Robert d'), 

avocat, à Rouen. 
Fai'ûuet (Octave), filateur, id. 
Fledry (Charles), architecte, id. 

* Fleur Y, architecte de la ville, 
au Havre. 

Gaucourt (Emmanuel de), joge dt 
paix, à Saint-Saéns. 

Gilles (P.), manufacturier, à 
Rouen. 

GiROMcouRT (de), membre du Con- 
seil général, à Varimpré, près 
Neufchàtel. 

* Glainville (de), inspecteur de la 
Société, k Rouen. 

' Grandin (Gustave- Victor) , pré- 
sident de la Société archéolo- 
gique, k Elbeuf. 

Grimaux, entrepreneur, à Rouen. 

GuEROUT, ancien notaire, id. 

HoMAis, avocat, Id. 

La Lonbe (de), ancien officier de 
cavalerie, id. 

Le Comte (l'abbé), professeur k la 
Faculté de Théologie, à Rouen. 

Lefort, avocat, id. 

Legendre, propriétaire, id. 

Lehire, avocat, id. 

Leseigneur, filateur, id. 

Letellier, photographe, au Havre. 

* Lisey, propriétaire, k Elbeuf. 
Lormier (Charles), avocat, id. 
LoTH (l'abbé), prof, d'éloquence 



Baabier de la Serre, sous-ias- 
pectenr des forêts, k Rouen. 

* Barthélémy père, architecte, Id. 
Barthélémy fils, architecte, id. 
Baddicourt (Théodule de), id. 
Baudry (Paul), id. 
Beadrepaire (de), archiviste de la 

préfecture, à Rouen. 
Berthe (le docteur), membre de 

l'Association normande , rue 

Eloupée, id. 
Beozeville, rédacteur en chef du 

Journal de Rouen, id. 

* Bonnet, sculpteur, rampe Bou- 
vreuil, id. 

' Bouhechose (MO' de), cardinal - 
archevêque de Rouen, id. 

* BooELLE (le comte de), k son châ- 

teau près Neufchktel. 
BouRDET (Désiré), quai Videcoq, 

n» 3, au Havre. 
Briakchon, a Gruchet-le-Valasse. 
r.BAB0iix, entrepreneur, à Rouen. 
Chayehtré, entrepreneur, id. 
' Chevreaux j au château de Bosc- 

mesnil, près Saint-Saëns. 
Cochet (Fabbé), conservateur du 

musée d'antiquités, k Rouen. 
' Colas (Vabbé), chanoine titulaire, 

conservateur du musée céra- 

miqae, id. 
COMONT (l'abbé), curé de Saint- 

Picrre-le-Viger 
CouRTOMTE, architecte, à Rouen. 
CossoN, secrétaire général de la 

mairie, id. 
' Decorde (l'abbé), cnré de Notre - 

Dame-d'Aliermont. 
Desmarest (L.), architecte en chef 

du département, k Rouen. 
DcTAOx, artiste-peintre, rue Thié* 

bault, 89, an Havre. 



X 



LISTE DES MEMBRES 



sacrée à la Faculté de Théologie, 
à Rouen. 

Mabire , propriétaire , à Neuf- 
châle! . 

Mahguerey (E.), courtier do com- 
merce, à Rouen. 

Madduit, avocat, & NeofchAlel. 

MÉRAux (Amédée), compofâteur, 
membre de l'Instilut des pro- 
vinces, à Rouen. 

MoNTAULT (le comte de), au châ- 
teau de Nointot, près Bolbec. 

Paluer, ancien manufacturier, à 
Rouen. 

* PETiTEViLLE(de), propriétaire, à 
Rouen. 



PouYER-QuERTiER, ancien ministre 
des finances, id. 

Provost (l'abbé), curéde Jumiéges 

Quenouille (Léopold), au MesnU- 
Bénard, p^s Saint-Saëns. 

QuESHEL (Henri), propriétaire, à 
Rouen. 

QuiNET (Edouard), propriéUire, à 
Rouen. 

* Rqessler, au Havre. 

Sarrazin, à Rouen. 

Sauvage (l'abbé Eugène), profes- 
seur au petit séminaire du Hont- 
aux-Malades, près Rouen. 

" Simon , architecte , boulevard 
Beauvolsine, k Rouen. 



5« DIVISION. — SEINE» 9EINE-ET-OI8E, YONNE, 
LOIBET, AUBE e( EVRE-ET-LOIR. 

Inspecteur diviâionnaire : * M. EGGER, membre de l'instilul, 

rue Madame, 48, à Paris. 

Seine. 

Iiwpeeieur ; * M. Darcel, rue de la Ghaussée-d'Antio, 21 bis, 

h Paris. 



* Arthos-Bertrahd (M«« veuve), 
rue tbutefeuiUe, à Paris. 

' AuBERT (le chevalier), rue d'An- 
jou-Saint-Honoré, 9 6i>, id. 

* Adbrcn, arcb. , quai Bourbon, 

19, id. 
Barthélémy ( Anatole de), ancien 

sous-préfet, rue d'Anjou-Saiut- 

Honoré, 9, id. 
Barthélémy (Edouard de), maître 

des requêtes, au Conseil d'Etat, 

rue de l'Université, 80, id. 
' Blacas (le comte Stanislas de), 

rue de Varcnnes, 5S, id. 

* BocHiN, rue de Provence, 58, id. 
' BovNEua (de) rue St-Guillaume, 

31, id 

* BoHvouLOiR (le comte Auguste 
de), rue de l'Université, 15, id. 



* Bottée de Toulmon, rue des 
Saints-Pères, 7 bis, id. 

BouYENicE (Aglans), rue de b 

Chaise, 82, id. 
Bruyère, curé de St- Martin , id. 
BucAiLLE (Gustave), rue de Paris, 

218, id. 
Capelli, boulevard Pigalle, 38, k 

Montmartre, id. 
Cattois (le docteur) , membre de 

l'Institut des provinces, rue de 

Sèvres, 4, à Paris. 

* Château (Léon) , directeur à 
rinstiUitioD professionnelle d'I- 
vry. 

GoiNDE (J.-P.)f membre de plusieurs 
académies^ id. 

* Court ARVEL (le marquis de), rue 
St-Guillaume, 34, id. 



I>Ë LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. XI 



DàHiEHS, statuaire, rue du Ghercbe- 
Midi, 55, id. 

* Dàrccl, membre des Comités 
histori<iues, rue de la Chaussée- 
d'Antin, 27 6t>, id. 

David (le baron), ancien ministre 
plénipotentiaire, rue de l'Ora- 
toire-du-Roole, 7, id. 

DcukMAiiE, rue Rougemont, 12, id. 

* Des Cars (le duc), rue de Gre- 
nelle-St-Germain, 79, id. 

Delongceil, graveur , rue Royale- 
St-Honoré, 8, id. 

DiETRiCK, graveur, rue des Mathu- 
rins^t-Jacqnes, id. 

' Dion (Henri de), ingénieur, rue 
de Moscou, 28, id. 

DonÉ père, membre de Flnstitut 
des provinces, cité Doré, boule- 
vard de la Gare, 108, id. 

' DocLOS (R. )^ avenue de Wagram , 
50, à Paris. 

Dupont (A*<), professeur de belles- 
lettres, avenue de Neuilly, 146 
6t>, id. 

DuREAD (A.), rue de la Tour d'Au- 
vergne, 10, id. 

' Estampes (le comte Théodore d'), 
cité Glary,7, rueNeave-des~Ma- 
thnrina, id. 

* Egcer, membre de l'Institat, me 
Madame, 48, id. 

FoNTikiHE DE Rbskcq (le vlcomte 
Eugène de), rae du Regard. 12, 
id. 

Getfrot (Auguste) , orfèvre-émail- 
lenr, rue du Bouloy, 10, id. 

Godefrot-Mesnilglaise (le mar- 
quis de), ancien sous-préfet, rue 
de Grenelle-St-Germain, 93, id. 

Hossoif, propriétaire, rue Meslay, 
18, id. 

* JoAiniE, rue de Yaugirard, 20, 

id. 
Keller (Emile), ancien député, rue 

de Las-Cases, 7, id. 
' Labarthc (Jules) , membre de 



rinstitut des provinces, rue 
Drouot, 2, id. 

Labille (Aimable), architecte, bou- 
levard Poissonnière, 24, id. 

Lambert (Fabien), architecte, ins- 
pecteur des travaux de la Ville, 
rue Monsieur-le-Princc, 48, à 
Paris. 

* La Trémouille (le duc de), id. 
Le Clerc (Jules), avocat, rue du 

Regard, 10, id. 
Le Clerc (Henri), architecte, id. 
Le Cordier, ingénieur civil, rue 

du Petit-Parc, 67, id. 

* Le Harivel-Durocher, de l'In- 
stitut des provinces, rue du Re- 
gard, 6, id. 

* Ltesville (de), aux Batignolles, 

rue Gauthey, 24, id. 
Licier, architecte, rue Blanche, 
60, id. 

* LussoN, peintre-verrier, id. 
Marguerye ( Msr de ) , ancien 

évéque d'Autun, rue de Sèvres, 
95, id. 

Marquis ((/éon), ingénieur, rue du 
Dragon, 10, id. 

MiNORGT (Ë.), avocat à la Cour 
d'appel, boulevard de Strasbourg 
à Paris, et à Cannes (Alpcs-Ma- 
riUmes). 

' MiREPOix (U) duc de), rue St- 
Dominique-St-Germain, 102, à 
Paris. 

MoLL, architecte, id. 

Montant (Henri de), directeur du 
Journal illustré, rue Neuve, 5, 
avenue de l'Impératrice, id. 

' Montlaur (le marquis de), mem- 
bre de l'Institut des provinces, 
député, rue de GreneÛe-St-Ger- 
main, 75, id. 

NuGENT (le comte de), rue du Re- 
gard, 5, id. 

* Oilliamson (le vicomte d'), rue 
de la ViUe-rÉvéquc, 29, à Paris. 

Paris (Louis), ancien bibliothécaire 



XII 



LISTE DES MEAIBRES 



de la ville de Reims, rue Rambu- 
teau, 2, id. 
Paris (Paulin), membre de l'Insti- 
tut de France, place Royale, à 
Paris. 

* PoMHEREU (le vicomte Armand 
de), rue de Lille, 67, id 

* PoNTOis DE PoNTCARRÉ (le mar- 
quis de), rue d'Anjou -St-Hono- 
ré. 4Î, id. 

Ponton d'Amécourt (le vicomte 
de), rue d'Enfer, 43, id. 

PoPELiN (Claudius), peintre^mail- 
leur, avenue de Plaisance, 3, id. 

PoussiELGi'E-RusAND (Placide), or- 
fèvre, rue Cassette, 15, id. 

* Prévost , lieutenant-colonel du 

génie, ii Vincennes. 
Rebodl (Léopold), rue de Rou- 

logne, 3, k Paris. 
Robert, de l'Institut^ directeur à 

VAdministr, de la guerrCy id. 
Ricbemont (le comte de), rue St- 

Dominique, 23, id. 

(tolne-et-Olae 



Roger de La Lande (Ferdinand), 
boulevard St-Michd, 27, id. 

RoYS (le vicomte Ernest de), audi- 
teur au Conseil d'Etat, 6, place 
Vendôme, id. 

Sagot, membre de plusieurs aca- 
démies, rue et hôtel Laffitte, id. 

* Saint-Padl (P.-L. de), avocat, 
rue d'Aguesseau, 1, id. 

Salvandy (le comte Paul de), dé- 
puté, rue Cassette, 30, id 

Tascmereau, directeur général de 
la Bibliothèque nationde, id. 

* Thénard (le baron), membre de 
l'Institut, place St-Sulpice, id. 

* Thiac, membre de l'Institut des 
provinces, rue St-Lazare, 24, id. 

Thiollet, passage Sainte-Marie, 
8, id. 

* Vaulogé (Frantz de), rue du 
Centre, 8, id. 

* Vogué (le comte Melchior de), 
me de Lille, 90, id. 



Inspecteur : M. de Dion, à Monlfort-l'Amaur;. 



Ahaury (l'abbé), curé de Vétheil. 
Dion (Adolphe de), inspecteur de 

la Société, id. 
GuYOT (Joseph), au château de 

Dourdan. 
Heude-Lépine, à Montfort-l'A- 

maury. 
Martin (L.), rue de l'Occident, 18, 
à Versailles. 



Mesnil-Dcrasid (le baron de), me 

St-Honoré, 10, à Versailles. 
PÉcoUL, archiviste-paléographe, an 

château de Villiers, à Draveil, et 

â Madrid (Espagne). 
Poulaillier, membre de plusieurs 

Sociétés savantes, â Bosny (Seine- 

et-Oise}. 



Jnfpecteur : * M. Cotteau. juge, membre de l'Institut des provinces. 

à Auxerrc. 

• Challe, sous^irecteur de l'Ins- au château d'Ancy-le-Franc. 

titat des provinces, membre du 'Cotteau, juge, secrétaire ge- 

Conseil général de l'Yonne, maire néral de TlnsUtul des provinces, 

d'Auxerre. ^ Auxerre. 

Clermont-Tonnerbb (le duc de), Havblt-des BARais (baron du,. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. XIII 



au château des Barres^ à Saio- 
piiits, par Eotraîns-sar-Nobain. 

HtLiE (Auguste), à Avallon. 

LaiHeTf présid. du tribumd cîTil, 
membre du Conseil gén., à Sens. 

Quantin^ archiviste du départe- 
ment, à Amerre. 



Ravin, notaire, à Villiers-Saint- 

Benoit. 
ROGiiiER (rabbé); curé de Saint- 

Eusèbe, à Auxerre. 
' Tonnelier, greffier en chef du 

tribunal civil, à Sens. 



Loiret. 

Inspecteur : * M. l*abbé Dbsnotrrs, chanoine, vicaire général, membre 

de riostilut des provinces, à Orléans. 



* Boucher de Molandon, à Or- 
léans, et à Reuilly, par Ponls- 
aux-Hoines. 

Bréan, ingénieur à Gien. 
BuzoNHiÉRB (de), membre de Tlns- 
titnt des provinces, à Orléans. 

* Desnoters (l'abbé), chanoine, 
vicaire général , membre de 
l'Institut des provinces, id. 

* DopANLOUP (Msr), de TAcadémic 
française, évéque d'Orléans. 

Gervaise (Emlle-Ambroise), avoué, 

à Montargis. 
GuiNERERT, ancien maire, id. 



Le Roy, avoué, à Montargis 

LÉORIER (Gaston), au château de 
Montargis. 

Marchand, correspondant du mi - 
nistère de l'Instruction publique, 
près Briare. 

Martbliére (Paul), juge au tri- 
bunal civil, à Pitlkiviers. 

PouLLAiN, conducteur des ponts- 
et -chaussées, à Orléans. 

Thibonneau, notaire, à Lorris. 

Thomas, architecte, directeur de 
la fondation Durzy, à Montargis. 



Anbe. 

Intpecieur : * M. l'abbc Cofpinet, chanoine de Troyes. 



Antessartt (l'abbé d'), aumânier 

de l'hospice Saint-Nicolas, à 

Troyes. 
BoNNEHAiN (l'abbé), chanoine hono- 
raire, curé de Nogent-sur-Seine. 
Craumonnot (l'abbé), professeur 

de rhétorique, au petit séminaire 

de Troyes. 
Coffinet (l'abbé), chanoine, ancien 

vicaire général du diocèse, à 

Troyes. 
* Fléchey-Codsin , architecte , à 

Troyes. 
Gayot (Amédée), député, membre 

de l'Institut des provinces, h 

Troyes. 



Gréau (Jules), manufacturier, à 

Troyes. 
Habert, ancien notaire, id. 
Rervey, docteur-médecin, id. 
Le Bron Dalbank, membre de 

l'Institut des provinces, id« 
* L*ipéroust (Gustave), président 

de la Société académique de 

l'Aube, id. 
Meugy, ingénieur en chef des 

Mines, à Troyes. 
RoiSARD (l'abbé), chanoine, archi- 

prfttre de la cathédrale, vicaire 

général, à Troyes. 
RoYER (J ), architecte, aux Riceys. 
' VENDEuvRE(le comte Gabriel de). 



XIV 



LISTE DES MEMBRES 



ancien représentant, à * Yen- Vernier (A.), propriétaire, à 
deuvre-sar-Barse. Troyes. 

R«rc-ct-I<«ir. 

Intpecieur : * M. Charles d'ALViMARE, à Dreux. 



Alvimare (Ch. d'), à Dreux. 

' Dorand (Paul), de FlnsUtut des 
provinces, à Chartres. 

Jamson de Gouet (René), à Dreux. 

* Merlet, secrétaire de la Société 
archéologique d'Eure-et-Loir. 

Morissure (de), secrétaire du Co- 
mice agric, à Nogent-le-Rotrou. 



* Peerood, notaire, meaùtrt de 
l'Institut des provinces , à 
Chartres. 

* Saint-Laiimkr (de), ancien maire 

de Chartres. 

* Tellot (Henri), propriétaire, à 

Dreux. 



6« DIVISION. — SARTHB, nTAINB-ET-UinE 

et MAYENNE. 

inspecteur divinonnmre : *M. le comte de MAILLY, ancien pair de 
France, au château de la Roche-de-Vaux, près le Mans, et à Paris, 
rue de l'Université . 53. 

Sarthe. 

Ifupeeteur : ' M. Huchkr, membre de rinsUUt des provinces 



* Albin (l'abbé), chanoine hono- 
raire, au Mans. 

BoucHET (Paul), architecte, îd. 
Blottière, sculpteur, id. 
Bouvet (l'abbé), curé de Neuvy. 
Chardon, ancien élève de l'Ecole 
des Chartes, au Mans. 

* Charles (Léopold), antiquaire, à 
la Ferté-Bemard. 

* Chevreau (l'abbé), vicaire gé- 
néral du Mans. 

* CunOnt (le vicomte Charles de), 

& Sillé-le-Guillaume. 

David (A.-G.), architecte, au Mans. 

Dbslais (l'abbé), curé de la Cou- 
ture, id. 

ÊTOC DE Mazy , médecin de l'asile 
des aliénés, id. 

CoMBERT, arcitecte, id. 

Hucher^ membre de l'Institut des 
provinces, id. 

jAFFiRT, peintre-ornemaniste, id. 



JoussBT DES Berries, Jugc d'îns- 

tniclion, id. 
Le Pelletier, doct.-méd., au Mans. 
LivET (l'abbé), chanoine honoraire, 

curé du Pré, id. 

* Mailly (le comte de) , ancien 
pair de France, au château delà 
Roche-de-Vaux, près le Mans. 

* Paillard DuclAré, membre du 

Conseil général, au Mans. 

Persignan (l'abbé), chanoine titu- 
laire, id. 

Rousseau, professeur de dessin, id. 

' Saint-Paterne (le comte de), à 
St-Pateme. 

' SiNGHER, directeur général de la 
compagnie d'Assurance mutuelle 
mobilière, commandant de l'Or- 
dre de Charles III, chevalier de 
la Légion-d'honneur^ au Mans. 

RoDiER, architecte au Mans, rue 
aux Lièvres. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D' ARCHÉOLOGIE. 
M«la«-el-I<«lre. 

Inspeeîéur : M. Godard-I?aoltrîer, i Angers. 



XV 



Anouilh de SALiKs(d'), rue Sl- 
Aiibio, à Angers. 

Chédkau, aYoaé, à Saumur. 

Chesnead, grand Ticaire, nieSt- 
EYroult, à ABgen. 

Cheyalier O'abbé), curé de Lou- 
▼ainee. 

Cqobtilles (Auguste), rue d'Or- 
léans, à Saoniur. 

Espmay (d*), membre du Conseil 
administratif, conseiller à la 
Gonr d*appel d'Angers, membre 
de l'Institut des provinces. 

Fakct (lAois de), r«e du Parvis 
Saint-Maurioe, à Angen. 

Preh^el (Mgr), EYéque d'Angers. 

Carreau (Alexandre), à St-Réroy- 
la-Varenne. 

' Godard -Faultrier, membre de 
rinstitut des provinces, à Angers. 

* Joly-Leterme , architecte dio- 
césain, à Saumor. 



Lachése (Paul), imprimeur, à An- 
gers. 

Lair (Charles), château de Blou, 
près Longue. 

Lambert (aîné), président du tri- 
bunal de commerce, et de la 
Chambre consultative des arts 
et manufactures, à SMunor. 

Le Blanc, inspecteur de la maison 
centrale de Fontevrault. 

Loutet, ancien ministre, à Saamur 

Maltfaud, lieutenant au 86* de 
ligne, à Fontevnmlt. 

Mataud (Albert), à Saumur. 

Parrot (A.), de l'Institut histo- 
rique, rue de Brissac, Angers. 

^UATREBARBES (la oomiesse de), id. 

RoFFAY, architecte, à Saumur. 

Sauvage, ancien juge de paix, à 
Angers. 

Tardif, chanoine - secrétaire de 
l'évêché, id 



Inspecteur : *M. Fiselier, à Laval. 



Barre (Henri), à Jublains. 
Brbtonniére (Louis), rue de TE- 

véché, à Laval. 
' CuAHPAGNET (M*"» la oUrquise 

de), au château de Craon. 
Cheoeau, avoué à Mayenne. 

• «EAYS DES Touches, propr., id. 

* Le Fiselier, secrétaire de ia 



Société de l'Industrie, à Laval. 
Pointeau (l'aMié), vicaire de Fou 
gerolles. 

Prudhommb (l'abbé), curé de Lou- 

vemé. 
SEBAUX (l'abbé), supérieur du 

grand séminaire, à Laval. 



XVI 



LISTE DES MEMBRES 



7*^ DIVISION. — LOn-ET-CHEB, CHEB, INDBE-ET- 
LOIIIE, INDRE, NIÈVBE. 

Inspecteur divisionnaire : M. db COUGNY, au chflleao de la Grille, 

près Cbinon. 

liOlr-et-Cber. 

Inspecteur : * M. le marqois de Vibra ye, membre de l'Iostitat des 

provinces, à Gour-Chevemy. 



Chauvin, juge, k Blois. 

BODARD DE LA JACOPIÈRE (AlUtOle 

de), au château de St-Ouen. 

Charles (R.), professeur au collège 
de PooUevoy (Loir-et-Cher). 

Delauiœ (Jules), avoué licencié, 
à Romorantin. 

Haugod rrabbé), curé des Fon- 
taines. 

* La Croix de Rochambeau (le 



comte), au châletu de RoehuD- 

beau, près Vendôme, et à Paris, 

rue du Hanovrei 4. 
Ladray, prof, au col. de Vendôme. 
* Lenail (Ernest), architecte à 

Blois. 
Neilz (Stanislas), à Goortiras. 
' ViBRAYE(le marquis de), membre 

de rinstitut des provinces , à 

Cour^bevemy. 



Cher. 

Inspecteur : M l'abbé LENOin, membre de Tlnstitut des provinces, 

à Cbâlillon-sur-Indre. 



* Bdrhot de Kerses, de la Soc. 
des Ant. du Centre, à Bourges. 

Couet (René de), k Coufit^ près 
Sancerre. 

' Laugardière (Cb. de), substitut, 

à Bourges. 
Maréchal, ingénieur des ponts-et- 



chaussées, à Bourges. 
* MÉLOiZES (Albert des), trésorier 
de la Société des Antiquaires du 
Centre, à Bourges. 

Valois (Georges), secrétaire géné- 
ral de la préfecture, id. 



ladrc-et-IiOlre. 

Inspecteur : M. Léon Palustre, à Tours. 



AvissE, imprimeur, U Chinon. 

* BiENCOUHT (le marquis de), à 
Azay-le-Rideau. 

BoiSLÉvE -Desnoyers , maire de 
Langeais. 

BousEREZ, imprimeur, ii Tours. 

Breton- DuBREi'iL, conseiller gé- 
néral, au Grand-Pressigny. 

* Ghaisemartin, procureur de la 
République, à Loches. 



* CiiAviGNY (Félix de), propriétaire, 
à Cliinou. 

Chavigny (Octave de), au château 
de Chavigny. 

* Cougny (G. de), au cbftteau de 
la Grille, près Chioon. 

'CouGNY (Hippolyte de), proprié- 
taire, à Tours. 
DuBoz (Félix), à Chinon. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. XVII 



DcBAMD ( l'abbé ) , aumônier de 
fbospice, id. 

* Galembebt (le comte de), pro- 
priétaire, à Tours. 

Gallois, architecte, à Chinon. 

* GiRAUDET, docteur -médecin , à 

Tours. 

* Granâmaisotij archiviste d'Indre- 

et-Loire, membre de la Société 
archéologique de Touraine. 

Gréban de Pontournt, proprié- 
taire, au château de Pontoumy, 
près Chhion. 

' Guérin fils, architecte, à Tours. 

JuTEAU (l*abbé), aumônier du lycée, 
à Tours. 

Laperche , à Saint-Symphorien, 
à Tours. 

Leclerc (l'abbé), aumônier, a 
Tours. 

LE8ÊBLB, à Tours. 

iiOBiM (Léopold), peintre-verrier, 
à Tours. 



MiCHELLE, à Tours. 

* 'NoBiLLEAD, propriétaire, id. 
Palustre (Léon), à Tours. 

* PuYSÉGUR (M""* la comtesse de), 
au ch&teau de Boigny. 

Robin (Tabbé), curé de Saint- 
Ours, à Loches. 

Roghejaquelein (M">* la comtesse 
de la), au château d'Ussé. 

* SAmi-GsoRGEs (le comte de), au 
château de la Rrèche, près l'ile- 
Bouchard. 

* Sautt-Georges (Edmond de), à 
Tours. 

* Salhon de Maisomrocge ^ à 
Tours. 

' Sabgé (de), au château de Uod- 
bert-Saint^^hristophe 

Sehilhes (L. de), receveur parti- 
culier des finances, à Loches. 

Sonnay (de), à Gravant. 

Thomas (Gaëtan), inspecteur des 
forêts, à Ghinon. 



Indlre. 

Inspecteur : * M. le docteur Fauconneau du Fresne , à Chflleaaroux. 
Barboux, conservateur du musée, Guillard, ancien agent-voyer, id. 



â Châteauroux. 

Blarchet (rabbé), aumônier du 
Lycée, id. 

Charor (l'abbé), curé de Saint- 
Marcel, canton d'Argenton. 

Daiguson, juge, à Châteauroux 

Damolrstte (rabhé), à Château- 
roux. 

• Fadconneau-Dcfresne (le doc- 
teur), à Châteauroux. 

• Ferri-Pisani (le général), id. 



* Jasmin (Jules), â Buzançais. 

* La Yillegille (de) , à Dangi. 
Le Noir, curé de Châtillon, cha- 
noine honoraire. 

Rouedde, receveur des domaines, 

â ChâtiUon. 
Lenseigne, conducteur des ponls- 

et-chaussées, à Argenton. 

* Vvisin (l'abbé), curé de Douadic 
(canton du Blanc), Châtillon-sur- 
Indre. 



Klèvre. 

Inspecteur : M. de Langardiere, substitut, à Bourges. 



Gronier (l'abbé), curé de Marzy. 

' Héron de Yillefosse , archi- 
viste du département, à Nevei's. 

SouLTRAiT (le comte Georges de), 
inspecteur des mouvements du 



Rhône, membre de l'Académie 
nationale de Lyon et de la So- 
ciété archéologique de Nevers, 
au château deToury-sur-Abron. 
Violette (l'abbé), archipr. deCosne 

!2 



XVIII 



LISTE DES MEMBRES 



8« DIVISION, — PUY-DB-DOMTE, HAVTE-UMRB, 

li^lBE «t LOZÈRE. 

Inxptcieur dûnnannaire : * M. J.-B. DOUILLET, membre de rinstitut 

de sprovinces, à Clermont-Ferrand. 

P«7-de-llôMie« 

Inspecteur : * M. db Lafaye-l'HOpital, à ClermoDt. 



* BoDiLLET (J.-B.) , membre de 
rinstitut des proTinces à Cter- 
mont-Ferrand. 

" Ghâbdon du Ranquet, id. 

LAFAlE-L'HâPITAL (de), id. 



*Matharbi. (vicomte de)^ tréeo- 
rier-payear-général,à CJermopt. 

* Serres de Gauzy (Jules), k CLer- 
mont^Ferraod. 

Tardieu (Âmbroise), id. 



Haote-IiOlre. 

Itupeeteur : M. Lb Blanc, k Brioude. 

Cbanalkilles (le marquis de), au * Le président de la Société d'agri- 

cbâteau de Chanaleilles. culture, sdences, arts, industrie 

Le Blamc, conservateur de la Bi- et commerce du Puy. 
bliothèque de Brioude. 

Irupeeteur : * M. le vicomte de Meaux, à Montbrison, 



* BuHBT (Eugène), notaire à Saint- 
Etienne. 

Cbaverordier (Auguste), docteur 
en droit, archiviste du départe- 
ment, id. 

DCRARD (V.), à AUeux, par Boën. 

' GÉRARD, agent-voyer en chef, k 
Saint-Etienne. 

Gonnard, secrétaire de la mairie, 
à Saint-Etienne, rue St-Louis, 41. 

Le Roux, iugénieur civil, rue S^^ 



Catiierine, à St -Etienne. 

Malifaud, capitaiue au 86* régi- 
ment de ligne, à Monlbrison. 

Meaux (le vicomte de), au chftteau 
d'EcoUy. 

' NoELAS, docteur-médecin, à St- 
Haon-le-Chfttel. 

ViER (Louis), adjoint au maire, à 
Saint-Etienne. 

* ViRY (Octave de), docteur-mé- 
decin, à Roanne. 



LoBère. 

Impecteur : * M. Roussel, membre de TAssemblée nationale. 



Le Franc, ingénieur des ponts-et- 

chaussées, à Mende. 
Polce (l'abbé), vicaire général de 



révAché de Mende. 
* Roussel, président de la Société 
d'agriculture, à Mende. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D* ARCHÉOLOGIE. XIX 

9« DIVISION, — aUB-ET-VILAINE, OOTES-DII-NOB», 
HNIfiTÉBE, HOBBIBAN et LOnB^IMFÊUEinE. 

Inapeeteur divmonnaire : * M. AUDREN db KERDREL, député à 
rAsaamblée aatiooale, membre de Tlnstitat des proTîoces, k Rennes. 

IHe-et-VlUdiie. 

Ifupeeteur : * M. Langlois, architecte, à Rennes. 

Andréa omseiUer à la Cour d'ap- château de la ChapeUe-Chanaiée, 

pel, membre de Flnstitut des près et par Béeherel. 

provinces, à Rennes. La Rigne- Villeneuve (de) , à 

* AcsREM DE Kebdrel, député. Rennes. 

me St-Sauveur, 3, id. * La Border» (de), député, mem- 

AcBauM, architecte, quai Bourdon, bre de rinstitut des provinces, 

19, id. à Vitré. 

* Breil de Landal (le comte de), *" Langie (le comte de), au château 
au château de Landal. des Tesnières. 

Brdue (l'abbé), chanoine à Rennes. Langlois, architecte, à Rennes. 
Danjou de la Garenive, à Fou- Toulmodche, membre de plusieurs 

académies, id. 



* Genom'ilac (le vicomte de), au 

Côtea-dn-Mord. 

Insptdiuf : M. Gbslin de Bourgogne, à St-Brieuc. 

GAunER DU MoTTAT, à Plérin, près Keranflegh ( le comte de) , au 
St-Brieuc. château de Quelenec, par Mur- 

* Gesum de Bourgogne, de l'Inst. de-Bretagne. 

des provinces, â St-Brieuc. Pinot (rabbé), professeur à Tlnsti- 

Herjiot, sculpteur, à Lannion. tution Saini-Charles, â St-Brieuc. 

Flntiitère. 

Inspecteur : * M. de Blois (le comte), à Uuimper. 

' Bioit (le comte A. de), ancien Kemuz, près Pont l'Abbé, 

député, membre de l'Institut des * Halléguen, membre de l'institut 

provinces, â Quimper. >^ des provinces, à Ghâteaulin. 

' Du Cbatellier, membre de l'Ins- * Madec (Pierre-Marie), professeur 

titut de France, au château de au petit séminaire de Pont-Croix. 

Morblbaii. 

Inspeeieur : H. de Kéridec, député à l'Assemblée nationale. 

à Hennebont. 

KtRinsc (de), â Hennebont. 



LISTE DES MEMBRES 



liOlrc-Inférienre. 



Intpedeur : *M. Van-Isegheh, architecte, k Nantes. 



" La Tour-du-Pin-Ghambly (le 

baron Gabriel de), boulevard 

Delorme, 26, k Nantes. 
Leroux, docteur-médecin, rue de 

la ChaloUis, 1, id. 
Le Macxon (l'abbé), chanoine, rue 

Royale, 10, Id. 
Marionneau^ r. du Calvaire, 1, id. 



Orieux. agent-voyer en chef, id. 
' Raimomd (Charles de), architecte, 

id. 
TiLLY (le marquis Henri de), rue 

Toumefort, id. 
Van-Iseghem (Henri), architecte, 

rue Félix, 1, id. 



10« DIVISION. — VIEWWE et DEUX-8ÈVBES. 

Intptcieur dimionnaire : * M. l'abbé AUBER, chanoine titulaire, 
membre de l'Institut des provinces, à Poitiers. 

Vleane. 

InapecUur : M. Le Col^-TRB-DoPONT. 



ÂDBER (l'abbé), chanoine titu- 
laire, membre de l'Institut des 
provinces, & Poitiers. 

* BEinrE (le père), id. 

CouGNY (Emile de)i au château de 
Sa Vigny. 

GouDON DE Lalande (Joles) , k 
Montmorillon. 

La Brosse (le comte de), pro- 
priétaire, à Poitiers. 

La Tourette (Gilles de), proprié- 
taire, à Loudun. 



La Tourette (Léon de), à Lou- 
dun. 

Le CoiNTRE-DuPONT, propriétaire, 
à Poitiers. 

Lx Dain, concilier de préfecture, id. 

Bedet, archiviste honoraire du dé- 
partement, membre de l'Institut 
des provinces, id. 

Richard (Alfred), archiviste du 
département, id. 



Deax-Sévrre*. 

Inspecteur : M. Ledain, conseiller de préfecture, ï Poitiers. 

David , ancien député au Corps Ravan, trésorier de la Société de 

législatif, à Niort. statistique, à Parthenay. 

L.A FOSSE .Henri), id. 



DE L\ SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aRCUÉOLOGIE. XXI 

II* DlVJSJOy ~ CMABBNTE.INFÉBIEUBE et VENDÉE. 

Intpeeitur divuionnaire ; M. Fabbé LACURIE, chanoine honoraire, 
ancien aumônier du collège de Sain les. 

Charente-liiférleii re. 

Inspeetettr : M. Brisson, secrétaire en chef de la mairie de 

la Rochelle. 

Avril de la Vescnée (Ernest), Mraille (A.), agent-voyer supé- 

avocal, à la Rochelle. rieur, à Jonaac. 

Clervaux (Jules de), à Saintes. Person (l'abbé), aumônier du col- 

' Lacdrie (l'abbé), chanoine ho- lége de Rochefort. 

noraire, ancien aumônier du * Richard (l'abbé), hydrogéologue, 

collège de Saintes. vie. général d'Alger, à Monllien . 

31 ERUT, employé des douanes, k la Thomas (Mgr), évèqae de la Ro- 

RocheUe. chelle. 

Vendée 

Inspecteur : M. Léon Ballerbao, architecte, à Luçon. 

• Ba/iereau (Léon), architecte, à Guérir (l'abbé), curé-doyen, à Sl- 

Loçon. Fulgent. 

Baao. anden député, a Fontenay. Rocbebrure (Octave de), à Fon- 

Raudry fl'abbé F.) , curé du Ber- tenay. 

nani . Staub (l'abbé), curé de Sl-Maurice- 

Coiiet (Mgr), évêque de Luçon. des<Nouhes. 

DELrooN, not., à St-ClUes-sur-Vie Tressay d'abbé du), chanoine, k 

FiLLON (Benjamin), i Fontenay. Lupon. 

IS< DIVISION. — HAUTE-VIENNE, COR RÊZE, CREUSE 

et DORDOGNE. 

Inspecteur divisionnaire : M. Jules DE VERNEILH , membre de 

rinstitot des provinces , à Nontron. 

Hante- Vieillie. 

Inspecteur : 'M, Tabbé Ardelot, chanoine honoraire, curé- 

arcliiprêtre. a Rochecbouart. 

' Arrelot (l'abbé' , chanoine ho- Maublanc (de), à StJunien 

ooraire, curé-archiprétre, à Ro- Takdeau de Marsac (l'abbé), cha 
checlKNiart. noine honoraire, à Limoges. 

FoRGEROW (André), à Ghalus. 



XXII LISTE DES MEHBBES 

Inspecteur : M. le comte de Gessac , membre de Hnstilut des provinces 

• Gallier (Georges), à Gaéret. qujs Henri de), aa château de 

• Gessac (Pierre de), an château Sazerat. 

de Houcbelard, près Guéret. Latourette (de), anden député 

Gbaussat (le docteur), à Aubusson. au Gorps législatif. 

• GoRNUDET (le vicomte de), mem- Vicier (Antoine), notaire et maire 
bre du Gonseil général, à Grocq. â Valliëre. 

GousTiN DE Hasmadaud (le mar- 

CJorrèse. 

Irupeeteur : M. Octave de Roptignac. 

Màssênat (Elie), à Brives. au petit séminaire de Servières. 

PouLRRiÉRE (Fabbé), professeur Ropfignac (OcUve de), â Sourie 

Dordogiie. 

Inspecteur ; M. le vicomte Alexis de Gourgues, membre de l'Institut 

des provinces, â Lanquais. 

* Arzac de la Douze (le comte de Montréal. 

Uhich d*), à Périgueux. Montabdy (Gaston de), à DouziUac. 

* Bourdeilles (le marquis Hélie * Roumejoux (Anatole de), à Pé- 
de), au château de Bourdeilles. rigueux. 

* Bdrguet (M"»« du), au château Vasseur (Gharles), à St-Gennain- 

de Portboutout. de-Belvës. 

Galy (D.-M.), â Périgueux. * Verkeilh (baron Jules de), mem- 

GoDRGUEs (le vicomte Alexis de), bre de riostitut des provinces, 

à Lanquais. à Puyrazeau. 
GoYHEHÈCBE (l'abbé), au château 

I3* DIVISION. — «IROMDB, LANDES, CHARENTE 

et UlT-BT-fi ABONNE. 

Inspecteur divisionnaire : * M. le marquis de GASTELNEAU-D'ESSE- 
NAULT, de Tlostitut des provinces, au château de Pail!et (Girondej. 

Inspecteur divisionnaire honoraire: *M. Charles DES MOULINS, 
commandeur de l'Ordre pontîGcal de Sainl-Grégoire-lc-Grand, sous- 
directeur de l'Institut des provinces, à Bordeaux. 

dlronde. 

Inspecteur: M. Trapaud de Goloxbb, â Nérac 

* Auzag de la Maitihib (d'), pro- marquis Guillaume de), au châ> 

priétaire, à Pujols. teau de Paillet. 

' Gastelheau-d'Essehadlt (le 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. XXllI 



* Chasieigner (le comte Alexis de), 

rue Montbazon, 23, à Bordeaux. 

CBASTEir.iiER (Paul de), rue du Pa- 
lais Galien, id. 

CmoT DE LA Ville (l*abl)é), cha- 
noine honoraire , professeur 
d'écriture sainte à la Faculté de 
Théologie, membre de rinstitut 
des provinces, id. 

CoHBDi (l'abbé), curé de Roaillan. 

Des Moulins (Charles), sous-direc- 
teur de l'Institut des provinces, 
à Bordeaux. 

Despaix (rabbé P.), curé de Ver- 
tenil. 

DoDBLET (l'abbé), à Bordeaux. 

' DuBAHD (Charles), architecte, 
rue Michel, 16, id. 

Gères (le vicomte Jules de), id. 

* Jabouih , sculpteur , rue Dau- 
pbine, id. 

Laset (i.-A), conservateur du 
musée d'armes, id. 



HARQDBB8AC (le baron Henri de), 
rue de Cheverus, 36, id. 

Henod (l'abbé), rue des Ayres, 
20, id. 

MÉREDIED (de), avoué, rue Cas- 
tiUon, 9, id. 

PiCHARO père (de), cour d'Albret, 
46, id. 

PiGAMEAD, membre de la Commis- 
sion archéologique de Ui Gironde, 
id. 

Ratbeau, commandant du génie, 
membre de l'Institut des pro- 
vinces, id. 

Sabattier (l'abbé), chanoine ho- 
norait «» doyen de la Faculté de 
Théologie de Bordeaux, rue Sau- 
bat, 116, id. 

Trapaud de Colombe (G.), à Florac. 

' Villers (de), trésorier-payeur, ti 
Bordeaux. 

* ViLLiET (Joseph;, pemtre, route 
d'Espagne, 61, id. 



Lande*. 

ImpeeUur : ' M. Auguste du Petrat, directeur de la Ferme-Ecole des 

Candes, à Beyrie, près Mugron. 



' LoBn DE MoNVAL ( de ) , à 
Dax. 

Pbtrat (Auguste du), directeur de 
la Ferme-Ecole des Landes, à 
Beyrie, près Mugron. 



ToDLODSET (le baron de), à Saint- 
Sever. 

' Villeneuve (Uélfon de), sous- 
inspecteur des foréte, k Mont- 
de-Marsan. 



Charenle. 

Intpeeteur : M. de Thiac . de l'Institut des provinces, 

k Angoulême. 



Cmuteau (Mgr) , ancien évéque 
d*ADgoolème. 

' Des Cordes (Georges), avocat, à 
Angoulême. 

Lambert (René), atteché à la di- 
rection des domaines, à Angou- 
lême. 



' Lauriers (de), id. 
Rocrebrune (A. de), id. 

Vallier (Joseph), chef d'escadron 
d'artillerie en retraite, à Pon- 
touvre. 

Vallier d'Aussac (Médéric), à 
Aussac. 



XXIV LISTE DES MEMBRES 

Lot-eC-CtMroniie . 

Impecteur : M. Thoun. à Agen. 

BoDBBEROUSSE DE Laffore (de), à VUieiieave-sur-Lot 

Agen. Magen (Adolphe), secrétaire per- 

Bruker, peintre, id. péiuel de U Société d'agricul- 

CoMBEs (Ludomir), à Famel. ture, à Agen. 

La BorieSaint-Sulpice (de) , à * Tholin, archiviste, id. 

U« DIVISION. - TARN-ET^ARONNE, TilBN, LOT, 

AYETRON et GERS. 

Inspecteur divisionnaire : * M. le comte de TOULOUSE-LAUTREC, 

à Rabastens. 

Tam*el*Ciaronne. 

Inspecteur : * M. Tibbé Pottier, président de la Société archéologique, 

i MoDliuban. 

Arnous de Brossard (d*), à la Limairag (A. de)^auchât.d*Ardus. 

Croze, près St-Porqaier. Monbrison (Georges de), au <:hà- 
Bourdonhë, de la Société de lin- teau de Saint-Roch. 

guistique de Paris, à Valence- Moulenq (François), ancien maire, 

d'Agen. à Valence-d'Agen. 

Bron (Victor), directeur du musée, Nonorgue (Fabbé), curé de Bru- 

à Montauban. niquel. 

DuFAUR (Prosper), à Larrazet. Pacan .Ferdinand), ancien magis- 
FoRESTiË (L.-E), à Montauban. trat, à Montpezat. 

FooRMENT (l'abbé Pierre-Antoine), • Pottier J'abbé), rue de l'Ancien 

curé de Saint-Sauveur, à Castel- Collège, à Montauban 

Sarrazin. Pradel (Emile), à Saint- Antonin. 

Froment (l'abbé), curé, à Varen. Sainî-Paul de Cardillac (Amédéf^ 
Garrigues (l'abbé), curé de La- de), h Moissac. 

guépie. * Sorbiers de La TouRAssE(du),à 
Layrolles (le vicomte Edmond de), Valence-d'Agen. 

au château deChambord, à Mon- Taupiac (Louis\ avocat, à Castel- 

tauban. Sarrazin. 

Tarn. 

Inspecteur : * M. Rossignol, h Montans, près Gaillac. 

Aragow (le marquis Chartes d'), lége de Castres, secrétaire de la 

au château de Salies, à Albi. Société scientifique et littéraire, 

• Bonnet (Henri) , receveur des membre de l'Institut des pro- 
domaines, à Rabastens. vinoes, à Castres. 

Cànet (Victor), professeur au col- Cazais, curé de Florentin. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE 1)' ARCHÉOLOGIE. XXV 



* CoHBETTES DU Luc (Louis de), à 
Raba&teos. 

Coi'siH DE Lu Vâluère (le vicomte 

Gabriel) , à Saint-Sulpice-la- 

Pointe. 
Falgdêres (Albert de), à Rabas- 

tens. 
Gouttes-Lagrave (le baron de), 

ao chàteaa de Lagrave^ près 

Gafllac. 
Grellet-Balguerie , juge d'in»- 

tnicUon, à Lavaur. 

Madron (Henri de), à Cadalen. 

* Maire, ingénieur civile à La- 
caone. 

Hazas >'Etienne), id. 

MtCHAro (l'abbé), curé de la Ma- 
deleine, à Albi. 

O'Rtrne (Edward, au château de 
Saint-Céry, ^ Rabaslens. 

O'Byrhe (Henri), id. 



* Rtvîèves (le baron Edmond de , 
au château de Rivières, près 
Gaillac. 

* Rossignol (Élie-Anioine)^ à Hon- 
tans, près Gaillac. 

Saint-Salvy (Lud. de), à Lavaur. 

* SoLAGES (le marquis de) , «lu 
château de la Vererie de Baye. 

* ToNNAC-ViLLEMEUVE (Henri de), 
à Gaillac. 

* Toulouse-Lautrec (le comte Ray- 
mond de), membre de l'Institut 
des provinces, à Rabastens. 

Veyriac (Auguste), à Carmaux. 
ViviÉs (Timoléon de), au château 

de Yiviès, à Castres. 
Voisins Lavernièrks (Joseph de), 

il St-Georges, à Lavaur. 
Yversen (le baron Jean d'), à 

Gaillac. 



Lot. 

Inspecteur : M. de Rounejols. 



Calvkt (Artlmr), k Figeac 
Cardaillac (le comte J. de), au 

château de la Traine. 
Colomb (Octave de), juge de paix, 

â Saint-Céré. 
Dclclaux, propriétaire, k Len- 

lilhac. 



Fo^TEifiLLES (Paul de , à Cahors- 
Hélyot (Louis d'), k Cahors. 
Marques (Jo8eph\ à Gahors. 
Martin, avocat, â Cahors. 
Maurt ij'abbé Philippe) , curé- 
archiprètre de la cathédrale, id. 
RoussY (de), à Cahors. 



AvejroB. 

Inspecteur : ' M. Tabbé Azémar, curé de Lassouts. 



Aliftert (l'abbé), vicaire de la ca- 
thédrale, à Rodez. 

* ArmaghaoCastanet (le vicomte 
Bernard d*), à Saint-CAme. 

Azémar (l'abbé), curé de Lassouts. 

* BiON DE Narlavagne (L.), pro- 
priétaire, à Milhau. 

BoRLoms, professenr de sciences, 



au petit séminaire de Saint- 
Pierre, à Rodez. 

* CÉRÉs (l'abbé), à Rodez. 
GissAC (le baron Joseph de), maire, 

à Creissel. 

* Thédenat , maire d'Espalion. 
Valadier, propriétaire, k Rodez. 



Inspecteur : * M Noulens, directeur de la Revue d'ÀquUaine. 

NovLERS, directeur de la Rnvue Solon, juge au tribunal civil ^ a 
d'Aquitaine^ à Condom. Auch. 



I 



< 



XXVI 



LISTE DES MEMBRES 



15^ DIVISION. — HAt]TE-«ABONNE, HAUTES- 
PYRÉNÉES et BASSES-PTBÉNÉES. 

Inspecteur dtvtsiopnaire ; * M. le vicomte de JUILLAC , i Toulouse. 

Hante-CSaronBe* 

Inspecteur : * M. de Saint-Simon, rue Toloeane, è Toulouse. 



Bernard (Bertrand), peiotre dé- 
corateur, à Bagnëre-de-Luchon. 

* Cariais (Emile), Toulouse. 

* Cartailhac (Emile) , à Toulouse. 
Cassagn AVÈRE (Fraoçoîs), sculp- 
teur^ à Mare-Tolosane. 

Du Bourg (Antoine), rue du Vieux- 
Raisin, 81, il Toulouse. 

Faure de la Perrière, avocat, 
rue Romiguière, 7, id 

* Gantier (â.), au château de Pi- 
cayne, près Gazëres. 

Gaujac (le baron de), rue Ninau, 
15, à Toulouse. 

* Jdilhac (le vicomte de), de la 



Société archéologique du Midi, 
rue Mage, à Toulouse 

* MoREL, avocat, à Sainl-Oaudens. 
PuTBUSQUE (le marquis Albert de), 

à Toulouse. 

* Saint-Paul (Anthyme), profes- 
seur au petit séminaire de Poly- 
gnan. 

Saint-Simon (de\ rue Tolosane, 6, 

à Toulouse. 
Trutat (Eugène), conservateur du 

muséum, id. 

* Virèrent (Ga8ton>, 4, rue Four- 
bastard, id. 



HaiiCe«-Pjréaées« 

Inspeeieur : * M. Loupot, architecte, h Pan. 

* Agos (le baron d'), à Tibiran, ^ Nadaillac (le marquis de), pré- 
canton de Nestiers. fet, à Pau. 



Intpecteur : * M. H. Durand, architecte du département, h Bayonne. 

EsTÉvE (le comte), ^ Pau. 

16* DIVISION. - AUDE, PTBÉNÉB8 OKIENTALES 

et ABIÈCIE. 

Inspecteur divisionnaire : M. de BONNEFOY, à Perpignan. 

Inspecteur : M. Coste Rkboulle des Fontiês, k Carcassonne. 

Astre (rabbé), chanoine, à Car- Chef de Bien (le vicomte de), à 
cassonne. Narbonne. 



PE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D* ARCHÉOLOGIE. XXVIl 

CosTE Reboulle des Fontiés, à LÉzAT(rabbé),carè-doyendeSaUe3- 

Carcâssonne. sur-FHers. 

* Lafort , architecte , à Nar- Zagariga de Chef-de-Bien (le 
bonne. vicomte), au cti&teau de Bizanet. 

Pyréoéea^iieiiUiles. 

Inspecteur : M. Alart, à Perpignan. 

* Alait, arcbimte du départe- * Delhas de Ribas (Joseph), à 
ment, à Perpignan. Céret. 

" BoNNSFOY (de), membre de lins- Tolra de Bordas (l'abbé), à Ille. 
titot des provinces, id. * Vilar ( Edmond de ), à Thuir. 

Ariége. 

Vidal (l'abbé), curé de Notre-Dame-de-Camou, à (}amou, par Mirepoix. 



17* DIVISION. — BOtJCHES-DU.BHONE» MËRilULT, 

«ABD el VAUCLUSE. 

Inspecteur dipisionnaire : M. SEGONIM^RESP , membre de rinstitut 

des provinces, à Marseille. 

llo«chefl«d«-Bh6Be« 

Inspecteur : * M. de Payan du Moulin, conseiller, à Aix. 



Akdré (Constant), avoué, à Aix. 
Arnaud (Pierre- André-Harius), an- 
cien avoué, à Marseille. 
Berriat, sculpteur, id. 
BoRT, avocat, conseiller municipal, 

boulevard Longcbamps, A5. id. 
Clappier (Félix) , docteur en droit, 

substitut, à Aix. 
Gilles (Isidore), rue SaintrSavour- 

nin, 48, à IfarseiUe. 
GuiLLiBERT (l'abbé), secrétaire de 

rarchevèché, à Aix. 
GciLUBERT (Henri) , homme de 

lettres , chevalier de Saint-Gré- 

goire-le^rand, rue de Noailles, 

n, à Marseille. 
Lieutadd, bibliothécaire de h 

ville, id. 
MONGES (Jules), négociant, rue La- 

fayette, S,id. 



MoREL (rabbé), vicaire de Saint- 
Victor, id. 

MoRTREUiL, juge de paix, corres- 
pondant de rinstitut, id. 

* MoDTET, ancien maire, k Arles. 

Payan dd Moulin (de), conseiller à 
la Cour d'appel, à Aix. 

Penon, conservateur du musée des 
Antiques, à Marseille. 

Rolland (l'abbé), aumônier du col- 
lège, id. 

Roman, photographe, à Arles. 

Sabatier, fondeur, rue des Or* 
fèvres, 8, à Aix. 

Saporta (le comte de), membre 
de rinstitut des provinces, id. 

Sardou (Jean-Baptiste), archiviste, 
rue Ganebière, U, à Marseille. 

Saurel, vérificateur des douanes, 
id 



XXVÏIl 



LISTE DES MEMBRES 



Srtmard (A.), conseiller â la Cour Voif -Kothen, rue Saint>Baztle, t7, 
d'appel, à AU. à Marseille. 

Hérault. 

Inspecteur : *M. l'abbé VtNAS, membre de Tlnstitut des provinces, 

curé de Jonquières. 
Agnières ( Aimé d* ), membre de sieurs sociétés archéologiques, à 



plusieurs sociétés savantes, rue 

Saint-Roch, 6, à Montpellier. 
Besiné (Henri), architecte, rue 

Petit-Saint- Jean, id. 
Bonnet, conservateur du musée, à 

Béziers. 
Garou, président de la Société ar- 
chéologique, id. 
Ghavis. ancien officier supérieur, 

à Montpellier. 
Corone (l'abbé), curé de Serignan. 
* DiiRAND-DE-FoNTMAGiiE (le baron), 

au château de Fonlmagne, par 

Gastries. 
' Fabre jeune (l'abbé), à Poussan. 
Fabrège (Frédéric), ancien élève 

de l'école des Chartes, â Mont- 
pellier. 
GiNouvÈs (l'abbé), curé-doyen de 

Montagnac. 
HoT , l'abbé), curé de Cablan, par 

Roujan. 
Lcgagne (Louis; , membre de plu- 
dard. 

Inspecteur : * M. l'abbé Gareiso, supérieur du séminaire, i Nîmes. 

Alêgre (Léon), bibUothécaire, à Pont-St-Esprit. 

Bagnoles. * Gareiso (l'abbé), supérieur du 

' BRiTGUiER-RoimE (Louis) , au grand séminaire de Nîmes 

¥aaelii*e. 

Inspecteur : • M. Valere-Martin (Joseph-Elz.) , membre de rinslitul 

des provinces, k Cavaillon. 
Barrés, bibliothécaire de la ville Pougnet (l'abbé Joseph) , rue Cor- 



Lodëve. 
Mabioge, médecin-vélérinaire, rue 

de Toulouse, 8, à Montpellier. 
Martel (Paulin), à Lodëvc. 
Méjan (rabl)é), curé de Lacoste. 

par Glermont. 
*' Nouguier (Louis) , avocat , à 

Béziers. 
Pailhes (l'abbé), curé à Albeilham , 

par Béziers. 
Revillout, professeur de littéra- 
ture française à la faculté des 

lettres, à Montpellier. 

* Ricard^ secrétaire de la Société 
archéologique, membre de l'Ins- 
titut des provinces, id. 

RoDOUET (Adolphe), au château de 
Courges, près Lodève. 

* Vinas (l'abbé), membre de l'Ins- 
titut des provinces, curé de Jon- 
quières. 



de Garpentras. 
Chrestian (Henri), directeur du 

musée cantonal de SauU. 
Deloye (Augustin), conservateur 

de la bibliothèque et du musée 

Galvel, à Avignon. 



derie, 6, id. 

Terris (l'abbé Paul), vicaire à Apt. 

* Valère-Martiw ( Joseph-Elz. ), 
membre de l'Institut des pro- 
vinces, il Cavaillon. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'ARCHÉOLOGIE. XXIX 



18<^ DIVISION. — WAR, HAUTES-ALPES, BASSES-ALPES, 
ALPES-MARITIMES et 



Inspecteur divisionnaire : • M. de BERLUG-PERUSSIS . membre de 
rinstitut des provinces , au château du Plan-des -Porchères , près de 
Porcalquier. 

War. 

Inspecteur ; * M. Rostan, membre de Vlnstitut des provinces, 

à Saint-Maximin. 



* AoDiFPBET (le comte d'), Iréso- 

rier-payeur, à Toulon. 
BoYER, architeele, à Hyènes. 
DuPL'L (l'abbé), au Beausset. 
GiRAUD (l'abbé Magloire), chanoine 

honoraire de Fréjus et d'Âjaccio, 

officier de rinslruclion publique, 

curé de St-Cyr. 



LiOTARD (l'abbé), curé des Arcs. 

Oluvier (l'abbé) « aumônier mili- 
taire delà place de PorqueroUes. 

• RoSTAî», membre de Tlnslitut des 
provinces, à St.-Maximin. 

Sigaud-Bresc (de), avocat, à Aups 

Tessier (Octave) , correspondant 
du ministère, à Toulon. 



Haatea-Alpes. 

Inspecteur : M. l'abbé Sauret, chanoine honoraire, curé-doye» 

de Serres. 

* GouLAiN, architecte diocésain, k Templier (l'abbé), chanoine hono- 
Gap. raire, aumOnier de l'Ecole oor- 

Gilbert (Mgr), èvèque de Gap. maie, id. 

Rassea-Alpe». 

Inspecteur : M. Allègre, inspecteur primaire, à Sisteron. 

Allègre, inspecteur primaire, à des-Brousses. 

Sisteron. Rambaux (l'abbé), U Saint-Maime, 

* Berldg-Periissis (liéon de), au par Folcalquier. 
Plan-des-Porchères. Ter basson (l'abbé), curé de For- 

Carborel (rabbé), à Niozelles. calquier. 

HoDOUL (l'abbé), curé de Reuest- 

Alpes-Maritimrs. 

Inspecteur : M. Brun, architecte, à Nice. 



Brun, architecte, à Nice 
Chevalier (Hippolyte), architecte, 

avenue Delphine, id. 
Gazan, colonel d'artil., à Antibes. 
MouGiNS DE Roquefort, k Antibes 
Rastom-Brémond, à Nice. 



Sardou (Antoine-Léandre), trésorier 
de la Société des lettres, sciences 
et arts, id 

Tisserand (l'abbé), aumônier du 
lycée, id. 



XXX LISTE DES MEBiBRES 

Corse. 

Inspecteur : M. Kbzibrowiz. 

Kezicrowiz , ingénieur des ponts-et-chausaées, à Ajacdo. 

1 9< DIVISION. — BHONE, ABDÈCHB, AIN, DBOHB, 

ISÈBE et 8AYOIB. 

Intpeeteur diviiionnaire : * M. Martin-Daussignt, à Lyon. 

Bhôiie. 

InspeeUur : * M. le comte Georges de Soultrait. 

* Ayaizg (Amédée d'), rue du Plat, Franoe, à Lyon. ^ 
340, à Lyon. ^ Martin-Dadssigny , conserva- 

* Behoist, architecte, id. teur du musée, id. 

* Conat de Chizy (Paul), rue Ja- ' Sa vote (A.), architecte, id 
rande, id. Savy (C. Vays), rue de Cuire, 19, 

* Desjardins, architecte, id. à la Croix-Rousse, id. 
JosTER (Louis), à la Banque de 

Ardèche. 

Inspecteur : • M. Ollier-Jnles de Marichard, h Vallon. 

La Tourette (le marquis de), an- chéologue, à Vallon, 

cien député, maire de Toumon. Moniravel (le comte Louis de), à 

* Harichaed (Ollier- Jules de), ar- Joyeuse. 

Aio. 

Inspecteur : M. Desjaroins, architecte , membre de rinslitutdes 

provinces , à Lyon (Rhdoe). 

JoLiBOis (l'abhé), curé de Trévoux. Martin (l'ahbé), curé de Foissiat. 
' Martigny <,rabbé), chanoine de Richard (Mgr), évêque de BeUey. 
Bellay. 

Drôme. 

Inspecteur : M, Valentin, juge, k Montélimart. 

Ndgues (Alphonse) , à Romans. Portrodx (du), à Romans. 

Perrossier (l'abbé;, professeur de * Valektin (Ludovic), juge d'ins- 

mathématiques au petit sémi- tion, à Montélimart. 

naire, à Valence. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'aRCHËOLOGIE. XXXI 



Isère. 

Inspecteur : * M. Lb Blanc, professeur, à VieDoe. 



BizoT ( Ernest ) , architecte , à 
Yienne. 

CiiLLEMEB, professeur à la fiiculté 
de droit, à Grenoble. 

Daidel£t, graveur, id. 

Datid ;Augu8te), docteur-médecin, 
i Morestel. 

* Gakiel, conservateur de la bi- 
bliothèque publique de Grenoble. 

Jaillet (l'abbé), curé de Salaize. 



* Le Blanc, professeur au collège 
de Vienne. 

Padl»ier (Mgr), évèque de Gre- 
noble. 

PiCHOT (l'abbé), curé de Sermerieu, 
canton de Morestel. 

Quérakgal (M»' de), à Vienne. 

Saint-Andéol (de), à Moirans. 

V ALLIER (Gustave), propriétaire, 
place St-André, i Grenoble. 



fiavole. 

Inspecteur : * M. Veulliot , contrOlear des contributions directes, 

à Annecy. 

» 

FivEL (Th.), architecte, à Cham- et d'archéologie, & Charobéry. 

béry. Veulliot, contrôleur principal des 

Mosso^ (François), secrétaire de contributions direcies, à Annecy 

la Société satoisleime d'histoire (Haute-Satoie). 



20« DIVISION, — COTE-DOB, BAONE-BT*LOIBB» 
ALUEB et HAVTE-1 



Intpecieur divisionnaire : M. le comte ns L'ESTOILE, à Moulini 

(Allier). 



CAte-d'Or. 



Inspecteur : ' M. Baudot, membre de l'Institut des provinces. 



AftEAimoiiT (Jules d'), de l'Institut 
des provinces, aux Argentiéres, 
près Dijon. 

Baudot (Henri), président de la 
Commission archéologique de la 
GOte^'Or, à Dijon. 

BnETCintRE (Edmond de), id. 

Cissey (le comte Louis de), an châ- 
teau de Cissey. 

DifiBÉ (Pierre), architecte, à Dijon. 



DÊTOUBBET, président du Comice 

agricole, membre de l'Institut 

des provinces, à Dijon. 
Du Parc (le comte), rue Vannerie, 

35, Id. 
Guillemot, président honoraire du 

tribunal civil de Beaune. 
Ligier-Bklair (le comte de), à 

Dijon. 
SoissE, archit. du département, id. 



XXXII 



LISTE DES MEUBRES 



SMône-et^IiOlre. 

InspecUur : M. de Surigny. membre de riiislilul des provinces, 

à Mâcon. 



Bathault (Henri), secrétoire de 
la Société archéologique de Cha- 
lon-sur-Saône. 

BuGNioT (l'abbé), aumônier mili- 
taire, missionnaire apostol. , id. 

* BoLLiOT, président de la Société 
Ëduenue, à Autun. 

• Canai de Chizy (Marcel), prési- 
dent de la Société archéologique, 
à Chalon-sur-Saône. 

Chëvrier (Jules), id. 
EsTERNo (le comte d'), au château 
de Vesore, près Autun. 



FoHTENAY (de), archiviste paléo- 
graphe, à Autun. 
Lacroix père, pharm., à Mâcon. 

♦ MOTflN DE LA FALCONHIÈRE 

(Alix), à Charnay. 
NicoT (Charles), à la ViUeneuve, 
près Cuisery. 

* Pailloux (le docteur), membre 
de riBstitut des provinces, maire 
de St-Ambreuil. 

• SuRiGWV (de), membre de l'Ins- 

titut des provinces, à M4con. 



Ailler. 



IntpeeUur : * M. Albert de Bores, à Moulios. 



Arcy (le comte d'), trésorier- 
payeur, :i Moulins. 

Bailleau (Jh.), médecin, à Pierre- 
litte-ftur- Loire. 

Bletterie (l'abbé J. -A), chanoine 
hoDoraii e, curé de St-Clément. 

• Bures (Albert de), à Moulins. 

• BoucuARD, avocat, membre de 
l'Institut des provhices, id. 

' Dadole(É ), architecte, à Moulins. 
Desrosiers (l'abbé), curé de Bour- 
bon-rArchambault. 

• DreuX'Brezé (Mgr de), évoque 
de Moulins. 

• EsMOMOT, architecte du dépar- 
tement, id. 



* EsToiLE (le comte de T), membre 
de l'Institut des provinces, id. 

La Coutcre v^Emest), à Franchesse. 

Le CooTURitR, architecte, à Vichy. 

Meilheurat des Prureacx (Louis), 
id. 

MiGHOT (D.-M.), àChanleUe. 

Afon</attr (le marquis Eugène de), 
de l'Institut des provinces, Ik 
Chantelle et à Paris, rue de Gre- 
neUe-Sl-Germain, 75. 

QUERROY, direct, du musée, mem~ 
dre de l'Institut des provinces, 
k Moulins. 

TixffiR (Victor), membre de l'Ins- 
titut des provinces, à St-Pons. 



Guérin (Mgr), évêque de Langres. 



DE LA SOaÉTÉ FRANÇAISE d'ARCHÉQLOGIE. XXXlll 

tA- DIVISION, — DOVBS, JVBA et HACTE-SAONE. 

inspecteur divitionnaire : 'M. Ed. CLERC, présideol de U Cour 

d'ippel de Besançon. 

Iloabs. 

IfupeeUur : *M. Victor Baille, architecte, à Besançon. 

Gastan (A.), conservateur de la * Clerc (Edouard), président bo~ 

bibliothèque publique, membre noraire à la Cour d*appel, id. 

de riDstitut des provinces, à * Vuolleret, rue St-Jean, il, id. 
Besançon. 



Irupeeteur ; ' M. Castan, conservateur de la Bibliothèque publique 

de Besançon. 

llaiiCe-(Sa6ne« 

Inspecteur : ' M. Jules de Buter, à la Chaudeau. 

Si« DIVISION. — nEUSB, MOSELLE, nEUBTBE, 
VOSGES, BAS-RHIN et HAUT-BniN. 

Itupecitur dUfimnnaire : 11. le colonel de Morlet, de l'Instilut 

des provinces, è Nancy. 

IHeiiee. 

întpecUur ; * M. Liénard, secréuire de la Société Philomatique, 

^ Verdun. 

BuviGNiER (Armand), membre de * Liénard, secrétaire de la Société 
l'Institut des prov., à Verdun. Philomatique, à Verdun. 

* Lallouette, peintre, à Juvigny- Morël (l'abbé), curé de Sampigny. 

les-Dames, près Montmédy. Petit ot-Bellavowe. à Verdun. 

IHoeelle. 

Inspecteur : M. Auguste Prost, à Metz. 

Dérobe, architecte du département, Van der Siraten (le comte de), 
^ Metz. membre de l'Institut des pro- 

' PiosT (Auguste), id. vinces,id 

3 



XXXIV LISTE DES MEMBRES 

Inspecteur : M. Hunbert , architecte. 

DuM/isT (P.-G. de), membre de Tins- Morlet (colonel de), commandeur 

titut de France, à Nancy. de la Légion-d*honneur, id 

HumiERT (Lucien), architecte, id. 

Yoages. 

Inipedeur : M. 



Inspecteur: *M. Tabbé Straub, directear du collège St-Arbogats, 

à Strasbourg. 

Fayiers (le baron Matthieu de), à Rhiel (l'abbé Léon), curé de Ven- 

Kintzhelm. denheim. 

GUERBER (l*abbé V.), curé de St- Saum, conservateur de la biblio- 

Georges, à Hagueneau. thëque, à Strasbourg. 

Klotz , architecte de l'Œuvre- Spach (Louis), archiviste en cher 

Notre-Dame, à Strasbourg. du département, id. 

MuRT (l*abbé Pantaléon), sup. du Straub (l'abbé), directeur du grand 

petit sém. de Strasbourg. séminaire, id. 

Radch, docteur-médecin, à Ober- Wolf (Gustave), avoué, id. 

bronn. 

Inspecteur : M. Poisat, architecte de la ville h Belfort. 
Fret (Henri), à Guebwiller. 

25« DIVISION. — ALOÉBIE, 

/napec(et<r divisionnaire : M. Chbrbonneau, professeur d'arabe, è Alger. 

BoissE, à Lambessa. 

Delapard (l'abbé), curé de Tebessa. 

Province 4e ConetanCliie. 

' M. Roger, conservateur du musée, à Philippeville. 

B.VTTANDIER, Président de la Société archéologique de Constantine. 
Treimeaux, à Chercheil. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d' ARCHÉOLOGIE. XXXV 



MEMBRES ÉTRANGERS ; 

S. M. LE ROI DE SAXE , à Dresde. 

S. M. LE ROI DES BELGES , à BruxeUes. 



AQOwoRTH (le général), à Monnet 
(Yorkshire). 

Alfobo (le Rév.), doyen de Gan- 
torbéry (Angleterre). 

Alvin, directeor de Tlnstraction 
fmbllqae, â BruxeUes. 

AiÂBi (Micbel), sénateur, à Flo- 
rence. 

ÂKDRBS (l'abbé J.-O ), chanoine, 
àBmges. 

Aueswold, préaident de la Régence, 
à Trêves. 

ACTESSES (le baron d'), directeur 
de la Société du Musée germa- 
nique, à Nuremberg. 



Baehr, conseiller anlique, profes- 
seur à rUnirersité de Heidelberg. 

Balestra (l'abbé Séraphin), pro- 
fesseur au séminaire, à Côme 
(Italie). 

BARurn (G.-I ), professeur émé- 
rite à rCniversité de Turin. 

Rater (A. de), conservateur des 
monuments historiques du grand- 
duché de Bade, à Carlsruhe. 

Batlet (W.-H.), à Londres. 

Bcdfor]) (Sa Grâce le duc de), 
Brigfaton-sqoare, id. 

Bethdke (H0r,>, chanoine de la 
cathédrale, professeur d'archéo- 
logie au grand séminaire de 
Bruges. 



BiNGHAM (le coloner, membre de 
la Société archéologique du comté 
de Kent, juge de paix de ce comté, 
à Rochester (Angleterre). 

BmcHAM (M»«), à Rochester (An- 
gleterre). 

BoLD (Ed.), capitaine de la marine 
royale, à Southampton. 

Urinceeu (de), conseiller d'EUt, à 
Brunswick. 

Brown (le docteur William-Henri) , 
à Londres. 

Brdyenne (Justin) , architecte^ à 
Toumay. 

Burbdre (le chevalier Léon de), 
vice-président de Tacadémie d'ar- 
chéologie de Belgique, membre 
de l'Institut des provinces de 
France, à Anvers. 

BiiRGEs, architecte, à Londres. 

BuRKE (Peter), membre de Tins- 
titut des architectes, id. 

Busscher (Edmond de), membre 
de l'Académie royale de Belgi- 
que, à Gand. 



Casterman, colonel du génie, à 
Bruxelles. 

Antonio Damaso di Castro (le 
commandeur abbé), ii Souza (Flo- 
rence). 

Charles membre du Parle- 

m^t d'Angleterre. 

Glémeiït ( Georges- Edvrard ) , à 
Londres 

CONESTABILE DE PERRUGIA (le 

comte de ). 



XXX VI 



LISTE DES MEMBRES 



CoNONUAC (de), conaervateur des 
Archives, à Zurich. 

CoppiETUS (le docteur), à Ypres. 

Cox, vice-président de la Société 
d'hist. nat. du comté de Kent, à 
Fordwich, près Cantorbéry. 

Cox (M°>«), à Fordwich, près Can- 
torbéry. 

* CzocRNiNG (le baron de), prési- 
dent de la Commission impériale 
d'Autriche pour la conservation 
des monuments, à Vienne. 



* Da SiLVA (J.), architecte du roi 

de Portugal , membre de l'Ins- 
titut des provinces de France, à 
Lisbonne. 

Dbchahme, ingénieur en chef^ à 
Bdlogoe (Italie . 

Dectoff (le comte) , à Gothingen. 

Delvigne (A.), professeur d'ar- 
chéologie au séminaire archi- 
épiscopal de Maliues (Belgique). 

Dbvet (Ësq.) , architecte , à Lon- 
dres. 

Devilliers ( Léopold) , président 
du Cercle archéologique, à Mons. 

DiEGERiCH , professeur à l'Athénée 
d'Anvers (Belgique). 

DoGNÉE DE ViLLERS, membre de 
l'Institut des provinces, à Liège. 

' DOGNÉE DE ViLLERS (Eugène), 

membre de l'Institut des pro- 
vinces, id. 

* DoNÀUTOR, secrétaire de l'Insti- 
tut des architectes, à Londres. 

Druery (John-Henri) , membre de 
la Société des antiquaires de 
Londres, à Norwich (Angleterre). 

DuBT, pasteur protestant, à Ge- 
nève. 

Ddmortier, membre de la Chambre 
des représentants, à Toumay. 



DURLBT (F.), à Anvers. 



EiCHVirALD (d*), conseiller d'État, k 
St-Pétersbonrg. 



Farrt-Rossids, docteur ès-lettres, 
à Liège. 

Fazt, conservateur dn Musée d'an- 
tiquités, à Genève. 

FloRELU , sénateur , directeur des 
travaux de Pompél. 

PiRMBNicH (Jean-Mathieu), homme 
de lettres, à Berlin. 

Florencour (de), membre de plu- 
sieurs Académies , administra- 
teur du musée d'antiquités, à 
Trêves. 

FoRSTER , membre de plusieurs 
Académies, à Munich. 

FoRSTER, professeur d'architecture 
à l'Académie des Beaux -Arts, à 
Vienne. 

Franks (Auguste NV.), au British 
Muséum, à Londres. 

Freeman, antiquaire, à Londres. 

Fry (Miss Katherine), Plashet près 
Stratfort (Angleterre). 

* Fdrstemberg Stakbedi (le comte 
de), à ApoUinarisberg, près Co- 
logne. 



Gbllband de Mertem (Louis), nu- 
mismate, à Bruxelles. 

Gelvet (le comte de), à Eslon,prè8 
Maestricht. 

* Gérard (P.) , conservateur des 
archives, membre de l'Institut 
des provinces de France, à An- 
vers. 

Gergers , secrétaire de la Société 
archéologique de Mayence. 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'ARCHÉOLOGIE. XXXVIl 



GJLDDfifHUis , anden oégodant. à 

Rotterdam. 
GiAVAHT (F.), chargé d'af&ireB 

de la Sublime- Porte, à Bni- 

lefla. 
GosEUA, à Turin. 
Gosse fils, à Genève (SoJase). 
GiAif€AGNAGE , premier président 

de la cour d'appel, à Liège. 
' Gbâkt (Mgr ) , éfèque de Sout- 

warth, ài St-George , à Londres. 
GaEERSLADE (Révérend William), 

Stoke-sub-Hambdon Uminsler 

(Angleterre). 
* Geiolet (Ernest) , nmnismatiste, 

à Genève. 
Guilebt, professeur, membre de 

TAcadémie, à Bruxelles. 



Hadji Cheik Moshin Kau (le géné- 
ral), aide de camp de S. M. J. le 
flhah de Perse, et conseiller d'am- 
tassade. 

Bagehars, membre de la cham- 
bre des représentants, à Bra- 
xeUes. 

Hamiiah (Th.), nég., à Ostende. 

Habtshome (Rév. G. -A.), archéolo- 
gue, à Londres. 

Haulleville (de), littérateur, à 
Bmielles. 

' ElENHEBiQOE. architecte, à Cour- 
trai (Belgique). 

Heurahd (Paul), à Bruxelles 

HoDY (le baron Ludovic de), doc- 
teur en droit, rue Uarie-Thérèse 
34, ft Bruxelles. 

HrouET (l'abbé), à Ath (Belgique). 

HuLSH, membre du Conseil supé- 
rieur des bâtiments, à Garlsruhe. 



James (sir Walter) , baronnet, 
membre de la Société archéolo- 



gique du comté de Kent, à Sand- 
wich (Angleterre). 
JcsT (Théodore), conservateur du 
Musée d'antiquités, membre de 
FAcadémie royale de Belgique, à 
Bruxelles. 



* Keller (le docteur), secrétaire 
de la Soc. archéol. de Zurich. 

Kervyn de Letenhove (le baron), 
ancien ministre du roi des Belges, 
membre de l'Institut des pro- 
vinces de France, à Bruxelles. 

Kestelood, propriétaire, à Gand. 

Keyser (N. de), membre de l'Aca- 
démie d'archéologie de Belgique, 
directeur de l'école des Beaux- 
Arts d'Anvers, membre de l'Ins- 
titut des provinces de France. 

Khedser, membre de plusieurs So- 
ciétés savantes, à Cologne. 

KiRCHHOFER (Théodore), à Stutt- 
gard. 

Krieg de Hocfelden, aide-de-camp 
de S. A. R. le grand-duc de 
Bade, à Baden-Baden. 

KuGLER (Franc), professeur à l'Aca- 
démie de Berlin. 

KuLL, id. 

KuocKER (Edward), esq., ancien 
maire de Douvres, membre de 
la Société archéologique du 
comté de Kent, à Castel-Utll 
(Angleterre). 



La Fuente ( vicomte de), membre 
de l'Académie royale d'histoire 
de Madrid, à Madrid 

Lancia di drolo (le duc Frédérico), 
secrétaire de l'Académie des 
sciences, membre d*i l'Institut 
des provinces de France, à Pa 
lerme. 



XXXVIIl 



LISTE DES MEMBRES 



LiiiDENSGHMiDT, coDservateur du 

Musée de Mayence. 
Lahkikg, secrétaire de la Société 

archéologique du comté de Kent, 

à Ryarsh (Angleterre). 
Laurent (Mgr), évêque de Loxem- 

boorg. 
Leemans (le docteur), directeur des 

Musées, à Leyde. 
Le Gramp de Reulandt, secré- 
taire del* Académie archéologique 

à Anvers. 
Lenhart (F.)» sculp., à Cologne. 

* Le Roi, professeur d'archéologie 
à l'Université de Liège. 

LosAMA (Mgr), évèque de Bielle, 
membre de Tlustitut des pro- 
vinces de France. 

Leutsgh (Charles-Chrétien de), à 
Wetzlar (Prusse). 

LiCHLTÉ (l'abbé), curé catholique 
de Christiania (Norwége). 

liMELETTE (Auguste), couservateur 
du Musée, à Mamur. 

* LopEz (le commandeur), ancien 
conservateur du Musée d'anti- 
quités de Parme. 



Cercle archéologique (le) de la ville 
de Mons. 

Marcus (Gustave) , libraire, à Bonn . 

MAYENnscQ (le baron de), cham- 
bellan de S. M. le roi de Prusse 
et de S. A. le prince de Hohen- 
zoUem-Sigmaringen, à Sigmarin- 
gen (Prusse). 

Mayer (Joseph), membre de l'Ins- 
titut des provinces de France, 
à Liverpool. 

Mater (F.), à Francfort-sur-Mein. 

Meester de Ravestein (de), mi- 
nistre plénipotentiaire, au châ- 
teau de Ravestein, près Malines 
(Belgique). 



Menabréa (le comte), président du 
conaefl des ministres du roi d'Ita- 
lie, membre de l'Institut des pro- 
vinces, à Florence. 

Messmer (le docteur), professeur, 
conservateur du Musée, à Mu- 
nich (Bavière). 

Milugam (le Rev. H. M. M. A.), 
membre de la Société archéolo- 
gique du comté de Kent, à Sal- 
ton. Valence (Angleterre). 

Mineryini (Giuliano), conservateur 
du Musée de Naples. 

Mohammed-Hassan-Kau (le colo- 
nel), secrétaire d'ambassade de 
S. M. J. le shah de Perse. 

MoNE, directeur des archives géné- 
rales du grand duché de Bade à 
Carlsruhe. 

Mosler (Charles) , professeur à 
l'Académie royale de Dusseldorf. 

Muller (le docteur Charles), à 
Stuttgard. 



N 



Nahuys (le comte de), membre de 
plusieurs sociétés savantes, k 
Wiesbaden. 

Nazare-Aga, envoyé de S. M. J. 
le shah de Perse, et secrétaire 
d'ambassade. 

Neten (Auguste), propriétaire à 
Luxembourg. 

NiCHOLS (Jobn-(iouth), membre de 
la Soc. des Antiq., de Londres. 

NiLSON (S.), ancien professeur d'his- 
toire, à Lund (Suède). 

Noue (le comte Arsène de), doc- 
teur en droit, à Malmédy. 



* Olfers (d'), directeur général 

des Musées, à Berlin. 
Ogilvy (G), esq., Museum-Street 

il, k Londres (Angleterre). 



DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D* ARCHÉOLOGIE. XXXIX 



O'Kellt de Galway (le c*"Alph.), 
rue Sans-Soaci, 53, à BniieUes. 

OartiT (Jobo Henri), membre de 
la Sodéié des Antiquaires de 
Londres, à Norwieh, comté de 
Norfolk (Angleterre). 

* (hvEPPiDE BoirvETTE (d*), pré- 
sident de Tlnstitot liégeois, mem- 
bre de rinstitut des provinces de 
France, à Liège (Belgique) 

OuD&RE, négociant à Gènes (Italie). 



Pauizzi (Antonio), l'un des conser- 
Tatenrs de la bibliothèque de 
Londres. 

Pa€r, ancien Maire de Douvres 
(Angleterre). 

* Parker^ membre de la Société 
arcfaitect. d'Angleterre, de l'Ins- 
Utat des provinces de France, à 
Oxford. 

Peu de Rozen (Jules), k Grune, 
près Marches (province de Luxem- 
bourg). 

Pipers, professeur de TUniversilé 
et directeur du musée d'archéo- 
logie chrétienne, à Berlin. 



Quoii (le baron), conservateur 
général des monuments histori- 
ques de Prosse, membre étran- 
ger de l'Institot des provinces de 
France, à Berlin. 



Reicbcnspergër, conseiller à la 
Cour de cassation, id. 

Rbideb, professeur à l'école po- 
lytechnique de Bamberg. 

Respiledx ( l'abbé ) , chanome, 
doyen de la cathédrale de Tour- 
nay. 

* Reusens, docteur en théologie, 
bibliothécaire de l'Université, à 
Louvain (Belgique). 

* RicouNi (le docteur), directeur 
du Musée d'antiquités de Parme. 

RiDEL (sir W.-B ), baronnet, mem- 
bre de la Société archéologique 
du comté de Kent, à Londres. 

' RiGGEHEACH, architecte à BAle. 

RiPALDA (le comte de), de l'Aca- 
démie espagnole d'archéologie, 
à Madrid, membre étranger de 
l'Institut des provinces de France . 

* RoACH Smith, membre de la So- 
ciété des Antiquaires, à Woods, 
près de Rochester. 

RoBSON (Edward), architecte b Dur- 
ham (Angleterre) . 

* Roisin (le baron Ferdinand de), 
chevalier de Malte, b Toumay, 

RONSE (Edmond), archiviste, b 
Fumes (Belgique). 

* Rossi (le commandeur de), mem- 

bre de l'Institut des provinces de 
France, b Rome. 

Roulez, professeur b l'Université de 
Gand, membre étranger de l'Ins- 
titut des provinces. 

RnssEL (lord Gh.), b Londres. 

RussEL (Rasting), id. 



S 



RucHEifsPEBGER, conseiller b la 
cour de Cassation, vice-président 
de la Chambre des députés de 
Berlin, b Berlin. 



Saunas (de), professeur d'archéo- 
logie b l'Université de Palerme. 

Sausail-Souhaike (le baron de), b 
Francfort. 

Savedra (de), ingénieur en chef des 
ponts-et-chaussées, b Madrid. 



XL 



LISTE DES MEMBRES 



ScHBMAN, professeur au ooOége 
royal de Trêves. 

ScHENASE ( Charles ) , conseiller 
k la Cour de cassation de Ber- 
Un. 

ScHOUTEETE (le Chevalier de), de 
r Académie d'archéologie de Bel- 
gique. 

ScAaiEBER, professeur des sciences 
auxiliaires historiques à l'Uni- 
versité de Fribourg. 

ScLOPis (le comte), président de 
rAcadémie de Turin. 

SCHDERHANS (H.), membre de l'A- 
cadémie d'archéologie de Belgi- 
que, conseiller à la Cour royale 
de Liège. 

Segretain , chef de bataillon du 
génie à Rome. 

SCHULTE (l'abbé), doyen de Frec- 
kendorf , diocèse de Muns- 
ter. 

Sharpes (Edmond), architecte an - 
glais, membre de l'Institut des 
provinces, à Genève. 

ScHEFFiELT-GRACE,à Know-House, 
comté de Kent. 

SiRET (Ad.), sous-préfet, à Saint- 
Nicolas (Belgique). 

Smolteren, membre de la députa- 
Uon permanente de la province 
d'Aovers. 
Sternewski (J.), membre de l'Aca- 
démie des sciences de Saint-Pé- 
tersbourg. 
Stampe (de), président du tribunal 

de Munster. 
Stielfried (le baron de), grand 
maître des cérémonies du palais, 
à Berlin. 
Stirlinc (sir Walter), baronnet, 
membre de la Société archéo- 
logique du comté de Kent, à Tun- 

bridge-Wels (Angleterre). 
Stone (Rév.-Can.), membre de la 

Société archéologique du comté 



de Kent, à Gantorbéry (Angle- 

terre). 
Stuart-Menteab (Ch.), à Entry- 

Hill-House-Bath (Angleterre). 
Stuart-Menteah fils, à Entry-Hill- 

House-Bath (Angleterre). 



Tempest, membre de la Société des 
Antiquaires de Londres. 

ToRFs (Louis), membre correspon- 
dant de l'Académie d'archéologie 
de Belgique, à Anvers. 



tJ 



Urlichs, professeur, directeur da 
Musée d'antiquités, à Bonn. 



Vandhame-Bernier, trésorier de la 
Société royale des Beaux-Arts et 
conseiller principal, à Gand. 

* Vanden - Peerboom , ministre 
d'Etat, à Bruxelles. 

Van der haiche, rue de Gourtrai, 
8, à Gand (Belgique). 

Van der Rutte, chanoine, curé- 
doyen à Poperinghe (Belgique) . 

Van LiMPOEL, de Niemuster , 
membre de la chambre des re- 
présentants et ancien sénateur, 
à Bruxelles. 

* Veliaminoio-Zernow (de), gentil- 
homme de la chambre de l'em- 
pereur de Russie, k Saint-Péters- 
bourg. 

Ville (Emile de), chevalier de 
l'ordre de Charles 111, à Liège 
(Belgique). 



Yates, membre de phisieurs So- 
ciétés savantes, à Londres. 



DE LÀ SOCIÉTÉ FRANÇAISE d'ARCHÉOLOGIE. XLI 



Z 



ZESTEiMArai, professeur à Leipzig. 

Wàgeiter, membre de plusieurs 
Sociétés savautes , me Hareng • 
Spec, 21, à Gand (Belgique). 

* Wallerstein (le prince), ancien 
ministre à Munich. 

* Weale (James), à Bruges (Bel- 
gique). 

Wett£B, membre de plusieurs Aca- 
démies, à Hayence. 

WiESEHTELD, professeuT d'archi- 
tecture, à Prague (Bohême). 



Willem, directeur de la Société 
archéologique de Sinsheim. 

WiKEHAM-MARTiif (Charles), mem- 
bre du Parlement, vice-prési- 
dent de la Société archéologique 
du comté de Kent, au château 
de Leeds, près de Maidstone( An- 
gleterre). 

WiTMAifN, directeur de la Société 
archéologique de Mayence. 

WoRSAAE (J.), inspecteur général 
des monuments du Danemark, 
membre del'Institut des provinces 
de France, à Copenhague. 



La Société franmise cP Archéologie renouvelle à ses associés 
la recommandation qu'elle leur a faite antérieurement , de 
faire tous leurs efforts pour augmenter le nombre des membres 
de la Compagnie ; il n'est pas 4e membre qui ne puisse^ dans 
sa circonscription, trouver chaque année deux ou trois nou- 
veaux associés. Quand on songe qu'en Angleterre certaines 
associations comptent dix mille membres et plus, nous de- 
vons croire qu'avec un peu de zèle nous pourrions quadru- 
pler le nombre des membres de la Société française d'Archéo- 
logie. 

Le Bulleiin monumentai , qui paraît de six semaines en six 
semaines, avec de nombreuses ligures, sous la direction de 
la Société française d'Archéologie, est la plus ancienne revue 
archéologique fondée en France. — Le prix de l'abonnement 
est de 15 francs par an pour la France, et 18 fr. pour 
rétranger. 



COMPTE 

RENDU PAR LE TRÉSORIER 

DBS UCimS ET DÉPENStS DE L'iMÉE 18721873. 



RECETTES. 

EicHant dn compte de 1871 , 41,2ii 81 

ReceUes de 1872 9,773 » 

Cotuations reçues par avance sur 1 873 160 •» 

Allocations soldées pour des travaux non exécutés et ren- 
trés en caisse 325 • 

Total 51,499 81 

DÉPENSES. 
Achat d'une rente de 2,000 fr., 3 0/0, sur l'État (1) 37,116 » 

RECODYBEMENT DES COTISATIONS. 

Frais de recouvrement par la poste , par les banquiers et 

par les membres correspondants 516 60 

Frais de retour de traites non payées 85 71 

LOCATION ET CONCIERGES. 

Location d'appartements pour le dépôt des livres de la 

Société, et travaux de menuiserie 170 » 

Traitement du concierge du Pavillon et fournitures A4 50 

Id. Id. du Musée plastique 20 » 



IMPRESSIONS. 

Impressions, dessins et gravures, à Gaen , à Angers et à 
Vendôme . 8,619 10 

Payé à valoir sur l'impression du compte-rendu de V^- 
dôme 2,122 10 

A reporter 43,694 01 

(0 Le titre de cette rente eit ioscrit à la date do 20 mars 1873, ions le 
o» 8,266, à la Recette générale dn CaWados, an nom de la Société française 
d'arehéoloeie de Gaen. — Le produit de cette rente fignrera an compte de 
l'année 1873. 



XLIV COMPTE RE\DU PAR LE TRÉSORIER. 

CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE. 

Report 43,694 01 

Frais généraux du Congrès de Vendôme 288 25 

MÉDAILLES. 

Achat de médailles 167 50 

LIVRES d'archéologie. 

Distribution et envoi de livres d'archéologie 210 • 

congrès scientifique. 
Cotisations au Congrès de Saint-Rrieuc 30 > 

affranchissements. 

Affranchissement- et expédition par la poste du compte- 
rendu des séances 478 10 

Ports de lettres, de caisses de livres, affranchissement de 
circulaires, et envoi de médailles 314 70 

Achat d'un coffre incombustible, pour les titres et papiers 
de la Société 50 » 

ALLOCATIONS SOLDÉES. 

Membres chargés de la sur- 
veillance et de la direo« 
tion des travanz. 

M. DE Lauriére. Fouilles à Saint-<^ybardeau 200 > 

M. l'abbé Guillaume. Souscription en faveur du musée 

Lorrain. ioo « 

M. DE Trémault. Allocation en faveur de la Société 

archéologique du Yendômois. . 200 » 

M. Ghesnel. Souscription pour la restauration 

de l'égUse de Saint -Martin , 
d'Argentan 25 » 

M. l'abbé ROGUIER Restauration de l'église de Saint- 

Eusèbe, d'Auxerre 100 > 

M. Palustre. Réparations à l'église de Sainte- 
Catherine, de Fierbois 200 > 

M. Godard-Faultrier. Fouilles à Frémur 150 > 

M. Raymond-Bordeaux. Fouilles sur la place de la cathé- 
drale d'Evreux 25 » 

A reporter 46,232 56 



c« 



COMPTE RENDU PAR LE TRÉSORIER. XKV 

Repari 46,23î 56 

M. MURIE. Réparations à l'église de la Ba- 

zoques 900 • 

M . DE SoNHAY. Réparations à l'église de Gravant, 

propriété de la Société 156 « 

MB! • DE Meadx et Vm-* Fouilles à Feurs 100 > 

ccarr Duramd. Gratification à on ouvrier sculp- 
teur , 50 » 

Excursions archéologiques dans 
les départements du Calvados et 
de Loir-et-Cher 210 » 

Total 46,948 56 

BALANCE. 

Recettes , y compris l'excédant du compte 

de l'année 1871 51,499 81 

Dépenses, y compris l'achat d'une rente de 

2,000 fp., 8 0/0, sur l'État 46,948 56 

Excédant 4,551 25 

allocations non encore acqdtrtées. 

M.DE Toulouse-Lautrec. Conservation d'une pierre tom- 
bale dans l'église de St-Pierre 

de Rabastens 25 * 

id' Pour enchâsser la plaque du ta- 

bernacle de Saint - Sulpice la 

Pointe 50 » 

il. le IK Noelas. FouiUes à St-Haon-le-Chàtel. ... 100 » 

M DX BoNNETOT. Sommc à la disposition de M. 

l'Inspecteur divisionnaire 100 ■ 

MM. le yt« DE Heaux Réparations à l'église de Mont- 

et VncENT Durand. Notre-Dame loo • 

Réparations dans le département 

des Ardennes 150 » 

M. DE BoNNEFOY. Rétablissement de tombeaux mé- 
rovingiens* à Elme 150 > 

Somme à la disposition de M. 
l'Inspecteur des Pyrénées- 
Orientales , pour fouilles à 
Amélie-les-Rains 150 « 



A reporter 825 



» 



I 



XLVI COMPTE RENDU PAK LE TRÉSORIER. 

Report 825 

M. D*EspiifAT. Somme à la disposition de M. 

d'Espinay 200 

M. DE Bures. Fouilles dans le département de 

TAllicr 150 

M. DE LiADRiÊRE. Recherches archéologiques parla 

Société des lettres , sciences et 
arts de l'Aveyron 50 

H. DE CouGNT. Restauration du fahemacle du 

baptistère de Saint-Mexme de 
Chinon 100 

M. Tabbé Voisin. Réparations au fanal du cime- 
tière d'Estrées 100 

M. DE Lauriére. Déblaiement du théitre gallo- 
romain de St-Cybardeau 100 

M. Marion»£AU. Fouilles dans la Loire-Inférieure. . 100 

M. Tabbé Cochet. Réparations à l'église St-Pierre 

de Toucques 200 

M. Raymond-Bordeaux. Extraction de blocs des murs 

gallo-romains d'Evreux 75 

H. DE Rocbambeau. Travaux de consolidation du châ- 
teau de Lavardin 150 

M. l'abbé Lezah. Réparations à Téglise de Baragne. 1 00 

M. DE Maricourt. Fouilles dans l'église de St-Gilles 

de Montoire 30 

Total 2,180 

résultat définitif. 

Excédant 4,551 25 

Allocations à solder 2,180 > 

Fonds libres.... 2,871 25 



Caen, le 7 jum 1873. 



Le Trésorier, 
L. Gaugain. 



SÉANCES GÉNÉRALES 



TENUES 



A VKNDOME 



EN f8«t 



CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE 



DE FMNCE. 



XXXIX* SESSION 

TENUE 

A VENDOME 

EN JUIN 187i. 



SEANCE D'OUVERTURE DU 18 JUIN. 



H. Hendlé, préfet de Loir-el-Cher, est invité à présider 
la séance qui est ouverte à deux heures , dans la grande 
salle de l'Hôtei-de-Ville. 

Siègent au bureau : MM. le comte Manuel de Gramedo 
soas-préfet de Vendôme, Chautard maire de Vendôme, 
Normand président du tribunal, le marquis de Vibraye de 
l'Institut et président de la Société archéologique du Ven- 
dômois, Tabbé Caille archiprêtre de Vendôme et curé de 
la Trinité, Launay professeur de dessin au Lycée de Ven- 
dôme, de Cougny, inspecteur divisionnaire de la Société 
françaised'archéologie, chargé de diriger le Congrès en l'ab- 
sence de M. de Caumont, et le marquis de Rochambeau, 

I 



2 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

secrétaire général du Congrès. M. de Dion, de Hontfort- 
l*Amaury, remplit les fonctions de secrétaire. 

A Touverture delà séance, H. le Préfet prononce le dis- 
cours suivant : 

« Messieurs, 

< En ouvrant la session du Congrès archéologique de 
France, mon premier devoir est d'exprimer le vif regret 
que nous fait éprouver l'absence de M. de Caumont, retenu 
par la maladie loin des collègues auxquels il apportait 
chaque année le tribut de ses lumières et le résultat de ses 
savantes recherches. 

(( Vous n'attendez pas. Messieurs, d'un profane tel que 
celui qui a la témérité de porter la parole en ce moment, 
qu'il effleure le vaste programme des études du Congrès. 
Qu'il me soit permis seulement de rendre hommage au 
service éminent que vos précieux travaux rendent à la 
Science, et d'exprimer combien il est consolant pour notre 
pays de le voir, si tôt après nos désastres, reprendre les 
traditions qui font sa grandeur intellectuelle et morale et 
retrouver ce feu sacré des arts et de la science grâce au- 
quel l'esprit français conserve intacte, au sein de la So- 
ciété moderne, une influence que rien ne saurait lui ravir. 

(( Les études qui vous sont chères n'ont pas seulement 
pour objet de rechercher curieusement dans les œuvres du 
passé et jusqu'aux âges les plus reculés, les secrets du 
travail humain, et de mettre en relief les beautés artistiques 
qui serviront d'aliment à l'admiration étemelle des géné- 
rations : elles se rattachent à l'histoire proprement dite 
parles liens les plus intimes, et l'étude profonde de notre 
histoire nationale, si pleinede vicissitudes les plus diverses, 
doit être désormais une de nos plus sérieuses préoccupa- 
tions. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 3 

< Là, sont nos plus grands souvenirs : notre sol en est 
marqué à chaque pas; aucun pays, pas même peut-être la 
terre classique des arts, ritaiie, n'est plus richement do- 
tée; la trace de ces souvenirs est vivante sur chacun des 
monuments auxquels vous marquez une place dans les ar- 
chives de Tart, etj'aime à penser que nous y pourrons pui- 
ser, pour l'avenir, plus d'une salutaire leçon, plus d'un 
exemple glorieux. » 

Des applaudissements prolongés accueillent les paroles 
de H. le Préfetet H. le marquis de Rochambeau, secrétaire 
général du Congrès, lui répond en ces termes : 

4 Messieurs, 

f Chargé par la Société française d'archéologie d'orga- 
niser le Congrès, je viens au nom de cette compagnie re- 
mercier notre premier magistrat de ses nobles et sympa- 
liqnes paroles ; je viens au nom de mes collègues remercier 
tons les membres qui siègent au bureau de leur présence 
encourageante; je viens vous dire combien nous sommes 
heureux de voir les dames qui veulent bien embellir cette 
assemblée et les savants qui n'ont pas craint un fatigant 
voyage pour venir de bien loin tenir ici leurs grandes as- 
sises archéologiques. 

€ Depuis un demi-siècle environ, la Société française 
promène dans le pays son flambeau bienfaisant, par elle 
bien des monuments ont été sauvés de l'oubli ou du van- 
dalisme de conservateurs inintelligents ; elle a toujours pro- 
fessé ce principe qu'une sage conservation vaut mieux 
qu'une mauvaise restauration. Puisse-t-il être toujours 
•applique! 

< La Société française d'archéologie compte de douze à 
quinze cents membres tant français qu'étrangers, répartis 
par régions territoriales qui comprennent plusieurs dépar- 



4 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DB FRANCE. 

lements. Chaque région a son inspecteur divisionnaire et 
chaque département son inspecteur particulier. 

c Au moyen de r^tte organisation, la Société surveille 
d'un œil jaloux les monuments qu'elle a souvent étudiés 
dans ses congrès et ses membres ont pour mission de lui 
signaler les faits qui leur paraissent contraires à une sage 
conservation. 

c Non-seulement elle conserve, mais elle encourage les 
artistes qui concourent aux travaux de conservation et de 
restauration bien entendue : la session ne se passera pas 
sans que nous trouvions l'occasion d'appliquer ce prin- 
cipe. 

« Notre programme est très-chargé, Messieurs, notre 
session relativement fort courte; j'ai voulu, par ces quelques 
mots, vous faire connaître la Société qui vient porter sa 
pierre à notre histoire locale, je ne retarderai pas plus long- 
temps ses travaux. » 

Avant l'ouverture de la discussion des questions du pro- 
gramme, M. de Gougny prend la parole et fait connaître 
en ces termes, les motifs de Tabsence de M. de Gau- 
mont. 

« Messieurs, 

(( Vous êtes étonnés sans doute de ne pas apercevoir ici 
l'homme éminent et dévoué que depuis trente-huit années 
n'a jamais manqué une seule fois de venir présider le 
Congrès archéologique de France dont il est le fondateur, 
et vous devez vous demander avec anxiété quelle peut être 
la cause de son absence. Une crise douloureuse, provoquée 
suivant toute vraisemblance par un travail trop assidu et 
par les fatigues auxquelles l'expose son zèle pour le progrès 
de la science à laquelle il a voué sa vie, est venue tout à 
coup porter atteinte à la santé jusqu'ici si robuste de M. de 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 5 

Caamont, et l'obliger à un repos qui, grâce à Dieu, sera 
DousTespérons, de courte durée. 

c L'absence de notre cher et vénéré directeur, nous de- 
vons, hélas I nous y attendre, Messieurs, se fera vivement 
sentir durant le cours de cette session, et nul ne s'en 
apercevra davantage que celui à qui a été dévolu le péril- 
leux honneur de le remplacer ici. Nous aurons souvent à 
regretter d'être privés du secours de cette science profonde, 
de ce tact si sûr, de cette exquise bienveillance avec les- 
quels il savait éclairer, diriger nos discussions et au besoin 
ea modérer les écarts. 

c Afin d'aplanir autant que possible les difficultés de la 
lâche qui nous est imposée en cette pénible circonstance, 
M. le Secrétaire général et moi avons eu recours à H. de 
Caumout en le suppliant de nous aider de ses instructions 
et des conseils de sa haute expérience. 

« De cette façon, H. le Directeur delà Société française 
d'archéologie sera, quoique absent, moralement présent 
au milieu de ce Congrès; il l'inspirera de son esprit et le 
dirigera dans une voie conforme aux traditions et aux usages 
par loi établis. Pour le surcroît. Messieurs, nous comptons 
sur votre sële, sur votre bienveillant concours et par-des- 
sus tout, sur votre indulgence. 

«En terminant, permettez-moi, Messieurs, d'émettre une 
proposition que vous accueillerez d'acclamation, j'en suis 
certain : c'est de déférer la Présidence d'honneur de cette 
session à l'illustre malade dont nous regrettons si vivement 
Tabsence, comme témoignage de nos sympathiques condo- 
léances, et de lui adresser nos vœux pour le prompt réta- 
blissement de sa santé. 

« M. de Caumont, nous n'en saurions douter, sera sen- 
sible â cette preuve de courtoise et respectueuse déférence, 
et nous, Messieurs, en la lui donnant, nous contribuerons 



6 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

à acquitter une faible partie de la dette de reconnaissance 
qui lui est si justement acquise de la part de la Société 
française d'archéologie et de la France savante tout entière. » 

La proposition de H. de Cougny est votée par acclama- 
tion et M. le Secrétaire général est chargé d'adresser un 
télégramme dans ce sens à M. de Caumont. 

M. de Rochambeau dépouille la correspondance et trans- 
met les excuses de MM. Jules Quicherat de l'École des 
chartes, Fillon, lesavant numismate vendéen, Godard-Faul- 
trier l'archéologue angevin, Jarry le numismate Orléanais, 
Chautard professeur à la faculté de Nancy, Taillar président 
honoraire à la cour de Douai, Dureau de la Malle de Paris, 
Breton*Dubreuil du Grand-Pressigny, qui tous expriment 
leur vif regret de ne pouvoir assister au Congrès de Yen- 
dôme. 

H. Desnoyers, au nom de la Société archéologique 
de l'Orléanais, M. Chardon, au nom de la Société d'Agricul- 
ture, sciences et arts de la Sarthe, MM. Geslin de Bour- 
gogne etProsper Huguet, au nom delà Société d'Emulation 
des C6tes-du-Nord, envoient à la Société archéologique du 
Vendômois et au Congrès les paroles les plus sympathiques 
et leurs regrets de ne pouvoir assister à nos assises ar- 
chéologiques. 

La Société archéologique d'Eure-et-Loir accrédite au- 
près du Congrès de Vendôme MM. P. Durand, B. de Saint- 
Laumer, B. de la Chavignerie, Laigneau et Merlet, 

On adopte pour la durée de la session l'ordre du jour 
général suivant : tous les jours à 6 heures du matin réu- 
nion à la mairie pour aller de là visiter les monuments de 
la ville; de huit heures à dix heures séance et de deux 
heures à quatre heures deuxième séance. 

M. le Président entame immédiatement le programme 
et donne la parole à M. l'abbé Bourgeois sur les temps 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 7 

préhistoriques et particulièrement sur les questions 1. 2. 
3. 5, 10 et il ainsi formulées : 

^'' La période paléolithique et la période néolithique sont- 
elles représentées dans le Yendômois ? 

^ A-t-on rencontré des ossements d* animaux soit éteints 
soit émigrés? 

9" Quelles sont les plus anciennes traces de Inexistence 
iePhomme ? Remontent-elles toutes à F époque quaternaire 
ùu esi'il possible de les rattacher à Vépoque tertiaire? 

5"" Les grottes préhistoriques du Yendômois sont-elles 
mlurtlles ou artificielles? Les débris de V industrie humaine 
si les ossements d^animaux qu'on y a rencontrés peuvent- 
ils nous renseigner sur leurs habitants primitifs? 

iO^ A-t-on recueilli des instruments préhistoriques en 
bronze? 

il» Peut-on tirer quelques conclusions générales des faits 
préhistoriques constatés dans le Yendômois? 

mémoire de H* l'abbé Bonrgeoia. 

M. l'abbé Bourgeois se propose de parler d'une manière 
géDérale de l'archéologie préhistorique. Cette question, 
(iit-41, est multiple et très-complexe; pour la traiter avec 
lacidité, je suis obligé d'exposer certaines notions élémen- 
taires que les hommes spéciaux me pardonneront, car le 
but avoué des Congrès archéologiques est de vulgariser la 
science. 

L'archéologie étudie les œuvres matérielles de l'homme 
^térieures à la génération actuelle. Si ces œuvres datent 
d'une époque dont les principaux événements nous sont 
transmis par l'histoire, elle est dite archéologie historique ; 
si au contraire ces débris de l'art et de l'industrie remontent 
Jusqu'à ces époques anciennes qui ne sont pas éclairées 



8 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

par le flambeau de rhistoire, l'archéologie est dite archéo- 
logie préhistorique. 

Mais il est important d'observer que ces mots n'ont qu'un 
sens relatif. L'histoire enregistrait les événements depuis 
longtemps déjà dans nos contrées, quand le Danemark, 
par exemple, en était encore aux temps préhistoriques. 

Pour établir certaines divisions dans les âges préhisto- 
riques, on a pris en considération la nature de la matière 
employée pour la fabrication des instruments (armes ou 
outils); de là trois âges bien connus : 

L'âge de la pierre, 

L'âge du bronze, 

L'âge du fer ( l'« époque de ce métal). 

I 

AGE DE LA PIERRE. 

Pour subdiviser l'âge de la pierre, on a pris en considé- 
ration non plus la substance mais la forme, c'est-à-dire le 
degré de perfection du travail. Pendant un temps plus ou 
moins long, selon les contrées, l'homme a simplement 
taillé la pierre par éclats au moyen d'une autre pierre 
(percuteurs). C'est l'âge de la pierre simplement taillée, 
période paléolithique. Plus tard, il a inventé la manière de 
polir la pierre en la frottant sur un grès (polissoir). C'est 
l'âge de la pierre polie, époque néolithique. 

A. — Période do la pierre simplement taillée 

on paléolithique. 

• 

Boucher de Perthes, le vrai créateur de la science pré- 
historique, a découvert les débris de l'industrie humaine, 
et l'homme lui-même au dessous des dépôts qui se pro- 
duisent actuellement dans des terrains reconnus par 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 9 

Cttvier et Brongniart comme Je vrais terrains géologiques, 
et là, l'homme et ses restes d'industrie sont associés à 
certaines espèces animales, qui n existent plus. J'ai cons- 
taté moi-même ce fait étrange dans des terrains plus 
anciens que ceux qui ont été étudiés par Boucher de 
Perthes. 

Ici, l'archéologie doit donner la main à la géologie. La 
géologie divise les terrains stratifiés, c'est-à-dire déposés 
par couches au fond des eaux, en terrains primaires, se- 
condaires, tertiaires, quaternaires, et modernes. 

La paléontologie, ou science des êtres fossiles, qui n'est 
qu'une branche de la géologie, nous a révélé dans la série 
des terrains, une succession d'espèces inexpliquée jus- 
qu'à ce jour. Pour établir des subdivisions dans Tftge de 
la pierre simplement taillée, on s'est basé sur les données 
stratigraphiques et paléontologiques. De là cette expres- 
sion : V homme tertiaire^ Vhomme quaternaire y ou celle-ci : 
l'homme de l'époque du mastodonte; l'homme de l'é- 
poque du mammouth ; l'homme de l'époque du renne. 

lo Vhomme terliaire. J'ai été le premier à signaler des 
silex travaillés par Thomme dans les terrains tertiaires. 
C'est dans le tertiaire moyen, autrement dit miocène, que 
je les ai rencontrés d'abord. Vers le milieu de l'époque 
tertiaire, la Beauce était occupée par un grand lac d'eau 
douce, qui s'étendait vers l'ouest jusqu'à VendAme. Les 
calcaires déposés dans ce lac sont exploités pour la cons- 
truction, à Villeromain, à la Chappe, près VendAme, etc. 

Là, vivaient de nombreux mollusques, entr'autres, la 
lymnée de Nouël, dédiée au père de notre savant collègue. 
Les rivages étaient peuplés de nombreux mammifères, 
parmi lesquels je puis citer l'acerotherium ou rhinocéros 
sans cornes; l'anchitherium, qui ressemble au paleothe- 
riam par son système dentaire, et au cheval par ses 



iO CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

membres ; Tamphicyon^ intermédiaire entre l'ours et le 
chien ; une sorte de cheyrotin à longues canines cultri- 

formes (amphitragulus ekgans)^ un tapir, etc enfin, 

l'homme. 

Comme je l'ai dit en 1867, au congrès international 
d anthropologie et d'archéologie préhistorique, tenu à 
Paris (1), j'ai trouvé au village de Thenay, près Pont- 
Levoy, à la base du calcaire de Beauce, et près des limites 
de l'ancien lac, une grande quantité de silex taillés par la 
main de l'homme. J'y ai rencontré les types ordinaires, 
c'est-à-dire des instruments pour couper, pour percer, 
pour racler, pour frapper. Plusieurs ont évidemment subi 
l'action du feu, quelques-uns présentent des traces de per- 
cussion ou d'usure, comme ceux qu'on recueille à la 
surface du sol. 

La question du gisement a été déclarée incontestable par 
tous les géologues sérieux qui ont visité la localité (2). 
Pour la rendre plus claire encore, j'ai fait creuser un 
puits qui traverse les couches tertiaires, et au fond, j'ai 
pu constater l'eiistence des silex travaillés. 

L'homme tertiaire a été admis dès lors par des hommes 
très-compétents. — Le nombre des incrédules diminue 
chaque jour. — Mais comme il existe encore bien des con- 
tradicteurs, je me propose de provoquer, au congrès de 
Bruxelles, qui doit avoir lieu le 32 août, la nomination 
d'une commission (3) composée d'hommes spéciaux pour 
trancher la question. 

( i ) Voir le Balletin du Congrès international d'anUiropologie et 
d'archéologie préhistorique de Paris, 1867. 

(2) Voir la coupe da terrain dans le BalleUn prédté. 

(3) L'action de l'homme sur les silex tertiaires de Thenay a été reconnue 
par les membres les plus nombreux et les plus compétents de la Com- 
mission. La question du gisement a été résolue affirmativement par un 
membre qui avait visité la localité. Naturellement elle a été réservée par 
ceux qui n'avaient pas vu. {Note du Secrétaire générai). 



XXXDC* SESSION, A VENDOBOS. 11 

L'homme devait alors habiter la partie du VendAmois 
qui n'était pas occupée par le lac, mais les restes de son 
industrie n'y ont pas encore été signalés. Cette première 
époque pourrait être nommée Vépoqw de V(icerotherium. 

Le lac de Beauce, en vertu d'un mouvement du sol, 
disparait, et ses dépôts calcaires, solidifiés, sont traversés 
par un cours d'eau venant du plateau central. -—C'est à ce 
cours d'eau que nous devons les sables de rOrUanais^ si 
riches en débris de mammifères. Sur les rivages de ce 
fleuve, dont nous rencontrons les traces à Neuville, Or- 
léans, Beaugency (Loiret), et à Avaray, Ménars, Gheverny, 
Chitenay, les Montils et Thenay (Loir-et-Cher), vivaient 
de nombreuses espèces d'animaux qui n'existent plus au- 
jourd'hui. J'y ai trouvé un singe de la famille des gibbons, 
kylobales aniiquus; le colossal dinotheriuro avec sa mâ- 
choire inférieure armée d'énormes défenses tournées vers 
la terre en forme de croc; des mastodontes, des rhino- 
céros, des carnassiers de grande taille, beaucoup de ru- 
minants; des crocodiles et des tortues, etc.. La flore est 
en harmonie avec la faune, car les troncs de palmiers y 
sont communs. 

Nous trouvons les débris de l'industrie humaine asso- 
ciés à tous ces restes organiques. Outre les silex taillés 
plus grossiers que dans les couches de l'époque précé- 
dente, je dois signaler une sorte de galet, composé d'une 
pâte artificielle, contenant des fragments de charbon vé- 
gétal. Cette seconde époque pourrait être appelée Vépoque 
du Dinotherium. 

N. B. — Les sables de l'Orléanais n'existent pas dans le 
Vendômois. 

Notre sol, émergé depuis longtemps, s'abaisse graduel- 
lement au-dessous du niveau de la mer, qui envahit une 
grande partie de notre département. Les limites extrêmes 



12 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de ce golfe, sont Villebarou, près BloiSi Soingfs, Chémery 
(Loir-et-Cher), et Chabris (Indre). Les dépôts de cette 
mer, qui n'existent plus qu'à l'état de lambeaux, ren- 
ferment plusieurs centaines d'espèces de coquilles dont 
beaucoup vivent encore. On y a recueilli des poissons, des 
polypiers, et enfin, un cétacé voisin des dugonges nommé 
halitherium. 

A Pont-Levoy, qui est un point littoral parfaitement 
caractérisé, le falun, c'est le nom donné à ce dépôt ma- 
rin, afourni quelques silex taillés. Certains ossements de ha- 
litherium,apporté desfaluns de Maine-et-Loire parM. l'abbé 
Delaunay, présentent des incisions profondes qui furent 
attribuées d'abord à l'action de l'homme. Hais M. Del- 
fortrie, de Bordeaux, a prouvé qu'elles étaient l'œuvre d'un 
grand squale, le careharodon megalodon. C'est l'^^ti^ du 
Halitherium. Les faluns n'existent pas dans leYendômois. 

C'est ici que nous devons placer les dépôts fluviatiles de 
St-Prest qui, tout en appartenant aux niveaux les plus 
élevés de l'Eure, paraissent établir une transition entre la 
période tertiaire et la période quaternaire. On y a trouvé 
une immense quantité d'ossements de l'éléphant méridio- 
nal et d'autres mammifères, dont les espèces sont perdues. 
H. Desnoyers , le savant bibliothécaire du Muséum, a re- 
marqué sur ces ossements des incisions qu'il rattachait à 
une origine humaine. On ne connaissait rien alors de plus 
ancien que les types quaternaires de Saint-Acheul. Le 
célèbre géologue Lyell, invité à se prononcer sur ce fait 
nouveau, déclara qu'il réservait son opinion, attendant des 
preuves d'un ordre plus élevé. Ces preuves, je les fournis- 
sais peu de temps après en signalant à l'Académie des 
silex taillés qui furent admis sans conteste, et qui pour- 
tant ne sont pas plus caractérisés que ceux du calcaire de 
Beauce, tant il est vrai que les jugements des hommes 



XXXIX" SESSION, A VENDOME. 43 

sont souvent viciés par des idées préconçues. C'est l'é- 
poque de Yéliphani méridional. 

Nuus ne connaissons rien d'analogue aux graviers de 
Saint-Prest, dans le YendAmois. 

2^ Uhofmne quaternaire. Les ossements de l'homme 
et les débris de son industrie, pendant la période quater- 
naire, ont été enfouis dans les alluvions formées par les 
cours d'eau, dans les brèches osseuses, les grottes et les 
abris sous roche. 

a. Alluvions, Sur le flanc des collines, au-dessus du 
niveau actuel des plus grandes crues, nous rencontrons des 
alluvions sableuses et caillouteuses qui n'ont pu être for- 
mées que par les eaux. C'est le terrain de transport des 
géologues, n est en général exclusivement composé d'élé- 
ments minéralogiques empruntés aux roches traversées 
par le cours d'eau ou par ses affluents. La faune comprend 
des espèces animales éteintes, comme le mammouth, le 
rhinocéros à longs poils, le bœuf primitif, l'hyène et le 
chat des cavernes (plus grand que le lion), le cerf à bois 
gigantesques, etc.... Outre ces espèces éteintes, il y a des 
espèces émigrées comme le renne, l'aurochs, le bœuf mus- 
qué, l'hippopotame du Nil, etc.... Parmi ces espèces, les 
unes, et c'est le plus grand nombre, ont émigré vers les 
régions septentrionales; d'autres, comme l'hippopotame, 
se sont retirées vers les régions méridionales. Pour expli- 
quer la coexistence de ces animaux dans une même con- 
trée, on suppose que nos températures extrêmes n'avaient 
pas lieu. Enfin on y rencontre aussi des espèces qui vivent 
encore dans notre climat, par exemple, le cerf élaphus, le 
sanglier, le cheval, etc.... 

Les débris osseux de l'homme sont rares dans les allu- 
vions quaternaires, mais les restes de son industrie, signalés 
pour la première fois par Boucher de Perthes, dans la vallée 



iA CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de la Somme, se trouvent partout aujourd'hui. L'instru- 
ment de pierre le plus connu de ces dépôts, est le type 
classique de Saint-Acheul , auquel sont associés des per- 
çoirs, des couteaux, de rares grattoirs et des pointes de 
lances, désignées sous le nom de type Moustier. 

Là, comme dans les cavernes dont je parlerai bientôt, 
il faut distinguer deux époques : 

V époque du mammouth^ avec espèces éteintes, émigrées 
et actuelles; 

Vipoque du renne avec espèces émigrées et actuelles. 

Les alluvions quaternaires sont très*développées dans 
le Vendômois, sur les rives du Loir. Au moment où se 
faisaient les terrassements du chemin de fer, j'ai pu étu- 
dier à loisir, pendant près de six semaines, la tranchée 
ouverte de Saint-Ouen à Vendôme. Il suffit de jeter les 
yeux sur la collection que j*ai faite en cette localité, pour 
se convaincre que dès l'époque quaternaire, on trouve 
beaucoup de types identiques à ceux que nous recueillons 
à la surface du sol. La forme classique de Saint- Acheul, 
qui parait propre à cette période, n'a été trouvée que dans 
les couches les plus profondes. C'est là sans doute l'époque 
du mammouth, mais ce grand proboscidien n'a jamais été 
trouvé dans la vallée du Loir, ni sur aucun autre point du 
département de Loir-et-Cher. Les couteaux, les têtes de 
lances et de flèches, les perçoirs et les grattoirs sont mieux 
travaillés dans les couches supérieures, qui représentent 
probablement l'époque du renne. Comme les fossiles ca- 
ractéristiques manquent, il est impossible de rien affirmer. 

Ce qu'il y a de plus remarquable peut-être dans les 
graviers du Loir, à Vendôme, à Montoire, à Artins, c'est la 
présence d'un très-grand nombre de petits silex incontes- 
tablement travaillés, et dont la destination est difficile à 
connaître. Pour plus de détails, sur ces dépôts si riches 



XXXIX' SESSION y A VENDOBtE. 15 

en inskraments de pierre, on peut consulter ma Note sur 
le aiuvium de Vendômey publiée dans le BuUetion de la 
Société archéologique du Yendômois de Tannée 1865. 

b. Brèches osseuses. Ces phénomènes géologiques sont 
rares dans nos contrées. — Je n'en connais qu'un seul 
exemple, la brèche de Vallière, près Pont-Levoy. M. le 
marquis de Yibraye, M. l'abbé Delaunay et moi, nous y 
avons recueilli quelques silex et quelques ossements tra- 
vaillés, en association avec le rhinocéros à longs poils, 
l'hyène et le chat des cavernes, le grand cerf, le bœuf 
primitif, etc Cette faune dénote l'âge du mammouth. 

e. Grottes et abris sous roches. Tout le monde connaît 
aujourd'hui les merveilleuses découvertes faites dans les 
grottes quaternaires et sous les roches surplombantes qui 
servaient d'abri aux populations de cette époque. — Je 
n*en parlerai donc pas. — Du reste, je n*en connais pas 
dans le pays, c'est en les étudiant qu'on a pu distinguer 
les deux époques du mammouth et du renne. 

Ne serait-pas ici le lieu de se demander si les faits 
étranges que je viens de signaler peuvent se concilier avec 
l'enseignement religieux? Nulle difficulté sérieuse ne peut 
subsister, si on a pris soin d'établir une différence radi- 
cale entre les opinions et les dogmes. -> La vraie science 
ne pourra jamais contredire un dogme parce que la vérité 
ne peut pas être opposée à la vérité, mais elle peut modi- 
fier ou même renverser des opinions. C'était une opinion 
généralement répandue que Dieu avait créé le monde en 
six jours de vingt-quatre heures. — Il y trente ans, quand 
j'affirmais, au nom de la géologie, que les jours de Moïse 
étaient de longues périodes, pour certaines personnes, 
j'étais un homme audacieux. Aujourd'hui, cette interpré- 
tation des textes bibliques est enseignée dans toutes les 
universités catholiques. Il en sera de même pour la chro- 



16 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

nologie classique. — Les découvertes de l'archiologie 
préhistorique pourront la modifier ; mais depuis quand les 
systèmes chronologiques sont-ils devenus des dogmes? 
Je neveux pas dire pour cela que je suis disposé à prendre 
au sérieux les calculs fantastiques de Lyéll et autres géo- 
logues, qui donnent à l'humanité des centaines de mille 
ans, car les chronomètres me paraissent tous défectueux. 
Je prétends seulement que si la science nous oblige à 
reculer la date assignée vulgairement à l'apparition de 
l'homme sur la terre, nous ne devons pas nous en effrayer. 
Nous pouvons avoir aussi des idées préconçues en géologie 
et nous tromper sur la durée des époques, de sorte que, 
si nous devons vieillir l'homme, nous devons aussi, peut- 
être bien, rajeunir nos fossiles. 

On pourra s'étonner aussi de voir que la création de 
l'homme parait avoir précédé celle de certains animaux. 
La Genèse, en effet, nous représente l'homme comme le cou- 
ronnement de lacréation; mais elle ne dit pas que la puis- 
sance divine n'a rien produit depuis. Qui pourrait prouver 
que ces paroles : Dieu se reposa le septième jour y doivent 
être nécessairement prises dans ce sens(l)? Gardons-nous 
bien de mettre sur la même ligne que les dogmes, des 
opinions peu fondées, car si la science, qui est un moyen 
d'interprétation biblique, venait à renverser ces opinions, 
les ignorants, trop nombreux aujourd'hui, s'imagineraient 
que le dogme est atteint. C'est par suite d'une confusion 
de ce genre que certains savants incrédules ont fait de 
l'archéologie préhistorique une machine de guerre contre 
la religion, et que, d'un autre cAté, quelques détenseurs 

(1) La responsabilité de toute opinion émise au cours de nos diseus- 
sions, appartient à celut-lài seul qui en est Tauteur ; et à moins d'an 
vole formel , le Congrès ne saurait être considéré comme y ayant donné 
son approbation. (Note du Directeur.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 17 

de la irérité religieuse n'ont pa$ voulu reconnaître ce qu'il 
y a de sérieux et de vrai dans cette nouvelle science. 

B. — Période néolithique, période de la pierre polie. 

Certains instruments de pierre sont polis avec une 
grande habileté, ce qui dénote une civilisation plus avan- 
cée. L'homme cultive les céréales, et n'est plus exclusive- 
ment chasseur. — La faune se compose d'animaux qui 
ment encore dans nos contrées et dont plusieurs sont 
soumis à la domestication. Nous devons toutefois observer 
que les objets d'art sont bien inférieurs à ceux de l'époque 
précédente. Nous allons signaler brièvement les princi- 
paux monuments de cette époque. 

1* Habitationê lacustres. Les cités construites sur pi- 
lotis, au bord des lacs, ont été soigneusement explorées 
et décrites par les archéologues suisses. — Je n'en connais 
aaeun exemple dans le pays. 

f" Dolmens. Les dolmens du Yendômois ont été dé- 
crits et figurés par notre savant collègue, M. Launay. Je 
loi abandonne cette question, et je me borne à quelques 
observations générales. 

Les dolmens sont des tombeaux et non des autels. Les 
perforations destinées à livrer passage au sang des victimes 
n'existent pas, ou sont des phénomènes naturels. Le 
dolmen de la Chapelle-Vendômoise présente une de ces 
tobolures si communes dans le calcaire de Beauce et dont 
tout géologue connaît l'origine. 

Les dolmens que j'ai pu examiner dans le département 
de Loir-et-Cher sont tous composés de matériaux em- 
pruntés à la localité où ils se trouvent. Ces matériaux 
sont des blocs de calcaire ou de meulière lacustre, ou 
bien des grès et poudingues de l'époque éocène (tertiaire 

inférieur). 

2 



i8 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Les dolmens reposent quelquefois, comme à Saint<*Hi- 
laire-la-Gravelle, sous les ailuvions quaternaires, ce qui 
prouve stratigraphiquement que ces ailuvions, riches en 
silex travaillés, malgré leur faible élévation au-dessus du 
Loir, étaient déjà formées à l'époque où l'on construisait 
les monuments mégallitiques. 

3° Pierres leviei. Les pierres levées, plus rares que 
les dolmens, ont été décrites aussi par H. Launay. 

4^ Buttes. Les buttes, assez communes dans le dépar- 
tement de Loir-et-Cher, n'ont pas été fouillées pu ne l'ont 
pasétésuJDBsamment. On peut dire àpnortqu'ellesnesont 
pas de la même époque et qu'elles n'ont pas eu la même 
destination. Il en est qui sont probablement des tumulus 
préhistoriques. Le docteur Chauveau a publié un mémoire 
où il essaie de prouver que celles qui sont échelonnées 
sur les ri?es de la Loire et du Loir constituaient des 
lignes télégraphiques à l'époque gauloise. D'autres sont 
encore plus récentes, et appartiennent, soit à l'époque 
gallo-romaine, soit à l'époque féodale. 

5"* Tombeattx en forme de puits. Notre savant collègue, 
H. Achille de Rochambeau, a décrit des tombeaux en 
forme de puits situés sur la commune de Thoré. On n'y 
a rien trouvé qui pmsse en caractériser l'âge d'une 
manière bien précise. L'un d'eux présente sur ses parois 
des traces d'un outil qui devait être la hache de pierre. 

6"* Grottes sépulcrales. Je ne connais rien dans nos 
contrées qui ressemble aux grottes sépulcrales décou- 
vertes récemment dans la Marne par mon jeune ami 
Joseph de Baye et que je viens d'étudier avec le plus vif 
intérêt. Ce lait archéologique, d'une importance capitale, 
sera communiqué au prochain Congrès de Bruxelles. 

7* Polissoirs. Comme les dolmens et les pierres 
levées, les polissoirs ont été décrits par M. Launay. Le 



XXXIX'^ SESSION, A VENDOME. 49 

plas beao polissoir do monde peut-être appartient au 
Vendômois ; c'est la pierre cochée de Droaé qui offre près 
de 30 sillons. Ge bloc de grès éocène (Ladère du pays 
chartrain) est trop volumineux pour être transporté dans 
un Musée. Outre ces poiissoirs que leur masse rendait 
Gxes, il en est de très-petits, soit en grès, soit en granit 
(roche étrangère au pays), soit même en silex qu'on 
pott^t facilement porter à la main. 

8* Armes et outib de pierre trouvés à la surface du sol 

Haches polies. Ces haches de formes très-tariées ont 
cependant un caractère commun. L'extrémité tranchante 
est toujours plus large que celle qui est destinée à péné- 
trer dans le manche. C'est à ce caractère qu'on reconnaît 
les haches simplement ébauchées en vue du polissage. 
Celles que nous rencontrons si fréquemment sur le sol ne 
possèdent plus leur manche commun dans les habitations 
lacustres et certains dolmens ; souvent même elles sont 
brisées. La cassure peut bien être intentionnelle, car 
dans quelques sépultures on a trouvé les fragments juxta- 
posés. Plus souvent elle est le résultat du choc des ins- 
truments aratoires. 

La plupart de ces instruments étaient des outils que 
Ton aiguisait de nouveau quand ils étaient émoussés au 
tranchant. De là cette usure oblique ou ce polissage sur 
un nouveau plan qui se remarque fréquemment. Il résulte 
des expériences faites au Musée de Saint*Germain par 
M. Maître, qu'il est plus facile de tailler le granit avec une 
hache de pierre qu'avec une hache de bronze. Elles 
étaient employées aussi comme armes de guerre ou 
comme symboles de la puissance. La taille des haches 
trouvées dans le Vendômois varie de 3 à 25 centimètres. 

Têtes de lances. Les plus belles sont en silex ou plutôt 
en grès du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire). Les instru- 



âO CONGRÈS ARCH&OLOGIQUE DE FRANCE. 

menis fabriqués dans cette célèi»*e localité avec les 
nodules de grès couleur cire jaune de la craie micacée 
(étage turonien) étaient transportés au loin. 

Flèeheê. Nous trouvons plusieurs formes de flèches : 
flèches barbelées ou à ailerons , avec pédoncule pour 
attache; flèches avec pédoncule sans ailerons; flèches 
avec échancrures sur les côtés près de la base; flèches 
avec base évidée ; flèches en losange ; flèches elliptiques ; 
flèches triangulaires; flèches à tranchant transversal. 
Cette dernière forme, la plus commune, a été trouvée 
avec sa tige dans les tourbières du Danemarck et les 
hypogées d'Egypte. On explique assez généralement 
l'identité de forme dans les instruments de pierre par 
l'identité des besoins chez l'homme. Cela peut être vrai 
pour une forme unique; mais quand on considère que 
les 8 formes de flèches que je viens de citer se trouvent 
en même nombre et parfaitement semblables dans tous 
les pays du monde , quoique une seule forme pût suffire 
à tous les usages, on est obligé, pour expliquer ce 
phénomène, de supposer l'unité des traditions indus- 
trielles et par conséquent l'unité d'origine. 

Râdoirs. Ce sont des lames brges, retouchées sur les 
bords , avec une entaille à chaque extrémité. Cette forme, 
que je proposerai de nommer type du Grand-Pressigny, est 
commune et trè8«-bien caractérisée dans cette station. 

GrMoirs. Cet instrument, connu de tout le monde, se 
rencontre fréquemment à la surface du sol dans nos con- 
trées. Il est rarement long comme dans les cavernes ; au 
contraire il est court et quelquefois presque discoîdal. Le 
grattoir double (lame longue arrondie aux deux extrémi- 
tés), si nombreux dans les grottes, est peu commun sur 
nos plateaux. Le grattoir de pierre, avec un manche en 
os, est encore usité aujourd'hui chez les Esquimaux pour 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 24 

préparer ia peau du renne. La multiplicité des inslru- 
iiients de ce genre nous autorise à croire que les hommes 
de cette époque employaient la peau des animaux pour se 
▼étir. 

Perçùin. Pour pratiquer des trous dans les peaux ils 
fabriquaient des poinçons en silex et en os. 

Sdes. Les scies finement dentées sont assez rares. Les 
sdes à grosses dents sont plus communes. On employait 
ao même usage des lames droites dont les bords étaient 
simplement retouchés. 

ùmteaux. Je désigne par ce nom les lames tranchantes 
pins on moins longues. 

Cotfw ou Ciseaux. Ces instruments plus ou moins 
tranchants sont rarement polis. Le plus souvent ils sont 
bruts quoique mieux travaillés que ceux des kiôken- 
môddings du Danemark. Il en existe plusieurs variétés. 

Ptbms de mortier. Ce sont des silex assez longs, 
cylindriques on prismatiques, présentant des marques 
de percussion on des traces d'usure par frottement à l'une 
des extrémités et quelquefois aux deux. 

Marteaux ou pereuteun. Ces instruments présentent 
des formes très-diverses. Le plus souvent ils sont gros- 
sièrement sphériques. Les marques de percussion se 
voient principalement sur les parties anguleuses qui 
finissent par disparaître après un long usage. Le silex 
d*eau douce, difficile à diviser en lames, était préféré 
pour la fabrication des marteaux à cause de sa dureté. 

Brofeurs. Les broyeurs, employés sans doute pour 
écraser les céréales ou autres graines , sont en grès ou en 
silex dont la surface avait été rendue rugueuse par une 
percussion réitérée. Les plus parfaits affectent la forme 
cubique. Souvent une ou plusieurs facettes présentent 
une sorte de polissage dû au frottement. J'en ai de Rama 



22 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

eo Palestine qui in*ont été donnés par le célèfare abbé 
Richard. Ils sont exactement semblables à ceux que nous 
recueillons dans la plaine de Ponl-Levoy • 

Formes quaternaireê. Outre les types que je viens de 
nommer, nous trouvons encore à la surface du soi le 
type Saint-Acheul, la hache de Boucher de Perthe, avec 
ses trois variétés lancéifarme^ ovalaire et triangulaire. 
Les deux premières variétés doivent appartenir à Tépoque 
quaternaire, car on ne les a jamais rencontrées dans les 
gisements sans mélange de Tépoque néolithique , comme 
les cités lacustres et les dolmens. La troisième, dont la 
base est toujours plus ou moins tranchante et qui pré- 
sente une sorte de transition à la hache polie, n'est pas 
d'une époque aussi bien définie. 

Maiiire employée pour la fabrication des instruments. 

Les matières employées pour la fabrication des instru- 
ments de pierre sont presque toujours des matières de la 
contrée, savoir : le silex pour l'immense majorité des 
instruments (silex marins ou silex d'eau douce emprun- 
tés à la craie et au calcaire de Beauce), le grès, plus 
rarement et le poudingue plus rarement encore. Hais il 
arrive assez fréquemment que parmi les haches en silex 
du pays il se trouve des haches en matière étrangère à 
nos contrées. Il en existe en jadéite et chloromélanite, 
minéraux de provenance inconnue; en diorite, aphanite, 
serpentine, basalte, fibrolithe et schiste micacé. Les 
haches anciennes en vrai jade oriental , selon M. Damour, 
n'existent ni chez nous ni ailleurs. Les haches simplement 
ébauchées, et destinées à être polies, sont toujours en 
silex, ce qui suppose que les haches polies, en matière 
étrangère au pays, ont été apportées dans l'état où elles 
sont. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 23 

Stations et ateliers de fabrication dans le Vendômois. 

Les principaux ateliers de fabrication de Tarrondisse- 
ment de Vendôme sont ceux de Ruisseau , d'Artins et des 
Diorières sur la commune de Chauvigny. Plusieurs de 
nos collègues se proposant de les décrire, je me borne à 
celte observation générale, qu'ils sont le plus souvent 
âtnés près des petits cours d'eau et exposés au sud , au 
sndHist ou au sud-ouest. 

SoukrrailM du château de Vendâme. Il est probable 
qu'il existait primitivement plusieurs grottes naturelles , 
comme celle qui s'ouvre au nord du côté de la ville 
à eimron 42 mètres au-dessus du Loir. Plus tard, à des 
époques différentes, elles ont été modifiées par le travail 
de rhomme. Pour savoir quelque chose de leurs premiers 
habitante, nous sommes réduits à interroger des osse- 
ments d'animaux que le propriétaire actuel a trouvés çà 
et là en opérant un déblaiement et qu'il a eu l'intelligence 
de conserver. 

Parmi ces animaux j'ai pu reconnattre à première vue 

ie bœuf avec des différences de taille que l'on peut bien 

attribuer au sexe; le mouton, le porc, le cerf, le lièvre, 

enfin deux oiseaux dont je dois la détermination à 

M. Alphonse Edwards, le choucas des Alpes (pyrrhocorax 

Alpinus) et le coq de bruyère à queue fourchue (tetrao 
lelrix). 

Le bœuf, le mouton et le porc sont domestiques. Telle 
est l'opinion de Rûtimeyer le savant professeur de Bàle 
qui a eu l'obligeance de les étudier. Il est d'avis qu'un 
radius de bœuf pourrait bien appartenir à la race Braehy- 
ceros des habitations lacustres de Suisse. Ce qu'il y a de 
plus remarquable peut-être parmi ces ossements, c'est 
^ calcaneum de mouton d'une taille extrêmement petite. 



24 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Ce mouton, qui ne peut se rattacher à aucune des races 
connues, n'était pas plus gros que notre lapin domestique. 

Le choucas des Alpes et le coq de bruyère à queue 
fourchue n'existent plus à Vendôme, même comme 
oiseaux de passage. 

Certains ossements de bœuf présentent de fortes inci- 
sions qui paraissent avoir été produites au moyen d'un 
in3trument de pierre. Des incisions fines se remarquent 
sur le miKeu de la diaphyse, dans les métacarpiens et 
métatarsiens du mouton. Quelques os à moëUe ont été 
fendus longitudinalement ou écrasés avec un marteau dont 
les coups ont laissé une trace visible. 

Dans le mouton les épiphyses supérieures du tibia ont 
été rongées par un carnassier qui doit être le chien. 

L'ensemble de ces fiiits nous autorise à croire que les 
ossements des souterrains du château de Vendôme re- 
montent pour la plupart à l'âge de la pierre polie. 

Il est regrettable que ceux qui ont recueilli ces débris 
osseux n aient pas eu la pensée d'examiner si des silex 
taillés ne leur étaient pas associés. 

Je ne dirai rien des grottes du Breuil, commune de 
Lunay, de Lavardin et de Troô, sur les bords du Loir, qui 
paraissent avoir été creusées avec des instruments de fer. 
Il est probable, comme l'a pensé de Pétigny, qu*elles ne 
remontent pas au delà de l'époque gauloise. 

n. 

AGE DU BRONZE. 

Le bronze est rare dans nos contrées où les instruments 
de pierre abondent. Je pourrais en dire autant des instru- 
ments de pierre très-perfectionnés qui paraissent avoir 
précédé immédiatement ce métal. Je veux parler des 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 25 

hacbes et des marteaui percés d'un trou pour remman- 
chement. Je n'en ai trouvé qu'uu seul exemplaire. Eu 
fait d'armes de bronze , je ne connais dans le Yendômois 
que deux poignards semblables à ceux des habitations 
lacustres. L'un d'eux a été trouvé par moi à Naveil et 
donné au Musée de la ville. H en est peut-être que je ne 
connais pas, car j'avoue n*avoir pas étudié spécialement 
cet âge préhistorique. 

m. 

AGE DU FER. 

On classe encore dans les temps préhistoriques la 
première époque du fer qui peut être considérée comme 
une époque de transition. Si on lit attentivement V Iliade y 
on se convaincra que le grand poète épique de la Grèce 
rivait dans un âge où le fer commençait à remplacer le 
bronM. 

Les armes des héros d'Homère sont en bronie. Le fer 
n'est nommé que très -rarement, et il est considéré 
comme une chose précieuse. 

Il est inutile de faire observer ici qu'il s'agit seulement 
des armes ou des outils tranchants, car le bronze ne 
cessa pas d'être employé pour la fabrication des ornements. 

La première époque du fer n'est pas représentée dans 
leVendAmois. » 



A l'appel de la question 4 : A-i-an remarqué que les 
pierrei taUUee se trùwefU prineipalemenl sur le bord des 
coitn feau ? Existe-î-il des gisements oA Pabondance et la 
^ililude des instruments peuvent faire supposer des ate- 
liers de fabrication? Rencontre-t-on des roches étrangères 
^ Vendâmois qui auraient servie la fabrication des armes 



26 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

OU des outiU? 1$$ instruments en silex «ml-tls aeeompor 
gnés d'auires indices de laprésenee de rhommey comme des 
cendres^ des poteries y etc. ? le baron de Maricourt répond 
par un mémoire qui traite des ateliers de fabrication d'ins- 
truments de pierre dans le Yeudômois. 

Voici le mémoire de M. de Maricourt: 



lies AtcUcva de l'Age de ^eire émam le JfmaàdùWÊQÊm. 

I. 

Atelier des Diorières. 

An mois de janvier 1865, M. Nonel, conservateur de 
notre musée naissant, communiquait à la Société archéo* 
logique du Yendômois un rapport sur la découverte d'un 
atelier de fabrication de haches en silex, trouvé par HM. de 
Meckenheim sur leur propriété des Diorières. 

De nombreuses visites faites à cet atelier ne nous ont 
fiiit découvrir aucune lacune dans la description qu'en 
avait donnée H. Nouél, que nous suivons pas à pas dans 
toute la partie topographique et géologique de ce petit 
travail. 

L'atelier couvre le versant méridional de la colline au 
pied de laquelle les deux ruisseaux de Chauvigny et de 
Gratteloup se réunissent pour devenir la petite rivière de 
la Yille-aux-Glercs, Busloup et Pezou. Les champs incli- 
nés vers le confluent des ruisseaux sont littéralement cou- 
verts de débris de silex d'un gris blanc. 

Là, parmi une énorme quantité d'éclats portant tous la 
trace de percussion, mais généralement dénués de re- 
touches, on trouve un grand nombre de pierres offrant plus 
ou moins grossièrement la forme de ces outils qu'on est 
convenu d'appeler des haches. 



ZXXIX* SESSION, A TBNBOBIE. 27 

L*eiamen d'une série suffisante de ces pièces permet de 
saitre toutes les phases du travail qui transformait le gros- 
sier silex en cette jolie hachette polie à laquelle nos pères 
attribuaient une origine céleste. 

Ici, il matière première se présente souvent sous une 
forme grossièrement parallélipipède; le premier travail 
consistait à abattre les angles et souvent une face plane 
oitnrelle forme une des nombreuses facettes dont l'en- 
semble constitue la forme caractéristique de l'instrument. 

Si grossier que soit en général le travail, il est impos- 
sible de n'y pas reconnaître l'intention de soigner davan- 
tage la partie la plus large de l'instrument, caractère qui 
distingue l'outil désigné sous le nom peu commode de 
hacbe destinée à être polie. 

Cependant, HM. de Heckenheim ont trouvé parmi ces 
débris d'une fabrication plus récente deux hachettes du 
type quaternaire bien caractérisé. Une seule est restée 
entre leurs mains. Ce charmant outil, d'une forme lancéo- 
lée, rare dans nos pays, est de la pierre de l'atelier, mais 
d*im travail infiniment plus fin. 

Celte perfection parait exclure l'idée d'un atelier anté- 
rieur à celui de l'époque de la pierre polie, car en géné- 
ral les ateliers n'ofirent que des pièces de rebut ; d'ailleurs 
il est difficile d'appuyer une conviction sur deux échan- 
tilloDs seulement, qui ont pu se trouver là par hasard. 

Nous avons été surpris de ne trouver aux Diorières 
presqu'aucun de ces instruments si communs dans toutes 
les stations de Tige de pierre : grattoirs, pointes, ciseaux, 
etc., etc. 

Une nombreuse population d'ouvriers devait cependant 
avoir construit ses huttes dans ce vaste atelier. Mais cette 
absence s'explique par l'énorme quantité d'éclats qui cou- 
vraient le sol, et dont les formes accidentelles devaient^ 



28 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

sao8 doate, suflBre à tous les usages. Quelques éclats non 
retouchés, mais usés et comme écrasés sur leurs bords 
nous ont confirmé dans cette supposition. 

La gnmde rareté des marteaux en ces lieux où leur ac- 
tion se montre partout, est plus extraordinaire, mais comme 
ceux du Breuil dont nous allons parler, ces marteaux de- 
vaient être énormes^ et par conséquent furent sans doute 
les premières victimes de l'épierrement, quand le règne 
de l'agriculture succéda à l'âge de la pierre. 

D'ailleurs, la route passe au pied de la colline et qui 
saurait évaluer le nombre de tombereaux de marteaux et 
de haches que les prestataires ont, sans remords, enfouis 
dans le macadam, avant que MM. de Meckenhein leur eussent 
signalé ces reliques? 

La matière première, identique à celle que nous retrou- 
verons dans tous les ateliers de notre pays, est un silex 
gris, provenant de la couche d'argile qui, en cet endroit, 
a une puissance de vingt mètres. Aux Diorières, ce silex 
ne se recouvre d'aucune patine. L'un des flancs de la col- 
line est profondément raviné par le ruisseau de Gratte- 
loup qui met à nu, sur une grande épaisseur, la couche 
d'argile à silex. Ce ravin, facilitant l'extraction de la ma- 
tière première, parait avoir eu une grande influence sur le 
choix de l'emplacement de l'atelier. Nous trouverons trois 
ateliers sur quatre situés de même. 

Aucune des haches des Diorières ne présente de trace de 
polissage; les haches polies paraissent même être assex 
rares aux environs, et sont d'un silex différent de celui de 
l'atelier. Cependant, M. de Bodart vient de découvrir un 
joli polissoir dans le bourg de Chauvigny, à un kilomètre 
de l'atelier. 




i3> Fmii& Jf ùnft 1i/ rpiguMrd . 'i/ S^ie t tHctfàtj Itttrnict, ea^KS atfMl Jouf fn j/Zw 4A firsrymv 'fU*-fYar 



M. 



Atelier des Di" 



ZXXIX* SESSION, A VENDOME. 29 

n. 

Atelier du Breuil. 

En 1867y la trouvaille d*une hache toui-à-faît semblable 
aux ébauches des Diorières fit soupçonner à M. de Bodart 
lapréseuce d*an atelier aux environs du Breuil, habitation 
isolée entre Lignières etFréteval. Ses premières recherches 
turentinfrttctueuses, mais un succès complet devait récom- 
priser sa persévérance. 

Du Breuil jusqu'à Fréteval s'étend un bois planté sur le 
versant du coteau qui limite à l'Est la grande plaine de 
Lignières. C'est là, dit une tradition douteuse, que se ré- 
fugia Philippe-Auguste battu par le roi Richard à Belfo- 
ginmet ce lieu en a gardé le nom de bois du Refuge. Cette 
étjmologie, fût^elle légendaire, n'en servirait pas moins à 
(léfflontrer que ces lieux, boisés déjà au xii* siècle, n'ont 
probablement jamais été remaniés par la culture. 

Tout auprès du Breuil, un chemin coupe le bois et gra- 
vit perpendiculairement le coteau. C'est au tond des fossés 
de ce chemin que fut ramassée une quantité de haches 
snffisanie pour indiquer levéritable emplacement de l'ate- 
lier. 

Sur un espace d'environ trois hectares, à droite et à 
gauche du chemin, le sol est formé de débris, d'éclats lar- 
gement enlevés d'un seul coup, d'ébauches plus ou moins 
grossières. Il est impossible de remuer la mousse et les 
feuilles sous bois, sans trouver des traces de l'antique in- 
dustrie qui eut là un de ses foyers les plus importants. 

La hache agissant par le tranchant était bien le but 
exclusif des travaux du Breuil. Parmi l'immense quantité 
d'éclats qui nous sont passés entre les mains, nous n'en 



30 CONGRÈS ARCHÊOLOGIOnS DE FRANCE. 

avons trouvé que deux retouchés de façon à en faire un 
autre outil : un grattoir finement taillé et une belle pointe 
largement coupée par une main habituée à traiterde grosses 
pièces. 

Les haches sont d'une abondance extraordinaire, nous 
en avons recueilli une centaine en deux ou trois explo- 
rations. 

Ce sont des ébauches à tous les degrés de perfection, 
depuis le rognon de silex fendu en deux jusqu'à la pièce 
presqu'achevée à laquelle un dernier coup avait enlevé 
un éclat trop considérable. Car aucune de ces ébauches 
n'est parfaite, ce sont des rebuts : il est facile de trouver 
dans chaque pièce le défaut de la pierre ou la maladresse 
de l'ouvrier qui l'a fait rejeter avant son achèvement. 

Ici, comme à Pressigny, il est impossible de n'être pas 
étonné de l'adresse avec laquelle ces ouvriers primitifs, 
pour faire leur première ébauche, enlevaient d'un seul 
coup des éclats parfois larges comme la main et épais de 
quelques millimètres au plus. Il leur fallait pour cela des 
outils puissants; les marteaux qui abondent au Breuil sont 
très-volumineux, il en est peu dont le poids soit inférieur à 
trois cents grammes. 

Le choix de la pierre était important ; aussi tout l'atelier 
est-il couvert de rognons de silex qui n'ont subi aucun tra- 
vail et qui sans doute ont été laissés là après examen. Dans 
toute l'étendue de l'atelier, ces pierres mêlées aux éclats, 
aux marteaux et aux ébauches débâches, sont groupées par 
monceaux recouverts de mousse. Chaque monceau marque 
probablement la place où travaillait un homme, car il est 
peu probable qu'en plein bois, et aussi disséminés, ils soient 
le résultat de l'épierrement des champs voisins ; d'ailleurs 
un grand nombre de ces pierres portent les traces de l'ac- 
tion du feu, et seulement sur leur face supérieure. 



XXXIX* SESSION, A VENDOMB. 31 

La floatiëre première est un silex gris semblable à celui 
des Dioriëres. 

Dans le bois, au centre de Talelier, se trouvent deux 
dépressions considérables du sol. Malgré le taillis et les 
broassaiUos qui les obstruent, il est aisé d'y reconnaître des 
eicavations artificielles, en partie comblées par les ébou- 
lements des talus . Ce sont de véritables carrières ; nos pères 
de l'époque de la pierre polie connaissaient et utilisaient 
pour la taille des grosses pièces la propriété qu*a le silex 
de se mieux travailler quand il sort de terre et au centre 
même de leur atelier, ils exploitaient à ciel ouvert une 
niioe qui leur fournissait le silex avec son eau de car- 
rière. 

Parmi les ébauches, nous avons retrouvé tous les types 
qui polis, se rencontrent aux environs, depuis la hache 
très*étroite, épaisse, à bords latéraux presque droits, et à 
tranchant souvent oblique, jusqu'à l'instrument large et 
plat d'une forme elliptique si prononcée que dans l'ébauche 
il est souvent difficile de distinguer l'extrémité destinée à 
devenir tranchante. 

Quelques pièces taillées à grands éclats sont énormes, 
d'autres d'une petitesse extrême. 

Le travail le plus parfait se rencontre toujours dans des 
haches cassées parla moitié, cet accident seul a pu empê- 
cher les dégrossisseurs de livrer à la circulation leur œuvre 
achevée. 

Bien que le taillis, la mousse et l'humus provenant de 
la décomposition des feuilles recouvrent cette atelier, au 
point de rendre difficile la détermination de ses limites 
eiactes sous bois, nous n'hésitons pas à croire que le Breuil 
est le centre de fabrication de haches de silex le plus im- 
portant qui soit connu jusqu'à ce jour. 

Sur ce sol où la charrue n'a jamais passé, il est aisé de 



32 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

suivre toutes les péripéties de ce trayail dont l'objet a at- 
tiré le premier Tattentioii vers ces âges oubliés des géné- 
rations nos devancières. 

Le marteau repose encore entre le silex brisé et Téclat 
qu'il en a enlevé; à côté git l'ébauche manquée dans la 
position oA Ta jetée avec dépit Touvrier maladroit, le feu 
où cuisait son repas a calciné les rebuts de son travail; 
l'aspect même des lieux a dû peu changer, et Ton aime à 
penser que les chênes qui abritent les déchets de l'antique 
industrie, descendent, par une suite ininterrompue de re- 
jetons, des futaies à l'ombre desquelles travaillaient nos 
sauvages aïeux. 

m. Atelier de la GtisoNNiÊms. 

A deux kilomètres environ de Pezoo, la chaîne de co- 
teaux qui longe la route de ce bourg à Fréteval est brus- 
quement coupée par un ravin très-encaissé dont la direc- 
tion générale est perpendiculaire à la route. Une ferme 
nommée h Guisonnière est bâtie à l'angle de la route et 
du ravin et s'appuye contre le coteau qui grimpe à pic au- 
dessus d'elle. Quand on a gravi cette pente très-raide, 
on se trouve sur un phteau horiiontal qui se termine là 
en un angle droit formé, d'un côté par la pente qui du pla- 
teau mène au bassin du Loir, de l'autre par une coupe 
verticale du terrain qui, du fond du ravin jusqu'au sommet 
du plateau, est exploité comme carrière de pierre A 
chaux 

Quand nous visitâmes ce terrain au mois d'avril dernier, 
le blé et le seigle déjà hauts ne permettaient pas à nos 
explorations de s'étendre sur plus de quelques ares de ter- 
rain, néamoins nous fûmes surpris d'y voir une grande 
accumulation d'éclats et de déchets en tout semblables à 
ceux des Dîorières et du Breuil; évidemment nous étions 



ZXXDL* SESSION, A VENDOME. 33 

en présence d'un nouvel atelier. En effet, les quelques 
mètres de terrain que la culture laissait à notre disposition 
ne lardèrent pas à nous fournir trois haches bien carac- 
térisées, plus quelquesautres à peine ébauchées et plusieurs 
roarteanx. Tout, d'ailleurs, produits, outils, matières pre- 
mières et déchets était semblable à ce que j'avais vu aux 
Diorières et an Breuil, seulement haches et marteaux sont 
d'mie extrême petitesse, quoique les gros rognons de silex 
abondent dans le ravin et presque tous les éclats ont été 
retouchés et transformés en types bien connus de grattoirs, 
pointes, ou coins. 

Enfin, dans l'atelier même, nous avons recueilli plusieurs 
instruments de ce genre en silex différent de celui des 
haches, ce que nous n'avions encore observé ni aux Dio- 
rières ni au Breuil. 

Ici, comme aux Diorières, le ravin en mettant à nu les 
lits de silex, a fiiit une partie de l'ouvrage des carriers 
primitifs. 

lY. Ateuer de Lisle. 

M. de Bodard avait ramassé quelques haches du type 
des Diorières au fond du ravin qui aboutit à Lisle, et 
à quelques mètres seulement au delà du viaduc du chemin 
de fer. 

Ces haches étaient encastrées dans le macadam incom- 
plètement écrasé de la route qui suit le fond du ravin, ou 
enclavées dans la paroi de la tranchée qui pour élargir la 
roate, coupe h pente du terrain, sur la droite du ravin en 
s'éloignant de Lisle. Une exploration que nous fîmes en- 
semble dans les champs voisins amena aussitôt la décou- 
verte d'un quatrième atelier, en tout semblable aux autres; 
haches à tous les degrés d'achèvement, éclats non retaillés, 

3 



34 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUB DE FRANCE. 

gros marteaux, silex gris, voisinage du ravin, tout est 
comme auxDiorières. 

Sur Tatelier même, nous avons recueilli peu de haches, 
sept ou huit au plus; mais la coupe du terrain au fond du 
ravin, sur le bord de la route, montre que les restes de 
l'antique industrie ont suivi la pente très-raide du terrain, 
jusqu'au bas de la côte où ils gisent pour la plupart, sous 
une épaisse couche de terre. 

Mous en avons recueilli, au niveau de la route, tout au 
bas de la tranchée, à plus de deux mètres de profon- 
deur. 

En résumé, quatre ateliers uniquement consacrés à la 
fabrication de la hachette agissant par le tranchant, ont été 
reconnus dans un rayon de quelques lieues autour de Yen- 
dôme ; deux de ces découvertes ne remontent qu'à quelques 
mois, et nous sommes en droit de penser qu'une étude 
attentive des environs fera peut-être connaître de nouveaux 
centres de fabrication. Nous avons, en effet, trouvé un 
atelier établi partout où un ravin mettait à nu l'argile à 
silex. 

Que devenaient, au sortir des ateliers, les instruments 
qu'ils produisaient en si grand nombre ? 

L'abondance extrême des polissoirs répandus dans notre 
Vendômois permet de supposer qu'ils étaient immédia- 
tement soumis à l'opération du polissage. 

Cependant, dans les collections de notre pays, il est 
assez rare de trouver une hache polie qui soit manifes- 
tement en silex de nos ateliers. En revanche, celles en 
pierres étrangères, aphanite, silex du Pressigny, jadéTte, 
etc., etc., abondent; n'est-il pas permis d'en déduire que 
les haches de nos ateliers étaient surtout fabriquées en 
vue de l'exportation et dans un but d'échange? 

Ce n'est là qu'une simple conjecture dont l'étude des 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 35 

haches recaeillies en d'autres pays pourra seule corroborer 
Texactilude, mais les produits du Grand-Pressigny répan- 
dus partout nous ont familiarisés avec l'étendue des rela- 
tions commerciales à Tâge de pierre; d'ailleurs l'énorme 
production de haches révélée par les déchets de nos ateliers 
et le nombre de nos polissoirs semble disproportionnée 
a?ec la quantité, si grande qu'elle soit, de ces instruments 
recueillis dans notre pays. 

Nous avons dit que les haches des ateliers étaient pro- 
bablement toutes destinées au polissage, leur forme le 
prou?e. 

Dans toutes nos stations de l'âge de pierre, nous trouvons 
eo abondance les instruments désignés sous le nom de 
hochet destinées à être polies. Ceiie dénomination est-elle 
exacte? Les instruments ainsi nommés étaient-ils tous 
destinés à être polis? Je ne le crois pas. 

Le principal argument sur lequel s'appuyait l'opinion de 
ceux qû font de tous ces instruments de simples ébauches 
repose sur leur rareté par rapport aux outils polis. Or, cet 
argument ne saurait avoir aucune valeur aujourd'hui, 
puisque toutes nos collections vendômoises renferment au 
moins autant de haches oblongues non polies, ramassées 
en dehors des ateliers, que de haches polies en silex, celles 
en pierres étrangères devant naturellement être écartées. 

Ce n'est pas, d'ailleurs, dans les collections, mais bien 
sur le terrain qu'il faut étudier les proportions dans les- 
quelles ces deux instruments se trouvent Tun par rapport 
i l'autre ; les collections sont, en effet, généralement com- 
posées des trouvailles des campagnards et des enfants qui 
ramassentles haches polies et ne remarquent pas les autres, 
surtout si elles sont cassées. 

On m'a toujours apporté plus de hachettes polies que 
d'autres, mais en revanche, dans le Yendômois et en de- 



36 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

hors des ateliers, j'ai ramassé toujours au moins trois 
haches non polies contre une polie. 

La rareté relative des instruments non polis ne saurait 
donc être invoquée. 

En second lieu, la forme des petites haches non polies 
me parait exclure Tidée du polissage. Dans les haches po- 
lies, en général, lerapport de la largeur du tranchant à la lon- 
gueur de l'instrument augmente à mesure que l'instrument 
diminue; en d'autres termes, plus la hache en silex est petite, 
plus elle est en général, large et trapue jusqu'à devenir un 
triangle presqu'équilatéral. 

Les haches en roches autres que le silex n'offrent pas 
celte particularité qui distingue à un haut degré les pe- 
tites haches de nos ateliers. 

Dans les haches non polies, recueillies en dehors de nos 
ateliers, au contraire, le rapport du petit axe de l'instru- 
ment au grand axe reste sensiblement constant dans toutes 
les dimensions, de façon à ce que llnstrument le plus 
exigu garde exactement la forme oblongue des plus 
grands. 

Cela n'est pas mathématique, évidemment, et telle polie 
sera, à longueur égale, plus étroite que telle autre non po- 
lie, mais c'est exact comme moyenne et cela me semble 
d'autant plus concluant, que le polissage destiné à faire 
disparaître toutes les rugosités devait diminuer la largeur 
de l'instrument proportionnellement plus que la longueur. 

Les hachettes non polies d'une grandeur moindre que 
0,06 ou même 0,05 centimètres ne sont pas rares dans le 
Vendômois. Ces dimensions sont communes pour les 
haches en jadéite ou autres pierres étrangères, mais je n'en 
connais pas d'aussi petites en silex poli et pourtant le po - 
lissage de ces prétendues ébauches devait encore les dimi- 
nuer beaucoup. 



XXZIX* SESSION, A VENDOUE. 37 

On pourrait objecter que ces tout petits objets ne sont 
plus des haches, mais à quel point exact ces instruments 
rangés par ordre de grandeur cesseraient-ils d'Être des 
haches, puisqu'on peut en établir une série décroissant 
par degrés insensibles depuis la plus grande taille jus- 
qu'à celle que nous venons de citer? 

Enfin, toute idée de polissage s'évanouit à la vue de 
quelques magnifiques pièces dont je ne connais que six 
exemplaires dans le Vendômois. Cinq appartiennent au 
R« F. Narcisse, qui les a recueillis aux environs d'Huis- 
seauetle sixième à M. Bouchot, provient de Coulommiers. 

Ce sont des haches oblongues dont les extrémités dif- 
lèrenl peuentr'elles. L'une des faces est un peu plus bom- 
bée que l'autre, et l'épaisseur est relativement considé- 
rable. Ces haches de différentes dimensions, sont identi- 
quement semblables quanta la forme et à la perfection du 
travail dont les magnifiques objets du Danemarck offrent 
seuls un autre exemple. 

La finesse et la régularité des retouches sont extrêmes, 
ou croirait voir un morceau de bois dur délicatement ciselé 
^ b goqe. Evidemment l'artiste primitif ne se serait 
pas donné tant de peine pour faire disparaître son chef- 
d'œuvre sous le polissage et la plupart de nos haches, 
même les plus belles, nous montrent par quelques larges 
éclats qu'on ne les avait pas si soigneusement ébauchées 
avant de les polir. Le polissoir n'aurait, d'ailleurs, nulle- 
ment altéré la forme de ces belles pièces si bien préparées 
et pourtant cette forme caractéristique et constante ne se 
trouve guères parmi nos haches polies. 

Or, si Ton trouvait à employer, sans les polir, ces beaux 

• 

ittslraments, il est naturel de supposer qu'on employait 
aussi ceux qui, sans offrir la même perfection d'exécution, 
devaient être d'un aussi bon usage pratique. 



38 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

La hache agissant par le tranchant, mais non polie, ne 
nous semble donc pas toujours destinée à l'être. Recher- 
cher si elle était contemporaine de la hache polie ou si 
elle l'a précédée nous entraînerait loin des ateliers en 
vue desquels nous avons cherché à établir une distinc* 
tion entre les ébauches proprement dites et les instruments 
complets auxquels elles ressemblent fort. 

Pour tâcher de démontrer que les produits de nos ate- 
liers étaient bien des ébauches de haches polies, on pourrait 
retourner les arguments dont je me suis servi pour prou- 
ver que la hache brute était souvent un instrument 
complet. 

Jamais nos ateliers n'ont fourni de fragment taillé avec 
un soin qui exclue la pensée d'un polissage, c'est une fac- 
ture large et hardie qui attend un achèvement quelconque; 
jamais non plus nous n'y avons trouvé d'instruments plus 
potits que les petites haches polies en silex, et dans ces 
petites dimensions, les produits de nos ateliers ont les 
formes larges et trapues des instruments polis de même 
taille et même matière. Enfin, je connais dans le Yendô- 
mois, un petit nombre de haches polies qui sortent évidem- 
ment de nos ateliers, une entr'autres que j'ai recueillie 
dans le Perche, à l'extrémité du département. 

Isolément, chacune de ces preuves a peu de valeur, 
mais de leur ensemble, il me parait permis de conclure 
que nos ateliers n'avaient en vue que la fabrication de 
l'outil destiné à être poli et qu'il existe une corrélation étroite 
entre les ateliers de dégrossissage et les polissoirs répan- 
dus autour de Vendôme. 



Après la lecture de ce mémoire, M. le marquis de Vi- 
braye demande la parole sur cette partie de la question 4 : 



ZXXIZ* SESSION, A VENDOME. 39 

Rencantre-I'^on des roches étrangères au Vendâmois 
qui auraient servi à la fahricaiion des armes ou des ou- 
tils? 

H. de Yibraye, pour Cadre suite à la communication de 
H. I*abbé Bourgeois, ajoute quelques détails sur les ma- 
tières étrangères ayant servi à la fabrication d'un certain 
nombre d'instruments ap(Mirtenant à l'époque mégaliiique : 

V La CallaïSj nouveau phosphate d'alumine hydraté, 
d'une vert émeraude, que M. Damour a décrit dans les 
comptes rendus de l'Académie des sciences, n9 du 5 dé- 
cembre i864, offire avec la turquoise orientale des analo- 
gies de composition, elle pourrait comme cette dernière 
ttre originaire de quelque partie de la Perse. En tous cas 
cette substance découverte dans un tombeau celtique du 
Morbihan ne s'est rencontrée jusqu'à ce jour dans aucun 
gisement de Bretagne ni même de France. 

2" La Jadéïte, silicate alumineux alcalin, décrite par le 
même auteur en 1863 (Comptes-rendus, etc., tom. LVI, 
p. 861 et postérieurement dans le no 9, 8 août 1865), est 
une matière ayant servi plus qu'on ne le supposait tout 
d'abord à la fabrication d'un assez grand nombre de haches 
polies provenant de Bretagne, de beaucoup d'autres loca- 
lités de France, des cités lacustres de la Suisse, notam- 
ment du lac de Meuchàtel. Enfin des haches rapportées 
de la Nouvelle-Zélande appartiendraient à la même subs- 
tance originaire de l'Asie centrale, de la Chine et du Thibet. 
Quelques objets sculptés et des instruments {urovenant du 
Mexique appartiennent également à ce nouveau minéral qu'il 
est utile de signaler aux géologues aussi bien qu'aux ar- 
chéologues. Us devront, de concert, enregistrer les loca- 
lités ûà seront signalés des gisements ou des instruments 
appartenant non-seulement à cette substance mais à toutes 



40 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

autres, et notamment au jade oriental, afin d'essayer au 
moyen des provenances, de projeter quelque lumière sur 
la migration et Torig^ine de ces peuplades antiques dont 
l'histoire est encore si problématique et ne peut se rap- 
porter jusqu'à ce jour à aucune date précise. 

9" La Chhromélanite^ autre substance offrant avec la pré- 
cédente une certaine analogie de composition sous un as- 
pect très différent comme Ta pu constater H. Damour, est 
jusqu'à ce jour de provenance inconnue, bien que tout 
semble indiquer une origine asiatique. 

Toutefois on doit se montrer sobre d'appréciations pré- 
maturées. J'ai vu l'époque où la FUbrolUe était regardée 
par les minéralogistes comme exclusivement originaire de 
rinde et du Camate accompagnant les corindons. Des 
recherches ultérieures en ont fait découvrir nombre 
de gisements en Europe dans les terrains granitiques et 
les filons de quartz, et notamment en France à Rive-de- 
Gier et Pontgibaud, aussi les haches des âges mégalitiques 
appartenant à cette substance deviennent plus communes 
de jour en jour, le musée de VendAme notamment en pos- 
sède un certain nombre d'exemplaires. J'ai parmi mes 
échantillons des hachettes recueillies dans la Haute-Loire 
c'est-à-dire à proximité des gisements français ; une autre 
de même substance, appartenant à ma collection est au- 
thentiquement originaire du Brésil. 

Il est donc nécessaire, comme l'a dit très-judicieusement 
M. Damour, d'étudier et de comparer le plus grand nombre 
possible d'échantillons épars,et de ne hasarder les conclu- 
sions que sur l'examen plus spécial d'un petit nombre d'es- 
pèces, dont les gites minéraux seront démontrés n'apparte- 
nir qu'à un nombre restreint et j'ajouterai tout spécial de 
régions du globe, permettant de fixer les points d'origine. 

Lorsqu'on voudra consentir à répudier l'esprit de sys- 



XXXIX* SESSION > A VENDOME. 41 

lème et l'idée préconçue, les faits, sans même recourir 
aux notions traditionnelles, démontreraient au besoin que 
Fespèce humaine est loin d'être essentiellement et surtout 
ioTariableroent perfectible et que les âges antérieurs n'ont 
pas toujours été les plus barbares. On pourrait signaler 
chez tous les peuples dont on connaît l'histoire, de lamen- 
tables retours vers la dégénérescence, dan s l'ordre physique 
et moral; mais afin de ne point nous écarter de notre su- 
Jet^ je dirai simplement que l'inspection des stations hu« 
maines réputées les plus anciennes, qualifiées d'âge de la 
pierre taillée, suffirait pour nous la faire entrevoir. 

L'Augerie haute aux Eyries (Dordogne) a mis entre nos 
mains des instruments de pierre aussi parfaits que les ty- 
pes danois les plus récents. Ces instruments sont évidem- 
ment contemporains des grossières ébauches des bords de 
la Somme, à Saint-Âcheul notamment. Ces types remar- 
quables de l'Àugerie haute se trouvent associés comme 
dans la Somme à la faune du mammouth (Elephas primi- 
genins), et de l'un de ses contemporains, le grand felis, 
tigre ou lion des cavernes (Felis speloea). 

Les hommes pré-historiques, comme on a prétendu les 
désigner de nos Jours, n'étaient donc pas si barbares, 
j'ajouterai même si complètement individualisés que vou- 
draient le prétendre certaines écoles, et d'ailleurs, la no- 
lion demeurée vivante à la suite des grandes migrations, 
pouvait être plus développée que la possibilité de produire 
lorsque la matière était absente et les moyens de produc- 
tion insuffisants, bien que les relations eussent été parfois 
très-étendues. Témoin le quartz hyalin (cristal de roche) 
de provenance hré$iliennet rencontré sous les surplombs 
de rochers du bord de la Vésère ! 

Comment oser donner cours à cette appréciation ? et 
pourtant, on ne s'est pas contenté d'un examen super- 



42 CONGRÈS ARCHtOLOGIQUE DE FRANCE. 

ficiel. Deux savants, H. des Cloisaax, de l'Institut, et 
M. Pisani, Téminent chimiste, fondateur d'un comptoir 
minéralogique et géologique, faisant passer entre ses 
mains les substances minéralogiques de toutes les parties 
du globe, ont étudié les spécimens, et les ont soumis à de 
scrupuleuses et minutieuses observations microscopiques. 

Il demeure en quelque sorte évident, et jusqu'à la dé- 
couverte de nouveaux gisements, que nulle contrée de 
l'Europe ne fournit de quartz hyalin pouvant s'identifier 
avec certains spécimens provenant des stations pré-histo- 
riques des bords de la Vésère. Ces peuplades avaient-elles 
des relations transatlantiques? Quels moyens employaient- 
elles pour franchir ces terribles distances? Se trouvaient- 
elles en présence de ce continent problématique dont les 
Açores, Madère et autres points isolés au milieu des im- 
mensités de l'Atlantique, avec leurs faunes et leurs flores 
continentales incohérentes, seraient aujourd'hui les seuls 
représentants ? 

Que de problèmes à résoudre ! Je réserve toute hypo- 
thèse comme intempestive dans l'état présent de nos con- 
naissances étymologiques, nées d'hier, évidemment rudi- 
mentaires, et ne peuvent dès aujourd'hui donner matière 
à une conclusion définitive, encore moins à ces chronolo- 
gies dont on est si prodigue de nos jours et qui, dans l'état 
présent de la science, ne peuvent être que fantastiques, 
arbitraires et systématiques. 



M. de Haricourt demande la parole pour entretenir le 
Congrès de quelques poteries pré-historiques qu'il a 
trouvées à Yillerable, et qui lui semblent contemporaines 
des instruments de silex. Il s'exprime ainsi : 

Dans toutes les parties cultivées du terrain, qui s'étend 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 43 

de Villerable à Huisseau, j'ai trouvé, associés à de nom- 
breux silex travaillés, une grande quantité de fragments 
de poteries présentant tous les caractères de celles qu'on 
retire des pilotages de l'âge de pierre ou des grottes à 
silex. Cette analogie seule peut servir à dater nos frag- 
ments, généralement excessivement petits. Dans les mêmes 
champs, en effet, on trouve, avec de la poterie vernie, des 
toiles à rebord romaines et des échantillons de cette belle 
terre rouge, dite samienne, ainsi que des débris de vases, 
sans date précise, mais cuits d'une façon complète et fa- 
çonnés évidemment au tour. 

Tel n'est pas le cas des fragments dont nous nous occu- 
pons. Si petits qu'ils soient, il est facile d'y reconnaître 
une cuisson fort incomplète ; les deux surfaces du vase, 
interne et externe, sont rouges, mais l'intérieur de la cas- 
sure est d'un gris-noir. Evidemment, ils n'ont pas été cuits 
au four. La pâte n'est pas homogène et renferme une 
grande quantité de grains siliceux, quelquefois relative- 
ment très-gros. Il semble qu'on ait mêlé du gros gravier à 
la terre. Quand le fragment est un peu plus considérable, 
il est sdsé de reconnaître, aux inégalités d'épaisseur et à 
l'irrégularité de la courbe que ces poteries n'ont pas été 
tournées : d'ailleurs quelques échantillons présentent en- 
core l'empreinte des doigts qui les ont façonnés. Enfin, 
j'ai ramassé trois anses de ces poteries primitives : ce sont, 
comme dans les vases pré-historiques, datés par leur gise- 
ment, de simples mamelons percés verticalement d*un 
trou très-étroit servant â passer une ficelle pour la suspen- 
sion. Une de mes anses porte très-visiblement les trous 
d'usure produits par la ficelle qui devait être fort mince, 
et taire le tour du fond, mais non s'attacher â l'anse, car 
il o*y a d'osée que la partie du mamelon fixée au vase. 

Quelques-unes de ces poteries, par leur épaisseur, dé- 



44 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQDB DE FRANCE. 

notent des récipients de grande dimension. Je n'ai encore 
trouvé aucune trace d'ornementation quelconque ; ma dé- 
couverte est du reste toute récente. Hais la pAte de cette 
poterie est si friable, >qu'on ne peut guère espérer trouver 
rien de complet, ni même un fragment assez considérable 
pour qu'on puisse en déduire la forme du vase. Le frère 
Narcisse d'Huisseau m'a dit avoir trouvé des débris ana* 
logues sur tout le cours du ruisseau de la Brice qui passe 
à Poulines, commune de Villerable. 

L'ordre du jour delà séance appelle la discussionde la cin- 
quième question : Décrire les principauxpolissoirs trouvés. 

M. Launay a la parole et lit le mémoire suivant : 

c Le Vendèmois est, selon M de Mortillet, une des 
contrées où l'on rencontre le plus d'objets celtiques, en 
effet, certaines localités abondent en pierres taillées et 
polies qui peuvent les faire considérer comme des ateliers 
de fabrication de ces sortes d'instruments. C'est ce qui 
explique le nombre de polissoirs que l'on rencontre, sans 
compter ceux qui ont été brisés, ou qui ne sont point en- 
core connus. 

c Nous allons en faire une énumération sucdncte, cette 
question ayant déjà été traitée par nous dans une autre 
enceinte. 

c l"" Le poussom dit de Mondoublbad, découvert en 
1865, à 500 mètres au N-N-0 de cette ville, et déposé 
maintenant dans la cour du musée de Vendôme. Sorte de 
poudingue quartzeux rougeàtre mesurant 1 mètre 30 cen- 
timètres sur mètre 80 centimètres et mètre 55 centi- 
mètres d'épaisseur. La surface présente trois entailles ou 
• rainures, de longueurs et profondeurs différentes, et à son 
extrémité une partie polie produite par le frottement. 



XXXIZ* SESSION, A VENDOME. 45 

c 2* Le poussoir de Choue, faisant partie des collec- 
tions de H. le marquis de Vibray e, offre cette particularité 
assez rare de rainures creusées sur deux faces opposées, 
trois de chaque côté, avec deux petites cuvettes en ovale. 
Ce polissoir, vu son poids, pouvait être considéré, sinon 
comme portatif, du moins comme facile à déplacer. 

< 3* On poussoir a Huisseau, peut, en raison de ses 
dimensions : mètre 40 centimètres sur mètre 36 cen- 
timètres, être considéré comme portatif; Tune de ses ex- 
trémités brisée ne permet pas de voir ses trois rainures 
entières. 

c 4® Autre polissoir a Hdisseau, faisant en quelque 
sorte partie du dolmen de ce nom, au pied duquel il se 
trouve à fleur de terre, et mesurant 1 mètre 50 centi- 
mètres de long surO mètre 90 centimètres de large. La 
surface, assez plane, présente trois entailles et deux pe- 
tites cuvettes ovales très-polies. 

c &» PoLissom A Villerable, récemment découvert à 
peu de distance du dernier décrit, au milieu d'un amas 
de pierres calcaires rassemblées dans un espace de ter- 
rain assez restreint et couvert d*ajoncs. Sa forme est celle 
d*on quadrilatère irrégulier, mesurant 2 mètres 50 cen- 
timètres de longueur sur une largeur de 1 mètre 50 cen- 
timètres. Sa surface, très-irrégulièrement sinueuse, pré- 
sente neuf entailles presque toutes perpendiculaires à l'axe 
et trois petites cuvettes ovales. 

c 6* Poussom dit : la Pierre sorciire de Villienfaux. 
Celai-ci sort de la ligne ordinaire des polissoirs. Que Ton 
se Sgure, en effet, un bloc énorme de 4 mètres 20 centi- 
mètres de long sur 3 mètres de large, et saillant de mètre 
80 centimètres au-dessus du sol, placé sur un monticule, 
à Tangle de deux chemins. Ses dimensions, son emplace- 
ment, dans un lieu autrefois tout boisé, ont dû en faire 



46 CONGRÈS ARCHÂ0L06IQUB DE FRANCE. 

l'objet de légendes assez bizarres et lui donner le nom 
qu'il conserve encore aujourd'hui. Sa surface, des plas 
accidentées, offre seulement une ou deux petites parties 
planes dont on a profilé pour Taire, à l'une de ses extré- 
niitéSy quatre rainures et deux autres au milieu, décou- 
vertes récemment. 

c 7<^ A peu de distance de ce dernier, sur le bord d'un 
chemin longeant le versant du coteau, on rencontre une 
pierre debout, en grès poudingue, de mètre 70 cent, de 
hauteur, présentant, dans sa partie supérieure, une espèce 
de cuvette destinée au polissage des pierres. 

Ces cinq derniers polissoirs, assez rapprochés les uns 
des autres, dans une localité dite : Les Marais de Pouline^ 
s'expliquent suffisamment par la quantité considérable de 
haches taillées et polies rencontrées dans les environs. 

c 8"^ PoLissoiR AD CHATEAU DE LA FossE, commuue de Fon- 
taine-en-Beauce. Ce polissoir en poudingue siliceux, a été 
trouvé servant de borne dans la propriété de la Vallée 
(ancienne abbaye de la Virginité). 11 mesure mètre 90, 
sur mètre 75 centimètres, et mètre 30 d'épaisseur. La 
face, renfermant les rainures, est sensiblement plane et 
presque entièrement couverte par ces dernières, au nombre 
de neuf, dont trois arrondies au fond et six anguleuses. La 
pierre, en partie brisée, empêche de déterminer leur lon- 
gueur exacte. 

c 9® Poussom DE Saint-Avit, commune de Mondoubleau, 
de forme irrégulièrement arrondie, mesurant mètre 60, 
sur mètre 40 cent., sorte de poudingue, offrant quatre 
rainures à fond anguleux, et deux cuvettes de forme ellip- 
tique. 

« 10^ Poussoir d'Oignt, même canton, trouvé près 
d'une petite fontaine, au bord d'un ruisseau , et l'extré- 
mité brisée. Il mesure mètre 80 cent., sur mètre 60, 



XXXIX* SESSION, A VENDOMB. 41 

et mètre 30 centimètres d'épaisseur moyenne. Ses deux 
&ces principales sont couvertes de rainures et portions de 
cuvettes. 

« 11^ PoLissom DE CHiuviGinr, canton de Doué, décou- 
vert à Tangle d'une maison du bourgs sur le bord de la 
route, où il servait de borne, mesurant à peu près mètre 
50 centimètres en tous sens, et présentant, sur la partie 
supérieure, trois rainures et une cuvette. Chauvigny, où 
l'on rencontre une grande quantité de haches polies, de- 
vait tout naturellement avoir au moins un polissoir. 

c 42^ Poussoir de Droué, chef-lieu de canton. 

cNous avons réservé ce polissoir pour le dernier comme 
étant le plus important de notre pays, et probablement de 
tous ceux signalés jusqu'à présent. L'intérêt qui s'attache 
à ce polissoir ne tient pas seulement à ses dimensions et 
au nombre de ses rainures, mais bien au lieu où il a été 
trouvé, véritable site druidique, à la fois sauvage et pitto- 
resque, à quelques pas d'une fontaine, sur les bords de 
laquelle sont parsemés de nombreux blocs de pierres 
de toutes grandeurs, abrités par des chênes touffus, qui 
donnent à ce petit coin de terre un aspect des plus mysté- 
rieux. 

i Ce polissoir en grès, qui dans le pays, porte le nom 
de Pierre-Cochée, mesure 2 mètres 50 centimètres de 
long sur i mètre 70 centimètres de large, et s élève de 
mètre 50 à mètre 60 centimètres au-dessus du sol, 
dans lequel le reste de hi pierre est enterré. Sa surface, 
très-accidentée sur les bords et assez unie au milieu, pré- 
sente vingt' cinq entailles, presque toutes perpendiculaires 
i l'axe de la pierre et différant de longueur, largeur et 
profondeur, les unes anguleuses, les autres arrondies au 
fond et variant entre mètre 20 centimètres etO mètre 65 
centimètres de longueur. 



48 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c Un assez grand nombre de haches polies, trouvées aux 
environs, tendent i prouver que la Pierrë-Cochée était le 
grand polissoir du pays. » 

H. Launay a accompagné son intéressant travail de 
dessins nombreux et d*un beau relief. 

M. de Salies relève la circonstance d*un de ces polis- 
soirs placé au pied d'un dolmen ; il cite une pierre dite 
de Saint-Martin , près d'Usillé en Touraine , située égale- 
ment près d'un dolmen et offrant les mêmes rainures; il 
croit qu'à ces pierres s'attachait une pensée religieuse 
que l'on a essayé de transformer lors de la prédication de 
l'Évangile. A ce propos, H. Launay condamne une fois 
pour toutes le système qui veut faire des dolmens des 
autels où l'on verrait des rigoles destinées à l'écoulement 
du sang des victimes. H. d'Espinay est du même avis , il 
affirme qu'en Ai\jou on ne retrouve nulle part les préten- 
dues rigoles dont il vient d'être question. II explique les 
rugosités des dolmens de granit par la décomposition 
irrégulière de cette pierre , et retrouve dans ceux formés 
de grès marin d'Anjou les stries produites par l'action 
des vagues. 

H. Launay demande la parole sur la septième question : 
— Bnutnérer et classer les tnanuments mégalithiques du 
pays. — Ont-ils été fouillis denos jours?— Direleslégendes 
qui s* y rattachent; et lit le mémoire suivant : — c Le 
Yendômois renferme un asseï grand nombre de dolmens 
situés pour la plupart le long des rivières ou des simples 
cours d'eau. Dans l'examen consciencieux que nous avons 
fait de ces monuments, nous avons en vain cherché les 
traces des cavités et des rigoles par lesquelles venait 
couler le sang des victimes qu'on immolait sur ces pré- 
tendus autels druidiques. Nous croyons que les dolmens 



XZZIX* SESSION, A VBNDOMB. 49 

n'étaient antre chose que des tombeaux , comme l'indi- 
quent ceux en grand nombre qui ont été fouillés en 
Bretagne. 

Nous dirons aussi que dans nos contrées , ils sont tous 
coDstmits a^ec des pierres trouvées sur les lieux mêmes, 
et que sur aucun d'eux nous n'avons remarqué la trace 
des buttes de terre ou tumuli qui auraient pu les 
recouvrir. 

Nous classerons les dolmens ou pierres levées suivant 
leur position par rapport aux rivières et aux cours d'eau 
en commençant par ceux de la vallée du Loir i l'est. 

1* Dolmen du Breuil, commune de BRÉvAiNyiLLE, placé 
sur un monticule entouré d'un terrain marécageux à 
150 mètres à l'est de la rive gauche du Loir. La table de 
3>,35 de long sur 2",30 de large est montée sur trois 
supports de 0">,80 de hauteur. L'ouverture de la cella est 
au N.-N.-E. Fouilles sans résultat. Nombreuses pierres 
dissémiaées autour. 

S* Dolmen du Langot, commune de SAmT-EnjORB-LA- 
GnivBLLE. 11 tire son nom d'un moulin qui l'avoisine, sur 
la rive droite du Loir, et présente une table de forme 
hexagonale de 2">,70 de long sur i",70 de large, montée 
sur trois supports. La cella a son ouverture au midi. 
Après des fouilles fisdtes antérieurement, nous y avons 
encore trouvé des fragments de briques à rebord , de 
poteries et d'ossements. 

3* Dolmen de la Couture, a quelques cent mètres au 
SUD MB Saint-Hiladie, rivo droite du Loir, composé de 
trois supports verticaux et d'une table formant une cella 
de 1 mètre de hauteur, largeur et profondeur. 

4* Dolmen au sud de Fretkval, ai^ourd'hui renversé. 
Table et supports de grande dimension gisant sur le sol. 

4 



50 CONGRÈS ARCHAOLOGIOUB DE FRANCE. 

5* DouoBN DE Pezoo, à trois kilométras au N.-E. de ce 
bourg et à peu de distance du Loir. La lable^ de 2* 60 de 
long sur l"y40 de large, était montée sur trois supports 
dont deux sont renversés. 

Ces cinq dolmens sont en grés poudingue du terrain 
tertiaire inférieur. 

Une voie romaine passait dans la plaine à peu de 
distance de ces monuments mégalithiques. 

6* PoRRE LEVÉE OU Menhir , SU sttd dtt vioux château 
DE YendAme, mesurant 2"y30 au-dessus du sol, l'^TO de 
largeur et i",05 d'épaisseur moyenne. 

7<» Pierre levée ▲ Thoré, au milieu d'une prairie, sur 
la rive gauche du Loir. 

8"* n ne nous reste plus à signaler dans la vallée du 
Loir qu'un dolmen renversé dans la plaine de Ternat. 

Dolmens des bords de la petite Cisse. 

Ces dolmens, au nombre de cinq, sont situés sur les 
deux rives de la petite Qsse, rivière coulant de l'B. à l'O., 
entre deux coteaux peu élevés et asses resserrés. Quoique 
ces dolmens dépendent aujourd'hui du Blésois, nous les 
signalons ici comme ayant appartenu autrefois au Vende- 
mois dont ils formaient la limite avec le Blésois. Les 
pierres qui les composent sont empruntées aux roches du 
calcaire de Beauce et se trouvent en grande quantité sur 
les rives de cette petite rivière. 

1* Premier dolmen de Landes, i un kilomètre à l'ouest 
du bourg, sur le revers du coteau. La table, de 4 mètres 
de long sur 3 mètres de large et O^ylO d'épaisseur, n'est 
plus appuyée que sur deux supports, les autres ayant été 
renversés. Huit pierres, distantes de i",50 à 2 mètres de 
la table, semblent former un cromlech autour. 



ZZXIX* SESSION, A VENDOME. 51 

Second dolmen de Landes, situé comme le précédent, 
sar la rive gauche de Cisse, i 1^200 mètres environ 
i l'E. du bourg. La table, de 3",60 de long sur 3»,40 de 
large et Q^^GO d'épaisseur, est sensiblement inclinée du 
sud an nord. Montée autrefois sur sept ou huit supports, 
elle De s'appuie plus maintenant que sur trois de hau- 
teurs différentes , ce qui rend son équilibre maintenu difB- 
cile à comprendre. L'élévation de la table au-dessus du sol 
estdel», 30 au sud, tandis qu'elle n'est que 0*, 60 au nord. 

Troisième dolmen de Landes, sur la rive droite de la 
rivière, à peu près en face du précédent. Il se compose 
d une table de 3 mètres sur 2 mètres qui a dû glisser en 
dehors des supports restés debout. 

QuATBiÉME dolmen DE Landes, sur la rive gauche de la 
Cisse, au hameau de Bourges, à 2 kilomètres au N.-E. du 
bourg. Ce dolmen offre une particularité assez curieuse. 
U sert aujourd'hui de cellier, en raison de ses dimensions 
intérieures, offrant une superficie de 12 à 13 mètres 
carrés. La table, de 4>",50 de long sur 3" ,50 de large et 
de 1 mètre environ d'épaisseur, repose sur six pierres 
rangées sur un plan elliptique formant ainsi une cella de 
^'ylO de profondeur sur 3",40 dans sa plus grande lar- 
geur et 2",10 d'élévation. Les vides peu sensibles entre 
les supports ont été remplis par de la maçonnerie. On 
a fermé l'ouverture i l'ouest par une porte et pratiqué un 
iour au fond à l'est. 

Dolmen de la Chapelle-Vendomoise, à deux kilomètres 
au S.-E. de ce bourg et à 120 mètres environ de la route 
de Yeodôme à Blois. 

Ce dolmen , le dernier et le plus important de ceux qui 
sont rangés sur les bords de la petite Cisse, sort de la 
ligne ordinaire des dolmens par ses dimensions et par sa 
distribution intérieure : 



52 CONaRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Il 86 compose de deux énonnes pierres ou tables 
horizontalement placées sur sept supports de longueurs 
inégales et formant ensemble une cella de 4"y60 de long, 
3" ,20 de large et 2«,30 d'élévation du sol au plafond. 
L*une des tables mesure 5",00 sur 3"y70 et l'autre 
5 mètres sur 2 mètres. Leur épaisseur est de 0*960 
à 0^,80, assez unies en dessous et très-rugueuses en 
dessus sans trace apparente de rigoles. La ceUa est pré- 
cédée à Test d'une autre plus petite communiquant avec 
elle au moyen d'une ouverture de O^^GO de lai^ur 
laissée entre deux supports. Cette espèce de vestibule 
était formé par deux pierres debout soutenant une table 
de 3«,42 sur 1",20 renversée par la chute de l'un des 
montants. Des fouilles faites à différentes reprises n'ont 
amené aucune découverte. 

Ce monument d'une longueur totale de 7 mètres, 
construit avec les pierres calcaires qui abondent dans 
cette localité, et placé sur le point culminant d'un coteau 
boisé autrefois, non loin du confluent des deux CisseSy 
présente à l'œil une masse imposante. Il indiquait jadis la 
ligne séparative du Blésois et du Vendômois. 

Ce dolmen, destiné par le propriétaire du champ i être 
détruit, appartient maintenant à la Société archéologique 
du Vendômois qui ne le laissera pas disparaître. 

Nous allons maintenant parler des dolmens et pierres 
levées qui se trouvent dans les terres et dans le voisinage 
des marais. 

!• Dolmen de Nourrat, à deux kilomètres à l'ouest de 
ce bourg. Tout récemment encore, on rencontrait, au 
milieu de la plaine, une énorme pierre presqu'enfouie 
dans un monticule à peu de distance d'un étang. Des 
fouilles pratiquées pour la dégager ont mis à découvert 
deux supports qui probablement en attendent d'autres. 



XXZIZ* SESSION, ▲ VENDOlfE. 53 

Dans le yoisinage, on a trouyé des débris de poterie, une 
petite pièce de monnaie et des squelettes dont l'un portait 
encore des anneaux aux doigts. 

f" DoufKN DE HuissEAu, à uu kilomètre au N.-E. du 
bou^ le long des marais dits de Pouline. Quatre supports 
encore debout supportaient au commencement du siècle 
une table aujourd'hui brisée mesurant 4 mètres de long 
sar 2" ,50 de large, et formaient ensemble une cella de 
2^,80 de profondeur ouverte à l'est. Plusieurs blocs sont 
disséminés autour. L'un d'eux, à fleur de terre, était à la 
fois un accompagnement et un polissoir cité plus haut. 

3* Deuxième dolmen a huisseau, situé sur le revers 
opposé du coteau à 300 mètres environ au nord du bourg 
sur le bord d'un chemin. La table est montée sur trois 
supports dont l'un, un peu trop court, a eu besoin d'une 
pierre intermédiaire entre la table et lui. 

4* Le long de cette même vallée, on voit encore deux 
MENHIRS debout et un troisième renversé. 

Q* Non loin de ces derniers apparaît un quatrième dol- 
men, dépendant de la commune de Villebable, à 2 kilom. 
à rO.-S.-O. de ce bourg. La table a la forme d'un cœur 
mesurant 2",80 de longueur, 2'",10 dans sa plus grande 
largeur et 0^,90 i son extrémité ; elle repose sur trois 
pierres triangulairement placées. 

G'' Dolmen de Vaugouffard, situé sur la pente du coteau 
bordant l'extrémité des marais de Pouline et sur le bord 
d'an chemin. La table de 2",47 de long et del",50 de 
laige présente une inclinaison très prononcée de l'Ouest à 
TEst, et semble avoir glissé sur ses supports. C'est un pou- 
dingue appartenant au tertiaire inférieur et en assez grande 
quantité sur le même coteau. Ce dolmen porte dans le pays 
le nom de la Pierre Brau. 

V Dolmen de Saint-Martin-des-Bois, canton de Mon- 



54 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

toire. C'est le seul que nous puissions signaler, ainsi que 
le précédent, comme n'avoisinant pas directement un cours 
d'eau. Il est placé sur un monticule au point culminant 
d'un plateau à 500*> environ au N.-O. du bourg. La table 
de 3"J0 de long sur 2«,60 de large et 0",80 d'épaisseur 
moyenne est montée sur cinq supports peu élevés dont 
deux ou trois n'ont qu'un seul point de contact avec elle. 
' Le dolmen et les nombreuses pierres qui l'entourent 
sont abrités par quelques vieux chênes touffus, restes d'un 
bois couvrant autrefois le plateau. » 

H. de Rochambeau complète les renseignements donnés 
par M. Launay sur le dolmen de Yaugouffard qu'il a dé- 
couvert sur ses propriétés. Il dit que la Pierre Brau a sa 
légende qu'il a recueillie de la bouche d'une paysanne du 
lieu: Gargantua, passant un jourà Vaugouffard, sentit une 
pierre dans son soulier; il Ala sa chaussure, et, eu la se- 
couant, en fit tomber la Pierre Brau. 

C'est au sommet de ce dolmen que les enfants se placent 
tous les ans, le premierdimanche de carême, pour ailum^ 
ks brandons que l'on aperçoit de plusieurs lieues à la ronde. 

En déblayant ce dolmen, M. de Rochambeau a trouvé 
plusieurs os et dents de ruminants et des tessons de pote- 
rie grossière qui portent la trace du feu. Un paysan des en- 
virons prétend avoir trouvé au pied du dolmen un sque- 
lette humain. D'après les indications recueillies, ce sque- 
lette avait la tête au levant et les pieds au couchant. 

Dans son travail sur les dolmens, M. Launay ayant abordé 
la question destumuli dans leVendêmois, la question 8 : 
Décrire ks tumulusdu Vendômois. Sont-ils des tombeaux 
ou des buttes télégraphiques ? — se trouva implicitement 
traitée et on passa à la question 9. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 55 

La question 9 : A quelle époque remontent les tombeaux 
en forme de puits de la commune de Thoré? ne compor- 
tait pas de grands développements. M. Bouchot Ta traitée 
dans les Mémoires de la Société archéologique du Vendô- 
mois. 

M. l'abbé Bourgeois rappelle à ce sujet qu1l a parlé d'une 
sépulture en forme de puits creusée à la hache de pierre. 

M. Ledain dit qu'il existe aussi en Yendée des puits ayant 
^nri de sépultures ; que quelques-uns de ces puits ont 
cinq, six et jusqu'à dix mètres de profondeur, on y a trouvé 
fréquemment des monnaies romaines, ce qui établirait 
que ce mode de sépulture a été en usage à une époque 
beaucoup plus récente que celle indiquée par H. l'abbé 
Bourgeois. 

M. Joliet signale enfin un puits en entonnoir à Saint- 
Léger (arrondissement de Chartres); on y a trouvé un an- 
douiiler de cerf et des haches en pierre simplement taillées 
et non polies. 11 y a dans cette localité cinq stations anté- 
historiques. 

M. de Rochambeau a donné plusieurs mémoires sur ce 
sujet ; il dit que depuis la note qu'il a lue à la Sorbonne 
en 1867 aucun fait nouveau ne s'est présenté; que, pour 
lui, les puits funéraires de Thoré lui semblent remonter 
à une tris-haute antiquité; que plusieurs ont dû être violés 
et bouleversés par une invasion étrangère et que, vers le 
m* siècle, les Gallo-Romains s'en s'ont servis pour leur 
propre usage. Du reste M. Bureau de la Halle a résumé 
les découvertes faites jusqu'à ce jour dans le mémoire 
suivant qni n'a pu être terminé à temps pour être lu au 
Congrès, mais que nous nous empressons de publier ; nous 
sommes certains que les lecteurs du Compte-rendu ne 
nous en sauront pas mauvais gré. 



56 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 



Noie MV les eépoltaree en forme de palle et les ezea- 



La question si intéressante des puits-sépultures posée 
en mai 1857 i la Société des Sciences d'Orléans par un 
de ses membres les plus distingués, n'a pas encore été 
nettement résolue. 

!<" Doit-on considérer comme des sépultures construites 
avec intention ou choisies tout au moins avec discerne- 
ment, les trouSy excavations ou puits dans lesquels des 
débris humains» incinérés ou non, ont été trouvés associés 
à des objets divers ou ustensiles de la vie domestique et à 
des ossements d'animaux ? 

2* Dans l'affirmative, ce mode de sépulture caractérise- 
t-il une époque, une race ou un peuple ? Son emploi a-t- 
il été général? 

3® Ou bien ces sépultures ne sont-elles pas simplement 
des excavations naturelles qui ont pu servir de lieux d'in- 
humation à des peuplades arrêtées çà et là dans leurs mi- 
grations et trop paresseuses ou trop insouciantes pour ne 
pas se hâter de profiter d'un travail solide et tout à fait 
propre à un but auquel ces excavations ne paraissaient pas 
avoir été destinées ? 

Tels étaient les points à résoudre en 1857; il est peu de 
Sociétés archéologiques qui n'aient tenté de le faire et les 
sépultures eu forme de puits ont donné lieu à d'intéres- 
santes communications. Celle de VendAme qui nous réu- 
nit aiiyourd'hui, a eu aussi la bonne fortune d'apporter aux 
débats des faits décisifs et, si des cuujcl usions générales 
n'ont pas encore été nettement formulées, il est permis 
d'espérer qu'elles le seront dans ce congrès où assistent 
tant d'archéologues compétents. 



ZZXIX* SESSION y A VENDOME. 57 

En demandanl à nos collègues la peroiissioii de leur 
nppeler l'état de la question, je n*ignore pas que plusieurs 
d'entre eux la connaissent aussi bien et mieux que moi- 
mémey je n'ignore pas non plus que notre savant secré- 
Uire général l'a parfaitement résumée dans un mémoire 
fort intéressant publié en 1864, mais j'ai été incité à rédi- 
ger cette note, autant par notre collègue lui-même, avec 
qui je m'entretenais de quelques recherches faites sur ce 
SDJet, que par la découverte dont j'ai été récemment té- 
moin, chei un de mes érudits parents d'Orléans, le docteur 
Charpîgnon, qui archéologue favorisé, nous montrait il y 
a pen de temps encore la sépulture en forme de puits, 
qu'il croit, avec raison, avoir trouvée dans la cave même 
de la maison paternelle. 

La réalité des sépultures en forme de puits n'étant pas 
encore admise par tous les érudits, je crois devoir relater 
lesfaits contemporains, à l'aide d'uue courte analyse des mé- 
moires publiés. Mes bienveillants collègues me permettront 
bien cette petite compilation dans l'intérêt de nos études. 
Cest en mai 1857 qu'un archéologue distingué, M. Du- 
bor de Pibrac, entretint pouc la première fois la Société 
des Sciences d'Orléans des sépultures en forme de puits. 
Puis en janvier 1859, il fit connaître à la même Société le 
résultat complet de ses recherches (1). Les puits étudiés par 
notre collègue se trouvaient situés en haut d'une colline 
sur le territoire de la commune de Vernon, non loin du 
naduc de Beaugency. Elles gisaient dans un banc de cal- 
taire recouvert d'une couche de terre végétale de (h ,40 à 
0",50 d'épaisseur. 



(1) Hteiofare nr un ebneUère cdtiqoe, décoOTert à Beaugency, par 
V. le vicomte de Pibrac (Mémoires de la Société d'Agriculture, 
Sdtnceg, Belles-Leitres et Arts d'Orléans, a* lérie, tom. IV, iS60, 
p. W-IU.) 



58 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Le propriétaire du terraîn voulant exploiter le banc pen- 
dant l'hiver de 1856-57 yenait de faire entamer une tran- 
chée, lorsqu'un éboulement de terre, mêlée de cendres, 
de charbons, d'ossements et de pierres calcinées, laissa 
voir un puits dont le pic de l'ouvrier venait de détruire une 
partie de la paroi. Sous l'amas de terre apparut un vase 
assez bien conservé. L'ouvrier annonça cette découverte à 
son maître et un passant, songeant de suite à l'urne ciné- 
raire des anciens, engagea l'ouvrier i briser le vase, qui sans 
doute devait contenir quelque pièce de monnaie. Il n'en 
fut rieo ; les travaux continuèrent et vingt-deux puits furent 
trouvés dans l'espace de trois mois. 

Quelques objets furent malheureusement détruits et 
perdus, de par l'ignorance et cette cupidité, dont tous les 
archéologues ont si souvent i déplorer les effets. 

M. Dufaur entendit parler de cette découverte et un 
jour qu'il attendait un train de chemin de fer, il eut l'idée 
d'aller visiter le propriétaire du terrain, il put questionner 
quelques ouvriers, vit quelques-uns des objets recueillis 
et apprit c que ces vingt-deux puits étaient creusés dans 
le roc, qu'ils avaient une buteur moyenne de 1*,30 et 
une profondeur de 3",50 et qu'ils renfermaient tous un 
mélange de terre, de cendres et de pierres brûlées au-des- 
sous duquel on rencontrait constamment des mâchoires 
de porcs, des ossements d'autres animaux domestiques. 
Au fond, l'on trouvait des vases ressemblant à des pots de 
fleurs rétrécis par le haut ou des espèces de cuvettes dont 
les parois très-épaisses étaient composées d'une terre gros- 
sièrement travaillée et très-mal cuite. Les ouvriers affir- 
mèrent encore, dit-il, que souvent dans ces pots ils trou- 
vaient des cendres et qu'ils en avaient rencontré quelques- 
uns couverts d'une pierre, mais que la plupart étaient en 
très-mauvais état et pour ainsi dire détrempés par l'humi- 



XZXIX* SESSION, A VENDOME. 59 

dite du soi. Enfin tous s'accordèrent à me dire qu'auprès 
des grands puits, ils en avaient vu de moins profonds ren- 
fermant des masses de cendres rougeàtres qu'ils regar- 
daient comme des tombeaux d'enfants (1). > 

Notre savant collègue fit part i la Société des Sciences 
d'Orléans de ces premiers renseignements, puis ayant ob- 
tenu une légère allocation de la ville, il partit en mai 1857 
pour diriger lui-même de nouvelles explorations. Au moyen 
d'une large tranchée, on enleva la terre végétale jusqu'au 
roc et Ton put ensuite soulever la première couche du 
banc. Bientôt, à l'indice de quelques pierres brûlées, l'ori- 
fice d'un nouveau puits était mis à jour. Il mesurait à 
l'ouverture 1",30 de diamètre. « Pendant quelque temps, 
ajottte-t-il, jusqu'à la profondeur de '1",30 nous ne trou- 
vâmes que des pierres brûlées, mêlées à une terre végé- 
tale sillonnée de laides veines de cendre où se trouvaient 
épars des morceaux de charbon de bois et de petits 
fragments de vases grossiers. Enfin apparurent les osse- 
mentsd'animaux ; j'étais à 2*" ,20 au-dessous du sol, lorsque 
je rencontrai une mâchoire de porc que les ouvriers me 
certifiaient avoir trouvée dans presque tous les puits. 

L'exactitude de leurs renseignements se trouvait ainsi 
eonfirmée, de même que la forme conique qu'ils avaient 
signalés dans tous ceux dont ils m'avaient parlé. 

Je remarquai dans cette région que les couches de 
cendres devenaient plus épaisses et les ossements plus 
nombreux. Pensant alors que nous approchions de Tume 
que je cherchais, je fis cerner le tour du puits par une 
petite tranchée circulaire laissant au centre une motte 
de terre qui devait la protéger contre tout accident, jus- 
qu'à ce que le moment fût arrivé de la découvrir elle- 

(i) Ménoiredéjà dté, pag. 100. 



60 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

méiDe. Je m'attendais à chaque instant i Toir apparaître 
ce vase funtadre, mais bientôt je dos renoncer à cet espoir 
en me trouvant en face des nombreux fragments de deux 
urnes brisées, restes d'un vase en terre jaune qui avait 
0",08 de diamètre i l'ouverture; ces morceaux étaient 
au nombre de dix-huit. Ils étaient très-petits et deux 
d'entr'eux offraient une particularité assex remarquable : 
sur l'un était une petite bande de 0",008 de largeur qui 
faisait le tour de la panse et présentait une série de petits 
losanges imprimés en pointes de diamant; sur l'autre on 
remarquait une petite tubulure déprimée dans le milieu 
et quiformait deux ouvertures de lagrosseur du petit doigt. 
La pâte de cette poterie étaient assex fine et sonore comme 
vous pouvez en juger par les échantillons que j'ai déposés 
au Musée. Outre ces deux vases en poterie jaune, j'ai re- 
cueilli quinze morceaux d'une urne en terre noire au mi- 
lieu desquels j'ai rencontré deux fragments calcinés de 
côte humaine et une petite hache en pierre de 0",iO de 
longueur sur 0">,04 de largeur, présentant un aspect gra- 
nuleux ; cette hachette m'a été enlevée pendant nos travaux . 
Enfin^ j'atteignis le fond du puits; là, je constatai l'exis- 
tence d'un petit trou circulaire en forme de cuvette, au 
centre même de cettesépulture qui se terminait elle-même 
par une surface concave. 

Cette petite excavation dont les ouvriers avaient déjà 
remarqué la présence dans presque tous les puits qu'ils 
détruisaient, avait 0",33 de diamètre sur dix centimètres 
de profondeur. 

Elle parait avoir été destinée à poser l'urne principale 
que l'on confiait à la terre. 

Lorsque ce tombeau fut tout à fait déblayé, j'en levai 
le plan et je constatai qu'il avait 2", 70 de profondeur à 
partir de la sur&ce du terrain sur i",50 dediamètre moyen, 



XXXIX' SESSION, A VENDOUE. 61 

ei (pie la flèche de la calotte sphérique qui en formait le 
foad avait cinquante centimètres de longueur. 

Deux autres puits n'offrirent que des couches de terre 
entremêlées de pierres ayant subi Faction du feu, mais i 
cet endroit, le roc devenait plus compacte et H. Dufaur en 
conclut fort justement, pensons-nous, que le fossoyeur 
avait été forcé d'interrompre son travail et de chercher un 
endroit plus facile i creuser. 

Un autre puits donna des vestiges plus importants. Jus- 
qu'à 1^,30 on ne trouva que des pierres brûlées et des 
charbons, mais à deux mètres, apparurent des ossements 
de mouton et de chien, des débris de vase i anse, les 
restes d'une urne cinéraire, au-dessous le squelette 
presque complet d'un bœuf, une mâchoire de porc et 
deux haches en pierre. 

Un second puits trouvé à 49" du premier contenait les 
mêmes objets ainsi qu'une petite hache celtique; tous les 
renseignements donnés parles ouvriers se trouvèrent ainsi 
vérifiés et reconnus exacts. 

Le iO août 1858, H. Duiaur entreprit de nouvelles 
fouilles dans un champ voisin, puis en mai 1859 sur l'in- 
vitation du propriétaire du premier terrain, il commença 
une troisième fouille. 

D rencontra d'abord deux excavations de 0,70 de pro- 
fondeur et d'un diamètre de 0,65 qui ne contenaient que de 
petites pierres brûlées, de la cendre et de la terre, et enfin un 
antre puits de 1",50 de diamètre. A 2", 10 apparut une 
épaisse couche de cendre mêlée de charbon dans un mètre 
d'épaisseur, renfermant le squelette d'un mouton, des 
ossements d'animaux rongeurs, des coquilles d'escargots. 
A 3" ,90 se trouvait une troisième pierre d'une forte di- 
mension calcinée et au-dessous, de la cendre, des osse- 
ments d'animaux, porc, chien et oiseau (?). Au fond du 
puits, l'habile explorateur rencontra trente-deux noyaux 



63 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUB DE FRANCE. 

d*un fruit (?) et i la même place plusieurs fragments d'une 
urne cinéraire adhérente i Fun d'eux et au milieu des 
cendres une dent humaine. 

Le puits mesurait 4",25 de profondeur. Au fond se trou- 
vait une petite cuvette de 0",15 de profondeur sur 
0»,30 de largeur, dans laquelle se trouve toujours placée 
l'urne cinéraire et que les ouvriers avaient rencontrée 
jusqu'alors dans toutes les grandes fosses. 

Notre habile explorateur rencontra encore d'autres exca- 
vations ayant un mètre de profondeur et O^^SO de dia- 
mètre, elles ne renfermaient que de la terre, un peu de 
cendre et de petites pierres calcinées; ces excavations se 
rencontraient toujours dans le voisinage des grands puits. 

Les bâtiments industriels ne permirent pas d'étendre 
davantage ces fouilles si intéressantes, mais le mémoire du 
savantarchéologue, diverses communications répétées dans 
plusieurs journaux avaient mis en éveil la curiosité de ses 
confrères. 

En 1858, M. l'abbé Baudry, curé du Bernard (Vendée), 
apprit qu'un fermier de Troussepoil, dépendance de cette 
commune, avait trouvé en 1845 une fosse analogue à celles 
de Beaugency; une semblable découverte venait d'être 
faite au même endroit. 

M. l'abbé Baudry se rradit alors sur les lieux et se livra 
à des investigations plus complètes dont il a rendu compte 
dans plusieurs mémoires successifs (1). 

Les fosses sépulcrales qu'il a rencontrées ont été divisées 

(1) Deuxième Mémoire sur les fouilles archéologiques du Bernard, Yeo- 
dée {Àrmuaire de la Société (TMmuiatioH dt la Vendée)^ in-S* de Si 
pages. Napolèon-Vendée 

— Troisième Mémoire (même Annuaire), in-8o, 14 pages. — Napoléon- 
Vendée. 

— Mémoire sur les Fosses gallo-romaines de Troussepoil, iSSS, in- S* 
de 18 pages. Extrait dts Mémoires de la Société archéologique de 
l'Orléanais, tom. VI. 



XXZIX* SESSION, A VENDOME. 63 

pir loi en plusieurs catégories. Les unes, les petites fosses 
es fonne de coupe, montraient des traces d'incinération et 
contenaient inyariaUement des charbons de bois, de la 
cendre, des os d'animaux, des fragments de tuiles à re* 
bords et de poteries de différentes espèces, des coquillages 
et desandouillers de cerf, sans traces d'ossements humains. 
Les antres qu'il désigne sous le nom de fosses communes 
renfermaient des corps entiers, des bronzes du haut em- 
pire, des ustensiles en os, en verre et en silex et ces 
fosses rayonnaient autour de plus grandes fosses ou puitb- 
sépultures dont il nous a donné la description. 

Le premier de ces puits, fouillé par H. Baudry en 1859, 
était creusé dans un banc d'argile schisteux. Il mesurait 
9 mètres de profondeur et allait en se rétrécissant jus- 
qo'au fond, présentant ainsi une forme d'entonnoir. 
L'ouverture i la surface était de l'",20. Les cinq premiers 
mètres ne contenaient qu'un amas confus de pierres et de 
terre mêlée de cendre et de charbons, de fragments 
d'amphores, de cruches et de bois; à 5 mètres se trou- 
vaient alors des ossements d'animaux disposés par assises 
séparées régulièrement par une couche de terre. C'est 
ainsi que la première assise contenait les cornes, les 
fémurs, les tibias > les canons et l'un des sabots d'un 
bœuf; plus un poids romain et une arme en grès poli, du 
genre de celles qu'on appelle ceUœ , coins ou casse-téte. 
La deuxième renfermait un chien de grande taille. La 
troisième contenait une corne, un scapulum et trois 
canons d'une vache, avec un morceau de bois arrondi. La 
quatrième recelait un bois de cerf avec ses cinq andouil- 
lers, trois tètes de chiens avec leurs os , un morceau de 
bois arrondi, un vase à boire en coco, une tuile i 
rebords, deux portions de vases à vernis rouge et brillant. 
La cinquième renfermait un chien, trois blaireaux ou 



64 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

renards, des masaraignes , des ais de bois. La sixième 
contenait un petit chien, des morceaux de bois, comme 
dans les assises précédentes ; plus la tète et i peu près 
tous les ossements d'un choYal de cinq à six ans, la 
mâchoire et quelques autres os d'un cheval de deux à 
trois ans. Les objets étaient plus nombreux dans la sep- 
tième assise ; elle contenait une urne de 0^,33 de 
hauteur, pleine de cendre, une tertèbre, un fémur, 
un clou et une clé à deux crochets, indiquant un coffre 
funèbre; un fragment recourbé d'une épée en fer, un 
stylet en bronze, à huit pans, virole d'or; un morceau de 
buis, passé au tour qui semblait être une quenouille; 
une statuette en pierre, dite de Charente, représentant 
une divinité drapée et assise dans un fauteuil également 
en pierre; un vase anse de 28 centimètres de hauteur 
contenant plus de cent moules en terre cuite, pour couler 
les monnaies. Hs portaient les effigies des empereurs 
depuis Trajan jusqu'à Alexandre-Sévère. Dn des moules 
renfermait dans son alvéole un denier d'argent de Julia 
Nammea, mère du dernier empereur. 

La seconde fosse fouillée par M. Baudry avait 6" de 
profondeur. Ronde jusqu'à 4", elle devenait carrée en- 
suite; au cinquième mètre un vase se trouvait garanti par 
une couche de tuiles à rebords. Un troisième puits, de 
9^,85 de profondeur, finissant en entonnoir et d'un dia- 
mètre, à l'orifice, de i",3(), présentait six assises dis- 
tinctes traversées par un petit chêne, dont le tronc, au 
fond du puits, reposait à côté d'une sorte de cuvette taillée 
dans le schiste qui contenait le dernier vase. Dans la 
quatrième assise, M. Baudry put recueillir des vases en 
bois, découverte assez rare, puisque ces vases seraient de 
répoque gauloise. Dans la cinquième assise se trouvaient 
des ossements humains. Ce puils contenait en outre. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 65 

comme les précédents, des ossements d'animanz dWers, 
des niches garantissant des vases de diverses formes^ des 
instnunents en bois, des bronzes du haut Empire. 

n ; awt des coquUlages et des huîtres dans plusieurs 
couches (1). 

En 1859, M. Parenteau découvrait près de Pouxauges 
(Poitou), dans du sable compacte, une trentaine de sépul- 
tures de ce genre. L'un de ces puits mesurait 2'*,50 de 
profondeur et i* de diamètre, n contenait, à 1",50 du sol, 
des moellons schisteux ou granitiques, ayant subi l'action 
da feu, des silex brisés, des tessons de vases, des cendres 
mêlées de charbon de bois, de menus fragments d'os ; un 
antre puits, exploré par le môme archéologue, offrit des 
armes et ustensiles en fer, une clef, un fer à cheval à 
bords ondulés. 

En 4860, M. Leclerc découvrit à Triguières (Loiret), un 
puits semblable à ceux de Beaugency. Ce puits, de 1"^ de 
diamètre i l'orifice, et de 5"* ,60 de profondeur, était rem- 
pli de cendres et de fragments de bois brûlé, des parties 
de squelettes de bœufs et de moutons, des m&choires de 
sangliers? Au fond, comme à Beaugency et i Troussepoil, 
mie urne de p&te grossière renfermant, dit-on, des débris 
humains calcinés. 

La même année, M. Tabbé Decorde, curé de Bures-en- 
Braje (Seine-Inférieure), signalait un puits circulaire 
trouvé i Bures. Il y avait recueilli un vase noirci par le 
feu, contenant des ossements humains calcinés, et avait 
retiré de cette fosse des parties de squelettes de chevaux 
et de boBufs, ainsi que des armes en silex. 

En 1862, notre savant secrétaire général, M. de Ro- 

(1) Voir le Mémoire cité plus haut 



66 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUB DE FRANCE. 

chambean, fil une trouYaille analogae à Thoré, près Ven- 
dôme. Commeà Beaugency et àTronssepoil, le puits qu'il 
a fait fouiller et ceux dont il a retrouvé des traces, sont 
situés sur le penchant d'une colline. Ils sont placés dans 
un massif de calcaire, i une distance de 2 à 3 mètres les 
uns des autres. Leur tonne diffère notablement des pré- 
cédents. Leur profondeur est de 2«», mais ils sont moins 
larges i TouTerture qu'au fond. L'orifice en effet offre un 
diamètre de 1", le fond un diamètre de 2 à 3". Dans deux 
de ces puits, on a trouvé un squelette entier ; dans l'an, 
ce squelette est couché dans la position hori2sontale ; dans 
l'autre, il a dû être enseveli assis, ainsi que le témoigne 
la courbure de la colonne vertébrale et la tète, qui est 
venue tomber au pied du corps, ce qui s'explique bien 
par la forme arquée de la sépulture qui sollicitait cette 
chute en avant. Sur le sol de ces puits se trouvaient 
des ossements d'animaux divers, des charbons, et sur 
les parois de l'un des puits, des traces d'un foyer (i). 

Des puits semblables auraient été trouvés au commen* 
cernent de ce siècle par des cultivateurs de la commune 
de Thoré, qui avaient ouvert une tranchée pour la cons- 
truction de caves, et de plus, notre collègue a trouvé les 
traces de quelques autres, à quelques kilomètres de 
Thoré, ainsi que le long de la vallée de Rochambeau. 

Au congrès de notre Société, qui a eu lieu en 4862, à 
Saumur, M. Ledain, de Parthenay, a signalé cinq pnits- 
sépultures, dont deux fouillés par lui, à Gourgé (Deax- 
Sèvres). Ces puits sont creusés dans une terre jaune (?) 
consistante, leur profondeur varie de 5 à6 mètres et demi . 

(i) Mémoire sur les sépultores en forme de palU, dépote les temps les 
plus reculés jas(pi'à nos jours. — In-S», 87 pag. et pi. Gaen, i8S4. — 
(Extrait du Bulletin Monumental), 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 67 

Os étaient remplis de moellons, d'ossements d'animanx , 
de débris de poterie, de deax moulins à bras, de tttiles à 
rebords. An fond se trouvaient plusieurs vases^ les uns à 
goolot, les autres à large ouverture, et ces derniers ren- 
fermaient une matière grasse adhérente aux parois. 

En juin 4862, un archéologue du Cher, M. H. Boyer, put 
explorer, sur une place publique de Bourges, une excava- 
tion en forme de puits, de forme carrée, sans vestiges de 
maçonnerie, que des travaux de voirie venaient de mettre 
à découvert. On put fouiller jusqu'à 10 mètres de profon- 
deur, mais Teau commença i paraître. Le péle-mèle des 
objets trouvés indique que la terre avait été jetée avec eux 
dans le trou, soit accidentellement, soit volontairement. 
Ces objets sont ceux que Ton a rencontrés dans les autres 
puits-sépultures, des silex, une hache gauloise, des débris 
de poterie grossière, des fragments de vases, quelques ou- 
tils en os, d'autres en métal, des ossements d'animaux, de 
porc surtout, et au fond du puits un fragment de crâne 
humain. Les membres de la Société du Berry ne se sont 
point accordés sur la nature de la découverte. Le puits- 
sépulture a rencontré des partisans, d'autres ont pensé 
qu'il s'agissait peut-être d'un puits d'assainissement rem- 
pli plus tard d'immondices provenant des habitations d'a- 
lentour (1). 

Dans les curieuses fouilles entreprises par H. E. Bnlliot 
à Bibracte (Autun), en 1869, cet archéologue a découvert 
des fosses identiques. Entre les maisons, n<" 26 et 20, on 
trouva un grand puits, de 2 mètres de diamètre sur 4" de 
profondeur, pariaitement rond, dans un tuf enduit d'une 
sorte de corroi jaune très-dur et sans pierraille, qui con- 



(1) Société du Aerry. «—Année 1869-69. — Correspondance arehéolo- 
giqQe. — Lettres ii M. Pérèmé. In-S» de 14 pag. Paris, 1868. 



68 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

irastait avec le terrain caillouteux des alentours. A i",SO 
de profondeur était enseveli un monceau de débris d'am- 
phores^ parmi lesquels nombre de goulots entiers et une 
amphore vide mais intaciCi une tige de brome et une naé- 
daille gauloise en argent, sans charbon au-dessous, comme 
si les débris eussent été rqetés dans le puits vidé une 
première fois. 

Cette fosse, à la rigueur, eût pu être prise pour une ci- 
terne si, à S'^ySO de profondeur, de grosses dents de che- 
val et d'un autre animal avec un polissoir blanc comme le 
marbre, transparent comme l'agate et fortement usé sur 
une face, ustensile ordinaire des tombeaux d'industriels, 
n'eussent indiqué un mode de sépulture déjà connu non- 
seulement au Beuvray mais dans la vallée de la Loire. 

On découvrit en effet, il y a quelques années, dans l'an- 
cien fossé de Decise un puits exactement semblable, ren- 
fermant une quarantaine d'amphores identiques à celles 
de Bibraete. Ce puits, à l'époque celtique devait être 
peu éloigné de la Loire dont le cours a changé depuis (i ). 

Je crois devoir passer sous silence plusieurs petites 
fosses trouvées près des grandes, dans les diverses localités, 
mais ces fosses à O'^yGO ou I*" de terre, sans forme dé- 
terminée, et ne contenant la plupart que des cendres mê- 
lées à la terre, ne me paraissent pas devoir être assimilées 
aux puits-sépultures; elles ressemblent à toutes celles que 
l'on a trouvées un peu partout et ne semblent pas constituer 
un mode particulier de sépulture. 

J'arrive enfin à la découverte intéressante du docteur 
Charpignon, d'Orléans, qui a fait l'objet d'une noie lue 
par lui en 1871 à la Société des Sciences de la même 



(1) Revue archéologique^ ooindlA flèite.— 18« année, IX, Mptenbre 
iâ7S, pag. 179 et eoîvantes. 



ZXXIZ* SESSION, A VENDOME. 69 

vOl6(1). Une résonnance du sol avait sufSsamment indiqué 
à notre confrère qu'il existait dans la cave de sa maison 
une excavation. Il avait déjà recueilli tout près du sol de 
eette cave, un humérus humain présentant la perforation 
de h fosse oléocraniénne, particularité anatomique assez 
rare, signalée par deux de nos collègues de la Société 
d'anthropologie, comme n'ayant été rencontrée jusqu'alors 
quesor des individus de races anciennes (2). M. Charpignon 
songeant aux puits à sépultures, put limiter i l'aide de la 
résonnance remarquée la forme exacte d'un puits par- 
bitement rond, il enleva la terre jusqu'à 0»,10 et fut 
arrêté dans son travail par une plate-forme circulaire de 
i",20 de diamètre, constituée par de grandes briques 
à entailles de 0",40 sur 0"',30 et O^'yOS d'épaisseur. 
Ces briques enlevées laissèrent à découvert un puits dont 
les parois étaient formées de grosses pierres superposées. 
L'ouverture du puits était de 1«,30 de diamètre en 
dehors, de 0,45 en dedans, le puits allait en diminuant 
jusqu'à 2",10 et le fond se trouvait alors formé de trois 
rangs de moellons serrés par des pierres en forme de coins 
sans trace de ciment. Ces pierres reposaient sur le tuf 
même et la sonde ne révélait rien autre chose. 

A un mètre de distance de cette fosse, le sol interrogé 
annonça une seconde excavation. Cette fois à O'^^IO 
de terre se trouvaient non plus des briques, mais 
quatre pierres superposées séparées l'une de l'autre par 
une couche de terre. Cette fosse creusée jusqu'à 9^ 
de profondeur ne put être fouillée davantage,' la soli- 



(1) Mémoire» de la Société des Scienee» dPOrléan$^ tom. XIV, 
pag. S46-t56. 

(t) Bulletin de la Société d' Anthropologie de Paris^ première sé- 
rie, tom. II, ii7; IV, U5, et deouème iérie, VI, U6. 



70 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

dite de la maison qui est fort ancienne pouiant être 
compromise, on dut s'arrêter. 

La terre que contenaient les deux fosses était mélangée 
de morceaux de briques à rebords^ de débris de poteries 
grossières, quelques-unes romaines, quelques autres plus 
anciennes, deux poids en terre cuite de forme pyramidale 
percés à leur sommet et de part en pari d'un trou de sus- 
pension. 

L'un pesait deux kilos et demi, l'autre 500 grammes. 
Ces poids seraient, d'après notre confrère, V^quipodium 
de la balance romaine. Il recueUlit aussi trois gros clous, 
un objet en métal ayant subi l'action d'un feu violent, mais 
qui, à en juger par les traces d'un canal central, laissait 
.supposer un fragment de collier, de nombreuses parcelles 
de charbon et surtout une grande quantité d'ossements de 
bœuf, mouton, porc, cheval, chèvre, etc. La plupart de ces 
os étaient des os longs, ils étaient brisés non pas acciden- 
tellement, mais à l'aide d'un instrument qui les avait fen- 
dus méthodiquement (1). Ces os présentaient en effet la cas- 
sure caractéristique que l'on attribue i tous ceux qui ont 
été brisés pour en extraire la moelle et le savant paléon- 
togiste feu Lartet, à qui nous les avons soumis de la pari 
du docteur Charpignon, reconnut de suite cette cassure 
intentionnelle. 

Les fosses qui viennent d'être décrites furent examinées 
par des archéologues et après examen et discussion, l'idée 
d'anciens puits à eau, celle de puits d'aération de carrière 
ayant été écartées, l'auteur de la note que nous venons 
d'analyser dut penser que ces deux fosses avaient été des 
sépultures gauloises fouillées, puis comblées et fermées 

(1) Mémoire déjà dté, pag. S4S. 



XXXIX' SESSION, A VBNDOMB. 71 

i l'époque romaine. Un savant archéologue Orléanais, 
V. l'abbé Desnoyers, s'est prononcé dans le même sens (1). 

Afant de tirer des conclusions générales sur les faits 
qui précèdent, il n*est pas sans utilité de rechercher si 
rhistoire ancienne de même que l'époque actuelle ne nous 
ofrentpas des coutumes semblables. Je mebornerai stric- 
tement aux usages funéraires qui présenteront une grande 
analQgieaveclespuits-sépulturesexplorés depuis vingt ans 
eiqoe nous venons d'énumérer. 

Un intéressant mémoire, dû encore à l'un de nos col- 
lées de la Société archéologique du YendAmois me lais- 
sera pende besogne à faire. H. Bouchot a fort bien résumé 
ce que les anciens nous ont laissé de ces ceu lûmes (2) . Yar- 
ron, Festus ont écrit que les corps des esclaves étaient 
jetés dans des puits situés hors de la ville. Les textes ne 
sont pas douteux et peuvent être reproduits de nouveau, 
en raison de leur précision. Le premier de ces auteurs 
s'exprime ainsi : c Extra oppida a puteis puticoliy quod 
iHinputeU obruebaniur homines^ nisi polît», ut Aelius 
icribitjputiculaej quodptUescebantibicadaveraprojecta; > 
et Festus rapporte ce qui soit : a Puticuli sttfti appellali 
quoi vetuitissimum genuSj iepulîurae in ptHeU fueril^ et 
dieli puîiculif quia ihi cadavera putescerent. > 

C'est dans ces puits, à en juger par le récit de Denys 
d'Halicamasse, que devaient être ensevelies vivantes les 
prêtresses de Yesta qui avaient manqué à leurs vœux, 
supplice effroyable édicté par Tarquin l'Ancien (3). Une des 



(1) Mémoires de la Société des Sciences d'Orléans^ tom. XIV, 1872, 
pag. 260. 

(S) Bulletin de la Société archéologique du Vendâmois^ — 1862, 
pig. 76à99. » 

(3) DenjB (THalicariUMe, cité par Dubois FontaneUe : Essai sur le Feu 
sacré et les Vestales. Ib-8«, 177S. Amsterdam, pag. 90. 



72 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

planches de l'ooTrage si curieux de Perruci (1) consacre 
ce fait intéressant de l'histoire de l'antiqnilé. 

A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, les 
témoignages ne font pas dé&ut non plus. 

Thévety Jean de Léry, Debret rapportent que la sépul- 
ture en forme de puits a été commune au Brésil. Les Ca- 
raïbes des Antilles placent leurs morts assis dans une fosse 
cylindrique de 2"* de profondeur, quelques peuplades 
du Pérou agissent de même. L'Afrique nous a offert de 
semblables exemples (2). 

Dans les nécropoles étrusques de Marsabotto et de la 
Certosa (Italie) si intéressantes, l'on a trouté aussi des 
puits funéraires. La profondeur et la forme de ces sépul- 
tures est assez variable, mais le type est uniforme. Ce sont 
des excavations de 2» i 10" de profondeur avec un orifice 
de 0,30 à 0,80 centimètres et leur plus grand diamètre à 
très-peu de distance du fond mesure de 0,90 à 1%50. Leur 
construction est différente de ceux de la Gaule. Elle est 
toute formée par de petits cailloux pointus sans ciment. 
Le fond repose sur la marne. Ces sépultures renferment 
un, deux ou trois squelettes, jamais plus; ils sont accrou- 
pis et l'on trouve généralement au fond de la sépulture une 
urne. Elles renferment aussi des vases en brome et en ar- 
gile, des anneaux, des morceaux de tuiles, des vases peints, 
des ossements d'animaux domestiques tels que brebis, 
chèvres, cochons, chiens, etc. La figure Vin de notre 
planche est l'un des types de cette sépulture; un autre 
type serait représenté par un trou allant en s'élargissant 
vers le bas et dont le fond serait terminé dans la marne 
par un trou rond. 

(i) Pompe funebr»^ TuUe le Nationi del Mondi.— Vérone, (s. d ) 1646? 
pag. 70. 
(2) Mémoire de M. de Rochamheen, déjà dté, pag. 7 à IS. 



COUPES DE PUITS-SEPUUURES 




COUPE 



S Df. 







PUITS 



&ÉPU 

IV 
3.URCS 



LTURES ,,„ 



m 



Vl 




vil 






// 



XXXIX* SESSION, A VENDOlfE. 73 

Les détails qui précèdent ont été communiqués par 
H. le comte Conestabile, le savant explorateur de Marza- 
boUo, au Centrés préhistorique de Bologne de 1 871 . Selon 
lai, cette forme de sépulture en général c n'a été employée 
par les Ganloisqu'après la conquête romaine, ils ont imité 
lesEtmsques.B 

Notre distingué confrère le docteur Bonnafont commu- 
niquait naguère à la Société d'anthropologie un fait qui 
offire une grande analogie avec ceux que nous venons de 
rappeler. Aux lies Loyalty, les naturels avaient l'habitude 
de descendre les corps de leurs chefs dans des excavations 
ou grottes de forme conique et dont l'ouverture se trou- 
vait placée en haut. Leur but était de rendre ces dépouilles 
inaccessibles aux violations des animaux, comme à celles 
des hommes. C'est bien après tout l'avantage réel que pou- 
vaient présenter les sépultures en forme de puits. 

Je ne crois pas utile de m'étendre davantage. Ce peu 
d'exemples suffisent pour qu'il n'y ait plus de doute sur 
Texistence de ce mode de sépulture dans l'antiquité. Il 
n'en a pas toujours été ainsi et lors de la première révé- 
lation de M. Du&ur de Pibrac, Fincrédulité s'empara de 
quelques esprits. Ce furent les géologues qui les premiers 
firent des objections sur la destination première de ces 
fosses sépulcrales. 

D'après quelques-uns, des érosions dues à l'acide car- 
bonique avaient creusé des fosses semblables, à Ligugé 
dans la Vienne, par exemple, dans le jurassique inférieur, 
et des ossements divers pourraient bien y avoir été jetés 
péle-méle, sans l'intention d'un rite funéraire quelconque. 
Cette opinion fut assez généralement adoptée, maïs à 
en juger par les courtes discussions éparses ci et li dans 
les recueils des Sociétés savantes, elle fut à peu près aban- 
donnée après les belles découvertes de H. Baudry. 



lA CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Il suffit de se reporter à la planche qui accompagne cette 
note, planche copiée sur celle donnée par ce savant, il 
suffit de considérer l'aspect de ce tronc d'arbre, justement 
placé sur une petite dalle, couvrant Tume funéraire, pour 
être convaincu qu'il ne s'agit plus ici d'un puits naturel^ 
comblé de par le hasard ou le caprice irréOéchi de quelques 
habitants du lieu. Tous les objets que renferme ce puits 
sont placés d'une manière trop symétrique, ils témoignent 
trop d'anciens usages funéraires , de rites reconnus, pour 
qu'il reste le moindre doute sur l'intention qui a présidé à 
la construction, comme àl'arrangementde cette excavation. 

D'autre part, l'archéologie peut admettre, sans inconvé- 
nients pour l'hypothèse précédente, que des puits natu- 
rels ont pu servir à des ensevelissements ou à des sépul- 
tures par incinération. Il y a plus encore, dans une note 
intéressante lue à la Société d'anthropologie, M. de Jou- 
vencel, essayant de battre enbrèche l'opinion classique des 
géologues, soutenait que ces puits naturels n'étaient point 
dus à des érosions produites par l'eau de mer ou des eaux 
acides, mais qu'ils avaient été creusés à des époques im- 
mensément reculées, par des êtres intelligents, dans un but 
industriel, et, pour notre auteur, ce but c'est la recherdie 
du silex. — Mais, répondait-on à cette ingénieuse théorie, 
ces puits ne présentent pas toujours leur ouverture à la 
surface du sol ; et M. de Jouvencel répondait : c Au-dessus 
de la craie et depuis qu'elle a été déposée par l'océan, 
trois fois au moins l'Océan s'est retiré du sol de TEurope 
et trois fois il est revenu le recouvrir à une grande hau- 
teur, sur cela nul doute quant au bassin de Paris (1). » 

Je ne me sens pas la compétence nécessaire pour juger 



(1) Bulletin de la Société d'Anthropologie de Parité première série, 
Um, 11, 1861, pag. 490 à 501. 



XXZIX* SESSION, A VENDOME. 75 

une question de cette nature. Selon les uns, les puits ne 
sont pas toujoursouTertsdans les terrains à silei ; à en croire 
d'autres géologues, les puits ne s arrêtent pas aux couches 
de silex, ils trarersent parfois plusieurs couches jusqu'à 
une profondeur qu'il n'est pas possible d'atteindre. 

Cesobjections très-plausibles développées parM.Bert (i) 
n'infirment en rien les conclusions de l'archéologie, que 
nous rappelions plus haut. Certains puits naturels dont 
remplacement et la forme parurent propices ont pu servir 
de sépultures, ce qui n'empêche pas que dans d'autres 
localités ces sépultures aient été creusées avec une forme 
et une intention déterminées. 

Une autre question non moins importante a été agitée : 
à quelle date faut-il faire remonter en Gaule l'origine de 
ce mode de sépultures? Ce n'est pas devant les membres 
seuls de la Société archéologique du Yeudômois qu'il con- 
viendrait de discuter de nouveau cette question; ils la con- 
naissent mieux que nous, grâce aux travaux de MM. Bou- 
chot et de Rochambeau. 

h me sufSra de constater ce qui parait être admis par 
tout le monde : que les Gaulois en général peuvent bien 
avoir emprunté cette coutume, comme tant d'autres, à leurs 
conquérants. Mais j'ajouterai de suite : les inventions comme 
les coutumes et les moeurs répondent chez tous les peuples 
à un certain degré de civilisation, à une certaine marche 
dans révolution de l'intelligence. 

Il est bien certain qu'avant de se servir d'intruments en 
métal, les peuples quels qu'ils soient ont fait usage de la 
pierre et il n*est pas douteux non plus que partout, sous 
toutes les latitudes, comme chez toutes les races, la pierre 
taillée a précédé la pierre polie. 

(1) Même BttUeUn, jng. 5M à 533. 



76 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Le puits-sépoltare, c'est-à-dire après tout la fosse toute 
faite, a pu être employé, de même que les grottes natu- 
relles, à la conservation de leurs restes mortels par les 
premières peuplades primitives, dont le temps et Tindustrie 
étaient après tout exclusivement employés à la luUe pour 
rexUtence. 

A. DUREAO. 

. M. l'abbé Bourgeois a déjà traité dans son travail d'en- 
semble les questions 10 et 11 : 

A-t-on recueilli des instruments préhistoriques en 
bronze f 

Peut-on tirer quelques conclusions générales des faits 
préhistoriques constatés dans le Vendômois f 

HM. Nouel et deBodart lyoutent quelques faits à ce qu'a 
dit M. Bourgeois sur l'âge de bronse. On a mentionné la 
découverte de deux poignards dont l'un à Naveil; M. Nouel 
signale des lingots de cuivre natif trouvés dans des sépul- 
tures de l'âge de pierre, longtemps avant l'apparition du 
bronse. 

M. Bourgeois dit que les ornements de bronze dans les 
sépultures ne prouvent rien, qu'on les trouve à toutes les 
époques. 

H. de Bodart dit qu'au moment de la construction du 
chemin de fer de Paris à Tours par Vendôme, les ouvriers 
mirent à découvert une certaine quantité de haches de 
bronse de toute grandeur. 

Malheureusement plusieurs passèrent aux mains d'ama- 
teurs étrangers au pays, mais quelques-unes furent recueil- 
lies par le frère Narcisse, instituteur à Huisseau, et ont 
figuré à l'exposition rétrospective de Vendôme. 

Personne ne demandant plus la parole M. le président 
lève la séance à 4 h. 1/2. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 77 

Kn quelques mots pleins d'aménité et de gracieuse coor- 
^'^e, il remercie l'assemblée de sa studieuse attention et 
V^^nd congé du Congrès en l'engageant à poursuivre ses 
P^ibles travaux. 



SÉANCE DU 19 JUIN, A 8 HEURES DU MATIN. 

'^■^^lideDoe de M. de Codgiit , i]iq>ecteiir divisionnaire de la Société 

firançaiae d'arcbéologie. 

S'égeat au bureau : MM. l'abbé Bourgeois , de Dion, 

^^ttgainy l'abbé Auber, comte du Manoir, marquis de 

'^^c^banibeau y secrétaire général du Congrès. H. d'Espi- 

^y remplit les fonctions de secrétaire. MM. les membres 

^ Congrès, réunis dans la salle ordinaire de leurs 

^^i&hlées, à l'Hôtel-de- Ville, examinent et étudient, 

f^ ^^tendant l'ouverture de la séance, les nombreuses et 

bail 

jTà photographies archéologiques de M. de Laurière, 

^^Bgoulême, et quelques-unes fort bien réussies de 

H. Letellier, photographe au Havre. On remarque parti- 

eolièrement les belles eaux-fortes de M. Queyroi, con- 

senateur du Musée de Moulins et aqua-fortiste distingué 

et les nombreux dessins dont M. Launay vient souvent 

compléter ses mémoires archéologiques si variés. 

Toutes ces belles choses ornent les murs de la salle 
des séances et intéressent vivement les membres du 
Congrès. 

La séance s'ouvre à huit heures un quart. M. de Dion 
lit le procès-verbal de la séance précédente ; ce procès- 
verbal est adopté après quelques légères modifications 
présentées par MM. de Bodart et de Maricourt. M. le 
Secrétaire général donne lecture d'une lettre par laquelle 



78 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DB FRANCE. 

M. Demoyers s'excuse de ne poaToir assister aa Congrès. 

H. le Président dépose sur le bureau pour la Biblio- 
thèque de la ville de Vendôme, les ouvrages suivants 
offerts au Congrès par leurs auteurs : 

La Collégiale de Saini-Marlin, par M. Nobilleau; 

Le présent^ le passée Favenir^ par M. A. de Maynard ; 

La fin du monde , par le chevalier de Maynard ; 

L'héridiU et le pouvoir, par le chevalier de Maynard ; 

Mémoires sur les sculptures symboliques des XI* et 
XII' siècles, par l'abbé Auber; 

Mémoire sur V origine , le développement et les progrès 
du symbolisme des monuments religieux jusqtfau XI* siècle , 
par le même; 

Table générale et analytique des matières contenues 
dans les quatre volumes de F histoire du symbolieme, par 
le même ; 

Note sur les progrès de rarchitecture militaire sous le 
règne de Philippe- Auguste , par H. A. de Dion ; 

Le chdteau de Montfort-UAmauryy par le même; 

Mémoire sur le Pagus medriacensis , par le même ; 

Recherches sur les anciens chemins de VIveline et du 
comté de Montfort , par le même ; 

Excursion en Poitou el en TotcraiiM, par M. de 
Cougny ; 

Histoire de la Condila de NaveU en VendâmoiSy par 
H. Neilz; 

De Normandie en Nivernais ^ par M. Gh. Yassemr, 
inspecteur de la Société française d'archéologie ; 

Congrès archéologique de France tenu à Angers au 
mois de juin 1871 , offert par la Société française 
d*archéologie. 

M. le Président donne connaissance d'une pétition 
adressée par M. de Ghergé à l'Assemblée nationale ten- 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 79 

dânt à obtenir le maintien da concours académique de 
1870, dans les Académies où il a été supprimé et le 
respect des droits acquis des concurrents aux prix qui 
auraient dû être décernés. 

L'ordre du jour appelle la i2* question du programme : 
lVott«^(-oft quelque mention du Vendâmoi$ à Vépoque 
ga\to-f(maine ^ e'eet-àrdire depuis César jusqu'au cùm-- 
mencement du P siècle? M. de Salies présente un 
mémoire de M. Gh. Bouchot sur ce sujet, mais il observe 
que M. Bouchot ayant traité en même temps les ques- 
tions 19, 20 et ai, il serait plus opportun de remettre 
à plas tard la lecture de ce mémoire. M. le Président 
accède au désir de M. de Salies et appelle la question 
12 bis : Saint Martin Ort-U réellement passé par Yen- 
dame? Personne ne demandant la parole, M. le marquis 
de Rochambeau fait observer que la tradition sur le pas- 
sage de saint Martin dans le Vendômois est constante 
dans tout le pays et que cette tradition est très-répandue. 
Il ratconte qu'il y a au nord de la paroisse de Yillavard un 
champ appelé le Pas- de^ Saint -Martin. Des paysans, 
disent les habitants, auraient insulté saint Martin traver- 
sant ce champ pour aller à Vendôme, et le saint, pour 
les punir, aurait rendu une partie du champ sensiblement 
moins fertile que les terrains qui l'entourent , ce que l'on 
remarque encore aujourd'hui. 

M. de Pétigny croit que c'est à Vendôme que saint 
Martin ressuscita un enfant et convainquit par ce miracle 
mie foale idolâtre que la curiosité avait attirée sur ses 
pas. Sulpice-Sévère rapporte ce miracle dans ^ Vie de 
wint Martin , mais il ne dit pas dans quel pagus le fait 
>'est passé. H. l'abbé Chevalier confirme cette remarque, 
6t dit que saint Martin, étant allé de Tours à Chartres, a 



80 CONGRÈS ARCHiOLOaiOCE DE FRANCE. 

dû suivre la voie romaiae qui passait par Sonnay, et que 
par conséquent il a traversé le Vendômois encore païen 
à cette époque. 

A ce propos y M. l'abbé Bourgeois rapporte un bit 
assez curieux relatif à saint Julien. Dans la commune 
d'Artins , saint Julien bfttit une église sur les ruines d'un 
temple païen, et à ce siyet les babitants du pays racontent 
une légende qu'ils répètent en latin malgré leur parfaite 
ignorance de la langue latine. Il parait que le saint aurait 
été fort mal reçu et même maltraité par les indigènes, 
parmi lesquels trois iamilles surtout se signalèrent : 
< GaudaiL Soriatit Brouiati eursaveruni sanelum Julio- 
num et baitaveruni eum. > Une variante ajoute même : 
Cl m valle Dauioert. > Cette tradition aurait été dans les 
mêmes termes reproduite sur une vieille tapisserie de la 
catbédrale du Mans. Il existe encore à Artins des familles 
du nom de Gaudat, Souriau et Brossier que la tradition 
populaire fait descendre des adversaires de saint Julien , 
et lorsqu'il s'élève une querelle entre quelqu'un de leurs 
membres et ses voisins, on ne manque pas de leur adres- 
ser comme une injure ce propos : < Tan-loi^ (u os cowné 
taini Julien. > 

L'abbé Bourgeois ne se porte pas toutefois garant de 
l'authenticité de la généalogie des trois familles incriminées. 

Personne ne demandant plus la parole, le Président ap- 
pelle la 13* question que M. Launay s'offre de traiter 
en même temps que la 14«. La parole est à M. Launay, et 
ii s'exprime ainsi : 

Quels sont les monuments gaUo^omains qui se ren- 
contrent dans le Vendâmais? les discuter. 

Le Vendômois conserve encore de nombreux vestiges 
de constructions dues au séjour des Romains dans notre 
pays. La vallée du Loir surtout, en tout temps si fertile et 



XXXIX» SESSION, A VENDOME. 81 

si pittoresque y a dû les y attirer et les y fixer. Aussi en 
renferme- 1- elle plusieurs que nous allons décrire, en 
suivant le cours de cette rivière depuis son entrée dans 
notre arrondissement à Saint-Jean-Froidmentel, jusqu'à 
sa sortie au sud à Tréhet. 

Dans la commune de Brevainvilhy canton de Horée, à 
1,500" au sud du dolmen du Breuil, en un point où le 
Loir se rapproche sensiblement du eoteau assez abrupt en 
cet endroit, on rencontre les restes d'une ancienne cons- 
truction appelée encore le vieux château de la Barrière. 
Sa forme rectangulaire mesure 15» sur 12. Ce n'est plus 
maintenant qu'un amas considérable de pierres échantil- 
lonnées de petit appareil et de briques longues et à re* 
bord. 

Ne doit-on pas voir là les débris d'un ancien fort élevé, 
ainsi que son nom l'indique, pour commander le cours de 
la rivière qui vient presque baigner son pied et l'antique 
voie gallo-romaine longeant le coteau à une distance de 
100" environ. 

La TOUR DE Grisset. — En descendant le Loir et presque 
en face des imposantes ruines du château de Fréteval, on 
aperçoit, sur la pente du coteau, les restes d'un petit ma» 
nament gallo-romain qui, dans le pays, porte le nom de 
la Tour de Grisset. 

Il est difficile, d'après sa forme et ses dimensions, d'in- 
diquer quelle pouvait être sa destination. Son plan carré 
mesure 4" de côtés dans œuvre; les murs, jusqu'à la nais- 
sance de la voûte en briques en berceau, ont S"" de hau- 
teur et l^ySO d'épaisseur. Ils sont revêtus, à l'intérieur et 
à l'extérieur, d'assises régulières, de moellons de petit 
appareil alternant avec des cordons de trois rangs de 
briques longues espacés de 0°',50 en 0",50. La porte 
d'entrée au sud de "1^ d'ouverture est surmontée d'une 

G 



82 CONGRÈS ARCHEOLOGIQUE DE FRANCE. 

grande arcade en plein cintre destinée à éclairer Tinté- 
rieur. Nous signalons Fabsence complète de pierres de 
taille dans cette construction autour de laquelle on ren- 
contre de nombreuses substructions de la même époque 
indiquant un centre de population dont ce petit monument 
pouvait être le temple. 

Nous avons découvert au-dessous, dans la plaine, les 
restes d'un hypocauste dont les conduits rectangulaires en 
briques étaient vitrifiés par le feu. Ils avaient été coupés 
par les déblais du chemin de Ter occupant à peu prèsTem 
placement de l'antique voie gallo-romaine. 

Pezou. — A trois kilomètres en continuant à descendre 
nous arrivons à Pezou qui a dû être une station romaine 
très-importante, si l'on en juge par les nombreuses subs- 
tructions que Ion rencontre partout où Ton fouille. En 
1862, la Société archéologique, voyant un champ entière- 
ment couvert de briques à rebord, résolut de s'assurer s'il 
ne renfermait pas quelques restes de constructions enfouies. 
Les fouilles, en effet, mirent à découvert les fondations 
d'une villa gallo-romaine en pierres de petit appareil. Le 
sol des différentes pièces était couvert d'une couche épaisse 
de béton. Un petit aqueduc en briques conduisait à cette 
habitation l'eau de deux belles fontaines situées à 200™ du 
pied du coteau le long duquel passait une voie gallo-ro- 
maine. Sous la route actuelle, un ancien caveau dit dans 
le pays : la Cave au diable, renferme encore des débris de 
mosaïques. 

En 1863, lors de la construction du chemin de fer de 
Paris à Tours par Vendôme, les tra\aux de déblais vinrent 
à traverser, à l'est de Pezou, un terrain formant un exhaus- 
sement asiez sensible au-dessus des autres et d'une super- 
ficie d'un hectare environ. On s'aperçut immédiatement 
que l'on venait d'entrer dans un ancien cimetière gallo- 



SSXIX' SESSION, A VENDOHE, 



84 CONGRÈS AHCUÉOtOGIQUE DE FRANCE. 

romain. Le sol, de distance en distance, était percé de 
petites fosses circulaires de O^^SO à O'^^GO de profondeur 
sur O'^jiO de diamètre, renfermant des urnes cinéraires 
de toutes formes et de toutes dimensions eu terres grises, 
noires et rouges avec cendres au fond. Nous y avons ren- 
contré plusieurs vases et assiettes en verre déposés au 
musée ; des fragments de caisses en bois contenant des 
bracelets, des bagues et une foule d'autres objets qui ont 
échappé à nos recherches, tels que le magniflque collier 
en améthyste figurant aujourd'hui à Texposition rétrospec- 
tive (1), des statuettes, des monnaies, des armes, etc., etc. 

Ce cimetière, à défaut d'autres découvertes, suffirait 
à démontrer que Pezou fut un centre de population gallo- 
romaine. Il n'est pas, en eflet, d'excavation faite dans le 
bourg où l'on ne rencontre des substructions ou des objets 
de cette époque. 

En côtoyant le Loir, à quelques kilomètres en aval, 
l'ancieu fief de Honcé nous offre son contingent de fonda- 
tions, de briques à rebord, de monnaies ainsi que le bourg 
de Saint-Ouen situé au-dessous où l'on a trouvé, dans le 
cimetière nouvellement créé, des traces irrécusables du 
séjour des Romains. Mais nous touchons à un point de 
notre excursion le long du Loir, où ces témoignages de- 
viennent de plus en plus concluants. Nous entrons, en 
effet, dans là plaine de Vendôme qui renferme le 
Théâtre gallo-romain d'Areines, découvert en 1862 à 
50G" à l'ouest de l'église du bourg et dans le voisinage 
d'une ancienne voie traversant diagonalement la plaine et 
allant du Mans à Blois. 



(1) Depuis répoque où M. Launay nous donnait ces renseignements, le 
collier d'améthyste et une paire de boucles d'oreilles qui raccompagnait, 
ont été acquis par le musée de Vendôme. 

{Note du Secrélaire gënéfal,) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 85 

La superficie da terrain renfermé dans Tenceinte de- 
mi-circulaire des mors peut être évalaée à 25 ares envi- 
ron et remplacement des gradins de 15 ares environ per- 
met d'évaluer le nombre des spectateurs qui venaient s'y 
asseoir à 3 ou 4,000. 

Noos ne ferons point ici la description de ce monument, 
qui se trouve dans le Bulletin de la Société archéologique 
du Yendômois et que celui de la Société française a bien 
voulu reproduire, nous dirons seulement pour répondre h 
la quatorzième question du programme : 

Le théâtre SAreines peut-il faire croire à un em- 
placement primitif de Vendôme autre que V emplacement 

actuel? 

Le théâtre d'Âreines à deux kilomètres environ de Ven- 
dôme ne prouve pas, selon nous, que cette ville fût située 
dans la plaine qui le renferme. Ces sortes de monuments 
n'étaient pas toujours élevés dans les villes peu impor- 
tantesà cette époque. Nous pensons, d'après l'énumération 
que nous venons de faire des différentes stations groupées 
le long du Loir, qu'il y a lieu de les considérer comme 
un centre où venaient, à certains jours, se réunir les po- 
pulations des environs et les légions romaines avides de 
retrouver, dans ces jeux, le souvenir de la patrie absente. 

Nous ne dirons pas non plus que ce théâtre fût isolé 
dans la plaine, sans aucune trace de constructions aux 
environs; nous avons la preuve du contraire par la décou- 
verte faite en 1866 des restes d'un bâtiment destiné, sans 
nul doute, à un établissment de bains et situé â quelques 
cents mètres au sud-ouest du théâtre. 

Bairs gallo-rohàins. — Le terrain que nous avons 
fouillé renferme deux salles successives, l'une de 8"',40 de 
long sur 5»,20 de large et l'autre de iS^jSO sur 6», pré- 



86 GONGHÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

senlant à peu près au milieu et de chaque c6té deux enfon- 
ceuients, l'un rectangulaire de 3"^ d*onverture et de 1">,75 
de profondeur et l'autre demi-circulaire et de mêmes di- 
mensions. Cette grande salle se rétrécit à son extrémité et 
ne mesure plus que 4", 16 de largeur au lieu de 6". Dans 
cet espace de 4">,16 sur 2<b,35 de profondeur, le sol était 
couvert d'une couche de béton sur laquelle s'élevait une 
série de petits piliers à bases carrées construits en briques, 
d'une hauteur de 0",40 et destinés à supporter un plan- 
cher détrait. 

Au milieu du mur du fond, s'ouvre un petit corridor de 
0",70 de largeur sur i",92 de longueur, dont les parois 
très-endommagées par le feu et le sol couvert de charbons 
et de cendres indiquent la présence du fourneau transmet- 
tant la chaleur à l'hypocauste à l'aide de tuyaux en briques 
de formes losangées dont nous avons recueilli plusieurs 
fragments. 

Les murs de 1"^ d'épaisseur, avec revêtement de pierres 
de petit appareil enduites d'un ciment très-lisse nous ont 
encore offert les traces de filets rouges et noirs. Us avaient 
encore conservé une hauteur de 1"* environ au-dessus du 
béton. 

Une quantité énorme de fragments de briques à rebord, 
de tuyaux et de clous se mêlait aux décombres. 

Sans prétendre que cette construction puisse être consi- 
dérée comme un grand établissement de bains, il est au 
moins permis de supposer qu'elle a dû faire partie d'une 
villa importante motivée sufiBsamment par son voisinage 
du théâtre d'Areines. 

Nous arrivons à Vendôme où le séjour des Romains n'a 
laissé d'autres traces, au moins apparentes, que l'antique 
voie dont nous avons parlé plus haut, rencontrée en plu- 
sieurs endroits, à l'extrémité nord des faubourgs et à deux 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 87 

kilomètres au nord*ouest au village de Cauriiras dépen- 

^bnf de Vendôme où elle passait près d'un lieu appelé les 

Caveam. Le rocher est percé, en cet endroit, de chambres 

^^'QCerraines reliées entre elles par des galeries creusées 

60 fous sens. On a trouvé dans l'un de ces caveaux une 

JaiDpe sépulcrale en terre cuite posée dans une niche. Un 

autre renfermait une assez grande quantité d'ossements et 

ue cendres au milieu desquels on a rencontré un glaive à 

^^ très-large ou scramasaxe et différents autres usten- 

^^ de la même époque» 

. ^^IL. — En traversant le Loir un peu plus bas, nous 

'"^^Ous au bourg de NavHl dont l'église, située au milieu 

dt\a plaine, forme avec quelques maisons seulement le 

centre d'un bourg très-important ayant ses habitations 

placées le long des deux coteaux qui bordent la vallée. 

A l'ouest de l'église se développe une étendue de terrain 
assez considérable dans laquelle on voyait encore, au com- 
mencement du siècle, des pans de muraille assez élevés. 
Plus tard, la charrue mit à découvert, à différentes re- 
prises, des subsiructions importantes, de vastes salles, des 
cours dallées, des débris d'aqueducs avec tuyaux servant 
à l'écoulement des eaux. Partout le sol est jonché, sur une 
superficie de cinq hectares environ, de tuiles à rebord, de 
fragments de mosaïques et de vases, qui s'ils n'indiquent 
pas l'existence delà ville de Tourteline^ comme on l'appelle 
encore dans le pays, accusent du moins la réunion de villas 
assez nombreuses. 

En 1836, auprès du Loir, dans un endroit où celui-ci 
forme un gué, on a découvert, sous un banc de sable, six 
fours bâtis en briques adossés deux à deux avec une ouver- 
ture circulaire comme les nôtres. 

A ce gué, qui porte encore aujourd'hui le nom de Gué 
^ Yillay venaient aboutir de chaque côté trois voies an* 



86 G0N6HÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

senlant à peu près au milieu et de chaque c6té deux enfon- 
ceuients, l'un rectangulaire de 3" d*ouveiiure et de 1">,75 
de profondeur et l'autre demi-circulaire et de mêmes di- 
mensions. Cette grande salle se rétrécit à son extrémité et 
ne mesure plus que 4", 16 de largeur au lieu de 6". Dans 
cet espace de 4">,16 sur 2»,35 de profondeur, le sol était 
couvert d'une couche de béton sur laquelle s'élevait une 
série de petits piliers à bases carrées construits en briques, 
d'une hauteur de 0'",40 et destinés à supporter un plan- 
cher détruit. 

Au milieu du mur du fond, s'ouvre un petit corridor de 
0",70 de largeur sur i"»,92 de longueur, dont les parois 
très- endommagées par le feu et le sol couvert de charbons 
et de cendres indiquent la présence du fourneau transmet- 
tant la chaleur à l'hypocauste à l'aide de tuyaux en briques 
de formes losangées dont nous avons recueilli plusieurs 
fragments. 

Les murs de !■» d'épaisseur, avec revêtement de pierres 
de petit appareil enduites d'un ciment très-lisse nous ont 
encore offert les traces de filets rouges et nuirs. Us avaient 
encore conservé une hauteur de 1"* environ au-dessus du 
béton. 

Une quantité énorme de fragments de briques à rebord, 
de tuyaux et de clous se mêlait aux décombres. 

Sans prétendre que cette construction puisse être consi- 
dérée comme un grand établissement de bains, il est au 
moins permis de supposer qu'elle a dû faire partie d'une 
villa importante motivée sufiBsamment par son voisinage 
du théâtre d'Areines. 

Nous arrivons à Vendôme où le séjour des Romains n'a 
laissé d'autres traces, au moins apparentes, que l'antique 
voie dont nous avons parlé plus haut, rencontrée en plu- 
sieurs endroits, à Textrémité nord des faubourgs et à deux 



ZXXDL* SESSION, A VENDOME. 87 

kilomètres au nord-ouest au village de Cour tiras dépen- 
dant de Vendôme où elle passait près d'un lieu appelé les 
Caveaux^ Le rocher est percé, en cet endroit, de chambres 
souterraines reliées entre elles par des galeries creusées 
en toos sens. On a trouvé dans l'un de ces caveaux une 
lampe sépulcrale en terre cuite posée dans une niche. Un 
autre renfermait une assez grande quantité d'ossements et 
de cendres au milieu desquels on a rencontré un glaive à 
lame très-large ou scramasaxe et différents autres usten- 
siles de la même époque» 

Naveil. — En traversant le Loir un peu plus bas, nous 
arrivons au bourg de Naveil dont l'église, située au milieu 
de la plaine, forme avec quelques maisons seulement le 
centre d'un bourg très-important ayant ses habitations 
placées le long des deux coteaux qui bordent la vallée. 

A l'ouest de l'église se développe une étendue de terrain 
assez considérable dans laquelle on voyait encore, au com- 
mencement du siècle, des pans de muraille assez élevés. 
Plus tard, la charrue mit à découvert, à différentes re- 
prises, des substructions importantes, de vastes salles, des 
cours dallées, des débris d'aqueducs avec tuyaux servant 
à l'écoulement des eaux. Partout le sol est jonché, sur une 
superGcie de cinq hectares environ, de tuiles à rebord, de 
fragments de mosaïques et de vases, qui s'ils n'indiquent 
pas l'existence delà ville de Tourteline^ comme on l'appelle 
encore dans le pays, accusent du moins la réunion de villas 
assez nombreuses. 

En 4836, auprès du Loir, dans un endroit où celui-ci 
forme un gué, on a découvert, sous un banc de sable, six 
fours bâtis en briques adossés deux à deux avec une ouver- 
ture circulaire comme les nôtres. 

A ce gué, qui porte encore aujourd'hui le nom de Gué 
^ YUla^ venaient aboutir de chaque côté trois voies an- 



88 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

ciennes dont les traces subsistent à une faible profondeur 
sous le sol. 

La Cunaille, commune de Tboré. — En 4866, M. de 
Rochambeau a rencontré, au hameau de la Gunaille, à 
300" du Loir et à 7 kilomètres au-dessous de remplace* 
ment de Tourtelinej les restes d'une construction gallo- 
romaine que l'on peut considérer comme le sous-sol d'un 
bâtiment qui dut, à cette époque, avoir une certaine im- 
portance. Les quelques marches d'un escalier en pierre, 
encore en place, devaient conduire du sous-sol au rez-de- 
chaussée. Les décombres qui remplissent cette cavité ren- 
ferment une grande quantité de poteries grises, noires et 
d'un rouge vernissé offrant sur la surface des dessins en 
relief lrès*gracieux. L'un de ces vases portait au fond l'es* 
lampille du potier TRIVPI-M (1 ). 

Hazangé, canton de Vendôme. — A quelques kilomètres 
en (ace et de l'autre côté du Loir se trouve le bourg de 
Mazangé dans une vallée très-étroite bordée par des co- 
teaux assez élevés. Celui de Touest porte encore, aux deux 
tiers de sa hauteur, les restes d'un petit monument gallo- 
romain dit, dans le pays, le château du Bignon. Sa forme 
rectangulaire mesure i^ fiuv 3"*,45 et ^^^50 de hauteur 
au-dessus du soi. Il est assis sur un blocage de pierres 
énormes et n'offre qu'une masse compacte sans vide inté- 
rieur qui se prolongeait évidemment jusqu'à son sommet, 
comme le prouvent les nombreux débris groupés autour. 
Son revêlement extérieur est en petits moellons appa- 
reillés alternant avec des rangs de briques longues et 
épaisses. Une ancienne voie taillée dans le rocher passait 
à 15i° au-dessous. 



(1) Voir le Bulletin de la Société Archéologique du Vendômois, 
1866, p. 401. 



XXZIX* SESSION, A VENDOME. 89 

La position de ce petit monument et son genre de cons- 
truction n'indiqueraient-ils pas un tombeaa, ou Tune de 
ces tours, tantôt rondes, tantôt carrées, comme la Pile 
Saint-Mars, élevées pour servir de limites territoriales? 

Si du coteau nous descendons dans la vallée, l'église 
nent aussi offrir à notre examen des restes importants 
de construction sinon gallo-romaine tout au moins 
Mérovingienne. Le mur du nord, sur une longueur de 
25" environ, est bâti en pierres de petit appareil séparées 
par des joints de 0-,04 à 0«,05 d'épaisseur. 

La Méziére. — En continuant noire route, nous ne 
passerons pas devant le joli château de la Renaissance de 
laMéïière, sans constater qu'il s'élève sur l'emplacement 
<i'Qne villa gallo-romaine à en juger par les restes desub* 
struclions trouvés dans les cours, par les nombreuses 
briques à rebord, fragments de poterie vernissée à per- 
sonnages et par des bijoux tels que collier, bracelet et 
fibules. 

Nous allons maintenant faire un assez long trajet, sans 
rencontrer de traces de constructions gallo-romaines. Nous 
(ra?erseroDS les Roches, Lavardin et Montoire, localités si 
inléressanles sous d'autres rapports, pour arrivera Temay 
dans le bas Vendômois où passait autrefois la voie antique 
du Mans à Tours et où l'on rencontre, dans le bas du bourg 
au nord-ouest de Téglise, d'importantes et nombreuses 
substructions, restes probables d'une villa nommée Tur- 
niacus, du nom de son fondateur Turnus. Des médailles 
romaines ont été trouvées dans les environs entre autres 
une en or portant au droit la tête d'Apollon et au revers 
le char attelé d'un cheval à tète humaine foulant un 
homme sous ses pieds. 

Abtins, canton de Montoire. — De Temay pour gagner 
^Ttim, nous n'avons qu'à suivre la voie romaine de Tours 



90 CONGRÈS ARCHiOLOGIQUE DB FRANCE. 

au Mans et Paris (1)^ traversant le Loir sur un pont de 
l'époque qui subsista jusqu'en 1 555 et dont la dernière pile 
haute encore de i^ a été démolie, lors de la construction 
du pont actuel en 182... 

La légende dit qu'il existait à Artins un temple fameux 
dédié à Jupiter que saint Julien, en venant visiter cette 
station romaine, renversa pour élever sur son emplacement 
une église au Dieu des chrétiens. Cette église n'existe plus 
mais celle du xir siècle, qui probablement lui a succédé, 
présente encore des parties du mur de l'abside et du mur 
de la nef au sud ayant appartenu au temple gallo-romain. 
Partout dans le bourg, on rencontre de nombreux vestiges 
d'habitations de cette époque, des fragments de tombeaux 
et de poteries. 

SouGÉ et le camp de César. — W Artins en se rendant 
à Sougéf on traverse une plaine de deux kilomètres lais- 
sant apercevoir les traces de la voie antique qui, dans 
presque tout ce parcours, est recouverte d'un amas consi- 
dérable de scories de fer. 

Le bourg de Sougé est bâti au pied d'un coteau assez 
élevé, sur le sommet duquel on retrouve des vestiges appa- 
rents d'un ancien camp de César décrit dans les Antiquités 
romaines de Caylus. (Tome IV, p. 177.) 

On comprendra facilement le choix d'un tel emplace- 
ment pour y établir un camp, si l'on se figure une sorte 
de promontoire dont la voie gallo-romaine contourne la 
base et faisant à la fois saillie sur la vallée du Loir et sur 
celle de la Braye dont les rivières se réunissent à i ,500"" 
delà. 

L'enceinte, de forme rectangulaire orientée du nord-est 
au sud-ouest, mesure environ 300"" de long sur lOO"* de 

(1) Magnum iter quod itnr ad Pariaios. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 9\ 

large. Cet espace est divisé en deux parties, le Castellum^ 
au midi, et le Castrum^ au nord, séparés par un fossé de 
10" de large sur 5 ou 6"" de profondeur. Sur le bord de 
ce fossé et en dedans du Castellum, s'élève un rempart en 
terre avec une ouverture au milieu pour établir une com- 
munication entre les deux parties du camp. 

Celte première enceinte au midi de 12,000" de superficie 
suivait la forme arrondie du promontoire et était défendue 
par un escarpement. 

La deuxième enceinte ou Caslrum^ de 150°^ de long sur 
100» de large, était fermée au nord-est par un large fossé 
et un escarpement en terre qui le défendaient du seul point 
ou il fût attaquable. 

Chaque jour, fossés et escarpements disparaissent pour 
les besoins de la culture qui ont fait découvrir des orne- 
ments militaires en argent et un mors de bride. 

Tels sont les vestiges du séjour des Romains que nous 
avons à signaler, sauf omission, le long des bords du 
Loir. 

Nous en avons d'autres à enregistrer dans la vallée de 
la Braje et dans Tintérieur des terres. 

Sargé, canton de Mondoubleau. — En 1865, la Société 
archéologique du Vendômois fut appelée à Sargé pour 
constater et étudier la découverte d'une villa gallo-romaine 
à Tembrancbement des routes de Vendôme à Saint-Calais 
et de Sargé à Savigny, au lieu dit Monplaisir, sur la rive 
gauche et à quelques mètres seulement de la Braye. Nous 
7 avons rencontré une grande étendue de murailles abou- 
tissant à une tour formant le centre des constructions. Les 
fouilles ont amené à la surface du sol une quantité consi- 
dérahle de briques à rebord, des fragments de poterie et 
<Ios portions notables de mosaïques. 

La voie romaine du Mans à Orléans passait à Sargé. Le 



92 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

long de son parcours et sur le coteau qui borde la rite 
droite de la Braye, on trouve de nombreux débris de cons- 
tructions de l'époque et de scories indiquant l'existence 
de forges dans les environs. 

OiGNT, canton de Nondoubleau. — La voie antique du 
Mans i Chartres portant encore aujourd'hui le nom de 
Chemin de César ^ forme la limite de la commune au nord. 
Près de cette voie et dans un champ entouré de haies on 
a trouvé les substructions d'une importante villa avec pa- 
vages en mosaïque, briques à rebord, médailles en argent 
et en bronze. Ce champ couvert de charbons et de cendres 
s'appelle encore le Champ brûli. 

A Saint-Avit, même canton, la voie romaine limite la 
commune au sud. Entre cette dernière et le bourg on ren- 
contre un terrain assez vaste nommé le Champ de bataille 
dans lequel on a découvert assez récemment des restes de 
fondations, de pavages, une énorme quantité de cendres 
et des ossements humains. 

CouLOMMiERS, cantou de Selommes. — A 500(" environ 
à l'est du bourg, on rencontre au milieu de la plaine un 
lieu dit les Aturgers, un amas de pierres formant uu 
carré de 12" de côtés sous lequel on a trouvé les fonda- 
tions d'une construction de même dimension et divisée 
en plusieurs compartiments. L'un d'eux renfermait un 
bassin dei^ sur 1"* à fond et parois cimentés et bâti en 
briques. La voie gallo-romaine que nous avons signalée à 
Areines passait à Coulommiers se dirigeant sur Blois. 

Selommes, chef-lieu de canton. — A deux kilomètres au 
nord de ce bourg au lieu dit : les Terres nôtres, non loin 
de la voie antique passant à Selommes, on voyait en plein 
champ un monticule couvrant une certaine étendue de 
terrain. En 4859, le fermier entreprit d'aplanir cette butte 
sous laquelle on a découvert les débris d'une villa iropor- 



XXXIX* SESSION^ A YENDOBfE. 93 

taote consistant en un vaste b&timent de 100" de long sur 
10 de iaïf e, orientée de l'est à l'ouest et divisé en plusieurs 
compartiments par des cloisons. L'intérieur était tout rem- 
pli de moellons de petit appareil, de débris de tuiles, de 
poteries et de petits cubes en pierre amoncelés, quelques 
médailles romaines grand et moyen bronze furent trouvées 
dans les décombres. 

A 50" en avant de ce bâtiment, des fondations attestaient 
rexislence d'autres constructions moins importantes. 

En continuant à déblayer le bâtiment principal, on a 
rencontré environ quatre-vingts squelettes d'hommes, de 
femmes et d'enfants pêle-mêle dans cet amas de pierres et 
de terres. Les autres bâtiments fouillés ont amené la dé- 
couverte de nombreux squelettes d'animaux disposés par 
espèces dans des cases séparées. 

l'a s'élevait évidemment une grande exploitation agri- 
cole qui a dû être détruite presque instantanément pour 
arriver à expliquer la présence d'un aussi grand nombre 
de squelettes sur un même point. 

Quoiqu'il ne nous reste plus â signaler de monuments 
gallo-romains dans le Vendêmois, nous ne voulons pas 
omettre, avant de clore ces descriptions, de parler de la 
découverte d'objets de cette époque qui attestent, aussi 
bien qu'une construction en pierre, le séjour des Romains 
dans nos contrées et qui ont au moins une aussi grande 
importance artistique. 

En avril 1848, dans la commune de Danzé, au Perchcy 
le fermier des Métairies vint heurter avec sa charrue contre 
un coDire en bois contenant une quantité considérable de 
inédailles romaines de Gallien, Claude, Valérien, etc., etc., 
sinsi qu'une collection de bijoux formant la parure com- 
plète d*une dame romaine : 

i' Uq collier long d'environ 0",40 composé de vingt 



94 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

petits barillets eu or de O'^Oi, à bases octogonales et à 
faces losangées, reliés entre eux par deux petits anneaux 
venant, aux extrémités, s'agrafera un médaillon elliptique 
orné d*un beau camée ; 

S*" Deux bracelets en torsades d*or aux fermoirs desquels 
étaient suspendues deux plaques circulaires aux contours 
délicatement ciselés avec médailles de Titus et de Faustine 
au milieu; 

3<^ Une longue épingle d'or contournant la tète et retenant 
sur le front un médaillon semblable aux autres; 

i"* Une bague en or avec camée représentant une llinerve 
debout près d'un autel; 

5^ Un miroir en métal poli de forme arrondie, à bords 
relevés formant encadrement-poignée en-dessous. 

La voie romaine du Mans à Orléans passait à Danzé« 

Relativement au théâtre d'Âreines, M. Launay appuie 
sur cette particularité singulière que la base seule existe 
et est construite en pierre : l'examen de cette base prouve 
qu'elle n'a jamais été surmontée de gradins en pierre, 
que la construction s'arrêtait peu au-dessus du sol et que 
les spectateurs devaient être assis par conséquent sur des 
gradins en bois. H. de Cougny signale le théâtre de Ju- 
blains, dont la base seule est aussi en pierre ; M. Palustre 
fait observer qu'il existe des théâtres semblables non-seu« 
lement en France mais à Rome même ; M. de Lauriëre con- 
Grme les renseignements donnés par M. Palustre. 

L'existence d'un théâtre romain â Areines, est-elle suf- 
flsante pour faire croire qu'il y avait en cet endroit une 
véritable ville? M. de Laurière ne le pense pas. Il rappelle 
que le théâtre de Saint-Cybardeau, dont il a signalé l'exis* 
tence Tan dernier au Congrès d'Angers, était situé en rase 
campagne. Saint-Cybardeau est une commune située dans 
le voisinage d'Angouléme. Les Romains, pour distraire les 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 95 

popalations dans un but politique, élevaient souvent des 
théâtres en amphiihé&tre au milieu des campagne^ et loin 
des villes. 

Ces théâtres servaient de points de réunion et attiraient 
les habitants du pays. C'était un moyen de leur donner les 
mœurs et les habitudes romaines et de leur faire accepter 
le joug des vainqueurs. 

M. d'Espinay rappelle que l'amphithéâtre de Gennes 
(Maine-et-Loire), était établi exactement dans les mêmes 
conditions, c'est-à-dire loin des grands centres de popu- 
lation. 

A la quinzième question : QueU sont les objets de la 
fméme époque gallo-romaine qui ont été trouvés soit sépa- 
rément soit dans les sépultures? M. de Rochambeau ré- 
pond qu'en dehors des trouvailles de Pezou et de Danzé 
dont a parlé M. Launay, en traitant la question précédente, 
on n'a trouvé dans le Yendômois que peu d'objets prove- 
nant des sépultures de cette époque ; il a découvert lui- 
même quelques colliers brisés en grains d'ambre et 
de verroterie dans des cercueils de pierre à Mazangé et à 
Selommes. 

M.l'abbé Bourgeois signaleun tombeau en pierres sèches 
découvert à Thenay près Pontlevoy. Dans un vase se trou- 
vaient les ossements d'un poulet domestique tout-à-fait 
semblable à l'espèce actuelle. Il y avait aussi dans cette 
sépulture^ un verre à fond étroit et une petite pièce de 
monnaie portant une couronne et un autel avec cette lé- 
gende : Crispus Cœsar ; ce nom est celui de l'un des fils de 
Constantin, ce qui permet de faire remonter cette sépulture 
iulV* siècle. C'était une inhumation et non une incinéra-- 
tion, mais l'emploi d'un vase qui avait pu contenir du li^ 
quide et la présence des os d'un animal domestique, rap* 



96 CONGRÈS ARCHÉOLOGIOUE DE FRANCE. 

pellent les usages païens. On sait que les anciens sacri- 
fiaient un coq à Esculape. 

M. le marquis de Yibraye signale des monnaies du lY* 
siècle trouvées sur les bords de 1111 en Alsace ; elles portent 
le chrisme avec Ta et l'û. 

Le IV'' siècle est une époque de transition pendant la- 
quelle les usages chrétiens n'avaient pas encore complète- 
ment triomphé des traditions païennes. De là, d*assez 
grandes difficukés pour dater les sépultures; de là aussi 
des mélanges et des confusions fort extraordinaires. La 
sépulture signalée par M. l'abbé Bourgeois pourrait être 
païenne, tandis que les tombes dont parle M. de Yibraye 
appartiennent au contraire à des sujets chrétiens. 

M. Tabbé Bourgeoisrappelle la découverte faite àGièvres, 
près Selles-sur-Cher, déplus de mille vases de terre d'une 
exécution généralement grossière; quelques-uns sont en 
verre. Us se répartissent entre deux cimetières qui existaient 
dans cette localité. 

Dans un de ces vases étaient les restes d'un enfant qui 
avait été incinéré; ils avaient été déposés avec les jouets 
du pauvre petit et même des aliments, car le vase renfer- 
mait en outre des os de bœuf et de mouton. 

M. de Yibraye signale d'autre sépultures gallo-romaines 
qu'il a découvertes avec M. de la Saussaye sur la com- 
mune de Fins, dans la plaine des Razoirs. 

M. le Président propose d'examiner la question 16 : 
Les voies romaines ont-elles été suffisamment étudiées? 
Pourrait'On en tracer le parcours à travers le pays {ponis^ 
guéSj etc.)? M. Launay déclare que le Yendômois n*a ja- 
mais été traversé par de grandes voies de communication, 
mais qu'il existe une infinité de chemins secondaires qui 
n'ont pas été suffisament étudiés. Un d'eux, citésur la carte 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 97 

de Cassioi et allant d'Orléans au Mans, est connu des paysans 
sous le nom de chemin de César; il n'est pas indiqué par 
Peolinger. 

Lors de la découverte du théâtre d'Âreines un autre fut 
sigualé se dirigeant du Mans sur Blois et traversant diago- 
nalement la vallée du Loir à Vendôme. Un tronçon de 
quatre mètres à Courtiras, des vestiges à la gare et au 
champ de Mars, enfin un gué dans les environs d'Areines 
permettent d'en suivre la trace. • 

H. de Haricourt fait connaître une voie romaine visible 
près lie Courtalain et facile à suivre dans les communes 
de la Fontenelle, d'Ârville, de Saint-Âvit, à Tétang du 
Plessis du Bois-Yinet; près de cet étang se trouve un 
champ connu sous le nom de champ du Combat, Sur tout 
le parcours de cette voie, on rencontre des cendres, des tom- 
beaux, des ruines d'anciennes constructions, etc. 

H. de Salies dit que préciser le tracé des voies romaines 
dans le Yendômois, n'est pas chose possible, sans de 
bonnes cartes à l'appui. Une foule de points de ces tracés 
fourniraient d'ailleurs matière à d'interminables discus- 
sions. Mais il est facile d^indiquer la direction générale 
de chacune des voies, et même ainsi de rectifier cer- 
taines erreurs accréditées. 

M. de Salies indique d'abord les voies qui auraient suivi 
la vallée du Loir. La première devait se détacher à la hau- 
teur de Yendôme de la voie de Paris et Aquitaine par 
Chartres, Chàteaudun, Yendôme et Tours. Elle suivait la 
rive droite du Loir, vers Yilliers et le Gué-du-Loir; puis 
devait se jeter dans les terres pour passer au-dessus des 
Roches, regagnant la plaine du côté du Tertre, pour la 
suivre au pied des coteaux et marcher ainsi vers Troô, 
Songé, Poncé, laChartre, où elle passait le Loir, Château- 
du*Loir, Yaas, où elle coupait la voie de Tours â Subdi- 



98 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

num (le Mans), le Lude, la Flèche, Darlal et Angers. 

Une seconde voie se détachait du même point à peu 
près, mais descendait par la rive gauche suivant la direc- 
tion (H. de Salies ne dit pas le tracé) de la route actuelle 
de Vendôme à Montoire. Seulement, au lieu de se détour- 
ner vers les Roches, elle marchait devant elles vers Villa- 
vard, Lavardin, où elle coupait une voie vicinale se diri- 
geant vers Blois, Hontoire (le vieux Honloire, paroisse 
Saint- Ouslrille), et se poursuivait au pied des coteaux jus- 
qu'à Tréhet et la Chaîrtre, ou elle se confondait avec la 
voie venue de la rive droite. Pour une partie de cette voie 
entre Hontoire et la Chartre, on a les plans relevés au 
commencement du XYIII® siècle par les ingénieurs de la 
généralité de Tours, avec les projets de rectification. Tout 
cela est aux archives d'Indre-et-Loire, et aux archives de 
la Sarlhe, où H. de Salies l'a étudié. 

H. de Salies prend ensuite les grandes voies transver- 
sales. La première c'est le tronçon de la grande voie de 
Paris et Aquitaine, par Chartres, Chàteaudun, Vendôme, 
Saunay (et non Château-Renault qui n'existait pas). Tours 
et Poitiers. On a tour à tour nié l'existence de cette voie, 
ou on a voulu en faire une voie celtique. La nier, dire 
comme M. Habile, dans sa Topographie de la Touraine, 
que la route actuelle Se Tours à Vendôme date de peu de 
temps, c'est presque jouer sur les mots. Cette route exis- 
tait si bien, qu'on a détruit dans ces années dernières seu- 
lement, le pavage (moyen âge) qui la couvrait encore entre 
Saint-Symphorien (Tours) et la PHiie^arche^ point où elle 
atteint la route nouvelle. Elle existait si bien, qu'à l'époque 
où l'on a exécuté la route nouvelle par la Tranchée de 
Tours, la partie du vieux chemin récemment dépavée, 
étant menacée de l'être alors, au profit de la route nouvelle, 
une supplique des propriétaires riverains fut adressée à 



XXXIX' SESSION , A VENDOME. 99 

rintendant de Tours, pour demander la conservation du 
pavage; et dans cette pétition on rappelle que cette route 
à laquelle on en substitue une autre, existe de temps im- 
mémorial, que son abandon déprécie les propriétés, etc. 
Celte pièce est aux archives d'Indre-et-Loire. 

Du reste, le vieux tracé de la route se retrouve sur plu- 
sieurs points du parcours, notamment à la traversée de la 
Grande vallée où le gué existe encore. 

Quant à Topinion qui voudrait faire de cette route une 
foute celtique, c'est celle de M. de Pétigny dans son His- 
toire du Yendômois. Qu'elle ait été celtique, dit M. de Salies, 
c'est probable; mais elle est devenue romaine ensuite. 
Rien que l'étendue de la ligne, de Paris à Bordeaux, le 
prouverait. Où sont d'ailleurs les indices de cette route 
celtique? H. de Pétigny les voit dans la sinuosité et l'étroi- 
tesse de quelques parties qui subsistent dans la plaine du 
Loir, au-dessus de Vendôme. Mais, qui voudrait recon- 
naître un tracé primitif dans de pareils restes, se trompe- 
i^t étraDgemenl. 

Qoand les larges voies antiques ont été abandonnées, 
elles sont devenues, en général, l'objet de la convoitise des 
riverains, qui, peu à peu, en ont absorbé la plus grande 
P^. Ces empiétements ayant lieu, sans entente et sans 
%Ie, l'un aujourd'hui, l'autre demain, et dans des mesures 
diverses, il en est résulté une déformation de l'axe des voies, 
et ces sinuosités qu'on observe aujourd'hui. Une autre rai** 
son j a contribué aussi : la dégradation des voies. Telle 
partie était usée avant telle autre, et cela, tantôt à droite, 
tantôt à gauche. On frayait naturellement les meilleures 
parties, délaissant les mauvaises. Ces faits, H. de Salies, 
qui depuis quelque temps déjà, s'occupe des recherches 
des routes^ les a constatés souvent. Ils se passent encore 
sur les tronçons de voies moins entamés que d'autrest 



iOO CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

M. de Salies ne croit pas du reste qu'il soit possible de 
distinguer un chemin celtique aujourd'hui. On a prétendu 
les reconnaître à leur concavité. Mais la concavité n'est-elle 
pas la conséquence de l'usure de toutes les routes? M. de 
Salies a vu des voies incontestablement romaines, deve- 
nues creuses et en gouttière, par l'usure, dans certaines par- 
ties. N'est-on pas obligéaujourd'hui de charger plus forle- 
mentles routes au centre qu'ailleurs, pour maintenir leur 
convexité? 

M. de Salies n'hésite donc pas à reconnaître une voie 
romaine consulaire, dans cette grande ligne de Chartres à 
Poitiers, ou si on l'aime mieux, de Paris à Bordeaux. Le 
procès-verbal de son état au milieu du xviii* siècle, dans 
la partie qui traversait le Yendômoisetla Touraine, existe 
avec les projets modernes, aux archives d'Indre-et-Loire, 
ainsi que les plans des vieux tracés, qui, par deux côtés 
différents, la menaient de Tours àMontbazon, et de là, par 
une ligne unique, à Sainte-Maure, Sainte-Catheriue de 
Fierbois,Port-de- Piles, et Poitiers, quoi qu'on ait dit en- 
core de ce tracé que H. Mabile croit tout moderne. 

Une autre voie, coupait la vallée du Loir, à2Artins. Elle 
partait de Tours, passait à Laferrière, aux Hermites, à 
Ternay, à Artins, où elle franchissait le Loir sur un pont 
de pierre. De là, elle remontait la vallée de la Braye,surla 
rive gauche de cette rivière, marchait vers Savigny, Yibraye, 
et aboutissait à la Ferté-Bernard, ou, du moins, au point 
qu'occupe aujourd'hui cette ville. 

M. de Pétigny n'hésite pas à reconnaître dans cette voie 
la grande voie de Tours à Chartres, qui aurait remplacé de 
bonne heure la voie celtique passant par Vendôme. C*esl 
encore une opinion que H. de Salies ne saurait partager* 
Un pareil tracé, avec cet objectif, serait en dehors de 
toutes les habitudes romaines. Pourquoi cette inclinaison 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. iOl 

à hnesi, quand on devrait incliner à Test. Pourquoi ce 
crochet? Pourquoi cette soudure presque à angle droit, 
sur la voie de Chartres au Mans? La ligne de Paris en 
Aqailâine, était-elle donc si peu importante qu'on allât 
ainsi lasouderà une autre ligne, au prix d*un bon nombre 
de lieues déplus? Ce ne sont pas là, répète encore M. do 
Salies, les habitudes des Romains, qui vont toujours au plus 
<^ourt, ne s'inquiélant ni des agglomérations d'habitants, 
ni des difficultés du terrain. 

Quelle était pourtant la destination définitive de cette 
mtl 3 aurait-il rien d'étonnant à ce qu'elle se dirigeât sur 
BeUèine, Hortagne et la Normandie? N'est-ce pas là sa 
jooclion naturelle? Nous n'avons pas de voie, autre que 
<^lMà, pour aller d'Aquitaine en Normandie, en ligne 
directe. Pourtant, la stratégie en avait besoin. 

A cette occasion, H. de Salies rappelle que, pendant 
qu'on étudiait la restauration de la voie de Tours à Chartres 
par Vendôme, on étudiait aussi la restauration de celle de 
Tours à la Ferté-Bernard. Preuve que ces deux voies ne 
se suppléaient pas. 

I^s éludes de cette dernière se retrouvent, dans les ar- 
chives de la Sirthe pour une partie, dans celles d'Indre- 
el-Uire pour l'autre, qui comprend le passage par les 
Hermites, Laferrière, Saint-Laurent en Gastines, etc., 
jusqu'à la soudure avec la roule de Tours à Kennes; car, 
ii faut encore relever cette erreur en passant, son trajet 
"c se faisait point par Monnaie, ainsi qu'on Ta écrit. 

Du rameau principal de Tours à Chartres par Vendôme, 
^<i détachait une voie vicinale qui allait de Vendôme àBlois 
par les hauteurs. Une autre voie vicinale atteignait la môme 
destination en inclinant au sud, vers Herbault, où elle se 
confondait avec une voie, qui venait d'Angers àBlois, par 



102 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Noyant, Chftteaa-la-Yallière, Nocillé-Pont -Pierre et Saint- 
Nicolas des Motets. 

En allant du nord au midi, la grande voie de Chartres 
à Tours par Vendôme, jetait aussi un de ses rameaux vers 
Amboise. Il partait de Saunay, coupait la voie vicinale de 
Blois à Angers, suivait le haut plateau, et se bifurquait 
ensuite pour gagner Amboise, par la vallée de la Rain- 
berge, Saint -Ouen et Pocé, à gauche; parNazeiles, à droite. 
Les plans de ces anciennes routes, sont aux archives d*Indre 
et-Loire. 

Cette direction sur Amboise, on le devine, c'était la di- 
rection de Bléré, des plateaux de la Champagne de Ton - 
raine, de Loches et de Limoges; et chemin faisant, elle 
permettait de suivre, en remontant le Cher, les grandes 
voies de Bourges. 

Enfin, dit H. de Salies, une grande voie, venant de Meung, 
et une autre venant de Blois, se dirigeaient sans se con- 
fondre, entre Oucqueset Marchenoir. Elles se confondaient 
vers Saint-Handé, pour passer à Viévy-le-Rayé, traverser 
le Loir à Morée et prendre par le Bouillis, Epuixay et 
Saint-Calais, la direction du Hans. M. de Salies a suivi 
cette voie entre Blois et Morée. Elle est souvent inter- 
rompue par la culture, sur le plateau de la Beauce; mais 
les paysans la connaissent et lui conservent le nom d'An - 
cien chemin romain. 

Un rameau de cette voie se détachait vers Oucques, dans 
la direction de Fréteval. l\ se bifurquait lui-même vers 
Pezou et Ligniëres. Ce sont là des directions incontestables. 
Il sufOt de les parcourir et de se bien rendre compte de 
la topographie du pays, pour en être convaincu. M. de Sa- 
lies ne parle pas des souvenirs historiques et des restes ro- 
mains découverts sur une foule de points. Ces détails ne 
finiraient pas. 



XXXIX^ SESSION, A VEPTOOME. 103 

Avant de passer le Loir à Pezou, la bifurcation coupait 
un chemin se dirigeant de Fréteval à Vendôme, par Areines . 
Ce chemin, romain aussi, se retrouve par tronçons à Cour- 
tiras, se dirigeant vers le Mans; car à Areines venait abou- 
tir une antre voie d'Orléans à Subdinum. Il est évident 
qQ*il y a eu là des changements de tracés successifs, et qui 
seraient fort curieux à étudier de près et à classer. Un 
pareil état de choses se retrouve fréquement sur les grands 
plaleanx, où rien ne gênait la direction des routes. 

Le plateau de la Champagne de Touraine, que M. de 
Salies a éladié de très-près, est un curieux spécimen du 
genre : les voies y foisonnent. La plupart gardent encore 
6n partie leur pavage , toutes la continuité de leur direc- 
tion. La multiplicité des tracés se remarque aussi sur le 
plateau de Pontlevoy; elle se reconnaît enfin sur le pla- 
lean qui s*élend entre la vallée du Loir et la vallée de la 
Braye,et mériterait être étudiée. 

H. de Salies fait remarquer que toutes ces voies n'étaient 
certainement pas construites de la même manière. On s'a- 
buse quand on se représente toutes les voies romaines 
comme la voie Appienne, ou la grande chaussée d'Agrip- 
pé* Les modes de construction variaient selon l'impor- 
tance des tracés, quelquefois aussi selon les pays. Ils ont 
aussi varié avec les temps, et ce sont là autant de causes 
d'erreur, contre lesquelles il faut se tenir en garde. 

En général, la direction des tracés, par rapport aux 
nécessités archéologiques imposées par la topographie , 
voilà le guide le plus certain, pour les voies importantes. 
Lorsqu'on suit une de ces voies, sur un plateau, par 
exemple, on remarque qu'elle se dirige invariablement 
sur les arêtes saillantes, de manière à découvrir toujours 
et à commander le terrain des deux côtés. Quant à la 
ligne rigoureusement droite, il ne faut point s'en préoccu- 



i04 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

per. Elle a pu exister aux abords des grandes cités ; mais 
dans la campagne, les préoccupations stratégiques 
avaient le pas sur elle. Ce qu'il faut chercher, et ce qu*on 
trouve, c^est la ligne droite dans la direction générale, 
c'est-à-dire le trajet le plus court d'un point à un autre. 
C'est un des caractères essentiels des voies romaines se- 
condaires, aussi bien que des plus importantes, et dont 
il faut toujours se préoccuper. 

En finissant, M. de Salies rappelle ce qu'il a dit du grand 
nombre de voies qui sillonnent les plateaux et fait obser- 
ver, que ces points ont été dans tous les temps les points 
de passage des armées envahissantes. Nous n'avons pas 
de détails historiques pour les temps romains; mais dès 
les temps mérovingiens, dans le moyen âge, et pendant 
les guerres du xvp siècle, lorsque de Paris on veut se di- 
riger sur le Yendômois, ce sont toujours les mêmes 
routes : Etampes, Janville, Châtcaudun, étape indispen- 
sable, et la vallée du Loir. Quand les armées ont des- 
cendu la Loire jusqu'à Beaugency ou Blois, c'est par Mar- 
chenoir, Oucqucs, Horée ou Fréteval qu'on gagne la même 
vallée. Les armées anglaises, les armées de la Ligue et 
celles de Henri IV, sillonnent tour à tour ces plateaux. 
Et dans ces derniers temps, n*ont-ils pas été le chemin 
des troupes prussiennes? La stratégie est la même dans 
tous les temps, quels que soient les moyens d'attaque ou de 
défense. C'est ce qui explique la persistance des grandes 
voies stratégiques et des voies accessoires, importantes à 
travers les âges, et ce qui doit aussi tenir en garde contre 
cette croyance que les voies romaines sont perdues. Elles 
ne sont point perdues, quant aux directions générales du 
moins ; elles sont simplement transformées ; nous les 
foulons de tous les côtés. Le contraire est l'exception, la 
très-petite exception. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. i05 

Puisque nous sommes sur ces questions, ajoute H. de 
Salies, faisons remarquer que celle ligne de châteaux, for- 
mée par Monloire, Lavardin, Vendôme, Oucques et Mar- 
cbenoir, avaient bien pour but, comme on l'a dit, de dé- 
fendre le passage des plateaux et d'empêcher que les 
Normands de la Seine et ceux de la Loire se donnassent 
la main. Ceci rentre dans la 48° question ; mais elle reçoit 
de tout ce qui vient d'être dit sur les routes et les inva- 

• 

sions, une solution si facile, qu'en vérité déplacer la con- 
clusion, serait l'affaiblir. 



n* Question : Existe-t-il dans V arrondissement d'an- 

m 

ciem camps romains? Ont-ils été bien reconnus pour 
^^i» ^ Quel en est Vétat de conservation ? 

i^ parole est à M . Launay. 

i^cs nombreux vestiges de constructions romaines que 
notre pays renferme indiquent suffisamment que les Ro- 
mams durent y faire un long séjour. 

'I reste pourtant peu de traces apparentes des campe- 
ments de leurs légions. Nous en citerons un bien reconnu 
P^iur tel et dans un état de conservation qui permet 
encore d'en fixer l'étendue et d'en déterminer la forme. 

Il & de tout temps été désigné sous le nom de Camp de 
C^^ar. On en trouve une description assez incomplète 
J^ûsles Antiquités romaines de CayluSy IV, p. 177. 

Situé à 500 mètres environ à l'ouest de Sougé, can- 
^^^ de Savigny, sur un promontoire, s'avançant au 
™iJi sur la vallée du Loir, bordant à l'ouest celle plus 
^•roile de la Braye, et à l'est, séparé du coteau dont il est 
1^ continuation par une large et profonde coupure, cet 
^Déplacement semblait disposé par la nature pour y éta- 
'^ur un camp attaquable seulement d'un seul côté. 



106 CONGBÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

La colline, en cet endroit, mesure 45 mètres environ 
au-dessus de la Tallée. La voie gallo-romaine du Mans à 
Tours passait à son pied dans la vallée de la Braye et ve- 
nait à 1,500 mètres de là, traverser le Loir à Artins sur 
un pont dont nous avons parlé plus haut. 

La position était donc, de tous points, parfaitement 
choisie. 

Voici maintenant quelle était la disposition du camp. 
L'enceinte, de forme rectangulaire, encore visible, est 
orientée du N.-E. au S.-O. et mesure, à pea près, 300 
mètres de long sur 100 mètres de large. Cet espace se 
divisait en deux parties, le castellum au midi et le cas- 
trum au nord, séparés par un fossé de 80"^ de long sur 
10°> de large et 5 ou G de profondeur. Sur le bord et en 
dedans du castellum, les terres extraites du fossé forment 
encore un rempart assez élevé laissant au milieu un pas- 
sage de 9 à 10 mètres de large. 

Cette première enceinte, arrondie au midi suivant la 
forme du promontoire , pouvait contenir 12,000 mètres 
de superficie et s'avançait à 50 mètres environ de l'es- 
carpement rapide de l'ouest et de l'est. 

La deuxième enceinte ou castrum, de 150 mètres de 
Jong sur 100 mètres de large, était terminée par un fossé 
apparent encore en quelques endroits seulement et par on 
escarpement en terre qui le défendaient du seul côté par 
lequel il fût attaquable. 

Dans l'emplacement du camp on a trouvé plusieurs 
objets gallo-romains, entre autres un ornement militaire 
en argent et un mors de bride assez curieux* 

H. de Salies demande la parole sur celte question et 
dira quelques mots sur la question 48« : Les divers chà^ 
teatuc de ta vallée du Loir offrent-ils un lien commun cl 
un système général de défense ? 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 107 

V* de Salies reconnaît que la position connue dans la 

^'ée du Loir sous le nom de Camp de César remplît 

toutes les conditions voulues pour les camps romains. 

^^s prescriptions de Végèce s'y trouvent toutes réunies, 

n^ême le facile abord de la vallée ; car, à travers les pentes 

presque à pic de ce côté, semblent ménagées, par in- 

^f^alles, des rampes três-accessibles. 

^^^ outre, le commandement de cette position straté- 

^''^e Sur les vallées du Loir et de la Braye est admirable; 

^ S^rdait la grande voie qui descendait le Loir, avec 

1 ^ qui remontait la Braye, et surveillait sur le plateau 

^oies qui, du Mans, se dirigeaient vers Vendôme, 

BWiS ou Orléans. 

H. deSaliesne met donc pas en doute que les Romains 
n*aient eu un camp fixe sur ce point. Il accepte moins 
facilement les opinions de ceux qui croient voir encore 
des restes de retranchements, des fossés, et le prœto- 
rium même tout entier sur le terrain du camp. Au sujet, 
particulièrement, d'une grande fosse, assez longue, dans 
laquelle on a cru voir une des douves du prœtorium^ 
H. de Salies fait remarquer que la chose ne peut être 
vraie, car les terres sont relevées précisément du côté 
extérieur, ce qui est contraire non-seulement à toutes les 
règles, mais au simple bon sens. 

Les autres vestiges sont si peu indiqués qu'il a pu suf- 
fire da creusement d'un petit fossé pour les produire. 
Quelques levées de terre, au nord, semblent seules, à 
H. de Salies, avoir pu faire partie d'un vallum ; mais elles 
sont si restreintes et si déformées qu'il n'oserait rien 
affirmer. 

Ha remarqué pourtant qu'elles occupaient une place 
fiû, d'après la configuration du terrain, serait bien la 
ïew. Ce camp, d'après MM, Launay et de Salies, est pure- 



i08 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

ment militaire et n*a jamais servi de refuge â la popula- 
tion. A ce sujet, H. le marquis de Rochambeau remarque 
que la population avait, pour se retirer au moment des 
invasions, les nombreux souterrains-refuges disséminés 
le long de la vallée du Loir. 

M. le Président demande s'il ne se trouve pas d'autres 
camps romains dans le département. 

M. Tabbé Haugou déclare avoir entendu parler d'un 
camp prétendu romain, situé près de Blois, dans la forêt 
de Yineuil, sans toutefois pouvoir certifier si ce camp date 
des Romains ou des temps féodaux. 

H. Launay qui a signalé les monuments gallo-romains 
connus dans le Yendômois, à l'exception du camp de 
Sougé et d*un autre sans importance situé à Yillebout, à 
la limite des départements de Loir-et-Cher et d'Eure- 
et-Loir n'a reconnu nulle part soit autour des villes, 
soit autour des villages, le moindre mur propre à la 
défense, ainsi qu'on en remarque à Bordeaux , An- 
gers, etc. 

Alors s'élève entre M. Ledain, H. de Salies, M. l'abbé 
Aubert et M. l'abbé Chevalier une intéressante discus- 
sion pour savoir quelle date on doit donner à la cons- 
truction des remparts gallo-romains de ces différentes 
villes. 

H. Ledain fait remarquer que les invasions commen- 
cées sous Gallien furent terribles et causèrent un effroi 
immense au milieu des populations : c'est ainsi que sous 
Probus il y eut soixante-dix villes pillées et qu'il fallut 
deux campagnes pour chasser les barbares. Alors, de tous 
côlés, on dut chercher à se proléger par de bonnes mu- 
railles et dans la précipilalion où l'on était, employer 
tous les matériaux qui se trouvaient sous la main. Il ne 
faut pas oublier que les habitants de ces villes ne cher- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 109 

chaient pas à protéger la ville entière à cause de sa trop 
S^^nde étendue, mais choisissaient la partie h plus facile 
à défendre, renversaient les monuments qui gênaient la 
défense, en employaient les matériaux à la construction des 
oiuraijles et laissaient intacts ceux qui se trouvaient ainsi 
^n dehors de l'enceinte nouvelle. C'est ainsi qu'ont été 
conservés les amphithéâtres de Bordeaux, Saintes et An- 
gers, tandis que ceux de Périgueux et de Tours ont été 
convertis en bastions. Ceci explique comment dans ces 
murailles construites à la hâte, on rencontre des chapi- 
^Qx, des colonnes, des frises, des statues, des inscrip- 

I 

lions tirés des monuments détruits, et à ce propos, 
H- Ledain expose aux regards du Congrès des planches 
fort curieuses reproduisant des fragments d'architecture 
Irouvés dans les murs de Poitiers et publiées par la So- 
c'élé des Antiquaires de l'Ouest. 

^' Ledain conclut en disant qu'il faut faire remonter 
ia plupart de ces constructions vers le commencement du 
'^Siècle, vu le caractère des sculptures et les dates des 
''ïs^^ripiions. 

"• J'abbé Chevalier observe que le caractère des sculp- 
lures et i^^ j^^gg jgj. inscriptions ne donnent pas l'âge 
de ^^^ïisiructions qui peuvent avoir été élevées bien des 
années p^Qg i^rd, au moyen âge, par exemple. 
ni, Ledain répond qu'au commencement du iv" siècle, 
^e\oo Ammien Marcellin, Julien fut assiégé dans Sens, 
défendu par ces murailles, construites à la hâte, et Au- 
mône, àu milieu du iv siècle, donne la description des 
murs de Bordeaux, tels qu'on les a retrouvés dans de 
récentes découvertes. D'où on doit conclure que n'ayant 
pu être construites avant les monuments dont ils contien- 
flent les fragments^ ni après le milieu du iy° siècle où 
Ton parle de ces murailles, comme existant déjà, elles 



liO CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

ont dû être élevées vers le commenceinent du iv« siècle. 

A la question 18 : Monnaies romaines j découvertes. 
— De quels règnes principalement et dans quelles locali- 
tés? il est répondu qu'un grand nombre de découvertes 
isolées sont mentionnées au Bulletin de la Société Ar- 
chéologique du YendômoiSy mais qu'on n'a pas découvert 
de trésor important de cette époque. 

La séance est levée à 10 heures et demie. 



SEANCE DU 19 JUIN 1872. 



Présidence de M. Ledaui, inq^ecteur de la Société pour les Deai- 

Sèvres. 



Siéent au bureau : HM. Tabbé Chevalier, de Buzon- 
nière, d'Espinay, Queyroi, de Cougny et de Rochambeau. 

H. Tabbé Haugou remplissait les fonctions de secré*- 
taire. H. Siraudot, délégué de la Société des architectes, 
assistait à la séance. 

La séance est ouverte à 3 heures. 

H. d'Espinay donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente, ce procès-verbal est adopté. 

Les questions relatives à Vépoque gallo-romaine étant 
épuisées, H. le Président propose de passer à Vépoque 
franque. 

La parole est donnée à H. de Salies pour donner lecture 
du Mémoire de M. Bouchot qui embrasse les questions 12, 
19, 29 et 21. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. iii 



Veadéme l'époqae gallo-romaine et mérovlii- 

glenne (!)• 



t Messieurs, 

La 12' question de notre Programme à laquelle nous 
allons essayer de répondre est celle-ci : 

c Trouye-t-on quelque mention du Yendômois à Tépo- 
( que gallo-romaine, c'est-à-dire depuis César jusqu'au 
c commencement du v' siècle? » 

Nous demandons la permission de réunir à cette ques- 
tion les trois questions suivantes : » 

N"" 19 : c Des diverses mentions de YendAme i Tépo- 
< que franke. Peut- on rattacher à cette ville quelques 
c événements historiques ? i^ 

N** 20 : c Est-il fait mention de quelques autres loca- 
dites voisines?)) 

N* 21 : f Â-i-il été fondé quelques monastères dans le 
« pays? I 



(1) Le Mémoire qu'on va lire est resté imparfait, et pour aiuâi dire à 
l'état d'ébanche, par suite de notre état de santé. Plusieurs choses n'y 
lyaient été introduites que provisoirement; d'autres attendaient soit des 
développements, soit des restrictions ou des pièces justificatives. Tel 
qu'il est, néanmoins, nous avons osé, sur le conseil de quelques amis, le 
Inosmettre au Congrès avec prière de vouloir bien user d'indulgence. Il 
^'^ pas laissé d'y soulever de sévères critiques, de la part de personnes, 
qui d'aHleors ignoraient l'état d'imperfection du travail. Nous n'avons 
1^ voulu cependant le remanier ni le modifier en riçn pour laisser à nos 
contradicteurs tout le bénéfice de leurs objections. Nous essayerons seu-* 
l^eat d'y répondre, au moins en parUe, '^près l'exposé qui en sera fait| 
i h suite do présent Mémoire. 



112 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

I. ÉPOQUE GALLO-ROMAINE. 

{Réponse à la question 12.) 

On ne trouve nulle mention de Vendôme ni du Yendd- 
mois dans aucun des historiens de l'antiquité. Seulement, 
au III* ou au iv' siècle, on surprend la trace de quelques 
localités du pays, mais dans un document bien postérieur. 
Nous voulons parler de Tapostolat de S. Julien dans le 
Bas-Vendômois etde la vie de ce saint dans les Actes 
des évêques du Mans. On ignore au juste Pépoque de 
saint Julien, mais ses Actes n'ont été écrits que vers la 
fin du IX" siècle. Il y est dit qu'il consacra dans son dio- 
cèse quatre-vingt-dix églises. A celle d'Artins en particu- 
lier se rattache une légende qui trouvera mieux sa place 
lorsque nous traiterons des saints honorés dans le pays. 
(Question 41 .) 

Défensor, gouverneur de la ville du Mans (1), donna 
à la nouvelle église, en faveur de saint Julien, plusieurs 
bourgs, entre autres Vicum Labricinis que l'on croit être 
Lavardin, et qui, suivant H. de Pétigny, serait Saint- 
Calais. L'évéque imposa à chacune des églises de son 
diocèse un tribut annuel en cire, en huile et en argent, 
pour le luminaire de l'église cathédrale. Dans cette cu- 
rieuse énumération, Labricinis est porté pour 4 livres de 
cire, 6 livres d'huile et un triem ; Baillou (de Baliau) 1 
livre de cire, 2 livres d'huile, et 1 triens ; Sargé {de Cer^ 
viaco) 3 livres de cire^ 3 livres d'huile et 1 trions ; Savi- 
gny-sur-Braie {de Saviniaco super Brigiam) 2 livres de 
cire, 3 livres d'huile, et 1 triens. — Il est bien probable 

(1) Il confond sans doute le titre Défensor (Civitatis) avec uiinoin 
propre. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 113 

d'ailleurs que le moine du x* siècle qui nous transmet 
ces détails n*a fait que consigner ici les tributs en usage 
de son temps en les reportant à saint Julien, sans doute, 
suivant la croyance et la tradition. 

Saint Turibe, successeur de saint Julien, aurait, selon 
le même biographe, fondé le monastère de Saint-Calais. 
Hais il y a ici une erreur et nous reparlerons de cette 
fondation à l'époque mérovingienne. Saint Turibe éleva 
et consacra trente-huit églises. Parmi celles dont il exi- 
gea les tributs en cire, en huile et en argent, nous re- 
marquons Bonnevau (de Madualb), Celli? (de Ctftiâ], 
Asnière (de A sinaria. ) 

Vers la même époque, sans doute, saint Martin fions- 
sait en Touraine. Sulpice Sévère, dans son dialogue De 
Yiriutibiis beali Martiniy raconte que le saint se rendant 
de Tours à Chartres, passa par un bourg dont la popula- 
tion était considérable, Yicum quemdam habUaniium 
muUiludine frequentissimum prœlerimus^ et qu'il y res- 
suscita un enfant. Dans ce bourg si peuplé faut-il voir 
Vendôme ? 

M. de Pétigny n'hésite pas et l'affirme. Nous ne discu- 
terons pas la question qui est Tobjet spécial du n» 12 bis 
de votre progamme, et qui nous semble, d'ailleurs, à peu 
près insoluble. 

Nous arrivons enGn à la première mention qui soit faite 
de notre ville, mais dans un document bien postérieur 
aux événements qu'il rapporte. Nous voulons parler de la 
Vie de êaint Bienheuréy ermite à Vendôme. (V. BoUan- 
distes, 9 mai.) Ce saint vivait, comme l'on croit, au V 
siècle. Néanmoins, nous le rattachons à l'ère gallo-ro- 
maine, à cause de l'incertitude des temps et du caractère 
général de sa légende. Il s'était d'abord fixé à Nantes, 
mais comme il cherchait une retraite loin des hommes, 

8 



114 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

il entend dire aux mariniers de la Loire qui venaient de 
Vendôme, de Yet^onense oppido^ que là se trouvait une 
caverne, non Umge a castra LedOj ad radiées montés^ 
desuper nemore eontecto (1). Description exacte, si ce 
n'est que la grotte n'est pas an pied de la montagne. De 
quel âge est le manuscrit qui nous donne ce renseigne- 
ment, c'est ce que les BoUandisles n'indiquent pas. 
Us se bornent à dire que les actes du saint sont nom- 
breux, mais qu'aucuns ne sont primitifs; qu'ils donnent 
par conséquent ceux qui leur ont paru les plus anciens. 
Remarquons toutefois l'analogie de la forme vendonense 
oppido avec vindusniso ifi.e.pago), qui se rencontre dans 
un capitulaire de Charles-le-Chauve (853), vendenis cas- 
tro sur certaines monnaies vendômoises de Charles-le- 
Simple et vindens castra sur nos plus anciennes pièces 
féodales (du x* au xi« siècle). — Nous n'insisterons pas 
d'ailleurs sur la vie de saint Bienheuré qui trouvera plus 
justement sa place à la question 41. 

Tels sont à notre connaissance, les seuls vestiges de 
notre existence vendômoise, à l'époque gallo-romaine, 
encore sont-ils, comme nous l'avons dit, bien éloignés de 
l'origine des choses. Mais nous ne parlons ici que des ren- 
seignements historiques; l'archéologie plus heureuse, nous 
fera connaître des monuments contemporains. Abordons 
maintenant l'époque mérovingienne. 



(1) Void tout le passage qui mériterait one petite dlacaiaioii : « Aa- 
« divit a naoderis de YeDdonenae oppido caram sibi nunUum, esse vide- 
« licet cavernam exciaam in lapide remoUore quodam, non longe a 
c tro Ledo, ad radiées montis, desuper nemore eontecto. > 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 1(5 

n. ÉPOQUE MÉROVniGIEimB. 

(Réponse aux questions 19-21). 

Noas serons obligés à cause de retendue de notre sujet, 
de présenter les faits d'une façon très-sommaire. Qu'on 
yeaille bien nous pardonner la sécheresse qui en résultera 
peat-ëtre. Nous suivrons autant que possible Tordre chro- 
nologique. 

i' — An 507. — M. de Pétigny, dans son Histoire du 
yendômoiSj page 79, rapporte d'après les Bollandistes (1), 
queCloTis marchant contre Alaric, roi des Visigoths, s'ar- 
réia i Vendôme, où saint Solenne, évéque de Chartres, 
qui l'avait reconduit jusque-là, lui présenta saint Dié, l'er- 
mile des bords de la Loire. Le roi et le saint eurent en- 
semble un entretien qu'il n'est pas de notre objet de 
rapporter ici, attendu d'abord que, historiquement, il con- 
tient une grosse erreur, ensuite le fait même de l'en- 
trevne i Vendôme est inexact. En effet, les Bollandistes 
assurent positivement que ce fut le roi qui se transporta 
pris de l'humble anachorète. 

^ - Vers 523 ou 524. — Est-il vrai que saint Avit, 
abbé du Perche, perticensis ùbbas^ comme il est désigné 
dans les chroniques, avant de fonder auprès de Château- 
don, le couvent qui prit son nom, se soit retiré comme 
solitaire, dans la petite localité de Saint-Avit au Perche, 
canton de Montdoubleau? Sa retraite dans la grande 
forêt de ce pays est certaine et la tradition la place près 
da bourg dont nous parlons. Mais il y a un autre saint 
Avit dans Eure-et-Loir, qui se trouve sinon dans le Per- 
che an moins sur la limite. Enfin le lieu de l'ancien ermi- 

(i) Vie de S. Dié, 84 avril. 



116 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

tage serait-il celui rnême où fut fondée l'abbaye? Mais ce 
lieu n'est pas dans le Perche. Nous laissons la question à 
résoudre à nos confrères d'Eure-et-Loir. 

3* — 528. — Fondation de l'abbaye de Saint-Calais. Ici 
se présente une localité importante à l'époque mérovin- 
gienne, nous voulons parler de Hatval, aujourd'hui Bon- 
nevaUy situé canton de Savigny, à la limite de notre dépar- 
tement et de celui de la Sartbe. C'était alors une rési- 
dence ou villa royale. Son nom formé d'un mot celtique 
qui signifie bon et d'un mot latin, est exactement traduit 
par le nom moderne, Bonnevau. Un pauvre ermite, nom- 
mé Karilefus (Calais) s'était retiré dans un coin désert de 
ce vaste domaine, en un lieu appelé Casa Gaiani, Le roi 
Childebert 1" par un diplôme (1) que Habillon regarde 
comme authentique, accorda au solitaire un immense ter- 
rain pour construire et entretenir un monastère. Ce ter- 
rain était pris sur son fisc de Malval : c Dedimus ergo et 
c (Carilepho) de fisco nosiro Maddoallo^ super fluvium 
€ Anisola in hco qui vocatur casa Gaiani. 9 

La charte royale décrit pas à pas, pour ainsi dire en les 
contournant, les limites du territoire concédé. C'est une 
curieuse étude topographique à faire, ou plutôt elle a été 
faite en 1843 par deux hommes distingués de la ville Je 
Saint-Calais. Matval ou Bonnevau se trouve ainsi la loca- 
lité vendômoise dénommée dans le document le plus an- 
cien. Elle n'est pas la seule. Baillou (canton de Moutdou- 
bleau), est plus d'une fois désignée dans la délimitation. 
Il figure sous les noms de fines Baliavenses, par Halath 
censiSf confiniusy ou ierminus Baliavensis, 

Vers 568, après la mort de Caribert, Sigebert 1", roi 
d'Austrasie, donna le reste ou à peu près du domaine de 

(1) yiniiû, Ampliss. cotiectio^ tom. I, col. i.Kx charia. manast. 
AniaoleasiB. — D. Bouquet, t. IV, p. 617. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 147 

MalfaI à Tabbaye de Saint-Médard de Soissons, ce qui 
amena la décadence de la villa royale (1). 

4' - Entre 5^13 et 558. — Fondation de l'abbaye de 
Saint-Georges-du-Bois (canton de Montoire), par saint 
Innocent, évéque du Mans, aidé des libéralités du roi 
Childebert I'% et de la reine Ultrogothe. Voir la vie de 
saint Innocent dans les Actes des évéques du Mans et sur- 
tout un passage beaucoup plus développé dans la vie de 
saint Aigiibert (2). C'est la première abbaye fondée dans 
1^ Vendôinois proprenient dit. Elle fut construite, disent 
les actes, «in pago Cenomanico, in condila Labricense 

> ou Labrincinse > (les deux s'y trouvent). On sait qu'en 
effet le bis-Vendômois faisait partie du pa'/u$ et du dio- 
^sedu Maine. Qumt à la condita Labricensis ou de La- 
i^icinum^ c'était sans doute comme nous l'avons dit, la 

• 

«rconscription de Lavardin. 

4* [bis). — Deuxième moitié du vi* siècle. — Saint Bou- 
<^bard, ermite à Vendôme, saint tout local, qu'on cherche- 
^t en vain dans les martyrologes. Il était disciple et 
^mi de saint Lubin, évêque de Chartres. Après la mort de 
^OQ maître, il se retira dans notre pays et se cacha dans 

> eiroiie vallée qui borne l'enceinte du château de Vendôme 
3 1 Ouest. Il y érigea une petite chapelle en Thonneur du 
^nt évéque dont il vénérait la mémoire et plus tard lors- 
1<>*un faubourg de la ville se forma dans le vallon, cette 
chapelle en devint la paroisse et lui donna son nom. Ainsi 
«endôme, dès cette époque, se trouva doté de trois églises : 
Saint-Martin, Saint-Bienheuré et Saint-Lubin; 

^ — 575. — Dans cette aflreuse guerre que se firent à 
^lle époque les deux frères Sigeberl et Chilpérir, ou plu- 

. (1) V. Spicilège de d*Achery. Vie de S. Médard, t. VUf, de réditton 
"-*'. p. 408. 
(*' NabOlon, Analecta, éd. in-SS t. ]II, pp. 78 et 190-2. 



118 CONGRÈS ARCHEOLOGIQUE DE FRANCE. 

tôt par leurs mains Branehaat et Frédégondey le Vende* 
mois apparat! un instant dn moins sons la plnme d'Angos- 
tin Thierry. L'illostre historien raconte en effet, dans son 
deuxième récit mérovingien (1), que Sigebert, roi d'Ans- 
trasie, tenta de lever des troupes dans les pays de Chà- 
teaudun, de Vendôme et de Tours, pour combattre Théo- 
debert, fils de Chilpéric, mais malgré les sollicitations, les 
injonctions, et l'amende de soixante sous d'or qui mena- 
çait les récalcitrants, tous ces gens ne bougèrent point. 
L'auteur renvoie à Grégoire de Tours (2) (1. iv, ch. u). 
Grégoire il est vrai ne nomme pas Vendôme expressé- 
ment, il ne parle que des Dunois et des Tourangeaux, 
mais le fait peut se déduire nonnseulement de la position 
de notre pays, intermédiaire entre les deux autres, mais 
encore d'un autre et très-important passage dont nous 
parlerons plus bas (traité d'Andelot). Ajoutons que les 
habitants de nos provinces furent enfin contraints démar- 
cher et formèrent, au moins en partie, l'année qui livra à 
Théodebert la baUille où il fut défait et tué. 

6* — 584. — Après la mort de son père Chilpéric (584) 
ceux d'Orléans et de Blois, réunis, nous dit encore Gré- 
goire de Tours, se jetèrent à Timproviste sur les Dunois 
et les écrasèrent, tout fut pillé et la ville incendiée. Quand 
il se fut retiré, les Dunois, réunis aux autres Ghartrains 
(conjuttcti Dunenses cum reliquis Camotenis)^ les suivi- 
rent à la piste, et les traitant comme ils avaient été 
traités eux-mêmes, ne laissèrent rien dans les maisons, 
ni hors des maisons, ni aucun vestige des maisons. 
Gomme la querelle se ranimait entre eux avec plus de 



(1) EdiCioo Forne, iSSi, p. Si4. 

(f ) Mittflos nmti<M Duneiisibiu et Tormiicis nt ooDtra llieodQlMrtini 
ire debereot. Qnod iUi dienarakiites etc. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 119 

fureor et que les Orléanais préparaient une nouvelle 
SQ^e, rintervention des comtes fit suspendre les com- 
^^ (1). On voit que le courage et l'esprit de résistance 
^Danois ne date pas de 1870. — Faut-il voir dans ces 
^^chartrains qui se réunirent à eux, non-seulement 
les habitants de Chartres, mais encore ceux de Vendôme ^ 
Noos aimons à le penser, toutefois nous laissons la ques- 
tion indécise. Seulement nous rappellerons que c'est la 
première mention qui paraisse dans Thistoire de la ville 
de Blois. 

''' — 587. — Nous arrivons en An en ce qui nous con- 
cerne à nn semblable honneur. Le nom de notre ville est 
ici formellement énoncé et c'est encore le père de notre 
liistoire nationale qui nous livre cet extrait de naissance. 
n s*agit du traité d'Andelot. On sait qu'après la victoire 
des deox royautés burgonde et austrasienne sur l'aristo- 
cratie des leudes, les rois Contran et Childebert, ce der- 

• 

mer &gé de dix-sept ans et encore sous la tutelle de sa 
mère Branehaut, conclurent à Andelot, près de Langres, 
on important traité pour régler tout ce qui pouvait faire 
ii^tre entre eux des différends et se garantir mutuelle- 
'"em leors possessions. Nous apprenons par ce document 
9Q6 Vendôme qui, dans le partage des enfants de Clotaire, 
atait fait d'abord partie du royaume de Cariberl (roi de 
Paris, Tours...), puis de celui de Sigebert (roi d'Ans- 
tnsie) (v. n* 5), fut attribué à Contran, roi d'Orléans. 
Voici le passage d'après la traduction de MM. Cuadet et 
Taranne : c Ce que le Seigneur Sigebert avait obtenu par 
€ traité du royaume de Cbaribert, c'est-à-dire le tiers de 
€ Paris, avec son territoire et ses habitants, ainsi que 



(1) Grégoire de Tours, Vfl, S. Traduction Guadet et Taranne, mats 
■ow wons abrégé • 



120 CONGIltS ARCUtoLOGlQUE DB PRAKCE. 

c ChAteftiidiin, Yendôme, eum catteUis Duno et Vindoeinoj 
€ et tout ce que le dit roi afait possédé dans le pays d*E- 
ft lampes, de Chartres et dans d'aotres lieox des environs 
c avec leurs territoires et leurs habitants demeureront à 
€ perpétuité dans les endroits et sous la domination du 
c Seigneur Contran... » D*où Ton voit que Chàteaudun el 
YendAme étaient deux positions fortiGées et avaient par con- 
séquent une certaine importance. Ils sont appelés Cas-- 
iellOy dénomination que Chàteaudun a retenue plus tard 
sur ses monnaies tandis que Vendôme Ta échangée contre 
celle de eastro {Vindodno easiro). Mais il ne faut pas 
chercher entre ces deux expressions une différence trop 
absolue. Toutes deux signifiaient un lieu fortifié : « Muni- 
liofiet quas eastella 6aUt nuncupantj • dit Orderic Vital 
(1. IV. V. Ducange, Castrum), 

g* — 616. — Saint Bertrand, évéque du Mans, lègue 
par testament à l'église Saint- Victor de cette ville un petit 
bien situé sur le Loir, nommé BaueiallOj qu'il avait acheté 
de Bcsiingesele de Vendôme : n Reicola illa quae est super 
c Ledo fluvium, nomine Bauciallo, quem ego de Bestin- 
c geselo de Vindocinense... comparavi... a Le testament 
est daté de la trente-deuxième année de Clotaire II 
(616). Nous ne voyons rien parmi les localités modernes, 
qui réponde à Bauciallo (1). Mais le. Loir nous pa- 
raît être mentionné ici pour la première fois comme Bes- 
iingesele est assurément le nom du premier habitant de 
Vendôme que l'on connaisse. Ce nom est tout franck 
comme rindir;ue surtout sa terminaison. 

9'' ^ 658. — Il existe un diplôme de Clotaire III, qui 
restitue à Tabbaye de Saint-Denis près Paris, plusieurs 
villas usurpées par Berchaire, évéque du Mans. Parmi ces 

(i; Penl-étre Baacé, wn* le (Ledo) Loir, près de Montoire. 



XXXfX* SESSION, A VENDOME. 121 

▼iltose trouvent SimpUcciaeo et Tauriaco. Or, les criti- 
ques les plas autorisés, Félibien, M. Cauvin, M. Alfred 
/acobs s'accordent à voir dans Simplicciaro la petite 
ville de Sargé, canton de Montdoubleau. Quant à Tauriaco 
il offre beaucoup moins de difficultés et Ton y reconnaît 
Thoré en Yendômois (V. Rev. des Sociétés savantes, jan- 
^er 1862, p. 65-67. Art. de M. Alfred Jacobs). 

^O'-Fin du vu» siècle. — Saint Rimer (1) [Richmi- 

^^^Richimirus), originaire de Touraine, attiré parla 

réputation de Gilbert ou Aiglibert, évêque du Mans, vint 

le trouver et lui demanda un emplacement pour cons- 

Iniireun petit monastère. Lui-môme en cherchant parmi 

divers lieax incultes arriva enfin sur les bords du Loir 

iuper fluvium Lid), dans un endroit sauvage et couvert de 

broussailles qui s'appelait alors la Tour du Seigneur, 

furris dominica. Ce lieu lui parut d'abord propre à son 

wssein, mais il changea bientôt de résolution et se 

transporta non loin de là, près d'un ruisseau qu'il nom* 

™* le Gondré (Gundridus). L'évéque lui envoya des ou- 

^lers de toute sorte pour lui construire une église et 

un monastère où saint Rimer ne rassembla pas moins de 

inarante religieut. L'évéque lui soumit, même bien mal- 

^é'oi, une autre petite abbaye de religieuses bénédic- 

'mes qu'il avait fondée en l'honneur de saint Aubin, aux 

portes du Mans (2) {Vie de saint Rimer, par un anonyme 

presque contemporain. Mabill., >lc/. dtis SS. de Saint- 

Benoit, I'» partie, p. 228, et D. Bouquet, t. III, p. 624). 

U lieu choisi par saint Rimer est celui qui porte encore 

(1) n vivait, dit son bio^aphc, aa temps du roi Thierry et de Gilbert, 
f^iqae du Maas. Or, Thierry (Ht) fut roi de 670 à 691 et Gilbert ou 
Aigiibert, évêque de 670 ou 680 à 71 (?) 

(2) Toutefois, les Actes des Evèques du Mans disent qu'AigUbert sou - 
"Ut cette abbaye à perpétuité à son église cathédrale. (Anaiecta, 1. III, 

p. \n.) 



iââ CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

son nom, canton de Montoire; le ruisseau est encore le 
Gondré. Quant à cette Tour du Seigneur, nul doute qu'elle 
ne s'éleyât sur les hauteurs de Lavardin, peut-être à l'en- 
droit même où s'élève aujourd'hui le château. Remar- 
quons aussi que le Loir est ici appelé de son nom primi- 
tif et celtique Lid; au reste le couvent de saint Rimer dont 
on ignore même le nom, n'eut qu'une existence éphémère. 
Mabillon croit qu'il fut détruit vers la fin du yui* 
siècle. 

il"" — Nous avons vu que dans la deuxième moitié du 
vr siècle, saint Innocent, évêque du Mans, avait fondé, 
dans la condita de Lavardin, l'abbaye de Saint-Georges- 
du Bois. Il avait commencé les constructions lorsqu'il 
mourut. Saint-Domnole qui lui succéda, acheva son 
œuvre. Plus tard l'abbaye tomba au pouvoir de quelques 
hommes violents. Saint Aiglibert qui occupait alors le 
siège du Mans, muni des diplômes qui attribuaient le 
monastère à son église, alla trouver le roi Thierry et lui 
demanda justice. Il l'obtint et le roi lui en confia de nou- 
veau la possession perpétuelle. Alors Aiglibert le recons- 
truisit à nouveau, l'agrandit^ Téleva, le décora magnifi- 
quement (mirabililer restruxit et reœdificavU, exaltavit- 
que algue mirifice dccoravit). Il voulut que soixante reli- 
gieux bénédictins y fussent établis, y fonda un hospice 
pour les pèlerins et les indigents de toute sorte et en con- 
fia la possession et l'administration à ses chanoines et 
aux religieux. (Ad. des évéques du Maus, t. III, 191-2.) 
On voit quelle grande abbaye existait déjà dans nos con- 
trées. Elle n'est pas moins remarquable encore aujour- 
d'hui au point de vue archéologique. Hais nous laissons à 
un autre de nos collègues le soin de vous la décrire sous 
ce rapport. Aiglibert mourut dans les premières années 
du VIII* siècle (V. Gallia ChrisHana). 



XXZIX* SESSION, A VENDOME. iâ3 

i2* — Vers 692. — Un homme pieux, qui fut aussi un 
éminent abbé, saint Leufroi, allant visiter le tombeau de 
sunt HartÎD à Tours, passa par une bourgade du Vendô* 
'"^iS) nommée aujourd'hui Selommes (1) {In vico pagi 
^^^*i)msîs Solemniaco). Altéré par la fatigue du voyage, 
u i6maiide un peu d'eau qu'on lui refuse... Alors il frappe 
la terre de son bâton et en fait jaillir une source. Cette pe* 
litefonlaioe qu'on voit encore à cent pas du bourg est un 
bat de pèlerinage pour la guérison des fièvres (2). 

iS" — 713. — Herlemond, évêque du Mans, attribue au 
petit monastère qu'il avait fondé près de cette ville, en 
riionDeur de saint Ouen, le bourg d'Artins situé sur le 
loir [super alvenm Liido constructum) (3) ainsi que deux 
villas, le tout appartenant jusqu'ici à l'église du Mans ; il 
cède le bourg avec toutes ses terres, manses, maisons, 
édifices, colons, lides, intendants des villas... animaux 
mâles et femelles, etc., etc. La charte est curieuse et méri- 
terait d'être traduite. Elle est d'ailleurs à notre connais- 
sance la première qui ait pour objet principal une loca- 
lité vendômoise. (V. Ad. des évéques du Mans-, Analecia^ 
t. m, p. 212 et 218-20.) 

Tels sont à peu près tous les faits et les légendes que 
noas avons pu recueillir sur le Yendômois à l'époque mé- 
rovingienne. Les événements historiques, comme l'on voit, 
y sont rares, mais la vie religieuse y abonde, et l'on pou- 
vait s'y attendre. En somme nous voyons Vendôme pour 
b première fois, faire acte d existence, et se doter de 
trois églises, un grand nombre d'autres sont semées sur 

(1) CheMiea de canton. 

(S) Noos empruntons presque tous les termes de ce récit, en l'abrè- 
gent, à M. de Pétigoy, p. SS, n'ayant pas à notre disposition le docu- 
original. 

(3) Cuton de Montoire. 



124 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

tous les points du pays. Sur celle lerre encore sauvage 
les solilaires viennent se cacher loin du monde et deux 
importantes abbayes s'y élèvent. 

A ces documents écrits joignons plusieurs monnaies 
mérovingiennes, (riens ou tiers de sol d*or, qui attestent 
que Vendôme était alors en possession d*un atelier mené* 
taire (1). Ce n'est point ici le lieu de les décrire; nous 
dirons seulement que les différentes manières dont le 
nom de notre ville y est inscrit, démontrent qu'elles ont 
été frappées à diverses époque de cette période. 

M. Tabbé Chevalier fait observer que fauteur de ce 
Mémoire cite fréquemment les Gesla episcoporum Ceno- 
mnnensinm. Or, les indications de ce traité qui ne re- 
monte pis au delà du xii^' ou du iciii* siècle ne peuvent 
faire preuve de Tanciennelé des noms de localités, qui 
y sont cités. On attribue à saint Julien la construction 
d'un grand nombre d'églises qui ne sont certainement pas 
de lui. Sulpice Sévère, dans la Vie de saint Martin, éta- 
blit, au contraire, que la région située entre Tours et 
Chartres était encore païenne et n'avait pas d'églises au 
temps du grand apôtre des Gaules. 

M. d'Espinay appuie les observations de M. Chevalier 
et rappelle que les Gesta ne sont qu'une compilation in- 
digeste où se trouvent pêle-mêle des extraits de chartes 
et de légendes de toute date et de toute provenance; 
que l'auteur absolument dépourvu de critique, de science 
et même de sens commun, fausse entièrement l'histoire ; 
qu'il prête aux premiers évêques du Mans une longévité 
prodigieuse et impossible (il fait vivre, en effet, saint 

(1) il est plus que probable que ces ateliers n'étaient point permanents, 
an motus dans les localités secondaires. Hs étalent amlinlants et ac- 
compagnaient le collecteur des impôts. (Barthélémy, Man. de naro. 

mod., p. 2.) 



ZXXIX* SESSION, A VENDOME. i25 

Toribe deux cents ans et saint Pavace près de trois cents 
ans), que ce document, en un mot, est absolument dé- 
pourvu de valeur historique, pour les premiers siècles du 
christianisine. 



Méponae mmiL olijcetloiis adressées h moa SI éatoire 

lu an Coagrès. 

Nous nignorons pas combien les Actes des premiers 
Evêques du Mans méritent peu de confiance, en général. 
S'ensuit-il que tout y soit absolument faux, que tout doive 
en élre rejeté, et que même d'assertions inexactes on ne 
puisse tirer des inductions vraies ? Nous ne le pensons 
pstô, et si Tétat de notre santé nous eût permis de faire 
les recherches nécessaires, nous croyons que nous au- 
nods pu le démontrer. Toutefois, nous reconnaissons que 
nous avons commis une erreur en reportant à Tépoque 
gallo-romaine Texistence des églises de Baillou, Sar- 
0^) elc. Du moins, ne peut-on le conclure des Actes. 
C*esl à Tépoque mérovingienne que nous aurions dû dire. 
Remarquons, en effet, que pour exprimer les .tributs en 
argent auxquels ces églises étaient astreintes. Fauteur se 
îertdu mot Iriens, c'est-à-dire du nom d'une monnaie tout 
^ i&il hors d'usage de son temps el particulière à l'époque 
niérovingienne. Ces tributs, néanmoins, on n'en saurait 
ïlouler, existaient du temps de l'auteur, — - vers la fin du 
'x* siècle et non au xii* ou xiii« (1), et c'est même pour 
cela qu*il les consigne, en les attribuant à saint Julien et 
^ saint Turibe, mais ils se payaient certainement en de-* 
^ier$. Que faut-il en conclure, sinon qu ils existaient dès 
l'époque mérovingienne, mais que tout en se payant en 

(t) Do moins pour les premiers évèqaes, que nous avons cités, car il 
ï s ea «ffiecUvement des auteurs postérieurs, du 3Ui« et du xiii* siècles* 
"- (Voir Hist. liit. des DB., t. V, p. 146 et suivantes.} 



426 CONGRÈS ARCnÉOLOftlOUE DE FRANCE. 

deniers^ ils continuaient de Yénoncer en trienSy par la 
force de la coutume et de la tradition? Il avait dû se faire, 
en effet, lors de la substitution d'une monnaie à l'autre, 
une sorte d'évaluation et de conversion, pour mettre d'ac- 
cord les nouveaux usages monétaires avec les anciennes 
conventions et les contrats primitifs. N'avons-noos pas 
vu un phénomène semblable de nos jours? Ou plutôt 
l'auteur aura tout simplement trouvé les renseignements 
dans un document mérovingien et se sera empressé de 
les transcrire, comme étant tout à fait appropriés à ses 
vues. Cette opinion paraîtra d'autant plus probable que 
lui-même atteste dans les Yies de saint Turibe et de saint 
Pavace avoir consulté plusieurs Hémoires et documents 
antérieurs — véridiques ou non , telle n'est point ici la 
question, tes documents et ces mémoires étaient certai- 
nement mérovingiens et tel est aussi l'avis des savants 
auteurs de V Histoire littéraire de la France, t. Y, pp. 
144-45. 

Quelle que soit l'hypothèse que l'on adopte, et l'une et 
l'autre peuvent être admises simultanément, toujours en 
résultera-t-il que les églises ci-dessus mentionnées exis* 
taient à l'époque mérovingienne, et c'est tout ce que nous 
voulions démontrer. •* Dira-t-on que l'auteur, pour don« 
ner à son récit plus de vraisemblance et d'autorité, se 
sert à dessein du nom d'une ancienne monnaie ? Maia 
tous ceux qui connaissent un peu le moyen âge et surtout 
le IX* siècle repousseront cette idée, car ils savent que 
rien ne lui était plus étranger que la couleur locale. Tout 
n*est donc pas à dédaigner dans les Actes. Us peuvent 
nous instruire même par leurs erreurs. 

Nous avons relu les Yies de saint Turibe et de saint 
Pavace, et nous n'y avons point vu que l'auteur eût prêté 
ÙL ses personnages une longévité de deux et de trois cents 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 127 

ans (Habillou, Yet. Analecla, t. m, pp. 63-66). Telle est, 
quant à présent, la seule réponse que nous puissions faire 
aux objections qui nous sont adressées. Peut-être un peu 
plus tard, dans une autre occasion, pourrons-nous passer 
en revue les autres faits que nous avons empruntés aux 
Actes, et, sur ces points, nous croyons que notre défense 
serait encore plus facile. Ch. B. 

M. Bouchet ayant mentionné, dans son travail, le sé- 
jour de saint Rimay prope lurrim dominicatny H. Tabbé 
Haugon demande si on ne pourrait pas considérer comme 
ayant servi de séjour à ce saint une des grottes de Lavar- 
ilin, dite grotte des Vierges, ou du moins si l'autel qui 
se trouve dans cette grotte ne peut lui être attribué, s'il 
ne doit pas être considéré comme un autel chrétien. Cette 
grotte est située près le château de Lavardin, ne serait-ce 
pas ce que le chroniqueur indique par prope lurrim do^ 
^inkam? On arrive d'abord par un sentier très-escarpé 
à un escalier taillé dans le roc ayant quinze à seize 
marches et conduisant dans une première salle où l'on 
remarque une cheminée et un trou en forme de puits, 
pins large à sa base qu'à son ouverture, et pouvant être 
un silo. Au delà, se trouve une salle plus grande ayant, 
comme la première, une cheminée, mais pas de silo, et 
comme elle aussi ayant des ouvertures sur la vallée. 
&itre cette salle et une autre plus petite, a été creusé un 
escalier conduisant dans une salle inférieure, ressemblant 
aux deux premières. Dans la petite salle se trouve un au- 
tel en pierre, taillé dans le roc, dont il n'est pas séparé 
et ayant environ un mètre de long, autant de large et 
0|W) de hauteur. Ce cube de pierre a une marche basse 
sur le devant. Sans oser attribuer cette retraite à saint 
Rimay, vu l'absence de documents positifs à ce siyet^ 



128 r.ONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

MM. Launay*et de Salies reconnaissent que ces grottes, 
quoique taillées à une époque plus reculée que Teiis- 
teuce de ce saint, ont dû servir de demeure à quelque 
solitaire, qui y rencontrait tout à la fois et son habitation 
particulière et son oratoire. Quelle que soit donc la date de 
Tautel des grottes de Lavardin, c'est un autel chrétien 
et non un autel druidique, comme plusieurs Tont pré- 
tendu . 

H. Launay signale, dans la même localité, un endroit 
appelé VHermilagey situé à mi-côte et ayant également 
un petit autel avec marches. 

M. d'Espinay a vu à Angers un autel de pierre qui est 
un cube d'un mètre de côté et M. Tabbé Auber, dans son 
remarquable ouvrage sur le symbolisme, en signale un 
semblable à MazeroUes datant du ix^siècle. 

La question 22 : Exisle-l-il dam le Yendômois des 
monuments de l'époque franche? est résolue par M. Lau- 
nay, qui répond qu'il ne connaît rien dans Tarrondisse- 
ment que Ton puisse attribuer d'une manière certaine aux 
Mérovingiens. 

H. de Salies affirme, cependant, que la base du mur 
de Tabside de Téglise de Lavardin^ si elle n*est pas du 
temps des Mérovingiens, est certainement antérieure au 
xi« et même au x^ siècle. 

La question 23 : La chapelle Saint-Pierre à Yen-- 
dôme esl'-elle réellement mérovingienne^ comme Va pré- 
tendu M. de Pétigny ? est le sujet d'une étude approfon- 
die de M. d'Espinay. Il a la parole pour la traiter. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 129 



La ehapfille tolat*Plen«. 

Réponse à b question Yingt-tniisième da programme, par 

M. d*£»PINAY. 

f Le Congrès a visité pendant la matinée dans un des 
faubourgs de Vendôme une petite chapelle placée sous le 
vocable de saint Pierre, mais aujourd'hui abandonnée et 
serrant à des usages domestiques. Son origine est complè- 
tement inconnue ; on ne possède ni charte ni chronique, 
ni document d'aucune sorte qui puisse éclairer sur sa des- 
tination première et sur la date de sa fondation. M. de 
Pétigny, dans son ouvrage sur le Yendômois, l'a considé- 
rée comme mérovingienne, en se fondant sur ses carac- 
tères architectoniques. Cette opinion est*elle acceptable? 
Telle est la question que nous avons à examiner. Pour 
cela, il faut analyser d'abord soigneusement les carac- 
tères de la construction, ce qui nous permettra d'arriver 
à une conclusion sérieuse. 

La chapelle Saint-Pierre a la forme - d'une basilique. 
Elle n'a pas de transept et se termine par une abside cir- 
culaire, un peu moins large que la nef; elle est du reste 
dans de très petites dimensions. 

Vu de loin, l'appareil de la maçonnerie produit une cer- 
taine illusion et rappelle un peu le petit appareil ancien; 
mais lorsqu'on s'approche et qu'on regarde attentivement 
les assises, ou reconnaît qu'il en diffère profondément. 
Les pierres sont petites, mais de forme irrégulière, ce 
sont de simples moellons, à peine taillés, ce ne sont plus 
les lapides quadrati de la construction romaine. Qui' 
conque connaît la régularité avec laquelle les petites 
pierres étaient taillées et appareillées^ non-seulement à 



130 CONGRES ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 



XXXIX* SESSION, A VEKDOBfE. 



i;ON<inftS ARCltftOLOKIIÎUE nE PHANCE. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 133 

Tépoque romaine, mais encore pendant les premiers siè- 
cles de la domination franque, sera frappé de celte 
différence. L'on doit observer en outre que les matériaux 
employés à Saint-Pierre sont tendres et d'une taille facile, 
cequi justifie d'autant moins la grossièreté du système 
employé. Enfin on n'y voit pas de cordons de briques des- 
tinés à maintenir rhorizonlalité des assises. Or, dans 
certaines constructions et notamment à l'église Saint- 
Pierre-la-Couture du Mans, la brique a encore été em- 
ployée jusque dans les dernières années du x« siècle. 

A rinlérieur, le pourtour des fenêtres est en grand 
appareil; les pierres de cette sorte sont régulièrement tail- 
lées, et de dimension moyenne; elles portent des stries 
obliques, marquant la trace de l'outil qui a servi à les 
layer, suivant le sens de la diagonale; leur surface est 
carrée ou rectangulaire, elles sont séparées par de larges 
joints plats et abattus avec le fer. 

Tous ces caractères de la maçonnerie annoncent le xi« 
siècle, et non le v« ou le vi". 

L'abside est voûtée en fornice au moyen d'un mauvais 
moêllonage ; la nef est voûtée en berceau plein cintre, 
avec les mêmes matériaux, mais il est probable que 
cette voûte a été faite après coup, et que dans le prin- 
cipe la nef n'était couverte que par une charpente. La voûte 
de l'abside est un peu plus basse que celle de la nef. 

La chapelle était éclairée dans le principe par trois oculi 
ouverts dans l'abside; jai parlé de l'appareil dé leur 
pourtour, on doit remarquer qu'il n'y a pas de briques 
entre les claveaux, tandis qu'à la Couture du Mans où se 
trouvent également des ocuh^ des briques sont placées entre 
les claveaux qui en forment le pourtour. On sait que l'o- 
culus du xi« siècle devait plus tard, en se perfectionnant et 
en se subdivisant au moyen de meneaux, donner nais- 



134 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

sance aax belles rosaces du iiv et du xin* siècle. Ici 
nous en sommes encore à Yoculus primitif. Les trois 
œils-de*bœaf de Tabside de Saint-Pierre ont été après 
coup transformés en fenêtres en plein cintre. Ces fenêtres 
elles-mêmes ont été bouchées et des peintures, aujourd'hui 
fort dégradées, ont pris la place de ces ouvertures, mais 
il est facile de distinguer encore la disposition et l'appareil 
de; trois ouvertures primitives. 

Vers le bas de la nef du côté droit, existait une porte 
en plein cintre, avec archivolte à larges joints, aujour- 
d'hui bouchée; pas de briques non plus dans l'archivolte 
de cette porte. Je ne dis rien d'une fenêtre ogivale percée 
aussi du côté droit, et qui est évidemment plus récente 
que la construction même de l'édifice; elle aura été 
ouverte après coup, pour donner un peu plus de jour à la 
nef qui n'était éclairée dans le principe que par les oeuli de 
l'abside. 

L'intérieur de la chapelle Saint -Pierre est orné de quatre 
colonnes; deux coFonnes placées au passage delà nef à l'ab- 
side supportent l'arc triomphal qui n'est autre que la voûte 
même de l'abside.Cet arc n'a pas plus d'imbrications que 
les ouvertures anciennes Deux autres colonnes situées 
vers le milieu de la nef supportent un arc doubleau mo- 
derne. Je pense que dans le principe, avant la construction 
de la voûte sur la nef;, les tailloirs de ces chapiteaux por- 
taient les fermes de la charpente ; on ne peut du reste 
émettre qu'une opinion conjecturale sur ce sujet. Les 
colonnes n'ont plus leur hauteur primitive; le sol a été 
exhaussé et les bases sont enfouies sous terre. 

Parlons maintenant du caractère des chapiteaux et de leur 
ornementation. Les tailloirs des deux colonnes del'arc triom- 
phal se prolongent au-delà de l'aplomb du chapiteau^ 
lui-même, ce qui est un des caractères de la construction 



XXXIX* SESSION j A VENDOME. 135 

do XI* siècle ; aux quatre colonnes le filet fait partie du cha- 
piteau et non du fût, autre caractère qui ne date que du 
moyen âge et est contraire aux règles de l'antiquité. Les 
tailloirs eux-mêmes sont lourds et épais; les deux de droite 
sont cubiques avec la partie inférieure en biseau ; ceux de 
gauche sont cubiques aussi, avec la partie inférieure en 
boudin. Cette similitude entre les chapiteaux placés deux à 
deux du môme côté paraît singulière, tandis que ceux 
placés en vis-à-vis sont dissemblables. 

La corbeille du chapiteau est grossièrement ornée de 
laides feuilles, dont la nature est difficile à déterminer. 
Les deux chapiteaux de Tare triomphal sont assez dégra- 
dés et n'ont pas d'autres ornements que ces feuilles qui 
ne sont très-probablement qu'un souvenir de la feuille 
d'acanthe de l'antiquité. Le chapiteau de la nef à gauche 
porte deux tètes ou masques sous les angles du tailloir à 
l'endroit où se plaçaient jadis les volutes dans les ordres 
corinthien et composite ; entre ces têtes on a grossièrement 
sculpté en avant un arbre, sur l'un des côtés des têtes 
d'oiseaux. Le chapiteau situé en face, à droite de la nef, 
est orné d'une large feuille à plusieurs lobes; et sur les 
côtés, de deux arbres ; la place des volutes est occupée par 
deux autres feuilles de moindre dimension portées sur 
des pédoncules recourbés en sens inverse de la direction 
qu'aurait dû prendre la volute. 

Toutes ces sculptures sont grossièrement exécutées en 
Diéplat, et je dois dire aussi plates que possible; absence 
complète de galbe et de relief; la sculpture dégénère 
en une sorte de gravure au ciseau; on voit qu'à cette 
époque, on ne savait plus du tout fouiller la pierre. Le 
dessin lui-même est fort incorrect et atteste l'œuvre d'une 
main mal habile, qui ne sait même plus copier les mo- 
dèles anciens. Je ne connais qu'une seule église dont les 



136 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

sculptures soient aussi mauvaises, c'est celle de Louan 
(canton de Ligueil, Indre et-Loire), commencée vers 998. 
Je crois donc que la chapelle Saint-Pierre doit être à 
peu près contemporaine de cette dernière église, à cause 
de la ressemblance frappante de leurs sculptures, et que 
par conséquent elle n'est pas mérovingienne. 

Qu'on fasse la contre-épreuve ; que l'on compare main* 
tenant le travail de ces églises, avec celui des églises 
vraiment mérovingiennes, dont il reste si peu de spéci- 
mens, et l'on remarquera une énorme différence. A 
Jouarre, à Saint-Jean de Poitiers, on retrouve encore 
vivantes les traditions de l'antiquité dans des construc- 
tions des Yi* et VU" siècles. Au viu^ ou ix**, la sculpture 
perd de son élégance, la main de l'artiste s'alourdit; la 
volute s'aplatit et perd sa saillie; mais il y a encore un 
dessin régulier et un certain respect pour la tradition 
antique; au x* siècle, la barbarie grandit et la maladresse 
de l'exécution se montre dans toutes les œuvres du 
temps. Cependant ne médisons pas trop de cette époque, 
car des conceptions nouvelles sont en germe, et de celte 
période barbare va sortir un art nouveau et d'une grande 
puissance. 

Hais je reviens à la question du programme et je con- 
clus : la chapelle Saint-Pierre n'a point les caractères de 
l'architecture mérovingienne, ni môme carlovingienne ; 
elle a au contraire tous ceux des constructions des pre- 
mières années du xi' siècle. Tel a, du reste, été l'avis 
unanime des membres du congrès qui Tout visitée et exa- 
minée avec soin. 

De la chapelle Saint«Pierre, le Congrès s'est rendu à 
l'église Saint-Jacques, aujourd'hui chapelle du collège. 
Je ne décrirai point ce joli édiGce en style flamboyant des 
premières années du xvi« siècle. Je dois seulement parler 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 137 

d*Qne particularité singulière sur laquelle notre attention 
a été attirée par M. Launay. Du côté extérieur, le mur de 
la nef est flanqué de colonnes surmontées de chapiteaux 
romaDs; au-dessus de ces chapiteaux s'élève un second fût 
lerminé lui-môme par un chapiteau en style renaissance 
de la première moitié du xvi^ siècle et qui se trouve à la 
hauteur actuelle du mur de Téglise. La tradition rapporte 
en outre que la rue qui longe Téglise et qui dépendait de 
rancien hôpital Saint-Jacques, était un passage voûté. On 
o'aperçoit pas cependant trace d'arrachements de voûtes, 
aa mur de la nef. 

Les archéologues ont sur les lieux mômes, discuté la 
question et plusieurs solutions ont été proposées. Voici 
celle qui a paru la plus satisfaisante aux membres du Con- 
grès. Il est évident que Téglise actuelle n'est qu'une re- 
construction faite à l'époque de la renaissance; c'est ce 
que prouvent les colonnes extérieures avec leurs chapiteau! 
romaDS. Au xvi* siècle, on les a surélevées et l'on a sculpté 
d'autres chapiteaux dans le style de la nouvelle église. Ces 
colonnes avaient pour destination de supporter non pas une 
voût< puisqu'il n'en reste pas de traces , mais plus proba- 
bleioent les fermes ou les tirans d'une charpente qui 
devait couvrir le passage dont la tradition a conservé le 
souvenir. Sans doute au xvi' siècle, on aura trouvé la char- 
pente trop basse, et c'est pour l'élever qu'on a dû établir 
sur les chapiteaux anciens un second étage de colonnes. A 
l'hôpital Saint-Jean d'Angers (xii* biècle), il existe un 
cloitre non voûté dont la belle charpente est portée par 
des colonnes et des arcades romanes. N'y aurait-il pas 
eu ici quelque chose d'analogue? Cette explication . est 
hypothétique; mais elle ne manque pas de vraisem- 
blance. 

Le bâtiment môme du collège, construit dans les pre- 



138 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

mières années du xvn* siècle, a ensuite été visité par les 
archéologues, qui ont admiré les vastes et magistrales 
dispositions de son ancien clottre. 
Le Congrès s'est ensuite rendu au lieu de ses séances. • 

Le rapport de H. d'Espinay terminé , H. Tabbé 
Auber demande si la chapelle Saint-Pierre était située 
près d'un cimetière, et fait observer que les anciennes 
chapelles sépulcrales étaient ordinairement sous le 
vocable de Saint- Pierre. 

Un membre (H. Launay, je crois), répond que la tradi- 
tion place en effet un cimetière en cet endroit. 



Sur la U* question : Des différentes sortes de sépul- 
tures dans le Vendômois. Quels objets y ont été trouvés ? 
M. Launay lit le Mémoire suivant : 

« Il existe dans le Vendômois plus'eurs sortes de sé- 
pultures, depuis les tombeaux, en forme de puits, dé- 
couverts à Thoré et décrits à la 9" question du programme, 
jusqu'aux cercueils en pierre. 

Nous allons en signaler un d'une autre nature, qui 
doit remonter à une haute antiquité, à en juger par des 
tombeaux semblables trouvés en Italie par H. de Mor- 
tillet et auxquels il assigne une date fort ancienne. 

C'est en janvier .1869 qu'il a été découvert au milieu 
d'une prairie dépendant de la commune de Saint-Rimat, 
sur la rive gauche du petit ruisseau le Gondré, qui va en 
serpentant se jeter à quelques pas de là, dans le Loir. 

Voici dans quelles circonstances. 

La prairie en question, qu'un cultivateur du pays vou- 



XXXIX'' SESSION, A VENDOME. 139 

lait convertir en terre labourable, renfermait an exhausse- 
ment assez sensible. Le soc de la charrue vint, en Tenta- 
mant, se heurter contre un bloc de pierre de 3 mètres de 
long sur î mètres de large et O^'.iO d'épaisseur, que les 
onvriers jugèrent à propos de briser, faute d'instruments 
nécessaires pour le déplacer. 

Grande fut leur surprise en voyant que ce bloc reposait 
sur quatre supports posés verticalement sans laisser de 
Tides sensibles et formant une sorte de caisse del^'yGOde 
long, 0»,80 de large et O^jlO de profondeur avec un pa- 
vage en pierres plates de formes irréguliëres. 

Avis de cette découverte fut donnée la Société archéo- 
logique qui envoya immédiatement des délégués. 

A la première inspection des lieux, il fut aisé devoir 
qne nous étions en présence d'une sépulture ancienne. 
Malgré le petit intervalle laissé entre les pierres, la terre, 
à la longue, s'était infiltrée à l'inlérieur qu'elle remplis- 
sait complètement et que les ouvriers avaient malheu- 
reusement enlevée avant notre arrivée, avec beaucoup de 
précautions, toutefois, et en mettant de côté les différents 
objets qu'elle contenait. 

Nous avons reconnu des ossements d'animaux, chèvre 
OQ mouton, placés au fond, une bande de cuivre recourbée 
d& 0'B,03 de large avec une échancrure indiquant le pas- 
sage d'un clou. Nous ne rencontrâmes pas trace d'osse- 
iQents humains. Qu'étaient-ils devenus? Le tombeau avait- 
il été fouillé avant nous? C'est douteux, en raison du 
poids du couvercle, que l'on aurait pas pris la peine de 
remettre bien exactement à la même place. Des cendres 
s'étant trouvées mêlées en assez grande quantité avec la 
terre, celte bande en cuivre avec traces de clou ne fe- 
raient-elles pas supposer la présence d'une caisse en bois 
indiquant l'époque de l'incinération ? 



140 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

H. de Horlillet, dans la Revue archéologique du mois 
de décembre 1865) a inséré la description de sépultures 
du même genre rencontrées aux environs de Gola$ccca i 
l'extrémité N.-O. de la Lombardie. 

L'une d'elles surtout, Touillée par lui-même, est iden- 
tique avec la nùtre. Grande caisse formée par quatre 
dalles de pierres recouvertes d'une cinquième plus 
grande et plus épaisse, fond pavé, l'intérieur comme à 
Saint-Rimay, envahi par la terre, mais ce en quoi elle 
diffère de la nôtre, c'est par la découverte de vases con- 
tenant des cendres et des fragments d'os. 

A l'extérieur du tombeau de Saint-Rimay et le long des 
dalles, on a rencontré plusieurs débris de vases en pote- 
rie grossière. Leur présence ne s'expliquerait-elle pas 
par l'usage alors adopté de briser les vases ayant servi à 
la cérémonie des funérailles et d'en rejeter les morceaux 
en dehors du caveau? 

Cette disposition répond à une circonstance connue du 
rit funèbre des Gaulois. 

Quel âge peut-on assigner à cette sépulture ? L'absence 
de monnaies et d'instruments de fer, la présence du 
bronze ne la feraient-elles pas remonter à une antiquité 
reculée ? 

Tout ce que l'on peut affirmer c'est qu elle est une ra- 
reté dans notre pays et que nous avons vainement cherché 
la trace d'autres semblables dans la même prairie. — Les 
sépulture» gallo-romaines, sont assez communes dans le 
Yendômois, indépendamment du cimetière gallo-romain 
de Pezou, dont nous avons parlé plus haut. L'usage, chez 
les Romains, n'était pas toujours d'enfouir les urnes ciné- 
raires dans des cimetières ; on les rencontre souvent isolées, 
mais toujours dans des lieux où le séjour des Romains 
est constaté. 



XXXIX'^ SESSION, A VENtiOME. 141 

Ainsi on les rencontre à Villeromain qui a fourni au 
Musée de Vendôme deux vases en terre d'un beau modèle 
et un grand vase en verre avec anses et estampille au fond ; 
plusieurs autres localités comme Areines, Artins, etc., 
en ont aussi fourni leur contingent. 

Les sépultures mérovingiennes et carlovingiennes sont 
très-nombreuses dans le Vendômois, mais presque tou- 
jours réunies dans un cimetière. Nous citerons celui de 
Nâveil, à 3 kilomètres de Vendôme, où les cercueils en 
pierre se trouvent par centaines rangés en ligne et dont 
plusieurs renfermaient des agrafes de ceinturons, dépo- 
sées au Musée, et des objets caractéristiques de l'époque 
mérovingienne. 

Cimetière mérovingien de Dàkzé. Cette localité possé- 
dait aussi un cimetière d'un hectare environ de super- 
ficie qui, fouillé, il y a quelques années, a amené la dé- 
couverte d'une grande quantité de cercueils disposés par 
rangées de sept à huit sur une même ligne, séparées entre 
elles par des intervalles de plusieurs mètres. Ces cer- 
cueils orientés de l'est à l'ouest, sont presque tous en 
roussard ferrugineux et mesurent en général 2 mètres de 
long, 0">,80 de largeur à la tête et vont en diminuant 
vers les pieds. Les parois ont CyiOdépaisseur. 

Leur maximum d'enfouissement était de 0",50 à 0">,G0« 

Nous y avons rencontré les fragments d'un cercueil à 

deux compartiments, deux glaives et une belle agrafe de 

baudrier. 

^n plusieurs endroits autour du champ, des restes 
d'épaisses fondations indiquent que ce cimetière devait 
élreclosde mure. 

Hazangé, canton de Vendôme. Un cimetière de la 
niéme époque se trouvait aussi à Mazangé, auprès d'une 
ancienne ^Hse dédiée à saint Clément et détruite au* 



142 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

jourd'hni. En creusant sur son emplacement les fonda- 
tions d'une maison, on a trouvé une trentaine de cercueils 
rangés symétriquement. Les alentours du bourg en ren- 
ferment aussi une certaine quantité. M. de Rocharabeau 
a découvert récemment dans Tun d'eux un fragment de 
collier formé de grains d'ambre et de verre. 

On rencontre des cercueils en pierre dispersés à Ternay, 
à Azé, à Fréteval, à Thoré, à Arlins, où on les relève en 
grand nombre, partout où l'on fouille. 

A Selomhes, chef-lieu de canton, on les retrouve mêlés 
aux cercueils en bois, ce qui prouve que ce mode de sé- 
pulture s'est perpétué longtemps. L'absence de couvercles 
est Irès^fréquente sur ces cercueils et les objets qu'ils 
renferment sont en général des agrafes, des colliers et 
parfois des armes. 

Nous ne terminerons pas la question des sépultures 
sans en citer une d'un caractère tout particulier décou- 
verte en 1863 à Coulomhiers^ canton de Selommes, 
lors d'un déblai des terres du cimetière, au nord de 
l'église, fait pour l'assainissement de celte dernière. 

On a rencontré un caveau de forme cylindrique de 
deux mètres de diamètre dans œuvre, construit en ma- 
çonnerie et terminée par une voûte demi-sphérique 
avec une ouverture au sommet pour pénétrer à l'inté- 
rieur. 

Quatre squelettes s'y trouvaient dans la position 
d'hommes assis, ainsi que plusieurs têtes de moutons 
et de chèvres. La terre qui s'était infiltrée par Tori- 
fice de la voûte remplissait presqu'entièrement le ca- 
veau. 

Le même cimetière renfermait un asset grand nombre 
de cercueils en pierre. L'un d'eux contenait des glaives 
ou scramasaxes de difiérentes longueurs. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIK. 143 

Le bourg de Coulommiers déjà cilé mériterait une mo- 
nographie spéciale en raison des traces de constructions 
de toutes les époques qu'il renferme, gallo-romaine, 
mérovingienne et moyen âge. Il y aurait à parler de son 
vieux donjon, de son église, de son prieuré et de son re- 
marquable colombier. 

 la suite de cette lecture, H. Tabbé Chevalier fait re- 
marquer qu'il n'est pas facile de distinguer l'âge des 
tombeaux d'après leur forme qui a peu varié pendant 
plusieurs siècles. 

Les objets trouvés dans ces tombeaux peuvent seuls 
fixer la date, et lorsqu'il s'agit d'objets mérovingiens ou 
carlovingiens, il est quelquefois fort difficile de trancher 
la question. 

Le président appelle le numéro 35 du programme : 
Monnaies mérovingiennes et carlovingiennes du pays. 
Comment le nom de Vendôme y est il exprimé? Un mem- 
bre du Congrès dit qu'il y avait un atelier monétaire à 
Vendôme et un autre à Matval, aujourd'hui Bonneveau. 

M. le Secrétaire général demande la parole, il donne 
lecture d'une lettre de H. Lavoix, de la Bibliothèque na- 
tionale, qui exprime ses regrets de ne pouvoir assister 
au Congrès et envoie ia note suivante dans laquelle il ré- 
sume cette question : 

«Vendôme Vindocinum [castellum (Gr., H. eccl. IX, 
20.), Pagus vindusnisns (cap. Caro. Calv.), a sa monnaie 
à l'époque mérovingienne. En 1842, M. E. Cartier pu- 
bliait dans la Revue numismatique un triens dont voici 
la description : 

vuiDOGOfo. Tête informe à droite. 

R. uvifODOVs. Croix simple cantonnée. 

t 



144 CONGRÈS ÂRCHBOLOGIQUB DE FRANCE. 

M. Ponton d'Amécourty Essai sur la numistnalique 
mérovingienne, signale trois triens dont voici la des- 
cription : 

VINDOCINO — LAVKODOVS 
VIDOGINO — AGRIGISILO 
VIDOCIN — AGRI.. SIL.. 

Voilà ce que les monnaies mérovingiennes nous donnent 
sur le nom de Vendôme : vindogino et viDOGmo, telles 
sont les deux variantes qu'elles nous offrent. 

Quant aux pièces carlovingiennes, elles présentent une 
autre forme de nom. Le cabinet de France en possède 
une de Charles le Simple avec ces mots : vendemis 

GASTR. 

Ce denier, d'argent, a été publié par M. de Longpé- 
rier : Notice sur des monnaies françaises de Jf . /. Rous- 
seau. Voici, du reste, la note delà page 211 de cet ouvrage 
qui y a rapport : 

« C'est encore à Cendres qu'a été trouvé ce denier. 
On ne saurait hésiter sur l'attribution qu'il convient 
de lui donner; il suffit de le comparer au denier 
du XI* siècle, portant la légende vindems Castro avec 
cette tète barbare connue sous le nom de type chartrain. > 
(V. Cartier : Essai sur les monn. au type chartrain, pi. 
VI, nM.) 

Cette forme du nom de Vendôme remonte, comme on 
voit, jusqu'au commencement du x« siècle ; les monnaies 
du xiiP siècle présentent cependant la forme antique 
viDOCiNENsis. C'est un fait intéressant, mais qui n'est pas 
sans exemple, car dans ce siècle où l'instruction faisait 
quelques progrès, on revenait aux noms classiques avec 
une prédilection toute particulière. » 



ÎXlfTX' SESSION, A VENDOME. 145 

Les qoestions concernant Fépoque franke étant épui- 
sées, le Congrès a abordé le moyen âge. 

La question 26 ainsi conçue : Ancienne division terri- 
loriale et diocésaine du VendômoiSf a été traitée d'une 
manière complète par M. Dupré dans le Bulletin de la 
Société archéologique du Yendôraois. Nous y renvoyons 
le lecteur. 

L'ordre du jour appelle la question 27 : Origine des 
comtes de Vendôme. Quelques aperçus sur la géographie 
féodale du pays. 

H. de Pétigny^a traité longuement et savamment cette 
question dans son Histoire du Vendômois et il a donné 
une carte avec deux circonscriptions du pays selon les dif- 
férentes époques. Il est bon de remarquer qu'avant la 
féodalité , le Vendômois formait le pagus Yindoci - 
nensis. 

H. le Président témoigne le grand désir formé par M. de 
Caumont de voir chaque pays en possession d'une carte 
féodale et invite les membres de la Société archéologique 
da Vendômois à s'occuper sérieusement de dresser cette 
carte. Il conseille de commencer le plus tôt possible et 
de procéder petit à petit à mesure que l'on recueillera de 
nouveaux renseignements sans attendre de les avoir tous 
rassemblés. 

Un membre du Congrès signale avec juste raison que 
la féodalité s'étant pour ainsi dire émiettée au xv* siècle, 
et le même fief étant possédé quelquefois par deux pro- 
priétaires, il serait bon de s'en tenir aux seuls châteaux 
vraiment dignes de ce noxn. 

Personne ne demandant plus la parole, on passe à la 
ii^ question : — De la double suzeraineté prétendw par 

10 



146 CONGRÈS ARCHiOLOGIQUB DE FRANCE. 

lescomtes d* Anjou et les iviqueê de Chartres sur les comtes 
de Vendôme. 

M. de Rochambeau donne lecture du Mémoire suivant 
adressé au Congrès par M. Dupré. 

a Dans celte question complexe, j'envisagerai seule- 
ment les droits de Tévêque de Chartres. Cette partie du 
problème n'est pas sans difficulté. D'ailleurs, le temps et 
les matériaux me manquent pour la traiter à Tond. 
L'heure inexorable, qui va bientôt sonner, l'ouverture do 
Congrès, m'oblige d'interrompre mes recherches et de 
prendre la plume avant d'avoir pu recueillir tous les do- 
cuments nécessaires. Je me bornerai* donc à quelques 
aperçus, saisis dans la rapidité d'une première étude. 

On a supposé que la seigneurie temporelle du pays 
chartrain avait appartenu d'abord aux évêques et que 
ceux-ci l'avaient perdue, de gré ou de force, par transac- 
tion ou par surprise, à Tavénement du fameux Thibault 
le Tricheur, premier comte héréditaire de Chartres, de 
Blois et de Tours. Celte opinion, très-conteslabie, a été 
chaudement soutenue par le pieux auteur de la Parthe^ 
nte, ou Histoire de la très-dévote et très-auguste église de 
Chartresy imprimée en 1609 (II« partie, f** 76, 103 et 
suiv. — 186 et suiv.). 

Après l'abandon volontaire ou l'usurpation violente de 
leur puissance primitive (en supposant qu'elle ait jamais 
été aussi absolue), les évêques conservèrent des droits 
féodaux et une juridiction seigneuriale sur une partie de 
la ville el des faubourgs de Chartres. Telle fut l'origine 
des conflits malheureux qui éclatèrent trop souvent entre 
leurs officiers et ceux du comte. Le moyen âge a retenti 
de ces longues querelles. Les lettres de Fulbert et de 
saint Yves, aux xi* et xii^ siècles, contiennent^ à ce sujet, 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 447 

plaintes et des récriminations où ne se retrouve pas 
(onjoore la charité évangélique da bon pasteur. Ces tristes 
débats rappellent trop les luttes perpétuelles des abbés 
de La Triniléy prélats dans leur sphère, contre les rudes 
barons de Vendôme. 

Les évéquesy à leur entrée solennelle, juraient de res- 
pecter les droits légitimes des comtes souverains avec 
lesquels ils devaient vivre côte à côte, et dont Tautorité 
temporelle coudoyait leur propre pouvoir. Sébastien Rouil- 
lard rapporte la cérémonie et même les termes exprès 
f on serment peu favorable pourtant à sa thèse fantai* 
siste (1). Cette marque de déférence prouvait au moins 
qne le comte de Chartres n'était point le vassal de l'é* 
vêque ; ce dernier paraissait plutôt reconnaître la supé* 
riorité du seigneur laïc, dans Tordre temporel. 

Le Vendômois suivit, comme on sait, d'autres desti- 
nées féodales qne les pays chartrain et blésois. Ce terri - 
(oire intermédiaire forma un fief distinct sous la suzerai- 
neté des comtes d'Anjou. Les évoques de Chartres es- 
sajbent néanmoins de revendiquer l'hommage de celte 
seigneurie, enclavée daus leur vaste diocèse. Ces tenta- 
tives datent du xi« siècle. 

Peu de temps après l'année 1107, Fulbert écrivait à 
ftenanld, évéque de Paris et comte de Vendôme, pour 
loi demander c assistance contre tous, sauf la fidélité due 

< au roi Robert ; ^ en outre, il le sommait c de lui livrer 
^ le château de Vendôme, pour son propre usage et pour 

< celui de ses vassaui, qui lui en garantiraient la remise, 
< après s'en être servis, comme de forteresse, contre 
«leurs ennemis (2).> Le prélat craignit, sans doute, Tin- 



(i) Parthenie, partie II, n> 69. 

(S) De reoeptu Vindocini Castri, ad meum usum et roeorum fidelium 



148 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DB FRANCE. 

succès d'une pareille démarche; car il ajoutait, en ter- 
minant sa lettre : c Si vous consentez à ces demandes, je 
(( suis prêt à observer la convention que j*ai faite avec 
€ vous ; sinon, il est inutile que je me fatigue pour aller 
« vous trouver. » 

Du Gange cite textuellement ce passage , comme un 
exemple du droit que le suzerain avait de venir occuper 
le propre château de son vassal, s'il en avait besoin pour ses 
guerres ou pour d'autres affaires (1). Le savant glossateur 
n'examine pas si la demande de Tévêque était fondée ; il 
laisse, par conséquent, la question indécise. 

Une autre épître de Fulbert nous montre quelle idée 
rigoureuse le pontife de Chartres se faisait des devoirs 
multiples du vassal vis-à-vis du seigneur suzerain. Cette 
sorte de consuHation est adressée à Guillaume de Poi- 
tiers, duc d'Aquitaine, un des grands feudataires de 
l'époque (2). Je vais la traduire, comme définition ca- 
tégorique de Vhommage lige (3), considéré au double 
point de vue du droit et de la conscience : 

« Vous me demandez quelques instructions sur l'objet 
c et la forme du serment de fidélité. Pour répondre à 
« votre désir, je vous transmettrai les courtes notes que 
a j'ai tirées de livres accrédités. Le vassal, qui jure fidé- 
f lité à son suzerain, doit toujours avoir présentes à l'es- 
€ prit les règles de conduite exprimées par ces six mots : 
« incolumej — tutumy — honestunij — tiftie, — facile^ 



qui Tobis assecurabonl illad. (Dom Bouquet, Script Franc, ^ t. X, 
p. U7.) 

(i) Glossariam med. et infim. lat., v^ Receptus, 

(2) Fulberti epistolse, apud Cbesneiam, Hisl. franc. ^ t. IV, p. 189. 

(S) L'hommage lige, à la différence de Thommage simple, obligeait k 
vassal à défendre son seigneur envers et contre tous (excepté cepen* 
dant contre le Roi, seigneur souverain) et à loi prêter main forte, i 
toute réquisition. (Du Gange, v» Ilomagium.) 



iXilS*" SESSION, A VENDOME. 149 

i — possibile : 1° Incolumey c'est-à-dire ne faire aucun 
f mal au seigneur en son corps. — 2"" Tuium : ne jamais 
c trahir son secret et ne porter non plus aucune atteinte 
(i aux moyens de défense qui constituent sa sûreté per- 
c soDnelle. — 3^ Honesium : ne lui faire tort, ni dans sa 
c justice, oi dans les autres droits de sa seigneurie. — 
( i" unie : ne point lui faire tort dans ses biens. — 
« ^ et 6** Facile vel possibile : ne point mettre obstacle 
" au bien que le seigneur peut faire aisément, s'il n*en 
( était empêché. — Il est rigoureusement juste que le 
c vassal s'abslienne de ses actes nuisibles ; mais celle fi- 
c délité négative ne le rendra pas encore irréprochable. 
( En effet, il ne suffit pas d'éviter le mal, si Ton ne pra- 
« tique le bien. 11 reste donc au vassal à donner conseil 
6 et secours à son maître, dans toutes les occasions que 
«je viens d'énumérer, s*il veut se montrer véritablement 

< digne de son bénéfice (fief), et s'il veut avoir la cens- 
t cience parfaitement tranquille sur la foi qu'il a jurée. Le 

< seigneur doit, de son côté, prêter pareille assistance à 
( èOQ fidèle vassal, et, s'il agit autrement, il sera, avec rai- 

< son, réputé de mauvaise foi ; de même que, si le vassal 
« prévarique par action ou par simple consentement, 
( dans les cas sus-énoncés, il méritera le nom de par- 
«jure. » 

Le sévère prélat, qui écrivait ces choses à un duc d'A- 
quitaine, les eût exigées, sans nul doute, des comtes de 
Vendi^me, si ces derniers l'avaient effectivement reconnu 
pour leur suzerain. Hais, soit que le comte Renauld ait 
rejeté les propositions de Fulbert, soit qu'adoptées en 
principe, elles n aient pu recevoir leur accomplissement, 
on ne voit pas que cet évéque, ni ses successeurs, aient 
Qsé de pareilles prérogatives. 

Toutefois, on allègue trois chartes du xni^ siècle, dans 



150 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

lesquelles le comte de YendAme semble avoir pris ou ac- 
cepté le titre de vassal de l'évéque. Examinons rapide- 
ment ces objections, plus spécieuses que solides : 

I* En 1228, Jean de Hontoire et sa femme Eglantine 
donnaient aux frères de la Maison-Dieu de Vendôme, 
une ferme, située à Yilleromain. Dans la charte confir- 
mative de cette donation, Gauthier, évèque de Chartres, 
appelle le comte de Vendôme, son homme lige (1) ; 

i^ Dans une autre charte, du mois de septembre 1213, 
concernant la prévôté de Hazangé, l'un des fiefs et aussi 
Tune des dignités du chapitre de Notre-Dame de Chartres, 
le comte Jean III de Preuilly, prend l'évéque à témoin des 
engagements qu'il contracte envers le chapitre, et se dé- 
clare Fhomtne féodal du dit sieur évéque (2). Il est per- 
mis de douter que ces termes un peu vagues exprimas- 
sent une réelle vassalité de tout le Vendômois à l'égard 
de l'évèché. Ne serait-ce pas simplement la reconnais- 
sance d'un hommage accidentel, dû à raison de quelques 
fiefs dont l'évéque éiaii seigneur dominant.... 

S"" La terre de Montdoubleau eut longtemps ses sei- 
gneurs particuliers, avant d'être unie au comté de Ven- 
dôme. Jusqu*au xiu* siècle, elle paraît avoir relevé immé- 
diatement de ce comté et médiatement de celui du Maine, 
malgré les prétentions de l'évéque de Chartres, qui vou- 
lait astreindre les nouveaux possesseurs de cette baronnie 
àlui en faire hommage. —Lorsqu'ensuite saint Louis eut 
donné à son frère Charles les comtés d'Anjou et du Maine, 
il décida qu'à l'avenir la terre de Montdoubleau serait 

(1) Histoire archéologique da Vendômois par M. de Petigny, p. Sii, 
note 2. Je cite la pièce, sur la foi da docte paléographe ; pourtant, je 
dois dire qu'elle ne figure point dans l'inventaire des Ulrea de la Maison- 
Ueu de Vendôme, conserrês aux Archives départementales de Lolr-et- 
Cber. 

(t) Cartolaire de Chartres, déjà cité, t. II, p. 72. 



XXXIX* SESSION, A VENDOUE. 151 

tenae en fief, non plus dn comté de Vendôme, mais de 
celui du Haiue. Les lettres-patentes du mois de juin 
1348, expédiées à cet effet, marquent avec précision les 
difiérenls degrés de la hiérarchie féodale , au moyen 
âge (1). Je vais traduire ce document instructif, quoique 
on peu obscur parfois : 

( Louis, par la g^r&ce de Dieu , roi des Français, savoir 
> faisons que : Depuis longtemps, il s*est élevé un débat 
8 au sujet du fief de Hontdoubleau et de ses dépendances, 
i dont notre amé et féal Geoffroy, viconrte de Châteaudun, 
(avait fait hommage d'abora au roi Philippe, mon aïeul, 

< de glorieuse mémoire, puis au roi Louis, m ui père de 
(noble souvenir, et enfm à nous mêire; lequel fief, 

< Pierre, comte de Vendôirse, disait lui appartenir et re- 
( lever à hommage de notre cher et fidèle l'evéque de 
( Chartres, avec les autres choses qu'il tient au même ti- 
1 tre du dit sieur evêque (2) ; mais ensuite, le comte de 
( Vendôme et Tevêque de Chartres, d'un commun accord, 
( nous ont prié instamment de rendre au dit comte d'An- 
« jou le fief en question et le droit d'en recevoir l'hom- 
( mage. Enfin, avec l'assentiment de notre bien aimé et 
(fidèle frète Charles, comte d'Anjou, du dit Pierre, 
(Comte de Vendôme, de Tevèque et du chapitre de 
( Ctnartres, il a été transigé sur ces difficultés, ainsi qu'il 
( suit : 

( Dorénavant, le vicomte de Châteaudun et ses héri- 
( tiers tiendront le château de Monldoubleau et ses dé- 

< pendances en fief de notre frère le comte d'Anjou et de 

(1) Cirtiiliire déjà cité, t. II, p. 138. 

(i) « Qaod feodom Petms, cornes Vindodoensis, ad te de Jure per- 
' tincre dieelMt et se tenere Ulad a dUecto et fldeU epîacopo Garnotensi, 
* cam aliis qaae ab epbcopo tenet in feodom. » 



152 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

€ ses hériters, dont ce fief parait dépendre en effet (1). 
« Notre susdit frère le comte d'Anjou, et ses héritiers, 
« tiendront à leur tour ce fief de nous, avec toute la seî- 
€ gneurie de leur dit comté (2). En récompense du droit 
« que le comte de Vendôme pourrait prétendre sur ce 
« fief, nous lui avons donné une somme de mille livres. 
( De même, le comte d'Anjou, notre frère, pour indem- 
€ niser l'evéque et l'église de Chartres des droits qui 
€ pourraient leur appartenir dans le dit fief de Hontdou- 
a bleau, a consenti, avec notre autorisation, que le village 
( appelé Lei Roches de Pevéque (3), avec ses dépendances, 
« tenu en fief du comte d'Anjou par celui de Vendôme, 
« avec d^autres domaines de la même mouvance, passent 
< désormais et pour toujours sous la mouvance féodale 
(( du dit sieur evéque ; de telle sorte que le comte de 
« Vendôme et ses héritiers à perpétuité tiennent ce vil- 
« lage et ses dépendances de l'evéque de Chartres, au 
( même titre que les autres possessions relevant du dit 
« sieur evéque (4). En témoignage de quoi nous avons 
€ fait apposer notre sceau royal aux présentes lettres , 
« données à Paris, l'an 1248 du Seigneur, au mois de 
((juin. > 

L'evéque de Chartres réclamait, comme on voit, l'hom- 



(1) « Ad cujus comitabiin dictom feodum pertinere dicebatur. > (H 
'agit ici de la mouvance féodale et non delà pleine propriété.) 

(2) Ainsi, Montdoubleau, fief direct à l'égard du comté d'Anjou (ou 
plutôt du Maine), devint un arrière-fief de la couronne. 

(3) Rupes episcopi. Ce vilbge avait appartenu primitivement à Tévèque 
du Mans, dans le diocèse duquel il était situé. Il ne doit donc pas son 
nom à la concession faite à l'évèque de Chartres par les lettres de saint 
Louis. 

(4) C'étaient, sans doute, des possessions qui faisaient partie du comté 
de Vendôme, mais qui dépendaient féodalement de l'évèché de Chartres, 
par l'hommage simple et non lige. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 453 

mage de Montdoubleau, et ce droit lui était disputé par 
le comte da Maine, qui l'emporta en définitive. 

La transaction, intervenue sur ce débat, rendit, il est 
vrai, le comte de Vendôme vassal de l'évèché, mais seu- 
lement pour le petit fief du village des Roches. Déjà le 
comte possédait plusieurs autres domaines relevant du 
même évèché ; voilà tout le sens des expressions suivantes : 
Cum aliis quœ ipse cornes Vindocinensis tenet ab episcopo 
fnmorato. Elles s'appliquaient simplement à des fiefs 
particuliers, membres secondaires du comté de Vendôme, 
et non au corps entier de la seigneurie principale. Du 
reste, il y avait loin de cette mouvance féodale aux de- 
voirs personnels et rigoureux qui constituaient Vhom^ 
nuige lige proprement dit. L'évéque de Chartres aurait 
pu réciproquement posséder quelque fief mouvant du 
comte de Vendôme, sans pour cela devenir son homme 
lige. Ces tenures parlielles et restreintes assujétissaient 
la terre plutôt que la personne. 

A l'époque de l'accord qui précède, Hontdoubleau avait 
des seigneurs distincts ; par conséquent, c'était d'eux et 
non du comte de Vendôme que l'évéque aurait dû récla- 
mer l'hommage féodal. 

Vers le milieu du xv* siècle, ce domaine fut annexé au 
comté de Vendôme. Peu de temps après, l'Anjou et le 
Maine, qui avaient été donnés en apanage depuis le 
^i* siècle, firent retour à la couronne , à défaut d'hoirs 
™âles {{), Charles VIII profita de celte circonstance pour 
affirmer, à l'exclusion de tous autres, la suzeraineté du 
roi sur deux seigneuries désormais inséparables. Les 
lettres-patentes du 8 mai 1484 sont positives à cet 



(!) L'Azyon bai réani à la couronne en 1480, et te Maine en 1481. 
{M de vérifier les daiet, t. II, p. 861 e^ 862.) 



154 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

égia*d(l); en effet, disaient-elles, c le comté de Yen* 
t dôme est tenu de nous à foi et hommage, à cause de 
(( notre comté d'Anjou, et la baronnie de Hondoubleau, à 
€ cause de notre comté du Maine. » 

Il n*est plus question ici des prétendus droits de rêvé- 
que de Chartres ; c'était pourtant le cas, ou jamais, de 
les réserver, s'ils avaient eu le moindre fondement 

Je mentionnerai, seulement pour mémoire, une charte 
du mois de juin 1413, par laquelle le comte Louis de 
Bourbon fondait une chapelle de Vendôme dans la cathé- 
drale de Chartres, en se déclarant homme de la glorieuse 
vierge Marie et de sa dite église (2). Cette pieuse formule 
n'impliquait aucun engagement féodal. C'est ainsi que, 
dans le même siècle, Louis XI faisait hommage du comté 
de Boulogne*sur-Her à la madone du lieu. La suzeraineté 
du roi demeura entière, malgré cette soumission, plus 
apparente que réelle (3). 

Je termine par une observation qui a bien sa valeur 
dans l'espèce. 

Les cinq baronnies du Perche-Gouet (Authon, La Ba- 
soche, Alluyet, Brou, Montmirail) , étaient vassales de 
l'évêché de Chartres, dans toute la rigueur du mot et 
de la chose. L'obligation de porter le nouveau prélat , le 

(i) Voir le texte entier de ces lettres dans les Observations sar THis- 
tolre de Charles VIIT, par Codetroy, p. 428 et suiv. 

(2) Parthéote, première partie, f» 14. H ne faut pas confondre le vont 
qui donna lieu à cette fondation avec celui que le même prince, étant 
plus tard captif en Angleterre (par suite de la bataiiUe d'Azincourt), fit 
à Noire-Seigneur iésus-Clirist, à la Vierge Marie et à la sainte Lanne 
de Vendôme, pour obtenir une prompte délivrance. Louis de BourlMm 
accomplit cet autre vœu en 14i8, après son heureux retour à Vendôme. 
On trouvera dans Piganiol de la Force {Description de ia France^ t. X, 
p. 278 et suiv.) l'explication et le texte enUer de la charte curieuse que 
le prince, redevenu libre, fit expédier, ad perpetuam rei memoriam 

(8) Déclaration du mois d'avril 147S, insérée dans la grande eoUectfon 
des ordonnances, dite du Louvre^ t. XVUI, p. 891. 



XXXIX* SESSION^ A YENDOBOE. 13S 

jour de son entrée solennelle, demeura l'une des preuves 
les plus significatives de l'assujétissement personnel 
des possesseurs de ces terres ôt de leur condition féodale 
d'hommes vraiment liges (1). Les comtes de Vendôme, 
qm relevaient directement de ceux d'Anjou et du Haine, 
oe furent jamais astreints A un pareil devoir; d'où nous 
pouvons conclure qu'ils étaient beaucoup plus indépen- 
dants de la crosse épiscopale. L'évéque n'avait point sur 
ces poissants feudataires les mêmes droits de suzeraineté 
temporelle que sur leurs humbles voisins du Perche. 
Cette race fière et peu endurante eût difficilement subi 
le joug d'une vassalité exigée sans titres sérieux. Sa dé- 
férence pour une autorité vénérable n'allait pas Jusqu'à 
lui sacrifier les prérogatives et les franchises de sa propre 
seigneurie. > 

Â. DUPRÉ. 

A la fin de cette lecture, M. l'abbé Auber dit que si 
quelques possesseurs de petits fiefs, relevant du comté de 
Vendôme, étaient obligés de porter Tévéque de Chartres 
le jour de son sacre, il s'ensuivait seulement que là, 
comme ailleurs, ces personnages étaient, quant à cer- 
tains fiefs, dans la dépendance de l'évéque; que c'était un 
honneur et aussi une charge, et que la preuve s'en trouve 
dans ces deux faits : Plusieurs réclamaient, après la céré- 
monie, une partie de la riche vaisselle du repas épisco- 
pal et d'autres fois nos vieilles chartes ont mentionné des 
procès intentés par des évoques à des seigneurs qui 
avaient refusé de leur rendre ce devoir. 

M. de Dion fait remarquer que cette charge ou cet hon- 
neur était généralement réservé à des sujets de l'évéque, 

(i) ?aHhénie, V partie, P 6S, \«. 



f56 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

qu'ainsi à Paris Tévèque était porté par les seigneurs de 
Hontléry, Corbeil, etc. 

Chose curieuse, ces Gefs avaient été placés sous la dé- 
pendance de révêque avant le développement de la puis* 
sance royale, le roi préférant autour de sa capitale voir, 
comme seigneur de ces châteaux forts , Tévêque que 
de hauts et puissants barons, pouvant lui porter om- 
brage. 

H. de Salies ajoute que les seigneurs qui assistaient 
leur suzerain lors du sacre, en retiraient souvent quel- 
qu'avantage comme dédommagement, et dans Tordre sé- 
culier, il cite le baron de Poncé qui, lors du couronne- 
ment des comtes de Vendôme, conduisait la haquenée 
par la bride et avait ensuite le droit de remmener 
chez lui. 

M. le Secrétaire général ayant indiqué le lieu de réu- 
nion pour la visite du château le lendemain, et invité les 
membres de l'Institut des provinces à se réunir le soir 
même, à 8 heures, la séance est levée à A heures et de- 
mie du soir. 



SÉANCE DU 20 JUIN 1872 , A 8 HEURES DU MATIN. 

Présidenee de M. Vabbé Aubbr, chanoine titulaire , inspecteur division- 
naire de la Société française d'archéologie. 

Siègent au bureau : MM. l'abbé Delaunay, O* de Dé- 
servillers, de Cougny et de Rochambeau. H. de Dion 
remplit les fonctions de secrétaire. 

M. le Président offre à la Bibliothèque de la ville les 
ouvrages suivants, déposés sur le bureau : 



XXXIX* SESSION y A VENDOME. 151 

1* Une notice sur Ronsardj par H. Pornin, proresseur 
de rhétorique ; 

i" Histoire de saint Martin^ abbé de VertoUj etc., 
Paris, Aubry, 1869, par Tabbé Auber. 

Le procès- verbal de troisième séance est lu et adopté. 

H. le Président met en discussion la 29« question : — 
Cause de F accroissement de la maison de Vendôme au 
milieu de voisins si puissants et la 30« : Bataille de Frêle" 
tel. Les Anglais dans le Vendômois à diverses époques. 

Personne ne demandant la parole sur ces questions, 
H. Launay fail une simple remarque sur la bataille de 
Prélevai ; il observe qu*il serait plus exact de dire bataille 
du bois de Fréteval, puisque cette bataille a eu lieu dans 
cette forêt, à huit kilomètres nord-ouest de Prélevai, dans 
00 liea nommé Beifogium, sur la roule de Vendôme à 
Chartres et qui porte encore le nom de Beaufou. Voir 
pour plus amples détails le Bulletin de la Société archéo- 
logique du Vendômois. 

Ou passe à la question 31* : — Des diverses coutumes 
qui régissaient le Vendômois. — Origine de l'appel des 
jagmenls de Vendôme devant la cour de Baugé. 

H. d'Espinay, à propos de cette question, demande si 
le Yendômois était pays de franc-alleu. Lors de la rédac- 
tion des coutumes au xvi* siècle, les conseillers du roi, 
chargés de faire cette compilation, tâchèrent de res- 
treindre le franc-alleu ; un petit nombre de coutumes le 
retinrent seules. Mais plus tard les arrêts du conseil 
d'Etat Grent disparaître le franc-alleu nonobstant les ré*- 
serves des coutumes locales. Nulle terre sans seigneur 
féodal ou censier devint une maxime inflexible , et il n'y 
eut plus de franc-alleu soumis seulement aux impôts gè* 
néraux et aux droits de justice. 



168 CONGRÈS ARCHÂOLOGIQUE DB FRANCE. 

M. de Salies répond que le Vendômois, ayant passé 
sous la dépendance de FAnjou, dut en prendre la cou- 
tume. Il constate combien sont difficiles ces investîga^ 
tiens sur des coutumes que le conseil d'Etat cherchait à 
faire disparailre par son action incessante en faveur de 
Funité de législation. Au xvn« siècle la féodalité n'est 
plus qu'un souvenir. 

M. de Rochambeau lit ensuite un travail de H. Dupré 
sur la 2* partie de la question 31' : 

Origine de Vappel des jugements de Vend&me devant la 
cour de Baugé. 

€ Les comtes de Vendôme, i l'instar des autres sei- 
gneurs, obtinrent ou plutôt s'arrogèrent le droit de justice. 
Ils l'exerçaient déjà au xp siècle, puisqu'il en est parlé dans 
la charte de fondation de l'abbaye de La Trinité, donnée 
en 1040; ce passage mérite d'être transcrit textuellement : 
c Qu5d si forte abbas ejusdem loci adversAs patriœ priU" 
c cipem (1) vel quemlibet suorum hominum habebit que- 
( relam, non in curià comitis, neque in quàlibet alià, ju- 
< dicium cogatur persolvere, sed in curià abbatis, pro di- 
« gnitate loci ac reverentià, querimonia ipsa finiatur (2). n 
Ce texte distingue la justice du comte de celle de l'abbé. 
Cette dernière subsista concurremment avec l'autre, jus- 
qu'à la Révolution ; car nous la trouvons mentionnée dans 
le Calendrier historique de t Orléanais four l'année 1789 
(p. 196). 

Les entreprises ambitieuses de Geoffroy Martel sur le 
comté de Vendôme, dont il fut possesseur, de fait sinon 
de droit, eurent pour résultat de soumettre celle seigneu-- 

(1) Le comte de Vendôme. 

(t) Charte publiée par Launoy^ dans une savante dissertalioii intitU'» 
lée : « Inquisitio in privilégia Yindocinensis monasterii, * l. UI» p. SSi, 
des œuvres complètes du célèbre criUque. 



ZXXIX* SESSION, A VENBOME. 159 

rie ilâ snienineté des comtes d'Anjou. La justice eut le 
mime sort que le fiet, et la législation coutumiëre dériva 
aussi des relations féodales. Voilà pourquoi les appels du 
bailliage seigneurial de Vendôme furent portés au siège 
sopérieur de Baugé, pourquoi aussi les coutumes de TAn- 
joQ régirent le Vendômois, sauf quelques modifications 
locales et partielles (i). En règle générale, les cou* 
tûmes suivirent les bailliageSj qui étaient, à l'origine, des 
circooscriptions féodales. Elles demeurèrent longtemps 
noo écrites et se conservaient par la simple tradition ; 
mais, aux xv« et xyi« siècles, on s'occupa de les ré- 
diger ; cette opération eut lieu par bailliagei ou séné' 
ekauttées (2). Le comte de Vendôme fut appelé, un des 
premiers, à la rédaction officielle et définitive de la cou- 
tume d'Anjou, en 1508. Nous voyons qu'il se fit repré- 
senter, à cette assemblée législative de la province féodale 
et judiciaire, par Jean de Guise, son lieutenant général 
(juge ordinaire de la chàtellenie de Vendôme), et par 
Jean Gilles, son c procureur au bailliage et comté de 
€ Vendôme (3). » 

L'origine des appels de Vendôme à Baugé s'explique 
sufllsamment par les principes de la hiérarchie féodale, 
sans qu'il soit besoin de recourir à des fables. Un de ces 
contes légendaires, dont le peuple est naturellement 

(1) Vendôme même offrait an exemple carieux de ces exceptions ; car 
il rue Bienheuré, fief jadis Biésois, était régie par la coutume de 
Blois, quoique soumise à la juridiction Yendômoise. (Fourré, Commen- 
taire sur les coutumes de Blois, p. 8S. ) 

(i) Termes à peu près synonymes. Le mot sénéchaussée s'appliquait 
nrtout aux provinces du Midi; on remployait aussi dans TAnjou. 

(S) Coutumier général de France, édition de Paris, 1615, in-P», t. II, 
p. 108. — Le duc de Vendôme fut aussi appelé (mais ne comparut point} 
à ia rédaction des coutumes de Blois, < à cause des fiefs qui jadis furent 
• Blésols et à présent sont Yendômois et se régissent par les coutumes 
(b Uèiois. » (Procès-Yerbal de 16S8, donné k la suite du commentaire 
de Fooxfé, p. S60.) 



160 CONGRÈS ARCHÉOIX)GIQUE DE FRANCE. 

avide, s'accrédita dans le pa;s; et le chanoine du Bellay, 
auteur (judicieux pourtant) du Calendrier historique de 
l'église collégiale de Saint-Georges, paraît avoir admis, 
de confiance, cette anecdote apocryphe; je le cite, 
d'après le manuscrit de la Bibliothèque de Blois 
(p.26)(l): 

< Le comte Geoffroy II, surnommé de Preuilly (1085- 
c 1102) eut quelque différend avec Lancelin, de Beaugé, 
(( en d090, jusqu'au point d'en venir aux mains ; en quoy 

< le malheur en voulut à Preuilly ; car il tomba miséra- 
a blement entre les mains de son ennemy, qui le tint 
a long temps prisonnier. Preuilly, ennuyé de sa captivité, 
a fut contrainct de faire accommodement avec Lancelin, 

< que je croy avoir esté frère puisné ou beau-frère de 
€ Preuilly; car j'ay trouvé quelques alliances entre les 
c seigneurs de Yandosme et de Beaugé, environ ce temps- 
c là. Cet accommodement fut autant glorieux à Lancelio 
« que désavantageux à Preuilly ; car il portait qu*au lieu 

< que jusque en temps-là les partages s'estoient faits dans 
( le Yandosmois selon la coutume d'Anjou, où les puisnés 
« n'ont du bien que par usufruict, doresnavant, ils au- 
€ roient le tiers de la succession en propriété. Il fut aussy 
« arresté par le mesme accord que les procès de consé- 
€ quence qui se feroient dans le pays de Yandosmois, se 

< poursuiveroient à Beaugé, et de là vient que, encore à 
(( présent, les cas royaux en matière de procès en ce pays 
( y vont droit à Beaugé. » 

M. de Péligny a fort bien démontré que tout était faux 
dans ce récit (2). Les personnes, les dates et les circons- 
tances sont évidemment supposées. La chronologie et 

(1) Voir mon iravail sur ce manuscrit (ou plutôt sur cette copie), en 
réponse à la 40* question du programme. 

(2) Histoire Archéologique du Vendômois, p. 2S2 et SIS. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 161 

Phistoire contredisent le détail d'une fable ingénieuse 
peut-être, mais pleine d'anachronismes. A la solide réfu-> 
talion du docte archéologue j'ajouterai ce motif péremp- 
toire que Baugé ne fut jamais, ni avant ni après la réu- 
nion de TAnjou à la couronne, sous-inféodé ^ dans le 
véritable sens du mot; sauf quelques concessions momen- 
tanées faites à divers détenteurs, on ne voit pas que la 
ville ni le territoire de Baugé aient été distraits du propre 
domaine des comtes d Anjpu (i). Encore ces investi-- 
tures précaires sont-elles postérieures à Tépoque où 
se seraient passés les faits rapportés par Du Bellay et 
par d'autres écrivains trop crédules. Donc^ pouvons-nous 
en conclure, Baugé n'avait point alors de seigneurs par- 
licoliers, et la base même, sur laquelle repose un fragile 
éciiafaudage, s'écroule au premier coup d'une critique 
sérieuse. 

Le plus ancien jugement que l'on connaisse', dans 
Tordre d'une compétence problématique, fut rendu à 
Baugé, en 1146, sur l'appel d'un abbé de La Trinité; il 
fut prononcé dans la cour du comte d'Anjou , siégeant 
en cette ville (2). La sentence frappée d'appel éma- 
nait de la juridiction du comte de Vendôme (3). 

L'Anjou fut réuni à la couronne en 1203, par suite de 
la félonie de Jean-sans-Terre, dernier comte de la 
maison des Plantagenets. Le siège de Baugé devint alors 



(i) Histoire des villes de France, par Arislide GuiU>ert et autres, t. m, 
p. 491. — Cf. Léopold Delisle, Catalogue des actes de Philippe^ Auguste, 
a«* 997, 1016 et 2167. 

(i) CoUection dom Housseaa, n» 1722, à la Bibliothèque Nationale de 
Paris. 

(3) Sans doute, il ne s'agissait pas, dans l'espëce, d'une poursuite 
tieroée par l'abbé contre un sujet ou vassal du comte de VendOme ; au- 
trement, la cour de ce seigneur eût été incompétente ratiane personœ^ 
MX tenues de la charte de fondation de l'abbaye d-deasus visée. 

11 



t 

3 



162 CONGRÈS ABCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

royal et» comme tel^ put connaître des cas royaux qui sur- 
viendraient dans le territoire vendômois. Cette nouvelle 
attribution restreignit singulièrement les droits de la haute 
justice seigneuriale. Un sait, du reste, combien la doc* 
trine élastique des cas royaux^ développée par les vieux 
légistes, favorisa le rapide accroissement des justices du 
monarque aux dépens de celles des seigneurs. 

Au XVI" siècle, le jurisconsulte Loyseau, bailli de 
Châteaudun, constatait Textension remarquable de ce pri- 
vilège : < Au regard des cas royaux, disait-il, les entre- 
c prises des juges de sa majesté sont fréquentes et en 
a grand nombre; car n'ayant jamais esté spécifiez ni 
€ arrestez nettement par aucune ordonnance, on en a 
« fait une idée de Platon , propre à recevoir toutes for^ 
c mes et un passe partout de pratique, vérifiant le dire du 
c poète : An nescis longas regibus esse manu^ P Aussi vé- 
c ritablement, c'est une bonne couverture que le manteau 
« royal (i). » 

Hâtons-Dous d'ajouter que ces empiétements succes- 
sifs ou plutôt ces reprises légitimes de la justice du roi 
furent un bienfait pour les justiciables... 

Le tribunal particulier qui avait la connaissance exclusive 
des cas royaux, s'appelait juge des exempts, dans cer- 
taines provinces, dans l'Anjou notamment (2). 



(1) De Vabus des Justices de village^ p. 20, col. i (daos l'édition 
la plus complète des œuvres de Loyseau, l.yon, 1701, in-(<>;. Je cite avec 
d'autant plus d'opportunité ce jurisconsulte érudit, qu'il appartenait 4 
DOS contrées, sinon par sa naissance, du moins par ses fonctions judi- 
ciaires. — Une autre lumière de la science législative, M. Pardessus, né 
à Blois, a traité magistralement le même sujet dans son remarquable 
« Essai historique sur l'organisation judiciaire et ladmiulstratiou de la 
c justice en France, depuis Hugues Capet jusqu'à Louis XII > (Introduc- 
Uon au tome XXi des Ordonnances des rois de France, publié par cet 
homme éminent, p. 162 et suiv.). 

(2) De l'abus des Justices de village, p. 20, col. 2. * Trailé d€t 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 163 

Revenons à notre question, et posons d'abord quelques 
principes essentiels dans cette matière ardue. 

Les juges des seigneurs ne statuaient généralement 
qii*à la charge d'appel. Le dernier ressort appartenait 
an roi seul, sauf de rares exceptions. Ecoutons encore, à 
ce SDJet, le docte bailli du comté de Dunois : 

a En France, le dernier ressort de la justice est tel* 
( lement droit de souveraineté, que même en commun 
u langage, il est appelé iouverainelij comme quand es 

< concessions des fiefs ou des apanages, le roy réserve à 

< la couronne la foy et hommage, ressort et souveraineté, 
c La foi et hommage regarde la feudalité et seigneurie 
privée et directe, le ressort et la souveraineté concernent 
( la justice et seigneurie publique et souveraine. Aussy les 
( compagnies des juges qui, sous le nom du roy, jugent 
<i en dernier ressort, sont appelées souveraines (1). » 

Heu fut ainsi, dès la fin du xni* siècle, grâce aux Eta^ 
HUsmenls de saint Louis. Pierre Desfontaines, qui écri- 
Tait alors son célèbre traité de procédure féodale, intitulé 
Conseil, rapporte un exemple significatif de cette hiérar- 
chie judiciaire. 

Le Pontbieu (capitale Abbeville) avait des seigneurs 
particuliers dont la justice ressortissait au siège de Ver- 
mandois, l'un des plus anciens bailliages du domaine 
fojal (2). Le Conseil est précis et affirmatif à cet égard : 
( Por ce que la cort de saint Quentin est du Roi et sont 

< si homes li jugeor, si me demandes si je vi onques 

< d'autnii cort aler à la cort le roi por rapeler jugemant. 

0//ÎCW, par le même, Hvre IV, chap. ix, n» 87, p. Î74, col. « de Tédl- 

«00 prédiée. 

(t) Loyseao, Traité des seigneuries, chap. m, n«* 30 et 81, p. 15, 
col. 1 

(2) I<e Vennandois (chef-lieu Saint- Quentin) fat uni k la couronna 
par PhUippe- Auguste en ilSi, vingt années plus lOt que l'Aigou* 



164 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c Et je te dis que de la cort le conte de Pontif, là où li 

< homes le conte avoient fet jugement, fist on ajorner les 
« homes le conte en la cort le Roi (i). » 

Les appels, il faut le dire, étaient rares à cette époque 
oA les seigneurs faisaient tout leur possible pour entraver 
ce recours à la justice du roi, leur suzerain féodal (2). 

Les grandes seigneuries ressortissaient au parlement 
omisso medio. Vendôme acquit plus tard ce droit de rap- 
pel immédiat; mais jusqu'au iv" siècle, son bailliage 
demeura soumis à la juridiclion intermédiaire de Baugé. 
Toutefois, il j avait exception pour les affaires de grand 
criminel^ c'est-à-dire emportant mutilation de membre 
ou infamie. Dans ces cas d'une gravité majeure, l'appel 
des sentences de la haute justice seigneuriale était dé- 
volu directement au juge souverain, € la cour du parle- 

< ment n'ayant point voulu perdre le droit de ressort 

< immédiat qu'elle avait en ces causes principales (3). > 
Les bailliages royaux ne jugeaient eux-mêmes qu'à 

charge de Tappel au parlement, cour suprême du roi. Un 
savant académicien du siècle dernier l'a démontré dans 
une dissertation lumineuse, que nous recommandons 
aux lecteurs curieux de connaître exactement les rouages 
judiciaires de la vieille France (4). 

Le sénéchal de Baugé, devant lequel se portèrent les 
appels du bailliage de Vendôme était donc, à son tour, 
sujet à l'appel au parlement de Paris; ainsi le voulait une 
organisation compliquée. Cette multiplicité des degrés de 

(i) Nouvelle édition du Conseil de Pierre DesfontaiDes, donnée ea iSiS 
par H. Marnier, p. 304 et 80&. 

(2) Loyseau, De l'abus des Justices de village^ p. 18. 

(3) LoyseaU) Des seigneuries, cbap. vui, n° 51, p. 41, col. 3. 

(4) Mémoire sur Its bailliages royavx^ par l'abbé Berlin, dans le 
Becueil de rAcadémie des InacripUons et Bellea-LeUres, t. XXIV, p. l$ 
et suivantes. 



XXXIX" SESSION, A VEXDOME. 165 

juridiction rendait les procès presque interminables; une 
vie dliomme suffisait à peine pour en voir la fin. Charles 
Lojseau stigmatisait avec raison le vice d*un pareil sys- 
tème. Le caustique bailli de Chàteaudun avait précisément 
soas les yeux, non loin d*ici, un spécimen déplorable de 
cet étal de choses : € Cela, disait-il, est allé presque à l'in- 
€ fini, et il se trouve en plusieurs endroits quatre degrés 
tr de juridiction seigneuriale, en sorte qu'il faut passer 
« par six justices avant qu'avoir arre8t\ comme par 
c exemple, au comté de Dunois, la justice de Rameau 
« ressort à Prépalteau, Prépalteau à Montigny, Montigny 
« à Chasteaudun , Chasleaudun à Blois et Blois au Parle- 
( ment; de cette sorte, les procès vivent el durent autant 
« que les hommes (1). > 

Cet abus a cessé en France ; car aujourd'hui il n'existe 
plus chez nous que deux degrés de juridiction pour les 
matières importantes et un seul pour les petites causes. 
Hais poursuivons notre étude locale. 

L'Anjou fut donné plusieurs fois en apanage à des 
princes du sang royal, notamment à Cliarles, frère de 
saint Louis et à Louis de France, deuxième fils du roi 
Jean. Ces concessions domaniales ne changèrent rien aux 
droits de la justice de Baugé, qui demeura toujours su- 
périeure à celle de Vendôme, soit pour la décision des cas 
royaux en première instance, soit comme tribunal d'ap- 
pel. Les rois capétiens, en constituant les apanages de 
leurs fils puînés, réservèrent leur droit de ressort et sou- 
^aineléy de manière à prévenir le retour des usur- 
pations qui avaient amené le déclin de la seconde racSy sa 
chute et le triomphe de la féodalité. 

Cette réserve fut expressément stipulée dans les lettres 

(1) Diicours de l'abui des Justices de village, p. 8, col. 1. 



166 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

par lesquelles Philippe de Valois donna les comtés d* An- 
jou et du Haine à son fils Jean (1). Ce prince ne les con- 
serva pas longtemps à titre d'apanage, puisque lui-même 
devint roi en 1350 par la mort de son père (2). 

En 1356, le roi Jean disposa des mêmes provinces en 
faveur de son fils puîné Louis de France, à la réserve 
encore des cas royaux pour lesquels il établit certains 
juges des exempts (3). Le comté d'Anjou fut érigé en 
duché pour ce prince et ses successeurs. Cette seconde 
maison d'Anjou le posséda héréditairement de 1 356 à 1481 . 
Je présume, sans pouvoir le garantir, que, pendant cette 
période, les cas royaux et les appels du Yendômois furent 
portés à la juridiction des exempts et non devant le séné- 
chal de Baugé qui n'était plus alors un juge du roi. 

Pareille chose arriva dans une province voisine, lorsque 
Philippe de Valois eut donné en apanage le duché d*Or- 
léans à son second fils nomméPhilippe. Les cas royaux et 
les appels du comté de Blois, qui avaient appartenu jusque 
là au bailli d'Orléans, furent attribués à celui de Chartres, 
par la raison bien simple que le premier cessait d'être un 
juge royal, en passant sous le pouvoir d'un prince apana- 
giste, tandis que l'autre siège était devenu royal depuis 
1286; cette année-là, en effet, Jeanne de Châtillon, com- 
tesse de Blois et de Chartres, vendit le comté de Chartres 
au roi Philippe le Bel, qui le réunit à la couronne et lui 
conféra ainsi les privilèges de la justice royale (4). Deux 

(1) Ces lettres, peu connues, se trouvent in extenso dans le SpicUége 
de dom d'Achery, t. IH, p. 717 deVédition in-f> ; elles sont datées du 17 
février 1331. 

(2) Art de vérifier les dates, t. II, p. 858. 

(3) Traité du Domaine, par Chopin, livre I, Utre 5, n° 2i et livre II, 
titre 6, n^ 2. — Cf. Palu, en sa préface sur la Coutume de Tours et 
Fourré, Commentaire sur les coutumes de Blois, p. Si et 32. 

(4 L'abbé Bordas, Histoire du comté de Dunois, p. 197. — Cf. Féli- 
bien, Histoire de Paris, t. Ul, p. 231 {Preuves). 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 467 

ordonnances de Charles V, nevea de ce duc d'Orléans, 
défendirent celte attribution légale contre les entreprises 
des juges et des officiers de l'apanage, qui prétendaient 
retenir la connaissance des cas royaux et des appels dans 
le territoire du comté, bailliage de Blois (1). Les mêmes 
principes trouvèrent sans doute leur application dans 
l'Aojou, le tiaine et le Yendômois ; on peut, du moins, 
raisonner ici par analogie. 

Louis XI réunit définitivement TÂnjou à la couronne, 
en 1481. Cette réversion dernière confirma, en les renou-. 
vêlant, les anciennes prérogatives de la sénéchaussée de 
Baugé, redevenue alors justice royale, comme elle l'était 
auparavant; aussi voyons-nous en 1504, l'abbé et les reli«- 
gieux de la Trinité produire < devant Jacques de Mon- 
€ torlier, licencié ès-iois, lieutenant à Beaugé, de mon- 
c sieur le juge ordinaire d'Anjou » la déclaration de 
leurs biens situés dans le territoire des duchés d'Anjou 
et comté de Vendôme; c lesquelles choses ils déclarent 
c tenir sous la défense, garde et ressort du roi notre 
€ sire, à cause de son duché d'Anjou, ressort et souve- 
€ raineté (2) . > 

L'érection du comté de Vendôme en duché-pairie (par 
lettres'patentes de François I*', du mois de février 1515), 
apporta un grand changement aux relations féodales et 
judiciaires de ce pays avec l'Anjou et le Maine, ou plutôt 
avec la royauté qui avait absorbé ces deux provinces.* 

(1) Ordoimaiices des rois de France, t. lY, p. 536, et t. Y, p. 10 de 
la grande coUecUon dite du Louvre, 

(2) Aveu du 20 mai 1504, relaté dans un inventaire des titres de La 
Trinité, inventaire dont une copie existe aux Archives départementales 
^ Loir-et-Cher. — Pour comprendre ceci, il fout se rappeler que les 
comtes d'Anjou s'étaient réservé la garde de l'abbaye, par les titres 
iDémes de fondations, et que ce droit passa aux rois de France, leurs sac- 
oesaears. 



168 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Voici, en effet, quels étaient, d'après Loyseau, les prin- 
cipes et les usages suivis en pareil cas (1) : 

< Lorsqu'une terre a été érigée en pairie, elle est dis- 
c traite et démembrée, pour l'avenir, de son ancienne 
c tenure, et devient fief immédiat de la couronne. D'où 
c résulte une autre prérogative, à savoir que les appella- 
c tiens des justices des pairs ressortissent nuement en la 
€ cour; sans passer par les baillis et sénéchaux des pro- 
€ vinces. » 

En conséquence de ce nouvel ordre de choses, les 
appellations de la justice ducale de Vendôme furent por- 
tées omisso medio au parlement de Paris. Les officiers de 
Baugé gardèrent néanmoins la connaissance des cas 
royaux dans tout l'ancien comté, attendu que le siège de 
Vendôme, malgré l'élévation de cette seigneurie au rang 
de duché, demeurait toujours une justice seigneuriale, 
incompétente pour ces cas privilégiés. D'ailleurs les 
lettres d'institution de la duché-pairie en contenaient la ré- 
serve expresse au profit des juges du roi {%). Les appels 
de plusieurs justices inférieures, notamment de celles de 
Hontoire et de Saiut-Calais, furent attribués à la justice 
ducale. 

Quant au droit de ressort du sénéchal de Baugé, il fut 
réduit aux appellations des justices qui dépendaient de 
l'abbaye de La Trinité (3). 

L'institution des Grands jours , dont je parlerai plus 
loin, date de la même époque et se rattache aux mêmes 
principes. 

{!) Des seigneuries, chap. vi, n»* 55 et 56, p. 33. 

(S) Voir le texte de ces lettres-patentes dans l'Histoire des grandi 
officiers de la couronne, du père Anselme, t. III, p. 466 et suiv. 

(3) < Briève NoUce de la province d'Anjou, » à la suite du Commen- 
taire de Dttpineau et Poopi^t de Livonnière sur les coutumes d'Anjou, 
1. 1, p. 1715. 



Is 



XXXIX® SESSION, Â VENDOME. * 169 

Le duché de Vendôme, momentanément réani à la cou* 
ronne, sur la tête d'Henri IV (de 1589 à 1598), fut bien- 
tôt recoaslitué en faveur de César, son Gis légitimé. Le 
deroier rejeton mâle de ce prince étant mort en 1712, le 
duché fut réuni au domaine royal pour n'en plus sortir. 
Ce retour définitif amena un dernier changement dans 
l*o^nisation judiciaire du pays. Par l'édit mémorable du 
mois de novembre 1713, Louis XIV érigea la justice sel* 
gneuriale de Vendôme en bailliage royal; en outre, il 
établit deux sièges secondaires, royaux aussi, l'un à Mon- 
loire, Tautre à Saint-Calais, subordonnés tous deux au 
siège principal de Vendôme, devant lequel on appelle- 
rait de leur sentence, tandis que les appellations du siège 
principal continueraient d'être portées omisso medio au 
parlement de Paris. 

( Le même édit attribuait au bailliage de Vendôme l'ap- 

< pel des jugements rendus par les officiers des juridic- 

< lions subalternes qui dépendaient de l'abbaye de la Tri- 
c uilé, de celle de Saint-Calais et du prieuré de Lancé. Il 

< donnait encore au même bailliage l'appel des autres ju- 
( ridictions seigneuriales et patrimoniales, situées dans le 
( haut et le bas Vendômois, lesquelles, à cet effet, furent 

< distraites des ressorts et sénéchaussées royales dont 

< elles dépendaient auparavant; en sorte que, depuis cet 

< édit, les officiers de Baugé ont perdu tout ce qui leur 
( restait de juridiction dans le Vendômois (1). » 

Cette organisation, moins compliquée que les précé- 
dents rouages, subsista jusqu'à la Révolution. 
En 1789, le bailliage de Vendôme se composait des 



(1) Briève Notice, loco citato. — Cf. Description de la France par 
^miol de la Force, 3« édilion, l. X, p. 168, où Ton trouve des rensei- 
Si^obeato précis sur les difiërentes juridictions du Vendômois. 



170 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

officiers dont les noros suivent (Calendrier historique de 
rOrléanais, p. 195 et 196) : 

H. le vicomte de Rochambeau, grand bailli d*ipie. 
H. de Trémault, lieutenant général. 
H. Liger de Chauvigny, lieutenant particulier. 
H. Jacquinet, lieutenant assesseur. 
HH. Vourgère, Bûcheron de Boisrichard et Godineau 
père, conseillers. 
Godineau de la Bretonnerie, avocat du roi* 
Godineau de TEpau, procuretêr du roi. 
Breton, greffier. 
Deschamps, substitut de MM. les gens du roi. 

Où sont maintenant les minutes du greffe de ce bail- 
liage et celles des justices inférieures? Les a-t-on même 
conservées quelque part? Je Tignore... Si je les avais 
eues à ma disposition, j'aurais pu traiter moins superfî- 
ciellement une question difficile. Le Congrès archéolo- 
gique, en agréant cet aperçu, voudra bien avoir égard à 
la pénurie de documents spéciaux, qui ne m'a guère per- 
mis de faire mieux. 

A. D. 

Personne ne demandant la parole sur les questions : 

Si. Des justices seigneuriales du Vendômois; 

33. Causes de la fondation de f abbaye de Vendôme. — 
Légende qui s'y rattache; 

34. Des diverses chartes de fondation de Vabbaye. — 
Expliquer cette pluralité. — Des différentes éditions ou 
copies qui en existent ; 

35. Des cartulaires de La Trinité : Historique, im- 
portance, opportunité d'une publication ; 



XXXIX* SESSION, A VENBOBIE. 171 

le Président met en discussion la 36« question : — 
Appricialion de F abbé Geoffroy diaprés ses lettres. 

M. de Rochambeau lit le travail suivant dans lequel 
H. Dupré étudie les lettres de Tabbé Geoffroy, dans ce 
qu'elles ont de relatif au Yendômois, 



itade locale mrnr les lettres de Geoffroj» 5< abbé 
de lia Trinité de TeBdôme. 

Ce personnage, mort en 1132, fui une des lumières de 
son siècle, une des gloires de Tordre de Saint -Benoit, et 
Dous pouvons ajouter, une des célébrités du pays Yendô- 
mois. Ses lettres, ses sermons et ses ouvrages de doc- 
trine catholique l'ont classé parmi les meilleurs écrivains 
de l'époque. Ses lettres surtout méritent d'être étudiées, 
comme peinture vive et fidèle des mœurs du moyen âge, 
comme reflet curieux d'une société bien différente de la 
nôtre. Déjà, je dois le dire, elles ont fait l'objet de tra- 
vaux consciencieux, que je n'ai pas la prétention de re- 
commencer. Les Bénédictins, par exemple, les ont ana- 
lysées avec leur exactitude et leur précision ordinaires (1). 
Ces résumés substantiels peuvent , jusqu'à un certain 
point, tenir lieu du texte même ; ils donnent au moins 
' une idée suffisante du caractère de l'auteur, de sa vie ac- 
tive, de ses relations avec ses contemporains. Toutefois, 
il est un point de vue spécial que nos illustres et labo- 
rieux devanciers semblent nous avoir réservé. Dans leurs 
préoccupations plus élevées, les Bénédictins négligent 
l'intérêt local et personnel d'un recueil épistolaire où les 

(1) Histoire Uttéraire de b France, t. XI, p. 180 et suit. — Biblio- 
tbèque des écrivains ecclésastiques, par dom CeiUier, t. XXI, p. W 
eCsoiv. 



172 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

grandes questions de théologie^ de spiritualité, de droit 
canonique, occupent une place considérable. Laissant de 
côté ces matières générales, épuisées par d'autres plus 
compétents, je m'appliquerai à rechercher dans les 
lettres de Geoffroy, d'abord quelques faits d'histoire locale, 
rapidement indiqués çà et là, puis les détails de vie pri- 
vée qui personnifient l'écrivain lui-même et contribuent 
à l'originalité de sa figure accentuée. Ces particularités 
secondaires^ peu remarquées et presque perdues au mi- 
lieu de choses beaucoup plus importantes, offriront peut- 
être un nouvel attrait aux lecteurs vendômois, charmés 
de retrouver dans la correspondance familière d'un quasi- 
compalriole (1), les souvenirs de leur passé et les vieilles 
mœurs du pays. 

Dans cette élude ainsi restreinte, je suivrai simplement 
l'ordre des lettres, distribuées en cinq livres, par le 
père jésuite Sirmond, éditeur soigneux des œuvres du 
docte abbé (2). 

LIVRE PREMIER. 

Geoffroy montre un zèle parfois excessif et amer pour 
les intérêts de son abbaye de La Trinité. On le voit sou- 
vent réclamer la protection du Saint-Siège contre ceux 
qui attaquaient les privilèges de ce monastère, pillaient 
ou détenaient injustement ses possessions trop enviées. 
Il ne ménage pas les auteurs de ces violences, malgré la 
noblesse de leur extraction et malgré les liens de parenté 
qui le rattachaient personnellement aux coupables ; car il 



(t) Geoffroy était originaire de l'Anjoa ; mais il passa une grande partie 
de sa vie à Vendôme. 

(S) Bibliothèque des Pères, édit. de Lyon, t. XXI» p. 4 et suiv. 



ZXXIX* SESSION, A VENBOBfE. 173 

rencontrait de tels hommes autour de lui et dans sa propre 
famille (1). 

La lettre m est adressée au pape Pascal II, que Geoffroy 
reçut à Vendôme ; il se plaint des procédés iniques d'une 
comtesse de cette seigneurie, sans la nommer. Il accuse 
aussi révêque du Hans de retenir induement auprès de 
lui un religieux de La Trinité, habile dans Tart de bâtir, 
et qui s'était échappé de son couvent, au mépris de la 
règle ; à ce propos, le disert abbé joue agréablement sur 
le mot latin ccementarius^ employé pour désigner le mé- 
tier du fugitif et sur le ciment de la charité qui manquait 
à ce moine indocile (2). On voit par là que les enfants 
de saint Benoît se livraient alors aux travaux manuels 
et qu'ils avaient parmi eux des ouvriers en divers 
genres. 

Dans la lettre lY, adressée au même pape, Geoffroy 
dénonce les vexations de l' évoque diocésain de Chartres, 
et prend, contre ce pontife hostile, la défense de sa chère 
communauté. Ici, comme ailleurs, il s'excuse, par des 
moti& de santé et par ses grandes occupations d'abbé, de 
ne pouvoir se rendre à Rome auprès du saint père (3). 

La lettre VIII concerne un différend survenu entre les 
Bénédictins de Vendôme et ceux d'Angers. Geoffroy fait 
l'éloge des premiers au détriment moral de leurs adver- 
saires; suivant lui, le monastère de La Trinité avait rendu 
beaucoup plus de services que l'abbaye angevine au Saint- 



(1) SoBt enim in partibus nostris quidam satis nobiles génère, sed 
Aulthm ignobiles actione) mihi quidem came propinqui, at moribus et 
viU loDginqui. (LeUre 2, écrite au pape Pascal 11.) 

(2) Ipse etiam quecdam moDacbum nostnim fugiUvum, cœmeDtarium 
quidem, non tamen babeutem caritatU ccemeuturo, quo vivo lapidi Christo 
jungator, nobis reclamaolibus, ob utHitaUm suâe arlis, delinet. 

(3> Infinnitate et mulUplici iQonaftt«*rii nostri necesûtate detentus ve- 
nire non potul. 



174 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Siège, dont il relevait immédiatement (en vertu d'un pri- 
vilège tout spécial) ; ses prédécesseurs et lui-même ont 
toujours bien servi Téglise Romaine, et lui ont témoigné 
constamment un parfait dévouement, tandis que Tintérêt 
seul semblait avoir été le mobile ordinaire des moines de 
Saint-Aubin d*Angers (i). La comparaison, il faut Ta- 
vouer, est peu flatteuse et encore moins charitable. L'abbé 
de Vendôme rappelle, en même temps, la peine qu'il 
s'était donnée et les sacrifices qu'il avait imposés à sa mai- 
son pour soutenir le pape Urbain II contre l'antipape 
Guibert, ses voyages à Rome, les secours en argent^ en 
mules et en chevaux, fournis au pape légitime par ses 
fidèles serviteurs de Vendôme, secours hors de propor- 
tion avec les ressources réelles d'une abbaye pauvre, dit 
Geoffroy (2). 

Dans la lettre XII, il se plaint au pape Calixte II des 
voies de fait que Nivelon et Archambauld, seigneurs voi- 
sins, avaient commises contre le monastère de Vendôme, 
placé sous la dépendance et la protection directe du Saint- 
Siège, alodio beati Pétri et ejus patrocinio. Déjà ces im- 
pies, ces sacrilèges, comme il les appelle, avaient en- 
couru l'excommunication de l'évêque de Chartres. U 
parle aussi d'un certain moine de Rome, nommé Ar- 
mann, que lui-même avait obligé, dans une circonstance 
critique, en considération de Calixte. Ce pauvre religieux, 

(1) MonaBterium SancU Albini sanctse Roman» ecdesie nimqoam aer** 
irivit Tel serviet, niai pro sua tantum necessitate ; monasteriam vero nos» 
trum ita beati Pétri est proprium^ quôd ab ipsis fundatoribus aoia alo- 
dium ei daiiun extitit et patrîmonium. Âb ipso noBtne congregaiionis 
initio, priedeceflsores uostri sanctae Romanae Ecclesiae opti m% senieruiit, 
et nemo illorum meliiu quàm ego. 

(2) Licet locns noster panper esset, Romam tamen Teni, nfim peraecn* 
tionum et laborum volena ease parUceps, ei suam, pro poase meo, den« 

derana snpplere inopiam Ibi aunim et argentum, nummos, molos et 

equos expendi. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 175 

voyageant auprès de Tours, avait élé, pendant une nuit, 
dépouillé de ses vêtements par des voleurs. (Cette mésa- 
venture prouve le peu de sûreté des chemins, même aux 
abords des villes, en ces temps ou la police était nulle et 
où les moyens de surveillance manquaient complètement.) 
Le charitable abhé, touché du triste état de nudité de ce 
malheureux, lui avait donné, non pas senlement la moitié 
de son manteau, comme autrefois saint Martin au men- 
diant miraculeux d*Âmiens, mais une pelisse et un habit 
entier ; il avait voulu ainsi témoigner sa vive dilection 
an pape Calixte, son père spirituel (1). 

Dans la lettre XIII, il annonce au même pape son pro-* 
chain voyage à Rome, en compagnie du comte de Yen- 
dôme, lequel se rendait à Jérusalem. Geoffroy avait 
d'abord délégué à Rome un ecclésiastique, pour traiter 
quelques affaires de la communauté, cet envoyé était re- 
venu, porteur d'un ordre du saint père, qui mandait im- 
médiatement Tabbé de Vendôme. Celui-ci s'excuse de 
ne s'être pas mis plus tôt en route ; mais il n'avait pu 
jusque-là trouver une escorte sûre ; et d'ailleurs, il crai- 
gnait de s'exposer aux chaleurs mortelles de l'Italie, pen- 
dant la saison d'été; car, dit-il, N.-S. Jésus-Christ nous 
ordonne bien de porter notre croix, mais non pas de 
chercher volontairement notre tombeau (2). Ensuite il 



(i) Armanno monacho, Romœ, pro tul amore, benë servivi^ et ctun 
apod Turonam nocte nadatus esset à faribus, non dimidiam vestem, ut 
beatos BJariinus, sed grisiam peUiceam atque grisiam vestem obluli patri 
fneo quem oimiâ charitate semper dilexi et diligo. 

(i) Clericas quem ad vos misi, ad me rediit, qui, ex parte bonitaUs 
vestne, mihi nuntiavit ut cum comité Vindocinense, qui iturus est Jero- 

Mlem, venirem Romam Veniam itaque, Deo auxûiante, cum comité 

iilo, «eut praecepistis, et autè, si polero Nunc utique venissem, sed 

Bodetatem invenire non potui securam, et mortiferos Italie calores time^ 
bam. Bajulare quklem Cbristus crucem jubet, non quaerere sepul'* 
toran. 



176 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

8*applau(lit des accroissements qu'il a procurés au monas- 
tère de Vendôme, du bon ordre qu'il y a établi, et se 
flatte d'avoir plus fait pour la prospérité de cette maison 
que les fondateurs eux-mêmes ; il prend ses envieux à 
témoin de ce que l'on ne saurait, d'une mer à Vautre^ 
trouver une communauté mieux réglée (1). La modestie 
n'était pas, on le voit, la vertu dominante du zélé person- 
nage ; les éloges qu'il se décerne volontiers à lui-même 
paraissent bien éloignés de l'humilité chrétienne, dont il 
recommandait aux autres le précepte rigoureux. 

Dans la lettre XY, il se plaint au pape Honorius II des 
torts et des injustices de l'évêque d'Angers envers le 
couvent de La Trinité; cependant, ajoute-t-il, les prélats 
se faisaient naguères un devoir de l'honorer et de la dé- 
fendre, par respect pour l'Eglise romaine dont cette mai- 
son religieuse relève directement à titre de franc^alUUj 
expression remarquable et souvent répétée par Geoffroy, 
tout fier des prérogatives de sa noble abbaye (2). 

La lettre XVIII, écrite au cardinal Conon, évêque de 
Preneste et légat de Pascal II, constate que ce pape, alors 
régnant, et son prédécesseur Urbain II, étaient demeurés 
onze jours dans le monastère de Vendôme (3j. La même 
épitre dénonce les voies de fait et les spoliations exercées 
contre cette abbaye par deux seigneurs du voisinage, 
Pierre de Moutoire et Maurice Rotumard. Indigné de ces 
actes odieux, Geoffroy appelle, sur la tète des coupables, 

(1) i£mulantur nos multi ; sed non Dei smulatione, nullus tamen di-> 
cet xmulorum quod à mari usque ad mare monasterium melius ordina- 
tum sit qu^m nostrnm ; quod, nostro tempore, per Dei gratiam ampUUs 
crevit quàm priùs devolio fundatorum ei conlulit. 

(2) Monasterium no!»lrum alodium Romauae ecclesise, pro cujus amore 
el timoré ei honorera et reverentiam olim episcopi et arcbiepiacopi defe- 
febant. 

(3) In ecdesi noitrà, ubi, suâe caritatis graliâ, per undecim diet 
tnansenint. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBfE. 177 

les foadres du Saint-Siège (1). Dans ces temps de foi, 
on ne connaissait pas de moyen plus énergique , ni 
plus efficace, pour réprimer les abus de la force 
brutale. 

La lettre XXVI, à^un autre légat de Rome , Girard , 
évêque d'Ângoulème, formule de pareilles plaintes à l'en- 
droit de Pierre de Hontcontour, qui avait audacieusement 
détroussé plusieurs moines de La Trinité, comme un vé- 
ritable voleur de grand chemin (2). Ces actes de brigan- 
dage n'étaient pas rares dans le monde féodal du xi* 
siècle ; car la cupidité, la violence, voir même la scélé- 
ratesse et le guet-apens se mêlaient volontiers alors au cou- 
rage et aux sentiments chevaleresques. La crainte 
d'éprouver pareille mésaventure, vu le peu de sûreté des 
routes à cette époque, empêchait Geoffroy de se rendre 
auprès du légat, comme il l'eût désiré. Ce motif trop 
fondé lui interdisait également d'aller visiter les domaines 
que son abbaye possédait en Poitou ; il redoutait aussi les 
embûches d'une femme vindicative qu'il signale sans la 
nommer (3) ; peut-être voulait-il parler de la comtesse 
de Vendôme dont plusieurs passages de ses lettres accu- 
sent les mauvaises dispositions, les procédés injustes et 
les sévices graves à l'égard de Tabbé et des religieux de 
cette ville. 
Dans la lettre XXVII, écrite au même évéque-légat, 



(i) NoTeriUs Petrum de Monte aureo quoddam cœmeterium noetrom 
violenter infregisse duasque villas nostras, rébus omnibus ablatis, pœnë 
pcnittis destruiisse. Mauricius iterum Rotomardus unam ecclesiam et ter- 
ram ad banc nostram ecclesiam pertinentem injuste possidet, quam nobis 
abatalit. 

(2) Qui fratres nostfos k monasterio revertentes cepit et equos et quîd- 
quid habebant eis abstulit vehemeuter. 

(9) ... Praetereâi, sexum fœmineum, quem etiam amicis novimus ini' 
micum^inimicari nobis et in itinere insidiari verâ relatione didicimus. 

12 



178 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Geoffroy annonce qu'il envoie au pape un de ses religieux, 
porteur d'offrandes pieuses (1). 

La XXIX* était destinée à Umbauld, archevêque de 
Lyon, qui avait invité notre abbé à un concile provincial. 
Geoffroy lui répond, qu'en vertu d'un privilège octroyé par 
les souverains pontifes aux abbés de Vendôme, il ne peut 
ni ne doit assister à une réunion de ce genre, convoquée 
par un évêque, par un métropolitain,' ni même par un 
légat du Saint-Siège (2). C'est ainsi qu'il se montra tou- 
jours inflexible sur les droits et les prérogatives de sa di- 
gnité abbatiale. 

LIVRE n. 

Ce livre renferme trente-deux lettres : dix-neuf sont 
adressées à saint Yves, l'illustre évéque de Chartres, et 
treize à Geoffroy son successeur. Notre abbé y défend avec 
respect, mais fermeté, les privilèges du monastère de Yen- 
dôme contre les prétentions et les envahissements de l'au- 
torité diocésaine. Il ne ménage pas le chapitre de la 
cathédrale, avec lequel lui-même eut maille à partir, et 
reproche ironiquement aux chanoines, ses adversaires, 
d'avoir changé en orgueil l'humilité de la sainte Vierge, 
patronne de leur vénérable église (3). 

La lettre XVI renferme un violent réquisitoire contre 
Geoffroy Grisegonelle, comte de Vendôme ; l'abbé de La 
Trinité presse l'évéque de Chartres de mettre le pays 
vendômois en interdit, afin de soulever le peuple contre 

(Ij Fratrem Paganum Alerici ad domiDum pipam mitto, qaxdaiii 
ei pietatU nostrae signa ferentem. 

(3) Interdictum fait ne alodiarios beaU Pétri, abbas Vindocinensis 

ad conciUum vocetur, nec uUo modo venire cogatur. 

(3) Clericoa vestroa qaos hnmilitas Beats Marias fecit snperboi. 



XXXIX» SESSION, A VENDOME. 179 

un impie, coupable d'avoir attenté aux droits du monas- 
tère (1). Ce moyen de venger l'injure faite à une maison 
religieuse, rentrait dans les idées et dans les mœurs de 
répoque. Yves obtempéra, mais non sans peine, à cette 
demande. L'interdit qu'il avait lancé sur les terres du 
comte donna lieu à de nouvelles difficultés; l'abbé Geof* 
froy se plaignit, par exemple, qu'au mépris de la sen- 
tence épiscopale, le chapitre de l'église collégiale de 
Saint-Georges, attenante au manoir de Vendôme et pla- 
cée sous la dépendance d'un seigneur frappé d'excom- 
mnnication, eût osé célébrer solennellement une fête 
dans l'église de Saint-Pierre-La Motte (2) ; qu'en outre, 
certains ecclésiastiques du château eussent enterré un 
bourgeois de la ville avec les cérémonies extérieures usi- 
tées en pareil cas ; n'était-ce pas (dit-il) vouloir ensevelir 
la justice en même temps que le corps du défunt (3) ? 
Ces sortes de jeux de mots et d'antithèses reviennent fré- 
quemment sous la plume de Geoffroy, qui se laissait aller 
au courant inévitable du bel esprit d'alors. 

Dans la lettre XYUI, il rend compte de l'un de ses 
deux voyages à Rome et de son retour à Lyon, où l'ar- 
chevêque le reçut courtoisement lui et toute sa suite^ 



(1] ToUun flciUcet comitatum à divims ofBciis segregant ut uni-> 

versa plebs, quae nostram injuriam et ejiis maliliam non ignorât^ hioc 
oecasione accepta, in eum proclamaret. 

(2) Celte petite église, qoi était située dans l'intérieur de la viUe, ap^ 
t»artenait alors à la collégiale de Saint-Georges. (L'abbé Simon, Histoire 
de Vendôme, t. 111, p. 80 et suiv.) 

(3) Noverit, carissime, vestra dilectio in caslro Vindocâni regulares 
B. Georgii canonicos, in ecclesià beaU Pétri, aperUs jaunis, contra inter- 
dictom vestrum solemniter festivitatem célébrasse, aliosque ejusdem cas- 
teUi dericos quemdam burgensem defunetum, et cum defunctojustitiam 
quasi defunctatn sepelienies, publicis prooessionibus sepulturae tradi' 
disse. (On voit par ce passage que les cérémonies extérieures de la se- 
pnltore ecclésiastique étaient déjà en usage à cette époque.) 



180 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

nombreuse sans doute (1] ; car les abbés de ce temps, et 
surtout celui de Vendôme, avaient coutume de se faireac- 
compagner eu véritables princes ; dans les circonstances 
d^apparaty ils oubliaient Thumilité du cloître, pour dé- 
ployer le faste des seigneurs temporels. 

Dans celle même lellre, Geoffroy demande une entrevue 
à son évéque diocésain; il désirerait que celui-ci vînt le 
trouver; il consentira néanmoins à se rendre en personne 
auprès d*Yves, si le prélat veut bien lui garantir qu'il ne 
sera pas attaqué en route. On s'étonne qu*un personnage 
aussi remuant, habitué à faire le grand voyage de Rome, 
hésitât sérieusement à parcourir un intervalle de vingl 
lieues à peine (distance de Vendôme à Chartres). Toutefois, 
ses craintes paraissaient fondées, puisque le chemin élail 
infesté de brigands, et que Tabbé de Vendôme avail fait 
personnellement l'expérience du danger de cette route, 
en revenant de la cour épiscopale (2). Cette agression 
récente ne pouvait-elle pas se renouveler? 

Par la même occasion, Geoll'roy se plaint des procédés 
iniques d'une comtesse de Vendôme (3). < Lorsque, dit-il, 
€ j'étais en Anjou pour les affaires de mon abbaye, elle 
< nous a enlevé un domaine dont nous avions joui en paix 
« jusque-là; de plus, elle a fait brûler des écorces d'arbres 
c que nos sujets avaient coutume de ramasser pour leur 
c usage (4). » 11 se plaint également de l'égoïsme d'un 

(1) Româ ciim rediissem et Lugduni à domno prima tu Lugdanensi et a 
totft ecclesiâ ejus roullbm bonorilicc susceplus et, per quinque dies, cuid 
omoi comilalu noslro diligenler procuralus fuissem. 

(2) Conduclum lamen, si vulliâ, ut ego veiiiam, mibi quxrelis secU' 
rum, quia sacrilegos qui me, iu advenlu Domiui, à curià vesirà rêver- 
tentem cœperuut, adhùc el merilù bal)es suspectos. 

(8) hupUrouie, femme du comte Geoll'roy de Preuilly. 

(4) Coriicem etiam arborum quam ad usus suos homines nostri coUe- 
gérant sicUt diU consueverunt, cremari fecit. (Peut-être ces écorces ser- 
vaient-elles à la tannerie, genre d^industrie qui prospérait autretois ^ 
Yeaddme.) 



XXXIX* SESSION, À VENDOME. 181 

archidiacre, trop jaloux de ses intérêts temporels et trop 
soigneux tamener Veau à son propre moulin (1). On 
voit que ce proverbe, si usité encore de nos jours, n'est 
pas nouveau. 

La lettre XXI accuse Robert de Mont-Louis ou Mont^ 
Louiy en Touraine, d*avoir extorqué aux moines de La 
Trinité une somme de 100 sous et de l'avoir dépensée, à 
Vendôme même, d'une façon peu honorable ; le facétieux 
abbé joue, en passant, sur le nom de ce vaurien (2). 

Dans la lettre XXII, il accuse auprès de l'évêque Geof- 
froy, successeur d'Yves, les moines de Marmoulier, or- 
gueilleux et ricbes, autant que leur patriarche saint 
Martin fut humble et pauvre. Ici encore, l'arme de l'iro- 
nie est maniée assez adroitement (3). L'écrivain excel- 
lait dans le style incisif, ses traits mordants n'épargnaient 
pas les puissances du siècle, et visaient droit aux plus 
superbes têtes. 

La lettre XXIII dénonce au même prélat les violences 
d'Crsion de Prélevai et de Péan (ou Payen), frère de 
Nivelon ; ces deux seigneurs vendômois en voulaient aux 
biens du couvent de La Trinité: l'un avait détourné à son 
profil mille brebis et qualorze bœufs; l'autre avait incen- 
dié les moulins du prieuré de Pezou (4). L'Eglise se 
voyait ainsi en butte aux brigandages d'une féodalité au- 
dacieuse et rapace. 

Dans la lettre XXTV, la solennité locale de saint Biéy 

[)) Aquam satif prtidenfer conducii ad suum molendinum. 

(2) Robertns de Hâonte'Laudato, non laudandus, centum solidos 

malè acceplos Vindocini pejtiB expendit. 

(3) De Bfonacbis Majoris^ ut dicitur monasterii, quos beati Martini 
bamUitas superbes et ejus paupertas pecuniosos facit, saepiiis conquesti, 
adhoc coDquerimur. 

(i) Quorum nous, ursio scilicet, post multa alia mala quae jàm oobis 
fedt, mille oves et quataordecim boves nobis abstulit ; Paganus verô mo- 
leodina nostra quae apud Pisostom habebaraus igné concremavit 



182 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

OU Bienheuré de Vendôme est marquée comme l'époque 
précise à laquelle Geoffroy devra plaider ou transiger 
avec la comtesse Euphronie sur certaines questions en 
litige (1); Tévéque de Chartres leur avait assigné ce 
terme, car les fêles chrétiennes servirent longtemps à 
double fln : la piété d'abord, puis l'intérêt purement ter- 
restre, se rattachaient aux jours de l'année liturgique, 
comme à des points de repère, échelonnés de distance 
en dislance sur le chemin de la vie chrétienne. 

Les violences et les rapines des moines de Harmoutier 
provoquèrent de nouvelles plaintes de la part de ceux de 
Vendôme, leurs voisins de propriétés ; malgré l'interdit 
de l'évêque de Chartres, ces confrères, avides et méchants, 
s'armaient de glaives et de bâtons pour envahir une dfme 
de La Trinité (2). 

Dans la lettre XXX, l'abhé prend directement l'évêque 
à partie, et lui reproche un déni de justice : autrefois, 
dit-il, l'église de Chartres s'empressait de réprimer et de 
châtier les spoliateurs du monastère ; tandis qu*aujour- 
d'hui on nous dérobe impunément 200 livres d'argenÊ^ 
sans compter la perle de possessions et de redevances 
considérables (3). Geoffroy trouve ici l'occasion de rap- 
peler qu'il a reçu, à Rome même, l'ordre de la prêtrise, 
et de louer lui-même son désintéressement sacerdotal ; 

(1) iDter me et illam aut placitandi aut coDoordiam faciendi respectom 
usque ad fe^Uvitatem sancU Beat! accepistis. 

(2) Qui sagittis rapinae et uecularis violentiae in nos assidue jaculan- 

tur Decimam, contre interdictum vesirum, cum gladiis et fuatU)Ui 

nobis auferunt. 

(3) Olira Carnotensis ecclesia, boves et oves vel qufiecumque ecclesia- 
nim praedia si caperentur, reddi aut recredi faciebat, aut staUm in rapi- 

narum auctores ultionein ecclesiasticam exercebat Ducentas libra- 

tas, prœter amissas possessiones, et consuetudines rébus nostris violenter 
impressas, in vestro episcopatu, vestro in tempore, monasterium nos- 
trum perdidit. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 183 

on aimerait mieux entendre sortir d'une autre bouche cet 
éloge, suspect dans la sienne (1). 

On voit, par la lettre XXXI, que les inondations du Loir, 
à Yend6me, avaient obligé les moines de transférer leurs 
archives à Angers, où leur abbé résidait momenlanément; 
ils perdirent une quantité de livres dans ce désastre ; car 
Teau avait envahi les armoires de la bibliothèque (2). Ce 
triste détail semble accuser l'imprévoyance des religieux, 
gardiens du dépôt littéraire de la communauté; le fait 
signalé annonce, en outre, un certain degré de culture 
intellectuelle et d'activité dans les études, à cette époque 
où les monastères devinrent fort heureusement le refuge 
des sciences et des arts. 

La lettre XXXII, à Tévèque de Chartres, expose les 
griefs de Geoffroy contre la famille, les soldats et les gens 
du comte de Vendôme; elle mentionne aussi le pillage de 
plusieurs prieurés du domaine de La Trinité. Une de ces 
obédiences fut réduite en solitude ; l'autre servit de pri- 
son à des religieux de Saint-Laumer (de Blois) et de Mar- 
motttier (de Tours), qu'une troupe de forcenés y mal- 
traita cruellement (3). 

(1) Abbas factns et Rom» presbyter consecratas, in sancto et sacro 
ordine, de mei^, miobs quâm debui, bed de aliorum curft soUicitus fui. 

(2) Vii (Andega\ifl) eniin praecepla et privilégia nostra jàm per très 
annos reservantur, propter superfluitales aquarum quae armaria noslra, 
qiue soot Vindocini, adeè inuodavenint et aquoaa reliqaerunt, qaôd ex 
parte libri nostri qui ibi fueraut perienint. 

(3) Domnus Joannes , iîlias comitis Vindocineosis, et cum eo quidam 
TaTassores milites de Castro Vindocini quamdam optimam obedienUam 
nottram adeô depraedali sunt et devastavenint, quôd necesse est mona- 
chos qui eam inhabitabant et caltores ejus discedere eamque in aolitudi- 
oem redigi. . . . Inter cœtera qu« contra nos comiUs et hominum ejus 
iotolerabiUs rabies eKit, homines beaU Martini et sancU Launomari cap- 
tos et Ugatoft nuper in obedientiis nostris addoxerunt et ibi eos, quam- 
diù plaçait, tormenlavenmt, rapuenint quae erant in domo et monacho- 
nun claustra carcerem fecerunt captivorum. 



184 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

LIVRE III. 

Les épttres de ce livre sont écrites à différents évèques, 
entre autres à ceux du Mans et d*Àngers, avec lesquels 
Geoffroy eut plusieurs contestations fort vives. 

Dans la Xs il reproche à Raynauld , évoque d'Angers, 
de rendre le mal pour le bien, de négliger ses vrais amis 
(parmi lesquels lui, Geoffroy, se range le premier), de 
leur imputer des torts imaginaires et de leur préférer des 
hommes indignes (1). L'aigreur de cette missive annonce 
une âme profondément blessée; en effet, l'abbé de Yen- 
dôme ressentait, plus que personne, l'oubli des services 
rendus, les mauvais procédés et les injures graves; 
l'ingratilude surtout le révoltait , comme le prouvent 
d'autres passages non moins violents de ses épttres accu* 
satrices. 

Les lettres XIII à XL s'adressent à Hildebert, alors 
évêque du Mans et depuis archevêque de Tours; elles 
offrent d'autant plus d'intérêt pour nous, que cet illustre 
prélat est originaire de Lavardin en Vendêmois (2). La 
XV' lui dénonce les voies de fait commises à Savigny-sur* 
Braye, par la comtesse de Vendôme (Euphronie, femme 
de Geoffroy de Preuilly) et par ses gens, l'envahissement 
et le pillage de ce prieuré de la Trinité, situé dans le 
diocèse du Mans, l'effraction des coffres de l'église où les 
religieux avaient renfermé leurs grains et leurs autres 
réserves, la distribution de ces approvisionnements aux 

(1) Ego siqaidem, pro senritiis meis,niilluiii aliud prsemium oisi dilec- 
tioDeiii vestraiD quaesivi vel qusero ; quam quidem indigné citô inveninnt, 
et quidam mUs qoidem digne eam promerentur, sed aut niinquàm con- 
seqouDtur, aut sobitô perdant. 

(i) Voir son arUde, très-développé, dans rHbtoire littéraire de la 
France; t. X, p. 250 et suiv. 



XXXIX' SESSION, À VENDOME. 185 

spoliateurs attroupés (1). Dans la XVI% il demande à 
révoque prompte justice de ces yexations et de ces vio- 
lences; il se plaint que Tofficialité diocésaine, loin de 
paraître disposée à lui faire droit, semble au contraire 
favoriser la comtesse , antagoniste trop influente des 
moines opprimés, propter injustam jàm diclœ feminœ 
camam ; c'est ainsi quMl stigmatise l'iniquité de la noble 
dame, < du reste, ajoute-t-il, nous sommes toujours 
«prêts à nous soumettre à votre juridiction épiscopale; 
c et, pour cela, nous irons volontiers à votre rencontre, 
c soit jusqu'à Montoire, soit jusqu'à la Chartre-sur-Loir, 
» soit jusqu'à Seu&e (2) ; mais nous ne pouvons ni ne 
c voulons nous rendre au Mans, parce que nous craignons 
< de vous être à charge et que vous nous avez même 
« averti précédemment de ne point venir chez vous avec 
c une troupe de serviteurs. Cependant, croyez-moi , il 
c n'est pas surprenant que nous ayons cru devoir nous 
« faire accompagner sur une route oà personne ne peut 
c être en sûreté ; il faudrait plutôt s'étonner que nous 
<( eussions entrepris tin 5t long voyage, sans une bonne 
€ escorte (3^. » Les routes étaient alors infestées de bri- 
gands^ et Ton n'osait guère s'y aventurer seul. 

Cette même lettre tourne ensuite à l'aigreur et presque 
à l'injure. L'abbé courroucé va même jusqu'à imputer à 
l'évéque d^être la cause de ses infortunes. Geoffroy lui 

{1) MultoUes apud vos conquesti, adhuc conquerimur de comitissâ 
Viadocineiisi, qu» nobis ecclesiam de Saviniaco ac omnia quae ibi ha- 
bebamus tam mobilia quàm immobilia nobis injuste abstulit et violenter 
semper detinuit. Annonam nostram, quae in ipsà ecclesiâ in arcis babeba- 
tor, arcis ipsis fractis, râpait, et impiis quos secum habebat dis'ri- 
bmt. 

{f) Lieu inconnu, probablement situé entre La Cbartre et le Mans. 

(3) Sed crédite mibi, non tàm mirum extitit, si ibi ubi nemo tutus 
esse potest, quaesivimus conductum, quàm mirandum foret, si tàm long a 
terra spatia trausissemus sine consorUo fomulorum. 



186 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

reproche aussi a?ec amertume un service qu'il lui rendit 
à Vendôme au risque d'encourir l'inimitié du comte et 
de la comtesse (1). Il ajoute assez durement : c Nous 
il avions chanté de notre mieux en votre faveur, et nous 
c attendions que vous sauteriez pour nous à votre 
tour (2). > 

La lettre XX est d'un ton plus doux; Geoffroy, contre 
son habitude, se met en frais de politesse et de gracieu- 
setés. 11 complimente Hildebert, probablement pour ob* 
tenir par la louange ce que la rudesse ordinaire de 
son langage ne lui permettait guère d'espérer. La gène, 
l'afféterie et l'emphase de ses éloges feraient douter de 
leur sincérité, d'ailleurs ce n'était point le genre de Técri- 
vain, mal à son aise dans les lieux communs d'une adu- 
lation forcée. Essayons pourtant de traduire les phrases 
emmiellées de cette missive , pleine de contrainte et 
d'embarras : 

« Les épttres élégantes et soignées de votre sagesse 
(( nous sont parvenues; elles ont adouci, par les suaves 
f modulations de leur harmonie, le trouble violent de 
(( notre esprit, trouble dont vous connaissez la cause ; 
<c elles ont essuyé, d'une main amie, les larmes qui obs- 
c curcissaient nos yeux. Et puisque vous avez enfin com- 
a mencé à chanter parfaitement en notre faveur, vous 
( trouverez en nous les danseurs reconnaissants, si toute- 
€ fois vous persévérez jusqu'au bout dans la même bien- 
« veillance à notre égard (3). > Geoffroy répète, dans ses 

(1) Comitem et comitissam contra nos pro vobis ad iram concita- 
vimus, eorum inimicitias incurrere pro amore vestro minime reca- 
santes. 

(2) « Benè, in quantum potuimus, vobb canta vimus, et ut nobis salta- 
remus expectabamus. • (Expression proverbiale.) 

(8) Formatas et formes» liUerae prudentiie vestr» ad nos usque perve- 
nemnt, qus et mentem nostram, pro causft quam nostis non mediocriter 



XXXIT* SESSION, A VENDOME. 187 

lettres, ce proverbe familier, qui revient à dire : Vous 
n'aurez point affaire à un ingrat, si vous me rendez 
service. 

Dans la lettre XXI, il prémunit Tévèque Hildebert 
• contre les artifices de la même princesse, d'où il prend 
occasion de signaler à son vénérable correspondant la 
perfidie naturelle des femmes en général, à commencer 
par notre mère Eve, première cause de nos malheurs. Ici, 
le moine théologien épanche sa bile contre un sexe dont 
il redoute les séductions dangereuses (i). 

Les lettres XXIV et XXV concernent le moine Jean le 
Bâtisseur, Joannem cœmentarium, déjà mentionné plus 
haut. Geoffroy l'avait envoyé à Hildebert, probablement 
pour diriger quelque construction qui se faisait à l'église 
du Mans ; Tévêque, abusant de cette obligeance, retenait 
indûment l'habile ouvrier au delà du terme convenu ; 
l'abbé de Vendôme lui reproche d'oublier sa promesse et 
d'exposer, en outre, le salut du frère Jean, car ce reli- 
gieux indocile avait déjà quitté, plusieurs fois, le monas- 
tère, et c'était encourager sa désobéissance que de lui 
donner asile (2). Pour l'excuser, Hildebert alléguait un 

torbatam, modtilatione sus cythar» mitigaverunt et quibas oculus nos- 
ter penitbs obtondebatur manu su» lenitatis lacrynias detersenint. Et 
quia nobis optimè cantare nunc tandem iocœpUtis, si perseveraveritis 
usque in finem negoUi, nos non ingratos sallatoreu babebiiis. 

(1) Cavendum est Tobis, venerande prsesul, ne fœmina decipiat ves* 

tram simplicitatem Usitatos est valde ad dedpiendam sexus fœmi- 

neus. — (Notre grave théologien Pierre de Blois prête au saint homme 
Job les mêmes sentiments de défiance à l'égard de la pins belle moitié da 
genre humain : « Sciebat enim quôd natura mulieris quantô fragilior 
« tante proclivior ad culpam, et quâdam depravatione innatA proclivior 
« ad malum. * (Compendium in Job, Petr. Blés, opéra, édition de 
1667, p. 4iO, col. 2.) De pareilles aigreurs ue sont pas rares chez les 
écrivains ecclésiastiques^ surtout au moyen Age. 

(2) £um tamen, contre su» proraissionis fidem et nostram voluntatem, 
diti retinuisti et adhuc retinetis, illius, ut videtur, salutis contemptor et 
vestrae oblltus promissionis. (Lettre 25 ) 



488 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

voyage à Jérusalem ; mais, répliquait Geoffroy, ce moine 
vagabond aurait beaucoup mieux fait de rester dans 
son couvent et de s'appliquer à bien vivre parmi les 
siens. 

La lettre XXYin, demande au même évèque justice des ' 
violences et vexations odieuses commises par Pierre de 
Cahors (de Caortiis): entre autres voies de fait, ce mé- 
chant homme avait renversé de cheval un moine de 
Vendôme, et lui avait enlevé un serviteur du monastère, 
qui l'accompagnait, plus deux ânes (i). Le coupable 
était, sans doute, un de ces brigands de la féodalité, qui 
détroussaient les passants et rançonnaient les voyageurs 
sans défense. 

Le moine Jean le Bâtisseur (cœmenîarius)^ n*étant pas 
rentré au bercail, Geoffroy l'avait excommunié, en vertu 
d'un privilège accordé aux abbés de La Trinité par les 
souverains pontifes : il notifie cette sentence rigoureuse 
à tous les évêques, abbés et fidèles ; mais il la dénonce 
plus spécialement à Hildebert, qu'il conjure, encore une 
fois, de renvoyer à Vendôme ce fugitif, ce relaps ; il 
somme le prélat du Mans d'accomplir sa promesse for- 
melle, et de ne pas retenir plus longtemps un religieux 
violateur de la règle (2). L'abbé prend ici un ton de vé- 
ritable autorité vis-à-vis du pontife, qui réellement n'était 
pas sans reproche ; il ne craint pas de parler haut et 
ferme à son supérieur dans l'ordre hiérarchique (si 

(1) Qui qiiemdam monachum nostram de equo sao prostravit iurpiter 
et ei unum servum nostrum et duos asinos injuste abstulit et adhuc eos 
deliiiet violenter. (Lettre 28.) 

(2) Joannem monachum cœmentarium quidem, sed non habentem ca- 

ritatis cœmentum à nobis noveritis excommunicatum Cœnonu- 

nensi episcopo diligenter supplicamus ut non soliim à communione ne- 
quam illius, quem ei, pro ecclesix aiiae necessitate, ad boram commen» 
davimna, se abstineat ; sed, quod jàm se facturum promisit, nobis redderû 
studeat commendatum. (Lettre 20.) 



XXXIX* SESSION, A YENDOBCE. i89 

toutefois il le reconnaissait pour tel; car les préroga- 
tives extraordinaires de sa dignité abbatiale lui permet- 
taient de traiter, en quelque sorte, d'égal à égal avec un 
évoque). 

Dans la lettre XXXIII, Geoffroy se qualiGe Alodiarius 
beaU Peiri; il affectionnait ce titre, qui exprimait nette- 
ment son indépendance des évêques et sa soumission 
immédiate au Salnt-Siége ; en effet, rordinaire (révéque 
diocésain) n'exerçait aucune juridiction sur Tabbaye de 
La Trinité, franc-aUeu du bienheureux Pierre. 

Dans la lettre XXXVI, à Ranulphe, évèque de Saintes, 
il s'excuse de ne pouvoir se rendre en personne à l'au- 
dience de ce prélat ; une douleur de reins et les affaires 
de la communauté le retiennent forcément à Vendôme (i). 
Cet évèque devait juger un différend où les moines de La 
Trinité se trouvaient être partie intéressée, à raison de 
leurs biens situés dans le diocèse de Saintes. L abbé me- 
nace le prélat, devenu juge, d'appeler de sa sentence au 
pape, si elle n'est pas conforme au droit canonique, et se 
retranche fièrement derrière la juridiction souveraine de 
Rome, qui le protège et l'enhardit (^). 

Dans la lettre XXXiX, il supplie l'évéque de Saintes d'em-» 
pêcher le duel judiciaire, qui était près d'avoir lieu entre 
un de ses clercs et un moine de La Trinité. Kous 
voyons là un exemple curieux de cette forme brutale de 
procédure, trop usitée au moyen âge, et autorisée même 
par les tribunaux ecclésiastiques. Geoffroy improu^e un 
usage barbare, également contraire à la saine raison et à 
la mansuétude chrétienne. 

(1) Ad vos tamen, sicut mandasti, ad praeseos venire non possum, 
miuio reDuffl dolore delenlus et ioevilabili monasterii nostri necessitata 
occupalus. 

{t) Si hxc réfuta lis quse canonicè miaimè refutare poteslis, appelio 
Romam, cojus fultus auctoritale, nullius formido ù^uriam. 



i90 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

« 

LITRE IV. 

Dans la lettre VII, à son confrère l'abbé des Bénédic- 
tins de Saint-Florent, de Saumur, il se plaint qu'un 
moine de cette abbaye, en résidence au prieuré du Pin, 
en Poitou, lui ait refusé l'hospitalité ; Geoffroy allait visiter 
les possessions poitevines du monastère de Vendôme : 
surpris par un orage, il se réfugia au dit prieuré ; mais il 
n'y trouva point l'accueil qu'il se croyait en droit d'espé* 
rer; son épitre contient de vifs reproches pour ce manque 
d'égards et de charité ; elle renferme, en outre, des traits 
de mœurs et des détails curieux: mais, comme la scène 
se passe loin de nos contrées, je me borne à l'indi*- 
quer. . . 

Dans la lettre X, il se plaint à l'abbé de Ssdnt- Aubin 
d'Angers, qu'un moine de son obédience, résidant à Mai- 
ron, en Poitou, ne Tait guère mieux accueilli, un jour 
que les affaires de la communauté de Vendôme l'avaient 
amené en ce lieu inhospitalier (i). 

Dans la lettre XII, il reproche au même abbé d'avoir 
indûment reçu un religieux fugitif (2). 

La lettre XV invite Bernier, abbé de Bonneval, à venir 
célébrer, à Vendôme, la fête patronale de la sainte Tri« 
ni té; les termes de cette missive étaient affectueux et 
pressants (3). 



(i) Clun monAftterii aostri necessitate cogente, juxtà Maironem obi 
oblitus aibi et non Deo commoratur, transitum fecissemos. 

(3) Ule tttique de loco nostro in quo monachos noster factos est 
aufugit. 

(3) Ad celebrandum nobiscum quam dicimus sanctse et individiue Tri* 
nitatia festivitalem et tante solemnilaliB devotio voa venirc compellit, et 
ut, sepositis caris omnibus, nuUatenus venire difieralis, quem ergà voe 
babemus purae dilectionis affectas supplidter exposdt. 



ItXXIX' SKSSION, À VENDOME. 191 

Les XVIe, XVn* et XYIII* sont pareillement des lettres 
d*amitié, adressées à ce voisin pieux et sympathique. 

Dans la XIX^^, il demande à emprunter au même abbé, 
unmulet et une mule, ou seulement l'une de ces deux mon- 
tures, pour aller à Rome; toutefois, si Bernier ne peut ou 
ne veut lui rendre ce service, Geoffroy ne l'en aimera pas 
moins, rattachement qu'il porte à un confrère étant trop 
désintéressé pour dépendre de ses bienfaits (1). 

Lettre XX. L'abbé de Vendôme envoie à celui de 
Saint-Laumer de Blois un religieux dont la conduite lais- 
sait beaucoup à désirer. Il prie son confrère et ami de le 
recevoir, et de faire en sorte que ce changement de ré- 
sidence lui profile pour le salut de son âme. 

La lettre XXIV, écrite à l'abbé de Saint-Aubin d'An- 
gers, répète les précédentes invectives contre les femmes ; 
cette tirade peu galante se termine ainsi : c Malheur 
c à ce sexe sans crainte, sans retenue, sans bienveillance, 
( sans affection véritable ! plus on l'aime, plus on doit le 
• redouter... (2). » 

Malgré la généralité de cette diatribe, on peut suppo** 
ser qu'elle tombait particulièrement sur une comtesse de 
Vendôme, sans doute la même dont Geoffroy eut à se 
plaindre, comme nous l'avons vu plus haut ; l'irascible 
abbé lui en voulait foncièrement ; sa rancune personnelle 
s'étendait même à tout le sexe féminin^ qu'il jugeait sur 
un échantillon disgracieux pour lui. 

(1) Noveritis, quod Umen vobis in aure dico^ Deo volente» me ad 
pnesens Romam itururo ; sed Dec mulam habeo, Dec mulum, et quia voa 
babere credo quod ego non habeo^ humiliter suppUco ut animal utromque 
mthi prxstetis, aut unum^ vel si placet, neutrum. Non iamen ide6 de 
amicitiâ miniis « quia vos propter vestra non diligo , sed propter vos- 
tO'^lipsom. 

(S) Y» sexui oui nec timor est nec yerecundia, nec bonitas, nec 
BDùctUa, qui magis timeri potest, cimi amatur, quàm cimi odio ha-* 
betarl 



192 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Dans la lettre XXYI (à un moine de Vendôme), il gémit 
de sa mauvaise santé; il parle d'une saignée qu'on lui a 
faite, d'un écoulement d'humeurs quia suivi cetle opéra- 
tion, et d'un accès de fièvre trop semblable à ceux qui le 
tourmentent habituellement (1). 

Un religieux de Vendôme ne mangeait que trois jours 
delà semaine, par excès de mortification. Geoffroy lui re- 
montre^ dans la lettre XXVIII, que sa conduite n'est pas 
louable ; qu'en effet, il y a de l'orgueil à vouloir se dis- 
tinguer des autres, en outrepassant la règle, et que» 
pour rendre ses jeûnes agréables à Dieu, on doit sui- 
vre, non sa volonté propre, mais bien l'ordre de ses su- 
périeurs (2). 

La lettre XXIX s'adresse à un moine de Tours, nom^ 
mé Rainauld, qui était malade et pour lequel son an}i 
Geoffroy avait demandé une consultation à un homme 
de l'art ; le médecin avait ordonné un électuaire, qu'il 
fallait prendre, tous les jours, le matin à jeun, et le soir 
après souper (3). 

La lettre XXXIl est écrite, de l'Anjou, à des moines de 
Vendôme ; Geoffroy s'excuse de n'être point allé auprès 
d'eux, aux fêtes de Pâques; un mal douloureux l'a retenu 
à Fontevrault, où il visitait son ami Robert d'Arbrissel 
(fondateur d'un ordre célèbre); dans ce séjour, il a subi 
une opération cruelle; on lui a enlevé une tumeur au 

(1) Febris, mihi cognita pridero, me vacuum pariter et fatigatam 
arripuit. 

(2) Régula namque, quam te observatiirum, coràm Deo et ejus sancUs 
promisiâti, prsecipit quôid, si quis fratrum aliquod Deo offerre voluerit, 
id priîifl, abbaii suo ostendat, ut ejus voiuutate et consilio fiât. 

(H) Medicus >'er6 in quo spes sospitatis vestrse tola suspenditur, ad 
DOS venit, Turonum rediturus, ibi coufecturus medicinam omninô vobia 
profuturam, ut asserit, et sic ad nos vobiscum ventunis. Intérim miUlt 
Yobis eiectuarium utiii valdè veslrae inûrmitali, imô necessarium, quod 
quotidiè jejunus accipialis et post cœnam antequàm dormiatis* 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 193 

dose entre les mains des religieuses iploréês{l). Tou- 
€ tefois, ni la gravité du mal, ni la cruaaté de l'opérateur, 
c ni la sensation cuisante du sel que l'on a mis aussitôt 
c sur sa plaie, n'ont pu lui faire oublier, un seul instant, 
f ses chers frères en Jésus-Christ (2). > Il leur annonce, 
en même temps, sa convalescence et son voyage à An- 
gers, où il s'est rendu de Fontevrault, partie en bateau , 
partie à cheval ; car les voitures étaient rares alors et 
d'un usage incommode, tant par leur pesanteur et leur 
dureté, qu'à raison du mauvais état des routes. 

La lettre XLYI« parle avec réserve d'un bruit odieux 
qui courait sur le compte d'un prêtre de Savigny, en 
Vendômois (prieuré de l'abbaye de la Trinité) ; la ru- 
meur populaire accusait cet ecclésiastique d'adultère et 
d*assassinat ; Geoffroy, en rapportant ces tristes propos, 
ajoute qu'on ne doit pas facilement croire à des inculpa- 
tions aussi graves (3). 

La XLYII% écrite à Robert d'Arbrissel, fondateur de 
l'ordre mixte de Fontevrault, est cette trop fameuse 
épttre qui a donné lieu à tant de controverses ; la vertu 
même d'un saint personnage était mise en question; les 
ennemis de3 ordres monastiques avaient beau jeu dans 

(1) L'ordre de Fontevrault se composait de religieux et de reli- 
gieases, vivant sous Tautorité d'une abbesse <iui gouvernait aussi les 
liomaies. 

(2) Qoôd vobiscnm in Paschà non fui, nostri corporis infirmitas causa 
extitiL Gibbus enim mihi crevit in dorso, undè me secari oportuit. Et 
(pumvis iDier manus et voces lacrymosas dilectarum Deo sancUmonia- 
Hum de Fonte Ebraldi, rasorio scribente in nostrâ came suas litteras, 
corpus Dostrum inGnnitatepariter et vulnere non mediocriter faligatum 
teuerelur, nec infirmitas, nec secantis credulitas, nec statim imposili 
B>lis asperitas, ut vos vel ad momentum oblivlscerer iacere potuit. 

(3) MaDdastis nobis qu6d dictum vobis fuerat quod Herbertus, presby- 
ter de Saviniacô, qnamdam maritatam tenebat, cujus maritum nocte 
graviter vulneravit, eô qu6d propri» uxori adolterini amoris babenas 
lOQlaxabat. 

13 



194 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

cette dispute, où Robert d'Arbrissel était accusé d'avoir 
pratiqué la plus étrange des mortifications, en couchant 
avec des religieuses, par manière d*épreuve et de pénitence; 
nouveau genre de tentation ou plutôt de martyre^ comme 
lui disait GeolTroy (1).... Mais je ne veux point réveiller 
une polémique heureusement assoupie et fort embarras- 
sante, je l'avoue. 

LIVRE v. 

Les épîtres de ce dernier livre n'offrent aucun intérêt, 
à mon point de vue particulier. En conséquence, je' me 
Vois obligé de terminer ici une étude imparfaite, sans 
doute, mais au moins locale, et neuve peu>.-étre sous cer- 
tains rapports. 

A. Ddpré, 

bibliothécaire de la ville de Dlois. 

Au sujet d'une de ces lettres où Tabbé de la Trinité 
reproche à Robert d'Aibrissel d'exposer sa réputation et 
sa vertu dans une épreuve immorale, l'abbé Âuber dit que 
le fondateur de Fontevraull a été vengé de cette imputa- 
tion par ses contemporains eux-mêmes. 

M. Launay ajoute que Ton a, à tort, regardé comme 
une preuve du fait qui lui était imputé un vitrail qui se 
trouvait autrefois dans Tcgiise de Viiiiers et qui est au- 
jourd'hui au musée de Vendôme. Ce vitrail, duxvi"" siècle, 
représente trois personnages couchés dans un lit et ea^ 
dormis. 

(1 ) « Hoc si modo agis vel aliquando egiati, noTum et inaaditam sed 
infrucluofeunD martyrii geous iovenisti. » -- M. de PéUgny, le docte 
historien du Veudûmoii}, a publié, en 1854 un judicieux arUcle air 
raulbeulicité et l'interprétation de celte singulière lettre. (Bibliothèque de 
l'Kcole des Chartres, t. V^ 3* série, p- 1 et suiv*} 



XXXÏX° SESSION, A VENDOlfE. 1!I5 

Dn TÏeiDard à tiarbe blanche est au milien ; à gancbe 
esl sa remme et à droite son fils probablement. Trois bâ- 
tons de pèlerins, denx casquettes, trois panetières sont 
près du lit. 



VITRAIL DE LUOSfICE StINT-MCQUFS 



Sur le premier pian, une femme debout, tournant le 
dos aux personnes couchées, tient une des escarcelles ou- 



196 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

verte; pour y glisser, sans doute, quelques pièces de mon- 
naie. 

Ce vitrail a longtemps passé pour être la représentation 
d'un fait reproché au célèbre fondateur de Fontevrault par 
Marbode, évêque de Rennes et GeoCTroy, abbé de Ven- 
dôme, qui accusaient Robert d'Arhrissel d'avoir avec 
ses religieuses des familiarités poussées jusqu'à les rece- 
voir dans son lit, par esprit de mortification. 

Comment alors expliquer la présence de cette femme 
debout, qui n'aurait aucun sens si l'on admettait cette in- 
terprétation? 

Pourquoi ne pas y voir, ce qui semble tout naturel, 
une famille composée du père, de la mère et du fils al- 
lant eu pèlerinage et recevant l'hospitalité dans une mai- 
son dont la maîtresse, pour les aider dans leur pieux 
voyage, introduit quelques pièces de monnaie dans leur 
escarcelle ? 

Il suffit d'examiner attentivement le tableau pour se 
convaincre qu'il n'y a pas deux femmes dans le lit, comme 
le prouvent les deux casquettes et la figure du person- 
nage, à droite du vieillard, qui est bien celle d'un jeune 
homme. 

Ce qui vient ensuite corroborer l'idée d'un pèlerinage 
accompli , c'est le lieu où figurait le vitrail en ques- 
tion, la chapelle de l'ancien hospice Saint-Jacqaes, 
destiné à recevoir au passage les pèlerins allant à Saint- 
Jacques de Compostelle (i). 



(1) On peut voir, da reste, une dissertation intéressante snr ce sujet 
dans le Bulletin archéologique y publié par le Comité historique établi 
auprès du ministère de l'instruction publique, t^^ vol., 3n< n°, p. 131, 
184S. 



XXXIX^ SESSION, A VENDOME. 197 

M. Tabbé de Préville a ensuite la parole pour donner 
lecture de son mémoire sur la même question : il prend 
les faits à un point de vue différent; ce qui permet de 
publier ces deux mémoires sans crainte de double em- 
ploi. 

Voici le mémoire de H. Tabbé de Pré ville : 



Appréciation de l'abbé Geofllroy de Vendômey 
d'après aea lettres. 



La gloire du nom de Vendôme est due sans doute à la 
valeur militaire et aux grandes alliances de ses comtes, 
dont la descendance a fini par se confondre avec la famille 
de nos rois. Mais n*en faut-il pas aussi faire honneur, 
pour une bonne part, à l'abbaye bénédictine fondée au 
pied de son château par le vaillant Geoffroy-Martel, 
et devenue Tune des plus illustres, comme des plus con- 
sidérables de France? 

Or, entre tous les personnages qui, par le gouverne- 
roenl de Tabbaye, ont exercé une incontestable influence 
sur tout l'avenir de notre pays, il faut mettre au premier 
^g celui dont le nom figure à la cinquième place sur 
le tableau chronologique de nos abbés, le célèbre abbé 
Geoffroy. Le père Sirmond, de la compagnie de Jésus (1), 
<|ui, le premier, a publié ses lettres et ses opuscules au 
XVII'' siècle, s'étonnait justement du silence à peu près 
général des historiens au sujet d'un homme qui ne man- 
qua point de célébrité parmi ses contemporains. Malheu- 
reusement, cette réclamation n'a pas été jusqu'ici suffi- 

())llaxiiiui bU)lioth. Vet. Patr., de la Bigne, t. XXJ, Lugdiini, 

1677. 



198 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

samment entendue. Il est vrai, au xyii** siècle, l'abbé 
Simon, chanoine de Saint-Georges de Vendôme, a fait à 
l'abbé Geoffroy une assez large place dans son Histoire 
de Vendômey ouvrage où l'on pourrait dire qu'il a mis 
plus d'esprit de critique, que de véritable critique ; et les 
savants auteurs de V Histoire littéraire de la France (1), 
ont résumé sa vie dans une courte notice, en y ajoutant 
une appréciation de ses ouvrages. Plus tard, le nom de 
Geoffroy a trouvé une place honorable dans la grande col- 
lection de la Cailla christiana (2!), dans les Annales de 
Vordre de Saint-Benoît (3), de dom Mabillon, et dans le 
Dictionnaire Historique de l'abbé de Feller. Enfin, de 
nos jours, l'historien du Vendômois, le savant M. de Pé- 
tigny a consacré quelques belles pages dans son grand 
ouvrage (4), à la vie du célèbre abbé. Mais, nous devons 
le dire à regret, il ne semble pas avoir rendu sa véritable 
physionomie à celle grande figure de notre histoire 
locale. 

Aussi n'est-ce pas sans une véritable satisfaction que 
nous avons lu dans le programme du Congrès la question 
suivante : « Appréciation de Tabbé Geoffroy d'après ses 
lettres. > Nous n'aurions pu indiquer plus clairement la 
nature et le but de notre travail (5). 

§ !•'. — Notice abrégée sur h vie de l'abbé Geoffroy. 

Nous devons, avant tout, rappeler à grands traits la vie 
du personnage dont nous voulons apprécier le rôle histo- 

(1) Hisl, littér., t. XI. 

(2) GaU Christ., tom. VIII, p. 1368. 

(3) Annales ordin. S. fienedict., libr. LXXV. 

(i) Hist. du Vendômois. Vendôme^ 1849, p. 225 et suiv. 

(5) Nous donnons seulement ici les conclusions moUvées d'un tranil 
plus considérable, et encore eo préparation, sur l'iUustre abbé de 
Vendôme. 



XXXIX' SESM5I0N, A VENDOME. 199 

riqueet le caractère. Fils du seigneur du Lion d*Ângers, 
proche parent des seigneurs de Craon, Geoffroy fut con* 
fié dans son enfance à Garnier, archidiacre d'Angers, 
qui surveilla son éducation; l'enfant reçut les leçons d*un 
maître nommé Guillaume, auquel il écrivit plus tard une 
lettre qui nous a été conservée, et il dut ensuite suivre les 
cours des écoles d'Angers , c devenues célèbres par les 
leçons du fameux Berenger, dont l'éloquence, la science 
et les erreurs impressionnèrent si vivement les esprits dans 
la dernière moitié du xp siècle (1). > Nous avons lieu de 
croire, d'après un mot d'une lettre de Geoifroy (2), qu'il 
fut dans la suite placé, pour apprendre le métier des 
armes, à la cour de son cousin Renaud de Craon ; quoi 
qu'il en soit, dégoûté de bonne heure, à ce qu'il paraît, 
d'un monde dont il avait à peine entrevu les misères et 
les vices, il vint un jour frapper à la porte du monastère 
de Vendôme, fondé quelques années avant par Geoffroy- 
Martel, le créateur de la puissance angevine. 

Admis au noviciat, après les épreuves prescrites par la 
règle de Saint-Benoit, et élevé à l'ordre du diaconat, le 
jeune moine ne tarda pas à se faire remarquer. Suivant 
la Chronique d'Angers^ il avait c une belle taille, im 
extérieur modeste et bien que tout jeune, un esprit déjà 
mûr, une instruction littéraire très-complète, enfin toutes 
les qualités brillantes de l'âme et du corps (3). » Après 

(1) Hist du Venddmois, p. 225. 

(2) Goffridi Vindocin. Epist, Libr. V, epist. XXVIl. 

(S) Chronica SS. Trinitatis Andegavensis^ ap. Labbe, Not. Biblio- 
tbee. manuscriplor., t. I^ 283 et seq., éd. 1657, et reproduite par frag 
QKDts dans la collection des Historiens de la France de dom Bouquet, 
t. VUM-XNXll. 

Le maouscrit se trouve actuellement à la Bi6/tofAé7tiena<ioiia/«, fonds 
Du Chêne. Voir la Bibliographie vendômoise de M. Ch. Bouchet, biblio- 
thécaire-archiviste de Vendôme, qui a eu Vobligeance de nous comma- 
Biqoar le taie de la Chronique. 



200 CONGRÈS ARCHiOLOGIQUE DE FRANCE. 

la démission ou la mort de l'abbé Bernon, Geoffroy, élu 
par acclamation pour lui succéder, reçut la bénédiction 
abbatiale des mains de l'illustre évèque Yves de Chartres. 
Peu après, il partit pour Rome, où il rendit les plus éroi- 
nents services au pape Urbain n, fut par lui ordonné 
prêtre, et reçut le titre de cardinal de Sainte-Prisque, 
suivant le privilège accordé par les souverains Pontifes à 
ses prédécesseurs. 

De retour en France, Geoffroy reçut les plus honorables 
missions du pape Urbain II et du roi Louis le Gros. Il fat 
en relations intimes avec les papes Paschal II et Calixte II; 
le pape Honorius lui témoigna une grande bienveillance, 
n est vrai que Geoffroy passa douze fois les Alpes pour le 
service de TÉglise romaine, et fut trois fois pris et mal- 
traité par les ennemis du Saint-^Siége. Il eut à défendre les 
privilèges de son abbaye contre les prétentions des évo- 
ques de Chartres, et ses droits contre les violences des 
comtes de Vendôme, ou les revendications injustes de cer- 
tains abbés. C'est le sujet ordinaire de ses lettres qui vont 
faire le fond de notre travail. 

Geoffroy gouverna l'abbaye de Vendôme pendant près 
de quarante ans, et mourut au commencement du ponti- 
ficat d'Innocent II, l'an 1132. 

§ n. — Election et bénédiction de Vabbé Geoffroy. 

Avant même d'avoir prononcé le nom de notre abbé, 
H. de Pétigny, appréciant la conduite du comte Geoffroy 
de Preuilly, porte ce jugement : c Geoffroy de Preuilly 
ne put rester longtemps en bonne intelligence avec les 
religieux : mais il est vrai de dire qu'il eut bientôt en face 
de lui un abbé dont le caractère remuant et V esprit am- 
bitieux rendaient plus difficile le maintien de la paix. » 

Puis après avoir loué le caractère de l'abbé Bernon, le 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 201 

savant autear reconnaît bientôt que cet abbé ayant été 
élu dans un âge avancé, c le vaste gouvernement dont il 
< était chargé ne tarda pas à devenir pour lui un fardeau 
c trop pesant. » Alors, ajoute Thistorien du Yendômois, 
€ Geoffroy pressentait déjà le rôle brillant qu'il aurait à 
( remplir, et il ne supportait plus qu'avec peine la do- 
a mination d'un vieillard usé par l'âge et les infirmités. » 
En d'autres termes, ce jeune moine, sorti du noviciat 
depuis un an, et seulement pourvu de l'ordre du diaconat, 
est accusé formellement d'avoir, par suite de son esprit 
ambitkux et de son caractère remuant, comploté le ren- 
versement de l'abbé et préparé sa propre élection. Voilà 
une accusation bien grave, dont, par conséquent, il fau- 
drait fournir la preuve évidente. Mais cette preuve on ne 
la donne pas, on ne la trouve nulle part; c'est une simple 
conjecture basée sur le caractère de Geoffroy. Ni le père 
Sirmond, ni l'auteur de VHistoire littéraire^ ni l'abbé de 
Feller dans son Dictionnaire Historique, ne mentionnent 
une semblable accusation. Bien plus, le père Sirmond 
donne pour certain qu'une nouvelle élection fut rendue 
nécessaire par la mort de l'abbé Bernon : « Bernone 
tnortuOy quintus ejusdem coenobii abbas (fioffridus) renun- 
tiatus est. » Et l'abbé Simon qui était à la source de tous 
les documents, et connaissait les traditions du monastère 
de Vendôme, dit simplement : c II fut élu abbé la même 
année que mourut Bernon son prédécesseur. » Il est vrai 
que la Chronique d'Angers, sur laquelle s'appuie H. de 
Péiigny, est très précise : au chapitre tenu le 20 août 1093, 
Bernon ayant déposé le bâton pastoral, Geoffroy fut élu 
aussitôt par acclamation (1). Néanmoins le continuateur 

(t) Chronic, Andegav. : • Ad. ann. 1093, a Abba Berno bacvlumpas- 
^onixm, State fessus, segritudine preasus, ultra non valens ferre, coram 
cQQcUs fratriboB in capituio dereliquit ; atqae in ipso capitolo electiu 



202 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de dom Rivet n'a pas osé se prononcer sur ce fait. Il men* 
lionne les deux assertions opposées touchant Tabbé Ber- 
non, mais sans rien en conclure de favorable à son suc- 
cesseur : « Geoffroy, dit-il, fit de si grands progrès dans 
« les sciences et dans la piété que, n'étant encore que 
c novice et seulement diacre, il fut jugé digne de remplir 
c le siège abbatial de Vendôme après la démission (sui- 
c vaut les auteurs de la Gaule chrétienne), ou (selon le 
€ père Sirmond), après la mort de Tabbé Bernon (1). 9 

On pourrait discuter longuement sur ce point; mais 
courons au plus court : le double fait rapporté par la 
Chronique d'Angers peut être vrai ; on décida Bernon à se 
retirer, et Geoffroy fut élu par acclamation. Hais comment 
cela peut-il autoriser à dire que ce dénûment « fut pré- 
paré d'avance? » Répétons-le, on ne peut produire à l'ap- 
pui de celte assertion que de simples conjectures : aussi 
en Tabsence de toute preuve sérieuse, s'il fallait absolu- 
ment donner une explication de l'acclamation (:2) qui, 
dit-on, accueillit le nom de notre Geoffroy , nous irions 
tout simplement la chercher dans les belles qualités qui, 
suivant la Chroniqtie d'Angers, faisaient de ce jeune dia- 
cre un moine accompli, et nous dirions avec VHistoire 
littéraire : c II fut jugé digne de remplir le siège abbatial 
de Vendôme parce que tous connaissaient ses grands pro- 
grès dans la piété et dans les sciences, o 

Il faut maintenant nous arrêter au serment prêté par 

est domniu abba Goffridus, iuvenis aeUte, moribus matunis, forma mo- 
destus, corpore formosos, Dtteris maxime instructus, et cœleris bonis 
adornatus... » 

(1) Hiat. UU., t. XI, p. 177. 

(2) On remarquera que le texte de la Chronique ne parle pas d*acc/n- 
motion, ce qui eût été contraire à la règle et aux usages bénédictins ; U 
indique au contraire que tous les suffrages furent donnés et recaeillis en 
la forme ordinaire des élections : « In ipso capitulo , electus Mt donuius 
Abba Goffridus. » 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 203 

Geoffroy à l'évèque de Chartres, au jour de sa bénédiction, 
ce fait expliquera toute la suite des rapports entre ré*< 
Téque et l'abbé. Yoici eomment plus tard, répondant à 
Doe lettre publique dans laquelle Yves de Chartres rappe* 
lait mal à propos ce serment, Geoffroy raconte lui*méme 
le fait, et comment il Fapprécie : « Vous avez dit que j'ai 
c fait profession entre vos mains : vous eussiez mieux fait 
V de dire simplement que vous m'avez béni... En faisant 
c cette profession, fai acquiescé avec trop de simpliciié à 
c votre désir. S'il y a eu en cela quelque chose de plus, 
« vous l'avez fait avec pleine connaissance ; pour moi, j'ai 
c seulement péché par ignorance. Or Notre Seigneur le 

< pape Urbain ayant appris par nos frères, pendant son 

< séjour parmi nous, que j'avais fait profession entre vos 
a mains, me fit de violents reproches, bien que je me sois 
( dit une colombe séduite et sans malice. Et il m'aurait 

< fait de cela un crime, s'il n'avait eu égard à mon igno- 
€ rance et à ma jeunesse. Quant à la manière dont il a 

< apprécié alors votre conduite en cette occasion, par res- 

< pect pour votre ordre il vaut mieux ne pas le 
« dire (1). % 

On s'étonnera peut-être des paroles sévères, mais res- 
pectueuses, par lesquelles Geoffroy appréciait dans cette 
lettre, après avoir avoué sa propre faute, la conduite de 
Tévêque de Chartres. Cependant, si l'on veut être impar- 
tial, est-il possible d'oublier la faute commise, dans 
celle circonstance , par celui que toute l'Église aime à 
appeler avec H. de Pétigny a l'illustre évèque Yves de 



(1) In profesdone si quidem illâ, consitio vestro nimià simplidtate, 

acqnieti Undè coliinibam seductam, cor non habentem me dicens, 

et Tebementer Increpans quid super hoc contra vos protulerit, pro 

vestri orduiis reverentià, meliUs est indë silere quam loqui. . . qnod Uli^ 
dtè commiseram, irritum fecit. (Libr. II, epist. VU*.] 



204 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Chartres? > Quoi ! lors de la fondation du monastère de 
Vendôme, son prédécesseur Tévèque Théodoric avait de 
lui-même déclaré le monastère de Vendôme exempt à 
toujours de la juridiction du siège de Chartres; sept ans 
plus tard le fondateur de l'abbaye, le comte Geoffroy* 
Martel, obtenait à Rome la confirmation solennelle de ce 
privilège par le pape Clément II; et Yves de Chartres, 
tenant les deux actes pour non-avenus, contraint le jeune 
abbé de Vendôme à abandonner par timidité le droit cer- 
tain de son monastère! Vraiment on pourrait voir là un 
abus de pouvoir bien difficile à qualifier, si on ne se sou- 
venait comme Geoffroy, c du respect dû à l'ordre épisco- 
pal, > et si les vertus bien connues de l'évêque de Char- 
tres, n'autorisaient pleinement à dire de lui comme de 
l'abbé de Vendôme : il a dû pécher par ignorance. 

§ IV. — Rapports de Vabbé Geoffroy avec les papes. 

Peu de temps après son élection Tabbd Geoffroy partit 
pour Rome, c Jeune et plein d'ardeur, dit M. de Pétigny, 
« ce n'est pas lui qui aurait voulu se dispenser du devoir 
€ imposé aux abbés de Vendôme d'aller en personne por- 
c ter leur hommage aux pieds du chef de l'Eglise leur 
c seigneur immédiat. > Laissons maintenant Geoffroy 
raconter lui-même en quel état il trouva la capitale du 
monde catholique, et les services qu'il put y rendre; on 
verra là toutes les grandes qualités de son cœur. Ecrivant 
au pape Paschal II au sujet d'une contestation qu'il avait 
avec l'abbé de Saint-Âubin d'Angers, Geoffroy croit devoir 
rappeler au souverain pontife, dans Tintérêt de son mo- 
nastère, ce qu'il avait fait autrefois pour l'Église romaine. 

( S'il faut se glorifier (1), comme il le faut en effet 

(1) Lib. I, ep Vill. Si gloriari oportet, iinô quia gloriari oportet in 
Domino . . . postquam monasterium suscepi, Iredecim millla dolidoruin 
oostne moDeUe in Roman» Ecdesic servitium expendi. . . 



XXXIX« SESSION, A VENDOME. 205 

f dans le Seigneur, je dirai : aucun de mes prédécesseurs 
f n'a mieux servi l'Église romaine que moi; je puis affir- 
c mer en toute vérité que, peu après avoir reçu le gou- 

< vernement du monastère, j*ai dépensé pour le service 
a de l'Église romaine treize mille sols (1) de noire monnaie 
c et cela par amour, sans y élre aucunement forcé. Je 
( dis cela. Dieu le sait, sans faire de reproches à per- 

< sonne, mais parce que c'est la vérité et la preuve de 
( Taffection de notre monastère pour l'Église romaine... 
c Entre tous les services que mon humilité a pu rendre à 
I l'Eglise romaine, il en est un que je ne dois pas, que 
K je ne puis pas taire parce qu'il a eu beaucoup de reten- 

< tissement; et qui connaît ce fait, s'il a la foi catholique. 
u ne pourra jamais ne pas m'aimer (2). Donc la première 
» année que je reçus (Dieu le voulant ou le permettant 
« ainsi), le nom d'abbé, j'appris que le pape Urbain, de 
« pieuse mémoire, se tenait caché à Rome dans la mai- 
c son de Jean Frica-pane (3), et luttait activement contre 
c l'hérésie de Guibert (4). Bien que notre monastère 
( fût pauvre, je vins à Rome voulant prendre ma part des 
f persécutions et des travaux du vénérable pontife, et dé- 
c sirant, suivant mon pouvoir, venir en aide à sa pauvre- 
c té. Grâce à Dieu, j'ai pu le faire. Il serait long de racon- 



(1) Ainenrs (ep. IX] il dit : plus de XII mille sols, amplius quam duo« 
dedm millia solidorum. 

{i) L. I, ep. VllI... Dnum, qoià celeberrimum fuit, me possum neo 
debeo silere : audito, qui cathoiicam iidem diligil, me nunquam poterii 
non amare. 

(3) Ancien nom de Frangipani. Plus tard des membres de cette illustre 
SnniUe prirent parti contre les Papes. 

(4) Hérésie a ici le sens du mot schisme : c*est une des nombreuses 
preuves qu'au moyen âge encore le mot hérésie n'avait pas le sens pré* 
cis qu'il a reçu depuis. — Guibert, archevêque de Rayennes, fut placé sur 
le trûoe pontifical par la violence de l'empereur Henri IV. Cet anti-pape 
prit le nom de dément IIl. 



206 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

« ter ce que j'ai souffert pendant le chemin et dans la 
(( yille, obligé de peur d'être reconnu, de me faire le 
c serviteur de tous mes serviteurs. Comme un nouveau 
€ Nicodëme, j'allais la nuit trouver le pape dans la mai- 
c son de Jean Frica-pane; j'appris qu'il était presque 
c sans ressources et chargé de dettes. Pendant tout le 
c carême je restai près de lui et, s'il faut dire la vérité, 
« je pris charitablement sur moi toutes ses charges. Or, 
c quinze jours avant Pâques, Ferrucchio, à qui Guibert 
« avait confié la garde du palais de Latran, entra par in- 
c termédiaire en négociations avec le pape, lui promet- 
c tant que, moyennant une somme d'argent, il lui remet- 
c trait le palais et la tour (i). Le pape ayant réuni les 
c évêques et les cardinaux qui étaient près de lui, leur 
« demanda de largent, mais ils ne purent lui fournir 
c qu'une somme très-modeste, étant eux-mêmes dé- 
€ pouillés et appauvris par la persécution. Alors, voyant le 

< ponlife triste et abbattu jusqu'à en pleurer, je m'appro- 
( chai de lui, et lui dis qu'il pouvait conclure le marché 
(( avec Ferrucchio. Je donnai de l'or, de Targent, de la 
«K monnaie, j'achetai des mulets et des chevaux, e« ainsi 
c nous eûmes le Latran et pûmes entrer dans le palais. 
(( Là il me fut permis de baiser le premier le pied du 
« saint Père, assis sur la chaire apostolique, où depuis 

< longtemps aucun pape catholique ne s'était assis (2). % 

Vraiment nous devons des actions de grâce à l'abbé de 

(1) U tour appelée alors Crescentia^ et qui D*est autre que le château 
Saint-Ange. 

(3) Il y avait onze ans que l'anti-pape occupait Rome. . . « Si Cu est 
profileri veritatem, ejus onera, inquanlum potui, caritatis humeris aap- 
portavi... Quem ego ciim non solum tristem, veriun etiam pra idoûâ 
angttsUA lacrymanlem conspexiasem, cœpi et ipae flere, et flens accesai 
ad eum... Ubi ego primui oaculatus sum Oomini Pape pedes... • L. I, 
ep. VIII. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBfE. 207 

Saint-Aubin, qui en cherchant à nuire à l'abbé Geoffroy 
dans Tespril du pape Paschal, a déterminé celui-ci à écrire 
avec tant de simplicité le récit d'un fait si considérable que 
Thisloire a passé sous silence. Comme Geoffroy le disait 
loi-iDêffle, peut-on lire ces lignes et ne pas Taimer? 

Le pape Urbain II, voulut témoigner à l'abbé de Yen- 
dôme, toute sa reconnaissance. Ayant recouvré, grâce à lui, 
la liberté de son ministère apostolique dans la ville de 
Rome, le pape voulut sans retard en faire usage, en or- 
donnant prêtre lui-même le jeune diacre si généreux et 
si dévoué; puis il lui conféra le titre de cardinal de 
Sainle-Prisque, qui était un privilège des abbés de Ven- 
dôme (1). 

Geoffroy revint à Vendôme dès le printemps de 1094, 
décoré de la pourpre romaine, et apportant à ses frères 
en témoignage de l'affection du vicaire de Jésus-Christ de 
RouTelles conGrmations de tous leurs privilèges. L'année 
suivante Urbain II, étant venu en France pour prêcher la 
croisade, passa onze jours à Tabbaye de la Trinité. C'est 
alors que sur les réclamations des religieux, il fit au jeune 
abbé, à celui qu'il se plaisait à appeler son fils et frère 
Irès-aimé, les reproches que nous savons, au sujet de 
son serment d'obéissance à Tévêque de Chartres. Le pape 
examma lui-même tous les titres de privilèges de l'abbaye, 



(1) Avec le litre, les abbés de Vendôme avaieut reçu du pape Alexao'* 
<ire il, la propriété de l'église de Salnte-Prisque, au mont Avertin, l'une 
des plus aueienues de Rome. Ils devaient l'entretenir et y pourvoir au 
service divin ; malheureusement les papes eurent plus d'une fois, par la 
aile, à se plaindre de leur négligence, et durent enfin donner réglise 
i un autre cardinal résidant à Rome , mais en laissant aux abbés de la 
Trinité, ad honorem^ le nom de cardinal de Sainle-Prisque. — L'église 
de SaiDte-Prisque occupe l'emplacement de la maison oii cette sainte^ 
d'une fiamille pro-consulaire, fût baptisée par saint Pierre. ËUe a été 
recouslruite au xvu* siècle. (Cf. Guide du voyageur catholique par le 
chanoine de Bleser. Louvain, 1870.) 



208 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

les confirma, et promit de nouveau son appui aux reli- 
gieux de Vendôme, c Dès Tannée suivante, dit M. de Pé- 
tigny, Yves de Chartres fut contraint de céder à deux brefs 
que le pape lui adressa après son retour à Rome, et qai 
annulaient la promesse de Geoffroy, en défendant sous 
peine d'excommunication, de recevoir ou d'exiger à Fave- 
nir de semblables engagements. » Ainsi le pape Urbain 
rendit à Geoffroy le service inappréciable qu'il en avait 
reçu. 

Les relations de Tabbé de Vendôme avec le pape Pas- 
chal II, ne furent pas moins bonnes, bien qu'il y ait eu 
enti*e eux une difficulté d'un moment sur laquelle nous 
devons quelques éclaircissements. 

L'empereur d'Allemagne Henri V, s'était emparé par sur- 
prise de la personne du pape, et l'avait emmené hors de 
Rome. Paschal, après une captivité de deux mois, accablé 
de souffrances et affligé de menaces continuelles, cédant 
d'ailleurs aux vives instances d'un grand nombre d'évê- 
ques italiens, fatigués comme lui par la persécution, se 
laissa aller à un acte de faiblesse. Il signa un accord par 
lequel il autorisait l'empereur à donner les investitures 
aux prélats par la crosse et l'anneau, promettant en outre 
de le sacrer dès qu'il serait mis en liberté. Le pape tint sa 
promesse vis-à-vis de l'empereur et put aussitôt rentrer 
à Rome, où il fut reçu aux applaudissements de toute la 
ville. Hais cet acte, qui sans être aucunement un acte 
hérétique, et sans impliquer aucune concession de prin-* 
cipes, apparaissait comme une indigne rétractation de la 
courageuse résistance de plusieurs papes, excita dans 
tout le monde chrétien une surprise générale. En France 
surtout on ne put contenir l'expression du mécontente- 
ment qui se fit jour dans de nombreuses lettres adressées 
au pape. L'abbé de Vendôme ne fut point en retard ; dans 



XXXIZ* SESSION, À VENDOME. 209 

nne longue lettre, il blâma la faiblesse île Pascal II avec 
une énergie qu*on a pu avec raison troaver excessivCi 
mais dont Texpression a paru à H. de Pétigny « ferme et 
éloquente. > Nous en citerons les traits principaux. 

Yoici d'abord le titre de la lettre : 

c Alu Bienheureux Pape Pascal, son très-cher Seigneur 
« et Père, le Frère Geoffroy, le plus humble des servi- 
€ leurs du Siège apostolique. » 

Développant une pensée de saint Ambroise, Geoffroy 
flétrissait tout d'abord énergiquement l'empereur d'Alle- 
magne : c Yous savez parfaitement, Père très-bon, que 
< la barque de Pierre porta, jadis en même temps, Pierre 
cet Judas; et, comme dit saint Ambroise (1), tant que 
« Jadas y fut, la barque fut agitée par la tempête, mais 
« aussitôt que ce fils de perdition eut été mis dehors, la 
€ barque trouva la tranquillité et le repos... Or, en nos 
f tristes temps, un nouveau Judas, personne ne l'ignore, 
c est venu au monde enfanté par le diable ; il ne cesse 
c d'attaquer l'Eglise, et, par toutes sortes de moyens, il 
« s'efforce de lui arracher sa foi catholique, sa liberté, et 
€ la pureté de sa discipline. Il est donc nécessaire que la 
a foi du bienheureux Pierre paraisse avec une pleine vi- 
c gueur dans son siège particulier, que nous sommes ha- 
c bitués à ne voir jamais dans l'erreur... > Geoffroy rap- 
pelait alors au Pape avec quel courage saint Pierre et 
saint Paul défendirent jusqu'à la mort la vérité et la 



(1) Ambros. , libr. IV, in Luc, cap. iv. 

Goffrid. Vindœin.y libr. I, Ep. VII... Optimè nostifl, Pater optimè, 
natim Pétri, Pélnim simul et Judam habuisse. . . Et quià noatris tempo- 
ribos aller Jadas, parturiente diabolo, contra Sanctam Ecdesiam natus 
agnoscitar... valdè necesse est, ut nunc etiam fides B. Pétri in suft 
speeiali sede, quae nunquam errare coosuevit, tantiioi vigeat. . . 



âlO CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

liberté de foi catholique, méritant ainsi d'entrer dans 
les demeures étemelles : 

c Si donc, ajoute- t-il, celui qui occupe leur siège s'est 
c rendu indigne de leur heureux sort, en n'agissant pas 
(( comme eux, qu'il corrige lui*mème ce qu'il a fait, et, 
a comme un autre Pierre, répare sa faute par ses larmes... 
c Si c'est plutôt par crainte d'exposer ses fils à un danger 
c de mort, que par crainte de sa propre vie, qu'il s'est 
c laissé entraîner à des choses que le Christ condamne, 
a que les saints canons réprouvent : qu'il sache alors, 
a qu'en agissant ainsi, le Père n'a pu être utile à ses fils, 
c mais plutôt mettre obstacle à leur salut... > 

On remarquera Téloquence des lignes suivantes, où est 
développée uns grande pensée qui revient souvent sous 
la plume de Geoffroy, et nous découvre le secret motif de 
toutes ces luttes : « C'est par la Foi, la Charité et la Li- 
c berté que la sainte Eglise vit et prospère; si elle manque 
c de ces trois choses elle languit ; si, au lieu de condam- 
c ner, elle ordonne positivement l'investiture laïque (qui, 
€ suivant la tradition des saints Pères, est certainement 
€ une hérésie) (1) , si elle se soumet ainsi volontairement 
c d'elle-même au pouvoir séculier, elle se laisse enlever 

< du même coup la Foi, la Charité et la Liberté, et, ne 

< donnant plus signe de vie, elle pourrait passer pour 
€ morte... » 

(i) Voici le sentiment de Baroniusàaxa ses Annales ecclésiastiques t 
c La concession du droit d'investiture, sous la réserve de la liberté et de 
la canonicité des élections, consentie par le pape Pascal II, ne cons- 
Utue pas une hérésie. Mais soutenir qu'il est du droit canonique^ ({ue 
les laïques doivent donner les investitures, ce que n'a jamais dît Pas- 
cal, voilà ce qui serait une hérésie formelle. » C'est dans ce dernier 
sens que l'abbé Geoffroy, et plusieurs conciles provinciaux de ce temps 
disaient que le droit d'investiture < était certainement une hérésie ; • ils 
se gardaient bien de condamner la concession de Pascal, comme un actû 
héretijue. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 211 

Geoffroy terminait ainsi cette longue lettre : 
€ Le Prophète ayant été trompé par la ruse de Satan, 
a il est devenu nécessaire que Tânesse sur laquelle il est 
«assis élève la voix et corrige la faiblesse insensée de ce 
( prophète qui a transgressé la Loi divine, en se rendant 
c aux désirs coupables d'un roi sacrilège. Et puisque, en 
c nos tristes temps, nous avons dû voir Lucifer tomber 
( do ciel, nous devons prendre garde de nous attacher à 
(loi en dissimulant son impiété, sous quelque vain 
« prétexte, de peur que nous ne tombions avec lui dans 
« Tabîme où il n'y a plus d'espoir. Si je n'en ai pas dit 
( autant que je le devais, il faut l'imputer seulement à 
« mon ignorance ; si j'en ai trop dit, qu'on me pardonne 
( cet excès, qui vient uniquement de la haine de l'iniquité 
«et de l'amour de la justice (1). » 

Cette lettre peint au vif le caractère de Geoffroy ; em- 
porté par son ardeur naturelle, il a certainement dépassé 
la mesure en employant, dans cette douloureuse circons- 
tance, des expressions trop rudes, surtout trop peu res- 
pectueuses; Yves, de Chartres et Hildebert, du Mans, 
pour ne citer que ces deux évêques, surent incontesta- 
hlement exprimer leur sentiment avec une aussi grande 
fermeté, une aussi grande liberté, bien que sous une 
forme plus modérée. Toutefois, l'emportement de notre 
abbé, paraîtra peut-être excusable, et on lui accordera le 
pardon qu'il demandait, si l'on veut songer que cette exa- 



(l) Goffrid. Vindocin.^ Ubr. I, Ep. VlI*. «... Fide, libertale, cas* 
Utate, \i\ii ac \'iget Ecclesia ; qux, si non habei, languet et separalur k 
>ilà : nam ûde fimdatur, orniiur cofitilate, libertate regitur. . . Dum à 
Satana propheta sicut Balaam corruplos agnoscitur, valdë necesse est, ut 
coi residet, asina loquatur, et propbetae corripiat insipientiam ... Et 
qaoniam Lucifenim, iiostris temporibus è ccelo lapsum cognoscimus . . . 
Sî miutis qoam debai dixi, ignoranliae depatetur : si amplius, quià de 
odio ioiqttitalis et aequitatis amore processit, igooscatur. > 



212 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

gération avait pour cause son indignation contre Pinjos- 
tice, son amour de TEglise^ qu'il voulait toujours voir 
pure et libre, enfin la crainte, inspirée par une foi vive, 
de se rendre coupable devant Dieu, en ne protestant pas 
assez énergiquement contre toutes les défaillances. Du reste, 
un passage d'une autre lettre, que nous tenons à rappro- 
cher de la précédente, montre de quelle manière, à la 
fois ferme et charitable, Tabbé Geoffroy appréciait au 
fond de son âme la conduite du pape Pascal. Ecrivant au 
pape au sujet d'une affaire qui intéressait son monastère, 
Geoffroy ne pouvait s'empêcher de faire allusion au grand 
événement qui agitait toute la chrétienté. Il disait donc à 
Pascal II, eu terminant cette lettre : 

c Si la violence du roi allemand vous a arraché un acte 
« peu conforme à la justice, si la crainte d'exposer à un 
c danger de mort plusieurs de vos fils a fait ainsi faiblir 
a votre bouche plutôt que votre cœur^ ce que Ton recon- 
c nait de défectueux dans cet acte, fait qu'on attend une 
c plus scrupuleuse justice dans les autres causes. Père 
c très-bon, s'il y a eu dans cette action quelque chou 
c éFincorrectj ne vous en affligez pas outre mesure : 
c qu'une disposition arrachée par la violence d'un roi, ne 
c trouble pas par trop votre esprit ; mais appliquez- vous 
c maintenant résolument à soutenir, dans toutes les autres 
c affaires, tous les droits de la justice, afin que l'on voie 
« bien que, si vous avez cédé au roi par un sentiment 
« trop humatUy il n'y avait là qu'un excès de compassion 
c paternelle pour ceux de vos fils qui étaient exposés à la 
c persécution (i). » 

(1) L. I, Ep. VI». Qnod ai violenlia teutonici régis atiquid cquitalis 
uiiiiu à vobiB eztonit ; . . . non vos ultii modum afficiat, si qua fuit si- 
nistraoperatio... Quod régi iecit vestra humanitas, feci<se credatur 
pro vitft filiorum paterne compassione. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 213 

Aiosi l'abbé de YendAme, écrivaut au Pape, appréciait 
sa condaite dans les termes mêmes qui sont devenus l'ar- 
rêt de l'histoire bien informée et impartiale. Et mainte- 
nant nous ne pduvons mieux conclure ce trop court exposé 
des relations de l'abbé Geoffroy avec Pascal II, qu'en re« 
produisant les lignes suivantes de M. de Pétigny : 

f La lettre si ferme et si éloquente de l'abbé de Yen- 
« dôme, dut faire impression sur le pape Pascal ; rece- 
c vant de toutes parts des avertissements semblables, il se 
«repentit d'avoir cédé, et convoqua en 1112 le concile de 
c Latran où les concessions qu'il avait faites au pouvoir 
«impérial furent solennellement annulées (1). » 

Quand le successeur de Pascal II, Gélase II, chassé de 
Rome pour la seconde fois par l'empereur d'Allemagne, 
fut mort en France, au monastère de Ctuny, où il s'était 
relire, le Sacré Collège élut pour lui succéder, Guy, ar- 
chevêque de Vienne, en Dauphiné, qui prit le nom de 
Calixte II. 

Le nouveau pape, issu, comme Geoffroy, d'une illustre 
famille (2), était pour l'abbé de Vendôme un ancien et 
très-intime ami ; Geoffroy lui avait rendu autrefois de pe- 
tits services qu'il aimait à lui rappeler : ainsi il avait été 
pour une affaire concernant son diocèse, son intermé- 
diaire auprès du pape Urbain (3), et, pendant un voyage, 
Guy ajant été dépouillé la nuit par des voleurs auprès de 
Tours, il lui avait donné c une pelisse grise et diverses 
fourrures (4). > Comme on doit le penser, leurs relations 

(1) Bitt. du Vendômois^ p. 252. 

(2) Caltxtd était fils de Guillaume, comte de Sens, « dont la bmUIe 
<t>U Olnstre par ses alliances impériales et royales. > (Soger, Vita Lodo- 
'Jd régis VI.) 

(3) Ltor. I, Ep. X*. 

(7) Et cum apud Turonum nocte... non dimidiam western, ut B. 
Martinns, aed grisiam peUidamiatque varias pellas obtuU patri meo. . • 
L. I> Ep. m. 



214 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

furent des plus affectueuses et leurs correspondances très- 
fréquentes. 

Mais Calixte, se souvenant des services rendus par 
Tabbé de Vendôme à l'archevêque de Vienne, ne voulut 
point se borner à lui témoigner son affectueux dévoue* 
ment par des lettres, ou par quelqu*entrevue solennelle. 
Comme autrefois le pape Urbain, il ne voulut pas quiUer 
la France sans visiter Geoffroy à Vendôme même, et ci- 
menter par une nouvelle bénédiction les liens de foi et 
d'amour qui, depuis sa fondation, rattachaient notre abbaye 
à l'Eglise de Rome. Ce fut pendant l'hiver de 1120 que 
Calixte II passa quelques jours à l'abbaye de La Trinité, 
et il est à croire qu'il fut content de la réception qu'on lui 
fit, car dès son arrivée à Rome, le 6 avril suivant, il écri- 
vit à Geoffroy : 

c Vous serrant dans nos bras avec une affection tuu- 
c jours plus forte, comme notre Frère très-cher dans le 
c Christ, nous souhaitons vivement voir à l'avenir s'ac- 
c( croître encore la douce familiarité et l'ancienne amitié 
• qui nous unit. Nous désirons beaucoup honorer votre 
c personne, aider votre église et la favoriser. Nous saluoMy 
< par votre entremise^ tous vos frères^ leur accordant la 
c bénédiction du Dieu Tout-Puissant, et celle des saints 
c apôtres Pierre et Paul, et toutes les dignités, tous les 
« privilèges, toutes les immunités qui ont été accordés 
€ par l'Eglise romaine à vous et à votre monastère. Nous 
c les ratifions et confirmons à perpétuité (1). > 

Geoffroy dut aller souvent à Rome, visiter le Vicaire de 
Jésus-Christ qui le comblait de marques d'estime et de 

(1) Ap. Biblioih. max. Patrum, t. XXI, p. 3. 

« Te,8icut fralrem in Christo carissimum, ampUorâ dilectlonis bradûis 
amplectentes, . . . personam tuam honorare et ecclesiam Uiam juvare 
cnpimus et fovere. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 215 

tendresse et ne cessait de l'appeler près de lui. Aussi 
nous pensons, bien quil soit impossible d'en donner une 
preuve positive, qu'il faut placer sous le pontificat de 
Calixtell^ le plus grand nombre des voyages de notre 
abbé à Rome. C'est donc ici le lieu d'en parler. 

Certes, ce n'était petite chose que de partir pour Rome 
au xn« siècle ! Quand on songe à la longueur de la route, 
à l'état des voies de communication, au développement du 
brigandage, on comprend tout ce qu'il y avait de fatigues et 
de dangers dans un semblable voyage, tout ce qu il fallait 
d'énergie et de résolution pour l'entreprendre. Est-il donc 
étonnant que Geoffroy ait cité lui-même, comme preuve 
de son amour pour l'Eglise romaine, le fait d'avoir passé 
douze fois les Alpes : duodecies Iransalpinavi ? Et peut- 
on trouver étrange de rencontrer à côté de cela, dans ses 
lettres, certaines plaintes échappées à la nature, au mo- 
ment ou à la pensée d'un prochain départ ? 

Il écrivait au Pape : c ... Tout ce que j'ai souffert l'an 
( passé de fatigues et de craintes pour aller vous voir, 
c mon très-cher Père et Seigneur, ainsi que le pillage de 
c mes bagages, je vous le raconterai de vive voix... Je 
c serais déjà parti si j'avais pu trouver un compagnon de 
€ voyage qui m'inspirât confiance. Je dois dire aussi que 
« j'ai craint les mortelles chaleurs d'Italie : le Christ nous 
€ ordonne, il est vrai, de porter la croix, mais non pas 
€ d'aller nous faire enterrer... (1). » 

Une autre année il écrivait : c J'ai un grand désir d'al- 
f 1er vous voir, mon très-bon Père, et j'avais même ré- 
c solude faire à Rome un assez long séjour; mais l'infir- 
« mité dont je souffre, sans changer la disposition de 

(1) Nunc Qtique venissem, sed societatem invenire non potui aecuram, 
et ffiortiferos Italûe calores timebam : bajulare quidem craoem Cbristus 
jobet, Don qoaerere sepultaram.,. L. I, Ep. XIII. 



216 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c mon cœur, me contraint de renoncer à mon projet. 
< Cette infirmité a été causée par mon excès de travail et 
c la fatigue de mes nombreux voyages à Rome... Enfin, 
c bien que notre âge et nos infirmités demandent plutôt 
c désormais le repos que le travail, bien que, dans le fond 
c de mon âme, je redoute extrêmement de mourir en 
c voyage, j'essaierû encore cependant, porté par mon 
c cœur, d'aller vous trouver le plus tôt qu'il sera pos- 
c rible... (1). > 

n faudrait pouvoir citer tout ce qu'il écrivait â ce sujet 
â ses amis ; mais ce serait dépasser les limites de ce tra- 
vail. A la première nouvelle du Concile général, convoqué 
par le pape Calixte, pour conclure par un arrangement 
définitif, la trop longue lutte de la papauté et de l'empire 
au sujet de l'investiture, Geoffroy avait écrit â l'arche- 
vêque de Reims : c J'ai le plus grand désir d'aller à Rome 
€ avec vous : mandez-moi le jour et le lieu où je pourrai 
€ vous joindre (2). > 

Mais quelques jours après il écrivit de nouveau à ce 
prélat : « On dit maintenant que le concile se tiendra à 
c Rome et non, comme nous le pensions, â Crémone. Je 
c vous avoue que cela me trouble beaucoup... Je redoute 
a l'âpreté de la saison et les tribulations de ce long 
« voyage... (3). > 

Ces craintes de Geoffroy étaient partagées par d'autres ; 
voici quelques lignes d'une lettre adressée à un ami, par 
l'évêque du Hans, Hildebert, au moment de son départ 
pour le même concile : « Nous avons plus que jamais be- 

(1) ... Infinnitalem ex nimio labore et multiplici roroano iUnere con- 
traxi. . . aoimo tnbente, ad yos, pie Pater, quam ciUiu potero, venire ag- 
gredlar... L. I, Ep.XIY. 

(2) L. I, Ep. XXXI. 
(8) L. m, Ep. XUII. 



XXZIX* SESSION, A VENDOME. 217 

( soin de vos prières en ce moment, disait-il, pour sup- 
c porter les fatigues du voyage de Rome, où le pape con- 
c Toqae les cardinaux, les é?êqucs et les abbés de ce cAté 
( des monts, pour tenir dans la Ville un concile général : 
c au moment de partir, nous redoutons le mauvais temps 
c de cet hiver, la neige pour passer les Alpes, les inon- 
« dations, puis la colère de l'empereur, les séditions 
«populaires et le pillage des palais... (i). > 

Il y avait donc du mérite à faire douze fois le voyage de 
Rome dans ces conditions; et lorsque nous rapprochons 
eette marque d*affection donnée à plusieurs papes par l'abbé 
Geoffroy, des services éminents qu'il leur avait rendus, 
personne ne nous accusera d'exagération si nous disons que 
le premier trait du caractère de l'illustre abbé, fut un dé- 
voaement inébranlable pour l'Eglise romaine; personne ne 
s'étonnera que, la regardant particulièrement comme sa 
mère, et toujours en lutte pour soutenir ses droits, il ait 
cherché près d'elle, en toute circonstance, une protec- 
tion qui ne lui manqua jamais ; personne enfin ne refu- 
sera son admiration à cette déclaration si fière, mais toute 
empreinte de foi et d'amour : c Que tous, amis ou enne- 

< mis, en soient bien convaincus : jamais pour payer leur 
u protection ou leur appui, je ne leur soumettrai contrai- 

< rement à l'ordre, notre monastère, patrimoine de saint 

< Pierre... Ce n'est pas moi qui ai donné l'église de Yen- 

< d6me à l'Eglise romaine , ce n'est pas moi qui la 
<lui enlèverai; si j'essayais de le faire, je pécherais 
'(Contre mon âme... Je serai toujours fidèle à cette 

^) Hildebert. ep. Cenomann., Bibl, m. P. P., t. XXI, p. 156. 
* Maifaaè hac in tempestate tnis ovaUonibus egemus, fatigandi Romam... 
tempos Même suspectum ; nivibos Alpes, incrementia aqac, vincutta im- 
P^tor, se diUonUMis civitas, exactione palatiam : omnia hstc orationi- 
ttot eTsenari posse credimos-, solam exacUonem nec ovatione, nec jejonio 
toûperari. 



218 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c Eglise romaine , à laquelle je me dois toat entier ; 
c pour son amour, je supporterai, s*il le faut, avec cou- 
tt rage et constance toutes les vexations, et je ne refuse 
a pas de souffrir encore pour Elle de plus grands maux, 
c si cela devient nécessaire (1). » 

§ V. — Rapports de Vabbé Geoffroy avec les évéques de 
Chartres et du JUans^ et avec les comtes de Vendôme. 

Par la volonté de son fondateur, l'abbaye de Vendôme 
était exempte de la juridiction du comte de Vendôme et 
de celle de Tévèque de Chartres ; au temporel comme 
au spirituel elle relevait immédiatement du Saint-Siège 
auquel elle appartenait au même titre que les autres 
portions du patrimoine de saint Pierre. On ne peut 
nier Tavantage de ce double privilège, à une époque où 
l'autorité royale était encore presque nulle en France, 
tandis que celle du pontife romain y était universellement 
reconnue et respectée; mais ce fut pendant longtemps une 
source de difficultés innombrables pour les abbés de Ven- 
dôme, exposés à mille tracasseries jalouses de la part des 
évéques et des comtes* 

La difficulté soulevée par Tévèque Yves de Chartres, 
lors de la bénédiction de l'abbé Geoffroy, ne s'apaisa pas 
facilement, et laissa toujours subsister entre eux une se- 
crète disposition à l'hostilité, qui devait se manifester à 
la première occasion. Or, l'abbé ayant été obligé de sévir 
contre un religieux indiscipliné nommé Daniel, celui-ci 

(1) lUud amici et inimici firmissimè credant, quod nuUi dabo meroft- 
dem illam, ut pro suo auxilio, monasterium nostram, alodium B. Pétri, 
sibi inordiDatèsubjicianae... Viadocinensem eccleaiam saucte romaïuB 
ecclesis uec dedi nec aaferain. . . pro cujus amore ac fidelitate muttipU- 
cata gravamina virtute coustanlise, et animi integrilatesustineo ; nec mûltô 
majora^si emenerint, pro iUà sustinere recuso... (L. II, £p. VU, ad 
Yv. Caraut.) 



XXXTX** SESSION, A VENDOME. 219 

s'était enfui du monastère, contrairement à son vœu d'o- 
béissance, et réfugié chez l'évéque de Chartres. Yves, par un 
sentiment assurément très-louable, écrivit à l'abbé Geof- 
iiroy en faveur de ce religieux. On n'a pas manqué sou- 
vent de plaindre ce dernier et de reprocher à Tabbé son 
« inflexible rigueur. » Mais il ne faudrait pas oublier que 
ce moine, dont on voudrait faire une innocente victime, 
s'était soumis de lui-même, volontairement, librement à 
la régie de Saint-Benoit, laquelle, non-seulement prescrit 
l'obéissance la plus rigoureuse, mais interdit même sévè- 
rement le simple murmure (i). Voici la réponse de Geof- 
froy à révèque de Chartres; nous croyons qu'on n'y trou- 
vera rien que de raisonnable : 
< Nous avons l'intention d'user de miséricorde à i'é- 

< gard du frère que vous nous avez recommandé. Mais 
« sachant qu*une bonté mal réglée tCesi pas charitéy nous 

< jugeons utile, même nécessaire pour /ut, de le faire 
«revenir avant tout à notre monastère, aCn que, deman- 

< dant pardon à tous ses frères, il mérite ainsi de l'obte- 
tt nir... En vérité, quant à nous, nous serions prêt à lui 

< pardonner, sans exiger aucune satisfaction, pour vous 

< être agréable : cependant nous ne pouvons pas, nous ne 

< devons pas promettre ce qui serait un bien trompeur, je 
(dis mieux, un vrai malheur pour cet homme (2). Qu'il 
(revienne donc d'abord au monastère ; qu'il avoue hum- 

< blement ses fautes devant tous ses frères, et ensuite je 

< itti accorderai sans difficuUé tout ce qui pourra être 
« (igréable à votre sainteté (3). > 

(1) Règle de Saint-Benoit, trad. de dom Guéranger, abbé de Solesmes, 
eh>p. V et Lviii. 

(t) . . . Sed quia inordmatam remissionem pietatem esse non credimus, 
otite âbi,... sedhomini veraminfelicitalem et falsam beatitudinem nec 
audemus promiltere, nec poasumus. . . ~- Libr. II, Ep. III. 

S) Venîat igitur ad monasterium, et se eiraisae humiliter confitea* 



220 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Geoffroy s'engageait donc formellement à user de mi- 
séricorde envers le coupable : il y mettait une seule con- 
dition, nécessaire pour le bien de ce malheureux, près* 
crire, d'ailleurs, par la règle (1), et parfaitement raison- 
nable, l'aveu public d'une désobéissance devenue un scan- 
dale public. Il faut croire que Tévèque de Chartres fut 
satisfait de la réponse de notre abbé, car il n'insista point, 
et même, suivant toute apparence, éloigna de chez lui le 
moine rebelle. Toujours est-il que Daniel , quittant 
Chartres, vint chercher un refuge auprès du comte de Yen- 
dôme, qu'il avait de bonnes raisons pour croire hostile à 
l'abbé. Laissons ici la parole à M. de Pétigny : c II ne 
craignit pas de revenir à Vendôme même, et se mit sous 
la protection du comte Geoffroy de Preuilly, qui l'accueil- 
lit dans son château. Ayant gagné la conflance du comte 
et celle de la comtesse, il leur peignit, sous les couleurs 
les plus sombres, la tyrannie de l'abbé, et les haines se- 
crètes qu'elle avait soulevées dans la communauté, et leur 
persuada qu'avec l'appui de la force extérieure, le parti 
des mécontents pourrait prendre le dessus, et renverser, 
par une nouvelle élection, un pouvoir odieux. » L histoire 
du Vendômois ajoute que le comte € se laissa aller facile- 
ment au désir de se venger de l'homme qui avait osé lui 
résister en face. > Nous voulons bien le croire, car, mal- 
heureusement pour l'honneur de ce comte, cela ne semble 
aucunement une calomnie : mais on nous permettra de 
faire remarquer qu'il n'avait point à se venger, c L'homme 
qui avait osé lui résister en face > Tabbé qui, un an avant, 
lui avait dit : Vous ne pouvez sans crime piller les biens 
de mon abbaye, et l'avait, pour ce crime, lait condamner 

tor. . . et qaod deinceps de eo fieri vestne sanctitati plaeaerit, aine dilB 
coltate impetrare potuerit. L. Il, Ep. III. 

(1) Règle de Sdnt-BeDott, chap. xxix. 



X2CXIX* SESSION, A VENDOME. 221 

par révéque, n'avait fait que son devoir. Le comte n'avait 
donc point d'injure à venger; il n'avait que des torts à se 
faire pardonner. On ja voir comment il chercha à les 
faire oublier, et par quels procédés il pensait rétablir la 
bonne intelligence entre lui et Tabbé. 

Avec une escorte de gens armés^ le comte envahit le 
monastère, força les portes du chapitre, où tous les re- 
ligieux étaient assemblés, et fit asseoir le moine Daniel 
dans une stalle. Aussitôt l'abbé sortit en prolestant contre 
cette violence, et tous les religieux suivirent leur supé- 
rieur, prouvant ainsi qu'il n'y avait parmi eux aucune 
t haine secrète, > ni aucun désir de c renverser un pou- 
voir odieux. > En présence de cette réprobation unanime, 
et voyant tous leurs calculs trompés, le comte et son 
client se retirèrent, très-confus probablement^ mais plus 
résolus que jamais c à se venger. > En effet, Geoffroy de 
Preuilly, toujours entouré de ses hommes d'armes, con- 
duisit Daniel dans un prieuré du Yendômois, et l'y éta- 
blit de vive force, après en avoir chassé tous les reli- 
gieux. 

De tels actes sacrilèges ne pouvaient rester impunis. 
Hais l'abbé comprit tout ce qu'il avait à craindre de la 
colère du comte en faisant usage contre lui des armes 
spirituelles, comme c'était son devoir. Il quitta donc Yen- 
dôme et se réfugia près de Tours, à l'abbaye de Harmou- 
tiers, d*où il lança Vinterdit (1) sur le château et la ville 

(1) Geoffroy a été blâmé d'avoir pris cette mesure, présentée comme 
■ un instrument de vengeance du moyen Age. » Or, rien n'est moins exact. 
L'interdit a pour but de réveiller dans une population la haine du mal, 
et de contraindre ainsi, par une réprobation universelle, les auteurs d'un 
crime ou d'un scandale public k taire amende honorable. Si on veut y ré- 
ftécliir, rien n'est plus juste, et, surtout au moyen âge, quand les popu- 
lations tremblaient devant l'omnipotence des seigneurs, rien n'était plus 
nécessaire. Du reste, l'interdit ne porta jamais que sur la solennité re- 
ligieuse des baptêmes, mariages, enterrements ; en temps ^inltrdil on 



222 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de Vendôme, en excommuniant le comte avec tous les 
fauteurs et adhérents de sa violence sacrilège. Comme le 
droit Texigeait^ il demanda à Tévéque de Chartres de con- 
firmer sa sentence afin de la rendre exécutoire, et Yves 
se rendit à cette demande trop bien justifiée. Geoffroy 
ayant écrit à Févèque pour le remercier, ajoutait : c Une 
c chose, cependant, serait très-utile, même nécessaire, 

< et nous osons vous la demander humblement ; ce serait 
c d'étendre Tinlerdiction des divins ofQces à tout le comté, 
c et de frapper le comte lui-même d'une excommunîca- 

< tion plus sévère. Le peuple qui n'ignore pas l'injustice 
€ dont nous souffrons, à qui cette iniquité déplaît beau» 
c coup, et qui verrait avec plaisir un acte de justice plus 
c rigoureux, en prendrait occasion pour crier tout haut 
f contre le comte. Ainsi, puisqu'il ne veut pas renoncer 
€ spontanément et pour l'amour de Dieu, à son injustice, 
€ il serait amené, du moins, malgré lui, à y renoncer par 

< la crainte des hommes (i). i 

Il est vrai, Yves de Chartres ne crut pas devoir accéder 
à cette demande de Geoitroy, et même, pour adoucir la 
rigueur de l'interdit, il autorisa le clergé de Vendôme i 

peat et on doit baptiser les enfants, donner les sacrements de Pénitence, 
d'^uctiaristie^ d'Ëxtrème-Onction, aux mourants et enterrer les mortst 
mais sans cérémunies, c'est-ànlire en supprimant le son des cloches, les 
chants, les processions, Tassistance du clergé, etc. Avant le concile de 
Trente r<n/erc/i/ n'empêchait même pas les mariages, puisqu'ilsétaieot va- 
lides sans l'assistance du curé et sans la présence de témoins. Enlio, il i 
toujours été permis en temps d'interdit, de continuer à tenir les registres 
de baptêmes et de décès, qui alors constituaient l'état civil. Mais V interdit 
suspendait la récitation pubUque et avec cliant de Tofûce divin, l'oUation 
du saint sacrifice de la messe, Tadministralion des sacrements dont la 
réception n'était pas actuellement nécessaire. U en résultait donc une gêne 
pour les habitudes religieuses des populations chrétiennes, mais jamais une 
suspension de toutes les relations sociales. {Gurtj^ Theolog. moral, cum 
annot. P, buUerini, De Censuris, cap. u, art. m, nom. 1009 et seq. 
Ëdit. Romana. Devo(t\ Jus canonic, tom. IV, ttU XiX.) 
(1) Libr. U, Ep. XVI*. 



XXXIX' SESSION, A VEfa)OME. 223 

enterrer les pauvres. On a reproché à Geoffroy de s*étre 
plaint amèrement de cette concession du prêtât. Ecoutons 
donc cette plainte. 

f Yous avez autorisé à enterrer les pauvres ; nous n*o-* 
( sons et nous ne pouvons donc refuser cela. Cependant, 
( soit dit sans manquer au respect qui vous est dû, si les 
f corps restaient privés des honneurs de la sépulture pour 

< la cause de l'Eglise, les âmes n'auraient pas pour cela 
€ moins de gloire. Votre sainteté ayant accordé le droit 

< d*enterrer les pauvres , on enterre tout le monde 
c indistinctement (1). ^ Où voit-on dans cette lettre la 
trace d'une plainte amère ? et pouvait-on faire remarquer 
avec plus de modération et de respect l'abus réel auquel 
donnait lieu l'adoucissement accordé par le prélat? Mais 
ce qui montre à quel point Geoffroy avait raison de récla- 
mer contre une indulgence qui ouvrait la porte à l'injustice, 
en annulant l'interdit lancé par l'évéque, ce sont les faits 
incroyables qu'il dut lui signaler quelques jours plus 
tard : 

€ Sachez, père très-bon, écrivait Geoffroy à Tévèque, 

c sachez qu'au château de Vendôme, les chanoines de 

c Saint-Georges qui se disent réguliers, ont célébré 

€ solennellement une fête dans l'église de Saint-Pierre^ 

« les portes ouvertes, d'autres clercs du même château 

c ont enterré avec des processions publiques, un bour* 

« geois décédé, enterrant avec lui la justice qui leur 

a semble morte. Nous vous aurions écrit plus tôt au sujet 

f de cet enterrement de la justice ecclésiastique, et sur 

c la manière de la venger, si un humble moine pouvait 

€ accuser de désobéissance une multitude de clercs, et si| 

(i) Ibid. « Sed salvâ vestrâ pace el reverenti dicimus, si insepulta 
remanerent pro eecleslae justitia, non ideo anims minus hal>erent de 
gloriâ . t • Sab nomine pauperum, jam à sepulturji nullos excluditur. » 



324 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c d'autre part, il ne semblait présomptueux d'enseigner ce 
c qu'il faut faire à un pontife si instruit et si sage (1). > 
On a dit, il est vrai, pour excuser les chanoines 
de Saint-Georges, qu'étant les chapelains du comte, il 
leur était bien difficile de résister à ses volontés : singu- 
liers chanoines réguliers, on en conviendra, qui, par 
crainte de mécontenter le seigneur temporel, bravent leur 
évèque, se mettent, en violant l'interdit, sous les coups des 
plus sévères censures ecclésiastiques! Et on trouvera fou- 
gueux et exagéré l'abbé de Vendôme, parce qu'il témoigne 
son indignation ! 11 faut avouer que l'on pourrait être indi- 
gné à moins. 

Quelle fut la fin de cette triste affaire? Le peuple se 
récria, le comte céda, vint en costume de pénitent faire 
amende hononable, aux genoux de l'abbé, dans l'église 
de la Trinité; et le moine cause de tous les scandales, se 
jeta à son tour humblement aux pieds de Geoffroy en 
demandant pardon. Abandonné par ses protecteurs il ne 
pouvait plus faire autrement. Mais est-il vrai, comme on 
l'a dit et répété, que la sentence posée contre lui fût trop 
sévère? Il fut dégradé de toutes fonctions dans la commu- 
nauté, déclaré inOime et condamné à une prison rigoureuse 
au pain et à l'eau. Cette punition peut sembler d*une dureté 
extraordinaire à qui n'a aucune idée delà vie monastique; 
mais en réalité, c'était tout simplement l'application de la 
règle de Saint-Benoit (2). Nul doute d'ailleurs, que si ce 
malheureux religieux était revenu à l'abbaye quand Té- 
véque Yves de Chartres avait eu la bonté de le recom-* 

(i) « Noverit, carisaiiiie Piter, vestra dilectlo in cattro Vindocûiii 
dicton iUos reguUres B. Georgii canonioot. . . quemdam burgensem de- 
functum et com eo jiuUUam (joasi defniiciam updientes. . . » Libr. II^ 
Ep. XVII*. 

(i) Règle de Saint-BenoU, chap. xxiv-xxvwxxa. 



XXXIX* SESSION, A YENDOBIE. 22S 

mander à la clémence de Tabbé, sa peine n'eût été infini- 
ment plus douce. 

On a pu voir par ce fait combien la différence des 
caractères, et aussi le souvenir pénible de la première dif« 
ficulté, rendaient désormais délicates toutes les relations 
de Geoffroy avec Yves de Chartres. Cependant, nous pou- 
vons le dire, Tabbé fit tous ses efforts pour vivre ordinai- 
rement avec révoque en boone intelligence, et il eût le bon- 
heur d'y réussir. Nous trouvons dans ses lettres plus d'une 
preuve des avances qu'il faisait à Yves. Ainsi il lui écri- 
vait : a Je me mets entièrement à votre disposition, de ma 
f personne et de mes bieos; et si vous m'ordonnez d'al- 
€ 1er à Rome en votre nom, comme je le souhaite de- 
c depuis longtemps, je suis tout prêt à vous obéir. Vous 
€ pourriez peut-être trouver quelqu'un qui accomplirait 
€ vos ordres mieux que moi, mais vous ne trouverez cer- 
c tainement personne qui les exécute avec plus de plai- 
c sir. Je puis le dire en conscience ,vous ne trouverez 

< pour cette mission aucun serviteur plus fidèle, ni plus 
« désireux de vous être utile (1). » Ne sent-on pas à travers 
ces offres de service et ces protestations de dévouement, 
dites avec toute la bonne grâce d'un gentilhomme, la 
préoccupation de faire oublier à l'évéque des souvenirs 
gênants ? 

Ainsi encore au retour d'un voyage à Rome il lui écri- 
vait : <( Je puis vous apprendre que notre seigneur le 

< Pape possède la ville de Rome et l'Eglise romaine en 

< paix et en parfaite tranquillité. J'ai trouvé le seigneur 

(1) « Rdatum mihi est qnod mandatum D. Papae acoepistis qaateDiis 
aat per vos aut per legalum Teslrum Romam, usque ad Nativitatem Do- 
mini Tiatetis. . . Si Romam pro vobis ire jusseritis, quod diù optavi, obe- 
dire non recoso. . . testis est mihi conscientia mea, quod nec magis â- 
dam, me nec magts voluntarium quam me, in hoc vestro negotio, invenire 
poteritîs famulum. . . > Libr. H, Ep. \*. 

15 



326 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE I^ANCfi. 

c pape à Rome et dans l'entretien qne j'ai en atee lai, 
« entre autres choses, je lui ai dit sur votre personne, 
c tout le bien que je pouTsis et devais en dire (1). « 

Cependant GeoCRroy ne pouvait s'empêcher parfois de 
trouver qu'Yves ne répondait pas comme ii le souhaitait à 
ses avances; c'est sans doute sous l'impression de cette 
pensée qu'il lui écrivait : c Je dois vous aimer alors même 

< que vous ne m'aimez pas. Je voudrais cependant vous 
c voir tempérer du miel de l'affection la boisson amère que 
c vous m'avez souvent présentée... Soyez-en persuadé, 

< je souhaite très-vivement d'être en paix et de méri- 
c ter voire affection ; et dès que j'aurai senti que vous 
c m'aimez réellement, je serai prêt à faire pour vous 
« servir tout ce que je pourrai faire sans encourir l'indi- 
c gnation du pape, ou exposer les droits de mon 
« ordre (2). > 

Venons maintenant aux relations de l'abbé Geoffroy 
avec le vénérable évêque du Mans Hildebert. Il s'éleva 
entre eux une difficulté dont on a souvent tiré parti pour 
présenter sous un jour défavorable le caractère de notre 
abbé. Hais nous devons dire qu'avant ce désaccord très- 
passager, comme depuis, leurs relations furent très-ami- 
cales. Il ne faudrait pas d'ailleurs, suivant nous, con-* 
dure trop vite de quelques paroles un peu vives, de 
quelques traits piquants, ramassés çà et là dans les let*- 
très de Geoflroy, qu'il ait eu l'intention de blesser l'évèque 



(i) ... « RonuB Dominom Papam iaveni, cnm qao Inter &]U,de vobis 
locatns, bona qoae potui et debui de ?e8tra penona dioere, quidqiiid alii 
moflsitaBaeat, illi noo tacoi. . • > L. II, Ep. XVIII. 

(i) ... « Amare cœpimiu eUam non amantem. . . Si amaritadinia po- 
cnla, qnai nobia aspiua propinaatia, mille dilecUonia tempoiire plaoïe- 
rit. . . NttUom Testrum recnaamus aervitium, in quo Domini Pap» iiidS- 
gnationem non mereamur, nec ordinia noatri Incurremua periealiun. . . > 
Libr. II, Ep. X. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 227 

on de le traiter en ennemi ; on doit se souvenir que Geof- 
frof écrivait au xii« siècle : il serait donc injuste d'exiger 
de lui les délicatesses et les finesses de langage des per- 
soimages du xti« siècle. Et si Ton s'étonnait de voir un 
religieux traiter avec aisance, parfois même, pourquoi ne 
pas le dire? avec familiarité , un vénérable évêque , il 
noQ8 serait facile de répondre que Tabbé de Vendôme 
était, comme position sociale, l'égal de l'évèque du Mans, 
et que, dans TÉglise, il était revêtu comme cardinal, bien 
({ue ample prêtre, de la plus haute dignité après celle du 
Pape. 

Quoiqu'il en soit de cette appréciation, voici les faits. 
La comtesse de Vendôme, Euphrasie^ veuve du comte 
Geofliroj de Preuilly, voulut reprendre le prieuré de Savi« 
gnj qu'elle avait autrefois donné elle-même à l'abbaye de 
Teudôme. Elle se porta même à des actes de violence qui 
déterminèrent Geoffroy à écrire à Tévêque du Mans, pour 
loi demander justice (1), et le prier d'excommunier la 
comtesse. < La comtesse, disait-il, a même pris et distri- 
€ btté aux impies qu'elle avait amenés avec elle, toutes 
< nos provisions qui étaient renfermées dans l'église 
i même, dans les armoires qu'elle a fait briser (2). i II 
est vrai l'archiprètre de Savigny a offert justice à l'abbé à 
la cour de l'évèque : chose inouie puisqu'il a été spolié et 
n'a point été encore remis en possession. Il consent ce- 
pendant à se présenter au tribunal épiscopal, mais de- 
soande un sauf^conduit. < Un tel homme, dit H. de Péti^ 
gnj parlant d'Hildebert, ne devait pas se laisser dicter ses 
jugements : d'ailleurs son caractère était naturellement 
porté à la douceur et à l'indulgence. » Nous n'avons pas 



;1) lie bourg de Savigny était» à cette époque, dans le diocèse du 
Mua. 



{î) L. m, Ep. XV, 



228 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

besoin, et nous n'avons nullement l'intention^ pour justi- 
fier les actes comme le caractère de l'abbé Geoffroy, de 
critiquer les mérites et les vertus de l'évAque du Mans, 
lui aussi un de nos plus illustres compatriotes (1), et qui 
a trouvé parmi nous un historien éloquent, un admirateur 
convaincu, un zélé défenseur (2). Hais nous devons faire 
remarquer que Geoffroy n'était pas dans son tort, lors- 
qu'il s'indignait à la pensée d'être mis au tribunal de l'é- 
véque, sur le même rang que la comtesse dont la violence 
sacrilège était manifeste. Il avait pleinement raison en 
droit lorsqu'il disait : Je suis le spolié; que la comtesse 
me remette d'abord en possession; ensuite on pourra dis- 
cuter ses réclamations, si elle ose les soutenir (3). L'abbé 
se montrait donc très-modéré, lorsqu'après avoir afiirmé 
son droit, il consentait par déférence pour l'évèque à se 
présenter à son tribunal. Ce n'était pas du reste sans 
aucun motif que Geofiroy redoutait un acte de faiblesse 
arraché par la comtesse à la bonne foi ou à la charité sur- 
prise du prélat. 

< Nous le disons, sauf le respect qui vous est dû, loi 
c écrivait-il, depuis que, par la disposition de la Provi- 
c dence divine vous êtes devenu évèque du Mans, nous 
c avons perdu dans notre diocèse plus de deux cents 
c livres de revenu, dont nous n'avons pu recouvrer par 
€ votre justice qu'à peine la valeur de vingt sols (4). » 

(i) HUdebert était né à Lavtrdin, près MoDtoire. 

(1) M. le comte de Déservfllert qui publie la Vie de HUdebert, daas 
]e Bulletin delà Société archéologique du Vendômoit, et qui a donné, 
dans le présent volume, une intéressante notice sur le même personnage, 
en réponse k la question 37* du programme de notre Congrès. 

(8) Gap. I, De ResUtntione spoliator., in-6« et cap. xvi. 

(4) L. m, Ep. XV*. « Hoc enim, salvâ vestrii reyerentifl, veradter di' 
cimus, quod postquam, ut credimua Deo disponente, Episcopus factos 
estis, in Episoopatu vestro plus quam ducentas libratas amisinios, nec 
delncepa quod viginti soUdos valeat per iusUUam vestram consecuti 
snmus... • 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 229 

Pois il ajoutait avec cette bonhomie et cette rade fran- 
ehise qpî sont un des traits saillants de son caractère : 
( Si c'est ainsi que vous savez rendre vos amis heureux, 
i il faat avouer que vous avez inventé une félicité d'un 
« nouveau genre. Portez-vous bien et rappelez-vous que 
€ les blessures d'un ami véritable valent beaucoup mieux 
€ que les baisers trompeurs d'un flatteur (1). » 

Or l'évéque du Mans répondit à Geoffroy que la com- 
tesse elle-même lui offrait justice à la cour épiscopale, 
qu'elle lui paraissait d'ailleurs très-bien disposée. L'abbé 
loi répliqua : a II nous semble que vous défendez en 
c grande partie son injustice, car rien de tout cela n'est 

< vrai i nos yeux, sinon parce que vous le dites; jusqu'à 
c ce jour en effet nous n'avons encore vu personne qui 
« soit venu nous offrir justice au nom de la com- 
( tesse (2). i 

Hais pourquoi Geoffroy avait-il tant insisté pour avoir 
un sauf-conduit avant de se rendre au Mans? Hildebert 
en parut très piqué, et l'abbé dut lui donner des explica- 
tions, c Tous vous étonnez que nous ayions demandé un 
i sauf-conduit : certainement ce serait une chose fort 
c étonnante, si on ne devait l'imputer à votre faiblesse 
f plutôt qu'à notre frayeur. Qui donc peut être sans crainte 
c dans votre diocèse, pendant que vous êtes évêque? 
c nous vous avons vu éviter, par peur, de rencontrer de 
c vos diocésains, et nous en avons rougi de honte ; voilà 

< vraiment une chose surprenante : celui qui ne se croit 
c jamais en sûreté a la présomption de promettre à quel- 



(1) Ibid. . . « Sed fonitan iU amicos vestros beare nosUs : quod si iU 
M oomm genos beaUtadinis in?6Diati8. , . et quoniam meUcra sunt 
vflliiera diligeiitb, «piam obedientia oscida fraudulenta, ad memoriam 
fwocalê. . . » 

(«) L. m, Ep. XVI*. 



230 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

< qu'un toute sécurité (1). > Certes on peut trouver dure 
cette imputation de faiblesse adressée à l'évèque du Hans, 
et peut-être la délicatesse de la charité chrétienne eût* 
elle exigé plus de ménagements pour les malheurs du véné- 
rable Hildebert : mais la vivacité de Geoffroy doit trouver 
son excuse dans l'opposition des caractères^ et dans le 
profond mécontentement dont la suite de la lettre fera 
comprendre le motif bien légitime : Geoffroy ajoutait donc : 

< Lorsque vous vîntes un jour à Vendôme, pour vous 
c plaindre au comte, avez-vous oublié que je me suis atti- 

< ré la colère du comte et de la comtesse, pour avoir 
i soutenu votre cause? Ainsi je m'exposais par amour 
c pour vous à encourir pour vous leur inimitié : c'est 
( donc à votre occasion que j'ai irrité le comte et la 

< comtesse de laquelle et à cause de laquelle vous refusez 
c présentement sans raison de me rendre justice. > Pois 
il continuait par un jeu de mots intraduisible en français, 
et qui montre assez combien peu il avait au fond de l'âme 
de véritable haine; la haine ne plaisante pas : < Nous 
c avons bien entendu dire qu'au livre des saints canons 
c on parlait de l'évéque Reconnaissant (de episcopo Grato), 

< mais nous ignorons absolument quel a jamais pu 

< être cet évèque : quand à l'évéque Ingrat^ puisqu'il se 
c découvre lui-même nous ne pouvons cacher son nom, 
€ ni d'où il est, ni ce qu'il veut, ni comment il vit (2). » 
Après ce trait, et comme pour adoucir ce qu'il pouvait 
avoir de trop dur, Geoffroy reprenait doucement et série a- 

(1) tt)id. 

())... « CUm quondam de Sigebranno, apud Gomitem damorem 
facturm, Vindocinum TeniaseUs,. . . propter vos ofEeDdimus Gomiliisam... 
In libro canoDum de Grato Episcopo meoUonem factam audÎTimiB, sed 
quia fuerit ipse, penitiis ignoramua ; ingratua ver6 Episoopua qiiia ait, vd 
undè ait, quid valeat, qualiter vivat, ipso aeipaom révélante, occuluronoo 
poiauinua... * (L. Ul, Ep. XVI*.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 231 

sèment : c Seigneur évèque, vous eussiez dû vous souve- 
c nirque nous vous avons beaucoup aimé, et que nous 
c sommes toujours prêts à vous rendre service à l'aveniri 
a Contrairement à ce que nous avons le droit d'attendre 
c de vous, vous nous avez envoyé, sous une forme iro- 
( nique, des paroles amëres... (Geoffroy n'était donc pas 
fl seul à dépasser la mesure, et si nous l'en croyons le 
f doux évèque du Mans aurait lui aussi manié l'arme dange- 
c reuse de l'ironie)... Nous vous supplions, par l'affection 
c qui nous unit, de réparer promptement le défaut de justice 
( dans lequel vous êtes tombé à l'égard de notre monas- 
( tère, je pourrais dire de votre monastère; il n'est point 
« nécessaire pour nous, et il ne vous serait point utile, que 

< nous brisions, à cause des prétentions injustes de cette 
c femme, le lien d'ancienne et sincère affection que nous 
c avons toujours eu pour vous. Nous sommes donc prêt 
( à recevoir justice d'elle en voire cour, et, dans ce but 
€ nous irons au-devant de vous à Hontoire, à la Cbartre 
( ou à la Suze : mais nous ne pouvons, nous ne voulons 
c pas aller au Mans (1). » Singulier caprice! dira-t-on : 
mais on va en voir le motif : < Nous ne voulons pas aller 
a au Mans, dans la crainte de vous être à charge : ne nous 
f avez-vous pas mandé autrefois, de ne plus venir chez 

< vous avec toute une suite de serviteurs? Mais, croyez 
€ moi, il est moins étonnant que nous ayions demandé un 
c sauf-conduit pour aller en un lieu où personne ne 



(i) < Dim expectaremoB, quatenlis jnxtà cantilenam nostram saltum 
ipse daretis, amaritadines qiuudam aab ironicà locutione conscriptas, 
contre nos direxisUs. . . quod minas justiti» vel dilectionis nostro et ves- 
tro monasterio exhU>oi8U8, sub celeritate emendare curetis. . . et apad 
Montem aureiuD, vel apad Garoerem, aut apud Sosani ob hoc Tobis 
obviam ibimns. . . 8ed non tam mirum extitit, si ihi, ubi nemo tutus esse 
potest^ qoaesinmus conductam, quam imitandum foret si tam longa terns 
spatia Iranuasemus sine consortk» Csunulomm. • L. III, Ep. XVI. 



232 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c peut être en sûreté, qu'il ne serait sensé de nous imi- 
t ter, si nous avions franchi une si grande distance, sans 
t une bonne escorte de serviteurs. » Que n'a-t-on pas dit, 
à propos de ce passage, sur le faste et le luie de l'abbé de 
Vendôme : dans ses courses il avait toujours une suite de 
douze chevaux, un train presque royall Nous ne ferons 
qu'une seule observation : Tabbé Geoffroy paraît avoir été 
étonné qu'un évèque du Mans fasse difficulté de recevoir ses 
amis avec leurs serviteurs ; c'est qu'effectivement à cette 
époque, si on voulait recevoir un ami il fallait aussi rece- 
voir son escorte ; et une escorte de douze serviteurs à che- 
val, ne constituait pas alors un train presque royal ; elle 
n'était pas pour le luxe ou la parade, mais pour la sécu- 
rité. 

Mais revenons au fait de la comtesse de Vendôme : après 
un échange de lettres, Hildebert et Geoffroy s'étaient ren- 
contrés à Tours et là ils avaient pu s'expliquer. L'évèque 
du Mans avait promis à l'abbé qu'il lui rendrait jus- 
tice et lui ferait savoir d'avance le lieu et le jour de l'au- 
dience. Cependant les jours passèrent sans que Geoffroy 
reçût aucun avis. Il écrivit donc : c Puisque vous avez, 
parait-il, oublié votre promesse, nous vous supplions en- 
core de nous assigner un jour pour nous rendre jus- 
tice (i). » On voit à ces longueurs dans une affaire aussi 
simple, combien Geoffroy avait eu raison, dès le début, de 
suspecter la faiblesse de l'évèque vis-à-vis de la comtesse. 
Pour en finir Geoffroy porta plainte au légat du Saint-Siège ; 
il y eut une entrevue entre lui et la comtesse, en présence 
du cardinal légat, on ne sait en quel lieu. La comtesse 
renonça à toutes ses prétentions et déclara au légat qu'elle 
était prête à rendre de suite à l'abbé de Vendôme l'église 

(1) L. UI, £p. XIX. 



XXXIX* SESSION, Â VENDOME. 233 

de Savigny et tout ce qu'elle avait eulevé des biens du mo- 
nastère. Tout semblait donc heureasement terminé. Mais 
Euphrasie refasa ensuite d'exécuter ses engagements, di- 
sant, jusque devant l'évèque du Mans, qu'elle n'avait point 
promis au légat de restituer l'église de Savigny (1). Laque- 
relie allait donc recommencer : mais Geoffroy était bien 
résolu à y mettre fin sans retard. Il déclara donc à Hilde- 
bert qu'il n'accepterait désormais aucune discussion sur ce 
sujet, et ne fournirait aucune preuve : c Notre humilité, 
f écrivait-il, n'aurait pas refusé de fournir des preuves, 
c s'il n'y avait un témoignage de l'Église romaine; car il 
( est téméraire d'ajouter quoi que ce soit â ce témoi- 
c gnage, comme il est criminel d'y contredire. C'est 
€ pourquoi, vénérable prélat, il vous faut prendre garde 
€ que cette femme ne trompe votre simplicité et ne vous 
( porte à agir contre l'Église romaine votre mère : ce sexe 
c féminin est plein d'adresse pour tromper; c'est une 
( femme qui a trompé le premier homme, et une autre 
c qui par ses interrogations a circonvenu l'apôtre saint 
( Pierre (2). > Faut-il voir là une de ces c déclamations » 
contre les femmes, que l'on a reprochées à Geoffroy? 
Poar nous, sans rechercher si la phrase est trop déclama- 
toire, nous y voyons un bon conseil, très-simple en soi, 
adressé à Hildebert, une vérité banale dite sous une forme 
piquante. 

Quant à la comtesse Euphronie, l'abbé de Vendôme se 
plaignit de sa mauvaise foi au légat du Saint-Siège, qui 

(1) «Comitiasa ViodociDensiSylicet modo aliud dicat, Eeclesiam Savinia- 
^cBsem Qobia reddidit in praesentia cardinalis. . . cujas (Romans Kccle- 
six) teaUmoaio aliquid addere temerarinm est, et contradicere crimino- 
«m... . (L. lU, Ep. XX1>.) 

(S) • Usitati» est valdë ad decipiendam sexos foemineiu : Seius enim 
Mte, ioii snasione, decepit priDtun hominum, suâque interrogatioae cir* 
<»ui»cripsitapoftolam Peirum... > t. IIJ, £p. XXI. 



t34 CONaRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

l'excommunia sans hésiter, c La comtesse ne pouvant ré* 
sister i l'orage, dit M. de Pétigny, dut céder le comté à 
son 6ls et prendre la fuite; > c'est-Â-dire qu'elle fut obli- 
gée de céder enfin au soulèvement de Tindigoation popu- 
laire, et, dans une lettre au pape Pascal II, Geoffroy 
déclare c qu'elle a été chassée du comté i cause de ses 
crimes (1). » L'historien du Yendômois a cru pouvoir 
ajouter : c Ainsi, cette haine, que rien ne put apaiser, 
fit, jusqu'à la fin, le malheur de l'héritière des Bouchard. > 
Il nous sera permis de dire que ce jugement semble trop 
bienveillant pour la comtesse, trop sévère pour l'abbé , 
l'héritière des Bouchard a fait elle-même son propre mal- 
heur : d'abord, en n'usant pas de l'influence qu'elle de- 
vait avoir sur le comte, son mari, pour l'empècher de 
piller les biens du monastère, et d'envahir ce même mo- 
nastère, sans aucun motif, avec une violence sacrilège ; 
ensuite en voulant reprendre elle-même, par la violence, 
le prieuré de Savigny, donné par elle à l'abbaye, et de- 
venu ainsi une propriété ecclésiastique, une portion du 
patrimoine de saint Pierre ; enfin en refusant obstinément 
de se rendre aux patientes réclamations de l'abbé, en 
usant de ruse pour tromper la trop facile douceur de l'é- 
vêque du Mans, et en attirant ainsi sur sa tête les foudres 
de l'Ëglise romaine. 

Geoffiroy eut encore, avec Hildebert, une difficulté au 
sujet d'un de ses religieux que Tévêque retenait près de 
lui, malgré les réclamations réitérées de l'abbé. Nous au- 
rons à revenir plus loin sur ce fait, dont nous donnerons 
alors tous les détails ; mais en dehors de ces deux inci- 
dents, leurs rapports furent toujours très-amicaux, mai- 
gré la diflérence des caractères. Geoflroy dut souvent 

(1) « In CenomanneiiBi episcopsta , Vindoclneniia comitoa, ol^aoelen 
sua de CQmitatu ejecU. . . • L. I, £p. UI. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 235 

prendre sur lai. Ainsi', ayant envoyé dans une lettre 
quelques reproches un peu durs à Hildebert) dans la lettre 
suivante, il lui offire humblement ses excuses : c Nous 
c avons appris que la lettre que nous vous avons envoyée 
€ dernièrement a troublé quelque peu votre douceur. Nous 
c regrettons donc de l'avoir écrite, et nous avouons notre 
€ faute. Mais, fatigués par un travail excessif, et troublés 
« par une violente tempête, nous n'avons pu gouverner 
€ comme il aurait fallu la barque de notre raison, au 
c milieu de tant de flots qui la bouleversaient impétueu- 
a sèment (1).» 

Si nous pouvions, sans sortir des bornes imposées à ce 
travail, suivre l'abbé Geofllroy dans ses luttes continuelles 
avec les évèques de Chartres, d'Angers et de Saintes, avec 
les abbés de Saint-Aubin ou de Saint-Jean-d'Angély, nous 
aurions toujours à montrer les mêmes traits saillants d'un 
caractère qui ne se démentit jamais : s'opposer sans 
crainte à l'injustice ; être prêt à tout souffrir, plutAt que 
d'abandonner un droit de son monastère, qui est le pa- 
trimoine de saint Pierre ; offrir toutes les concessions qui 
n'impliquent point cet abandon ; élever la voix contre tous 
les vices qui rendent le clei^é indigne de sa grande mis- 
sion ; tel est le résumé facile de la vie publique de notre 
grand abbé. 

Toujours en lutte^ par suite des tristes nécessités de 
l'époque ou il vivait, et admirablement disposé pour ce 
rôle, l'abbé Geoffroy ne s'étonnait de rien, ne ménageait 
personne, ni ami ni ennemi, lorsqu'il s'agissait des droits 



(1) « Littene, quas vobis antè istas misimus, mansaetudinem vestram 
aHqaantoUun turbayenint, siciit audivimus : nndè eas roisiaae nos pœ- 
niiei, fatemnrque erraue ; sed nimio labore fatigati, immoderatâ, spi- 
ritos agitait procdlÂ, contra toi relactantiom flucluiim impetus, navem 
nostrae rationis gubômare nequivimus. , . > L. lU, Ep. XX\1I. 



236 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de l'Eglise romaine ou des privilèges de son monastère , 
mais toujours il parlait haut et agissait au grand jour. 
Aussi, accusé d'avoir parlé en secret au synode contre 
révëque d'Angers, il s'indignait à la pensée qu'on eût pu 
croire capable d'un tel procédé, < un homme qui a tou- 
jours regardé comme une honte, de dire quoi que ce soit en 
cachette contre ses ennemis (1). » Geoffroy est tout entier 
dans cette fière et noble parole. 

§ VI. Rapport de Tabbé Geoffroy avec ses amis. 

m 

Nous n'apprendrons rien à personne en disant qu'on a 
accusé l'abbé Geoffroy de manquer d'indulgence pour ses 
amis Et, comme on donne surtout, pour preuve de celte 
assertion, sa lettre à Robert d'Arbrissel, nous commen- 
cerons par en reproduire les principaux passages ; après 
quoi le lecteur pourra facilement apprécier la valeur de 
l'accusation. 

Lorsque le vénérable Robert, suivi d'une foule, captivée 
par le charme de sa parole ardente, se fut retiré au désert 
de Fontevrault, il ne songea pas tout d'abord à séparer 
soigneusement les hommes des femmes; tous occupaient 
indistinctement des tentes dressées autour de celle du 
pieux fondateur. La voix publique ne tarda pas à critiquer 
hautement ce défaut d'organisation ; de la critique à la 
calomnie la pente était facile, et on y vint. Bientôt les 
bruits les plus scandaleux se répandirent au sujet des 
solitaires de Fontevrault et de leur directeur. C'est à l'oc- 
casion de ces bruits que l'abbé Geoffroy, déjà Hé d'ami- 
tié avec Robert d'Arbrissel, crut devoir lui écrire cette 
lettre qui a si fortement exercé la verve de tous les cri- 
tiques. On a voulu en contester l'authenticité ; mais, sans 

(1) Ubr. llI,Ep.llI. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 237 

vouloir entrer dans une discassion qui ne serait point ici 
à sa place, nous dirons seulement qu'aujourd'hui, après 
le jugement du P. Sirmond, et de dom Rivet (1), on ne peut 
plus soutenir la thèse négative. La lettre est donc bien de 
Geoffroy : reste à savoir si elle doit être attribuée à son 
peu d'indulgence ? 

Défenseur infatigable de la discipline ecclésiastique et 
de la sainteté des mœurs religieuses, Geoffroy ne pouvait 
souffrir qu*on y portât atteinte. Avec cette disposition 
d'esprit, les prédications enthousiastes de Robert d'Ar^ 
brissel, et son genre de vie, durent lui paraître dange- 
reux et blâmables. Lui, habitué aux sévères précautions 
de la règle bénédictine, devait réprouver cette cohabita^ 
tion inouie d'hommes et de femmes, dans un désert, sous 
prétexte de pénitence et de piété. Quelle impression du- 
rent produire sur son esprit, les propos calomniateurs, et 
véritablement scandaleux, qui couraient le pays, et arrivé^ 
rent facilement d'Angers â YendAme ? Quelle injure pour 
tout l'ordre monastique, que de semblables soupçonsrendus 
trop excusables par l'incroyable imprudence de Robert! Quel 
danger, en tout cas, pour le pieux fondateur et pour 
les âmes qu'il avait voulu arracher aux périls du monde, et 
qui se trouvaient ainsi jetées par l'aveuglement de leur 
guide, dans une siluation mille fois plus périlleuse ! On 
comprend l'effet que ces pensées produisirent sur l'abbé 
de Vendôme. Il n'hésita pas : il s'agissait du plus grave 
intérêt de l'Eglise, et de sauver la réputation de son ami ; 
la charité ne permettait pas le silence; il prit donc la 
pluoie. 

c Geoffroy, humble serviteur du monastère de Ven- 
c dôme, â son très-cher frère, dans le Christ, Robert : 

(i) Bi$U LiiLy t. XI, p. 190. 



238 CONGRÈS ARCHtoLÔGIQTTB DB FRANCK. 

c n but conserver toujours la mesure de la discrélioi!, et 
c ne pas sortir des limites que les saints Pères ont tra- 
c cées (1). » 

Après cet avertissement solennellement placé en tète 
de la lettre, pour en indiquer l'objet, Geoffroy n^omet pas 
les précautions oratoires : 

c Vous savex, et vous savex bien, mon très-cher, qu'a- 
( gir en quelque chose autrement qu'il ne faut, c'est le 
c résultat de Timperfection humaine , mais que , re- 
c fuser de corriger ce qui a été mal fait, c'est une pré- 
c somption diabolique. > Puis avec ménagement, mais 
avec fermeté, l'abbé de Vendème éclaire son ami sur la 
mauvaise impression produite dans le public par le genre 
de vie de Fontevrault : c Nous vous disons ces choses, 
€ vénérable frère, parce que de mauvais bruits, qui cou^* 
c rent à votre siiget, sont venus jusqu'à nous : nous en 
c avertissons avec la plus sincère affection votre simpli* 
c cité, afin que, ri ce que Fon dU est rrat, sans chercher 
€ à vous défendre, vous corrigiex ce mal au plus vite. On 
« dii (2) donc que vous agisses de deux manières diffé- 
a rentes et tout à fait opposées l'une à l'autre, à l'égard 
c des personnes du sexe que vous aves prises sous votre 
c conduite ; et, dans les deux cas, vous sortiries compté^ 
« tement des formes de la discrétion. D'une part vous 
« permettes à quelques->unes de ces femmes de vivre trop 
c familièrement avec vous ; vous avei trop souvent avec 

(1) L. IVy Ep. XLVU. « Goffridns, Vindodoenôs monasteru huinniB 
■anrui, wo in Cbriito moMlim dileelo fratri Roberto : Senrare raodiim 
diacretionis, et terminia qaoa patrea poaoerant, eaw contentom. > 

(%) « Foemlnamm qatâdam, nt dicitiir, Dimia familiariler tacum habi^ 
tare penmttia. . . hinc tibi Tkletiir Domiiii Sahatoria digne bajolare cru- 
cem... hoc al nodd agia, vel alicpiaiido egiaU, botoid, Inanditnni, aed 
infrttctaoanm genna martyrii inveniali : Certè nec utile fieri poleat, née 
aliqno modo fractnoaom , qood oontrft rationem iioadtiir caae pne^ 
loinptnD... » 



<X)tIX* SEââlON, A VENDOME. 239 

c elles des entretiens particuliers... Or, on dit, qu*en 
« agissant de la sorte vous prétendez porter dignement la 
c croix du Sauveur en faisant des efforts héroïques pour 
. c éteindre le feu des passions que vous excitez si mal à 
propos. Si vous faites cela ou si vous Vavez jamais 
c faitf vous avez inventé un nouveau genre de martyre^ 
c un martyre inouï , mais complètement infructueux ; 
c car on ne peut pas espérer que Dieu récompense ja-^ 
a mais une chose que la saine raison condamne... > L'abbé 
rappelait ensuite au Solitaire qu'il ne faut jamais trop 
présumer de ses forces ni de sa vertu : c Vous vous êtes 
€ élevé au milieu du monde, comme sur une haute mon- 
c tagne, et ainsi vous avez attiré sur votre personne l'at- 
c tention des hommes qui vous observent et vous jugent ; 
c prenez donc garde de tomber de cette hauteur et de laisser 
c une note d'infamie attachée à votre vie dont le commen- 
€ cernent fut si religieux ; prenez garde de causer au monde, 
c qui vous suit presque tout entier, un immense scan- 
e dale.. . (1) > Cet avis, mélangé de compliments, assu'*' 
rément bien mérités, n'était-il pas souverainement oppor- 
ton ? et ne fallait-il pas qu'un ami sincère eût le cou- 
rage de dire au pieux et fervent Robert : vous compro- 
mettez votre œuvre ? Ecoutons maintenant l'autre critique 
adressée par la voix publique au vénérable fondateur de 
FoDtevrault : 

( Quant aux autres, au contraire, si par hasard voua 
c daignez leur parler, c'est toujours avec dureté et rigi- 
c dite ; vous les laissez souffrir de la faim, de la soif, du 

(i) > Numqaam, frater» de tuà reUgkme Untiim oonfidas, ut credaa te 
non pMM Isbi, û caatè non ambolas. . . Tu qoidem iu mondo quasi moiH 
tem ezcebom aaceadîsU, ac per hoc in te oeulos et Ungnas hominum con*' 
▼ertisU... AliisveràfBi quandè cum ipeia loqueria, semper locutione 
nimia dnnie apparea^ nimia diatrictus correcUone. . . Qood n ità eat, in 
Qtroqoe velieRMuteroffendis... » 



240 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c froid, sans aucune pitié. Si ce que Fon dii est vraif 
c yous agissez donc mal à Tégard des unes et des autres : 
c car vous vous montrez trop faible pour les premières, 
c trop sévère pour les secondes. > 

Geoffroy donnait alors à son ami, sur la conduite des 
pieuses femmes retirées dans la solitude de Fontevrault, 
des conseils qui ne furent pas inutiles, et qui, pour nous, 
sont la preuve de son jugement sûr, de son tact parfait, 
de sa grande expérience : c Yous avez, lui dit-il, assumé 
€ une charge difficile : c'est par la femme que le péché 
c est entré en ce monde, et par elle que meurent tous les 
f hommes : il faut donc que vous agissiez avec prudence et 
c simplicité ; que vous sojiez, pour les femmes dont tous 
c avez la direction, une mère par la bonté, un père par la 
< sévérité. Celles qui sont également parfaites doivent être 
( également aimées, et il faut que la mesure du mérite 
c ou de la faute, soit exactement la mesure de la correc- 
te tion ou de la faveur... La femme est délicate et fragile 
c au delà de tout ce que l'on peut dire : aussi est-il iodis* 
f pensable de la gouverner avec une douce bonté, plutôt 
c qu'avec une trop rigide sévérité... Quand nous vous en- 
c gageons à user de douceur et de bonté, nous ne tou* 
c Ions pas cependant vous enlever l'action de la justice : 
€ nous voulons vousvoir également juste et bon. Ayez donc 
€ une bonté éloignée de toute faiblesse désordonnée ou im- 
c prudente (1), et une justice toujours tempérée par une 
€ tendre et affectueuse compassion. > 

(1) t Daram valdè proTinciam regere oœpîsU. . . at te et matrem pie» 
tatis gratia, et patrem drcà matières exhibeat dûciplma. . . Jutà mo- 
dom meriti ? d calp» extende modum correctionis vel gratte . . Te jus- 
tum eaae detlderamoa pariter et pitim : Sit igitor tibi pietas respaena 
iflordiiiatam remiacionem, ait tibi Justitia piam aemper habens com- 
paasionem. Vale, et nos tnarum sanctarum preeom, tnpplieiter precamos, 
participes effioe, • 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 241 

Pour mieux montrer que ces sages avis étaient unique- 
ment dictés par un sentiment de charité fraternelle, et 
laisser voir à Robert combien peu il croyait à la réalité 
des calomnies répandues par la voix publique, Geoffroy 
terminait sa lettre par ces mots trop peu remarqués : 

( Portez-vous bien , et , nous vous le demandons ins- 
( tamment, accordez-nous une place dans vos saintes 
c prières. > 

Or, en même temps que celte lettre de Tabbé de Yen- 
dôme, Robert en recevait une autre, toute semblable, de 
Marbod, évêque de Rennes ; et parce que l'Esprit de Dieu 
qui était en lui, est un esprit d*humilité, il tint compte de 
ces charitables avis, et, corrigeant ce qui était imparfait 
dans son œuvre, fît tomber toutes les critiques en renfer- 
mant les pieuses religieuses de Fontevrault dans les limites 
infranchissables d'un cloître. 

Nous dépasserions de beaucoup les limites qui nous 
sont assignées, si nous voulions citer les nombreux pas- 
sages des lettres de l'abbé Geoffroy, qui prouvent jusqu'à 
quel point cet homme < si peu indulgent pour ses amis, > 
savait, dans ses rapports avec eux, allier la vérité et la 
charité, joindre à un ferme conseil une parole affectueuse. 
Mous devons cependant apporter quelques preuves. 

Notre abbé était en relations très-intimes avec Bernier, 
abbé de Bonneval, et plusieurs des lettres qu'il lui écri- 
vit nous ont été heureusement conservées. Un jour il 
l'invitait à venir passer à Vendôme les fêtes de la Tri- 
nité : 

c Votre dévotion vous y oblige, lui disait-il, et l'affec- 
€ tion que nous vous portons vous y invite d'une manière 
< pressante. N'est-ce pas un devoir de religion de célébrer 
t avec dévotion les fêtes des saints de Dieu, surtout la fête 

16 



242 CONGRÈS ARCHÂ0L06IQUE DE FRANCE. 

( de Dieu lui-même, et de se rendre, pour ce motif, aux 
( désirs d'un frère très-aimant (1)? > 

Plein d'ardeur contre la simonie, et en particulier 
contre Télection scandaleuse de Tévéque d'Angers Renaud, 
l'abbé de Bonneval s'était attiré de nombreuses réclama- 
tions ; on lui avait dit qu'il perdait son temps et ses pa- 
roles ; mieux valait se taire que de se tourmenter si fort 
pour un mal auquel il ne pouvait rien. Ebranlé par ces 
avis, Dernier avait consulté Geoffroy. La réponse de Tabbé 
de Vendôme fut un encouragement à la lutte (2) : c Crie, 
c organe de Dieu, lui disait-il, crie, trompette du Saint- 
c Esprit; garde-toi bien de te taire, beau prêcheur de la 
f vérité; ne cesse pas de rcclumer de toute la force de 
c ta voix contre la méchanceté hérétique ; saint homme, 
f ne croyez pas ceux qui vous disent que votre parole est 
€ inutile, parce que vous ne pouvez retirer de leur crime 
c ceux contre lesquels vous parlez : ceux qui vous tien- 
( nent ce langage condamnent avec vous saint Jean- 
c Baptiste. » 

Dans une autre lettre, lui demandant des nouvelles de 
sa santé, Geoffroy ajoute cette réflexion qui nous permet 
de soupçonner la nature intime et toute spirituelle du lien 
qui les unissait : c Je demande des nouvelles de votre 
< santé, de celle du corps, bien entendu; car pour l'âme, 
c il serait superflu d'en parler. Je sais très-certainement 
c qu'elle profile de jour en jour, puisque, avec la coopé- 



(1) L. IV, Ep.XV. I Ad celebrandum nobiscum qoam diximus S. elin- 
dividuae TriniUlis festum et tant» soleronitatis devotio vos venlre corn- 
pellit. . . et, ut nullateous differatis venire, quem «rgà vos habemus par» 
dilectionis affectus suppliciter expo»cit. > 

(2) L. iV, Ep. XVI. « Clama i laque lu, organum Dei, tuba Spiritiis 
Sancti ; ne sileas egregie prseco verilal», nec vocem relrabas a correc- 
tione haereticae pravitalis. . . et agnoscant impii Sirnoniaci, te veritatia 
virtule plu» posse, quam possunt ipsi magi, Simooia penreriitat^. > 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 243 

f ration de la grâce divine, la longue connaissance que 
c j*ai de votre bonté me confirme pleinement dans cette 
cconviclion... (1). > 

Cependant, en même temps, Geoffroy lui avait aussi 
demandé c comment se comportaient vis-à-vis de lui 
ses religieux? ^ Car, ajoutait-il, par manière de compli- 
ment, < je ne doute pas que vous ne vous comportiez fort 
bien à leur égard. » Or, Bernier avait redit cela, par plai- 
santerie, à ses religieux qui s'en étaient montrés fort mé- 
contents. 

L*abbé de Bonneval raconta l'aventure à Geoffroy qui 
loi répondit de suite : u Ce que je vous avais dit en toute 
u simplicité, vos moines Font donc pris avec malice. Je 
« rétracterai volontiers ce mot qui leur a déplu, et je ne 
u dirai plus rien désormais qui puisse servir de prétexte, 
« pour vous molester, à ces dresseurs de pièges que je 
<( croyais vos fils. Je pensais parler à des hommes simples 
u et de bon caractère ; mais à l'avenir, en face de ces 
u ennemis de la simplicité monastique, je veillerai sur ma 
« langue (2). » 

Que n*a-t-on pas dit sur la haine que Geoffroy a sem- 
blait avoir vouée au sexe tout entier ? » Cependant cette 
haine farouche ne l'empêchait pas, quand il le fallait, 
d*écrire des lettres très-aimables à de grandes dames, 
comme la comtesse Mathilde de Poitiers (3), et Ermen- 
garde d'Angers, comtesse de Bretagne (4). Cette princesse 
était fille de Foulques le Rechin, comte d'Angers, et avait 

(1) L. IV, Ep. XVII. 

(3) L. ÎV, Ep. XVUl. « Quod vobU dixi simpUciter^ sicut audivî, roc* 
nadd ^estri intellexenint nequiter... Simplicibus el bonae volantatis 
honmiibQs me loqui palabam. . . prsesentibus iliis religiosx simplicilatis 
ÛDinicis, ponam cri mec cuslodiam . . • 

(»} li. V, Ep XXll. 

'*)L. V,Ep.XXlIIekXXIV. 



244 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

été mariée très-jeune à Alain, comte de Bretagne. Ayant 
perdu son mari, elle alla retrouver son frère, Foulques T 
d*Angers, roi de Jérusalem, et, à l'exemple des pieuses 
disciples de saint Jérôme au iv* siècle, elle se retira au 
monastère de Sainte-Anne, près des lieux sacrés où notre 
Sauveur voulut naître et mourir pour nous. Hais, plus tard, 
n'étant liée par aucun vœu, elle revint à la vie séculière. A 
cette occasion Geoffroy lui écrivit : (t A sa très-cbère fille, 
(1 eu Notre-Seigneur, Ërmengarde, comtesse de Bretagne, 
(( Geoffroy, humble serviteur du monastère de Vendôme : 
u 11 ne faut pas s'attacher au monde, ni placer son bon- 
fc heur dans cette fleur qui se flitrit si promptement. 

« C'est plutôt Jésus-Christ qu*il vous faut suivre, ma 
« chère fille, et de sa beauté qu'il vous faut réjouir : il 
« nous a aimés jusqu'à prendre pour nous une âme et an 
a corps mortel, jusqu'à se livrer à la mort pour nous... 
« Croyez^le bien, dans le monde vous ne trouverez que 
(( dangers, car ce monde n'est que misère ou trompeuse 
a félicité (1). » Ces paroles de l'abbé de Vendôme restè- 
rent sans doute gravées dans le cœur de la noble et jeune 
veuve; du moins, nous pouvons le croire, car plus lard, 
renonçant définitivement au monde, elle se consacra tout 
entière au service de Dieu par les vœux monastiques, et 
reçut alors, dans son cloître, les conseils et les pieuses 
exhortations du saint abbé de Clairvaux (2). 

Nous aurions bien d'autres traits à citer, si nous pou* 
vions prolonger ce travail. Cependant il y a un person- 

(I) L. V, £p. VLllL « Gofiridos, VindocineDsis monasterii humitis 
ierrus, dUecUe in Christo filiae Ermengardi, BriUDDorum ConiUf» : 
nec mundum sequi, nec ejiu flore, quià cilô marcessit, velle delectari. — 
Est utique quem aequi, cujua pulcbritudine debemus potitia delecUrit 
Jeaua Cbristus Dflus uoster. . . Praesenlem mundum sic vera miaeria et 
falaa beaUtudo comitalur, ut tix aut nunquam Deum habere valeat, qui- 
cumque illnm amplectitur. . . > 

(S) S. Btmardiy Epiât, cxvi et cxvji. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 245 

nage qui doit encore attirer notre attention : Renaud de 
CraoD, ce cousin de notre abbé, près duquel, dans sa pre- 
mière jeunesse, il avait fait l'apprentissage de la vie du 
monde. Depuis que le jeune fils des seigneurs du Lion- 
d'Angers était devenu abbé de Vendôme, cardinal de la 
sainte Eglise romaine, et l'un des plus infatigables défen- 
seurs de ses droits, Renaud avait vieilli, et déjà l'heure 
approchait, où, suivant toutes les probabilités, Dieu l'ap- 
pellerait à lui. Mais le vieux seigneur n'avait-il point trop 
négligé le service du Roi dû ciel, pendant qu'il servait 
le comte d'Angers, son belliqueux suzerain? pensait-il 
maintenant à se préparer à la mort ? notre abbé dut, plus 
d*une fois, s'adresser au fond de son cœur de prêtre, ces 
redoutables questions. Quand il rencontrait son cousin, il 
n'omettait pas de lui adresser quelque monition salutaire 
et Renaud faisait alors les plus consolantes promesses; 
mais après cela il gardait le silence, et Geoffroy retrou- 
vait toutes ses inquiétudes. Alors il comprenait que son 
cousinavait encore besoin de quelques-unes de ces paroles 
chrétiennes qui lorsqu'elles viennent à propos, réveillent 
dans une âme les sentiments de la Foi longtemps engour- 
dis, et préparent, par ce réveil, une plus belle vieillesse 
on une plus douce mort. Il saisit donc un jour une occa- 
sion et il écrivit : 

«"Les épreuves, dont la bonté divine vous a affligé cette 
<i année; auraient dû vous causer une crainte salutaire, et 
( vous retirer au plus tôt d'une vie où vous n'avez eu que 
( trop d'occasions d'offenser Dieu. Dernièrement, quand 
« nous nous sommes rencontrés, vous m'avez promis qu'a- 
« vec l'aide de Dieu, et en suivant mes conseils, vous al- 
tt liez changer de vie : je ne sais ce ^ue vous avez fait 
« depuis lors : mais si vos actions avaient été, ou devaient 
« être encore à l'avenir, une série d'offenses pour notre 



246 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

€ très-^bon Rédempteur, j'en éprouverais une grande dou- 
« leur... Vous vous dites peut-être vous-même, ou des 
« flatteurs vous disent : Si notre Seigneur se faisait moine 
(( ou venait à mourir, toute sa terre serait dissipée. Sachez 
(( que ceux qui vous tiennent ce langage ne travaillent 
« point au salut de votre âme. Il faudra bien, de gré ou 
« de force, laisser un jour votre terre et toutes vos pos- 
« sessions ; mais combien il serait nuisible à votre âme 
« de ne les abandonner que par force ! Certes, mon très- 
ce cher, Dieu qui a permis que vous ayez la seigneurie de 
(( Craon, aurait pu s'il eût voulu, la donner à cette pauvre 
a borgne que je me souviens avoir vue dans ma jeunesse, 
« pendant que j'étais à votre cour. Celui-là est vraiment 
u malheureux et ue croit pas véritablement en Dieu, qui 
« ne quitte pas lui-même le monde avant que le monde 
<( ne le quitte : or, quitter volontairement le monde, c'est 
« détester de tout cœur, par amour delà vie éternelle, toutes 
«les souillures et toutes les fautes de notre vie^ au 
« contraire, le monde nous quitte le premier, quand notre 
» dernier . jour nous trouve encore endormis dans nos 
f péchés (1). > 

On voit qu'il y avait un vrai cœur de prêtre chez le dé- 
fenseur ardent du droit et de la justice ; incapable de dé- 
guiser jamais â ses amis leurs défauts ou leurs impru- 
dences, il savait à l'occasion, comme il le disait lui-même, 
tempérer l'aigreur de certains reproches nécessaires, par 



(1) « Pietatis divins pia flagella, qus hoc anno super vos veoenuit, 
mentein vestraro valdè terrere debuisseot. . . Hoc etiam nobis prumisis- 
tis <{uand6 noviasimè locuti vobiscum sumus . . . Certè, dilectissiine, Deus 
qui permisil vos honorem Credonenscm habere, ipse, si voluissel, boDO- 
rem illum conferre potuisset OrhaDdi monoculae, quam, diim puer esaem 
in cuvift vestra, recolo me vidisse. . . Tune quasi prior mundus nos de- 
serit cum in sordibns nostris proetratos exlremt dies invenit. » (L. V, 
Ep. XXYU.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 247 

le miel de la charité, et montrait en toute circonstance ce 
dévouement de la franchise qui prouve mieux une sincère 
alTection que les plus douces paroles. 

§ VU. — Rapports de tablé Geoffroy avec ses religieux, 

Noas avons loué Ténergie de notre abbé pour la dé- 
fense des grands intérêts de l'Eglise universelle ou de 
son monastère ; mais il faut avouer qu*il mériterait un 
sérieux reproche si les agitations de ses luttes conti- 
nuelles lui avaient fait négliger le soin de ses religieux. 
H. de Pétigny a insinué, sans le dire formellement, qu'il 
fut coupable à cet égard, car, dit-il, c le lieu où il résida 
le moins fut peut-être son abbaye de Vendôme ; comme 
les seigneurs de son temps, il passait une grande partie 
de sa vie à cheval, parcourant sans cesse les diverses 
provinces où étaient situées les possessions de son ab- 
baye, n 

Certainement le devoir de la résidence est une des 
obligations les plus graves d'un supérieur ecclésiastique, 
surtout d'un supérieur de communauté religieuse ; mais 
le principe admis, il faut en déterminer sagement Tappli- 
cation. Le chef d'un diocèse, l'évêque, obligé de résider 
au lieu de sa juridiction, n'est cependant pas retenu im- 
mobile sur son siège épiscopal, au centre de son diocèse. 
Non-seulement il peut, mais il doit se déplacer souvent 
pour remplir un devoir non moins important que la rési- 
dence, la visite pastorale. De même, le chef d'une grande 
abbaye dont relèvent, sous le titre de prieurés^ un cer- 
tain nombre de maisons religieuses moins considérables, 
est oAii^éde les visiter en personne, aussi souvent que cela 
lui semble utile pour le maintien de la discipline régulière, 
ou la bonne administration des biens temporels. On lui per- 
met, il est vrai, de déléguer pour ces visites un ou plu- 



248 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

sieurs de ses religieux ; mais l'abbé ne doit user de celle 
faculté que s'il est empêché par une impsosibilité phy- 
sique ou morale de faire la visite en personne. L'œil du 
mattre est ici indispensable. Or, l'abbaye de Vendôme 
possédait plus de trente prieurés situés dans le Yendô- 
mois, le Haine, l'Anjou, le Poitou, la Sainlonge. Evi- 
demment l'abbé était obligé à de fréquents voyages ; outre 
que le soin des âmes exigeait sa présence, les nombreuses 
contestations soulevées au sujet des propriétés de son 
abbaye le contraignaient souvent d'aller lui-même sur les 
lieux, pour se rendre compte exactement du litige, ou 
rencontrer ses adversaires et s'expliquer avec eux. Rap- 
pelons en outre que la charte de fondation de l'abbaye de 
Vendôme, en plaçant l'abbé sous la juridiction immédiate 
du Saint-Siège, l'obligeait formellement à payer à la cour 
de Rome une redevance annuelle de douze sols, et à aller 
i Rome en personne ou par procureur, pour rendre compte 
au pape de l'état de son monastère. 

Il n'est donc pas étonnant que Geoffroy ait dû « passer 
une grande partie de sa vie à cheval, parcourant les pro- 
vinces où étaient situées les possessions de son monas- 
tère ; > seulement, à notre avis, on ne peut dire qu'en 
cela il faisait c comme les seigneurs de son temps. > 
Ceux-ci chevauchaient la plupart du temps pour des loo- 
tifs d'ambition ou de simple plaisir ; l'abbé voyageait par 
devoir. 

D'ailleurs, quelque fût le motif qui le retenait loin de 
son monastère, Geoffroy n'oubliait jamais ceux qu'il ap- 
pelait « ses frères et fils très -chers ; > et, ce qui nous 
a été conservé de ses lettres, prouve qu'il leur écrivait 
souvent. De même, lorsqu'il était à Vendôme, dans l'in- 
tervalle de ses visites, il écrivait au prieur ou aux simples 
religieux des différentes maisons dès que la plus petite 






XXX !X* SESSION, A VENDOME. 249 

circonstance rendait une lettre nécessaire ou utile. Et 
c'est grâce à cette surveillance, à cette vigilance conti- 
nuelle que Geoffroy put maintenir exactement la disci- 
pline dans son monastère de Vendôme et dans ses nom- 
breux prieurés. 

Voyons maintenant comment il prenait soin des âmes 
de ses religieux et quelle vive affection il leur témoi- 
gnait. 

Ce fut un moment critique, pour les religieux de Yen- 
dôme, que celui où, après l'invasion sacrilège de leur 
monastère par^ le comte Geoffroy de Preuilly, leur abbé 
dut se retirer à Tours, les laissant exposés à de nouvelles 
violences, et soumis, comme toute la ville, aux dures 
tristesses de Vinterdit. De Tours, Geoffroy leur écrivait 
pour les consoler [1) : « Je me réjouis grandement, mes 
a très-chers fils, de votre constance, qui est très-agréable 
« à Dieu sans aucun doute, et que je sais fort louée par 
< tous les gens de bien. S'il vous est pénible de ne pou- 
u voir élever la voix en chantant dans l'église, je vous 
dirai que Dieu ne fait pas attention à la voix de la 
«bouche, mais à celle du cœur... Certes, mes frères, vous 
« ne combattez pas pour enlever ou voler au prochain ce 
«qui lui appartient, mais pour que l'épouse de Dieu, 
a l'Eglise, qui doit être entièrement sainte et libre, ne 
€ devienne pas la servante souillée de la puissance sécu- 
ttlière... Vous résistez, non en portant des coups, mais 
« en souffrant avec patience : encore n'est-ce pas tant pour 
u vous, que pour vos successeurs^ que vous défendez vos 

(1) « Gaiideo plane propter constantiam vestram, quant Dec acceptam 

f9K non (iobito, et coriini boni? hominibns cognovl approbaiam 

dico vobisqaià cris vocero Deus non attendit, sed cordis. . . Certè, fra- 
^ non pognatis eo quod alieni sua auferre vel subripere velitis : Sed 
oe RpoDsa Deî, ecclesia, qnae casta oroninè débet esse et libéra, ss* 
cnlaris concubina fiât et aucilla. . . • l. lY, Ep. XXIV. 



2S0 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

« droits... Comme le Seigneur Jésus notre chef a vaincu 
c( le diable par sa patience, sachez bien que, nous aussi, 
f< nous vaincrons tous nos adversaires, si nous sommes 
véritablement ses membres. Ne soyez pas étonnés si je 
« retarde encore à revenir près de vous : je crains ce 
« sexe que je sais peu sûr même pour ses amis... Que le 
<( Seigneur Jésus soit votre abbé et votre père, que sa 
n bonne mère Marie soit aussi votre mère. A lui, notre 
V Dieu et notre Sauveur, qui, attaché sur la croix pour 
(( nos péchés, a confié à saint Jean sa très-sainte Hère, à 
c lui, je confie votre fraternité. Qu'il daigne, par sa bonté, 
c( vous donner la vraie charité, la véritable obéissance, la 
« pure chasteté du cœur et du corps; qu'il vous rende 
« humbles dans la prospérité, tranquilles dans l'adversité, 
« et qu'il vous conduise ainsi aux jours qui dureront tou- 
(( jours (1). > Quelle tendre piété n'y avait-il pas dans ce 
cœur si ardent et si guerrier ! Citons encore une preuve 
de son affectueuse sollicitude pour ses religieux. Dans 
une autre lettre adressée au prieur et aux autres religieux 
du monastère de Vendôme, Geoffroy leur disait (2) : 
« Bien que je sois absent de corps, croyez très-ferme- 
a ment que je suis toujours avec vous de cœur et d'affec- 
« tion. N'êtes- vous pas ma principale préoccupation, mon 
(( unique pensée, et tout mon cœur ? Ne me suis-je pas 
«donné à vous tout entier corps et âme?... Au reste, 
« mes frères, tout ce qui est bon, tout ce qui est saint, 
« tout ce qui peut contribuer à accrottre votre bonne ré- 



Ci) « Nolite tnirari quod ad vos venire differo : quia sexum iUura mihi 
sugpectum invenio, quem nec amids benë fidum agnosco. . . Dominus 
Jesus-Chiistus ait abbas et Pater vester, bona ejus geaitrûi Maria, Mater 
veatra. ,. » L. IV, Ep. XXIV. 

(î) ... Vos esUa sennis mei, mea cogiUtio, vos Tiscera mea, Tobis 
ulnimque dedi, corpus uUque meum et animam meam... Libr. lY, 
£p. XXX. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 25i 

H pulation, en forlitiant parmi vous la saine doctrine et 
« la discipline régulière , tout cela doit-être Tobjet de 
« toutes vos pensées et de tous vos efforts : vous en serez 
« récompensé parfaitement par Dieu d'abord, et ensuite, 
« dans la mesure de mes forces, par moi, votre indigne 
«pasteur (1). » 

L*abbé Geoffroy aimait particulièrement son prieuré de 
1 Esvière, appelé aussi la Trinité d'Angers (2). Il retrou- 
vait là l'air natal et pouvait y renouer quelques relations 
avec des membres de sa famille : lorsqu'il faisait la visite 
de ses différentes maisons, il aimait à s'arrêter, en pas- 
sant, quelques jours à l'Esvière. C'est de là, croyons-nous, 
que, pendant une maladie qui avait mis un instant sa vie 
en danger, il écrivait à ses frères de Vendôme la lettre 
suivante où brillent, à côté de la foi la plus vive, les sen- 
timents de l'humilité la plus touchante (3) : < Dom notre 
« prieur est malade; que dire de cette belle âme? à coup 
« sûr, si Dieu la rappelait à lui, elle ne subirait pas les 
« peines du purgatoire. Hais moi, que je suis malheureux 
B et misérable ! tant que ma santé était florissante, je 
« n'étais point assez tourmenté par le souvenir de mes 
n péchés ; mais à cette heure, la maladie inopinée qui est 
« venue me surprendre, doit me rendre attentif à toutes 
«mes fautes... Donc je vous en prie, non plus comme 
mes disciples et mes sujets, mais comme mes maîtres 
« et mes amis^ pardonnez-moi de cœur et de bouche, à 

(1) ... De cœtero fratres, qiue bona aunt et sancta, qax bon» fams, 
qnz sans doctrin» et discipUnae cogita te et facile. Quoiiiam vobis k Deo 
optiinë reiribuelur, et à me, pro viribus ineis, qualicumque pastore ves- 
Iro. . . . (L. IV, Ep. XXX.) 

{i) L'Esvière, saucta Trinitas de aquarià. — Voir : Congrès at^héo^ 
logique d'Angers, p. 151. — Rapport de M. d'Ëspinay. 

(3) ... Sed me infelicem, me miaeram! quem nulla peccatorum meo- 
mm recordatio momordit, diim caroû samtas biandiretur. . . — L. IV, 
Ep. XVXI. 



252 CONGIIÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRA^'CE. 

(( cause du Christ qui est la charité, toutes les fautes que 
((j'ai commises contre vous. Ne tardez pas non plus à 
(( venir au secours de mes infirmités par vos prières ; 
(( cela très -nécessaire. La chair est affligée, il faut s*en 
«réjouir; mais il faut, par la prière, venir au secours 
(( deTâme, et pleurer sur les dangers qu'elle court (1). » 
Ainsi nous n'avons rien dit de trop quand nous avons 
affirmé que les fréquents et nécessaires voyages de l'abbé 
Geoffroy ne nuisaient en rien à ce qu'il devait de sollici- 
tude et d'afl'eclion à ses religieux de Vendôme; les trop 
courtes citations que nous avons pu faire, ont assez 
montré avec quel empressement, avec quelle tendresse 
vraiment paternelle il leur écrivait. Cependant on Ta ac- 
cusé de gouverner sa communauté avec une excessive sé- 
vérité ; on ne manque pas de citer comme preuve sa du- 
reté pour le moine Daniel, dont nous avons rapporté plus 
haut la triste histoire, et l'intolérance avec laquelle il 
traita un autre de ses religieux, le moine Jean, cher à 
Hildebert, le vénérable évoque du Mans. Ce moine Jean 
était maçon, cœmentariuSy c'est-à-dire architecte, car, à 
cette époque, les hommes habiles qui construisirent tant 
de grandes et magnifiques églises, prenaient cet humble 
nom, comme le dernier de leurs ouvriers. L'évéque du 
Mans qui, alors, faisait travailler à sa cathédrale de Saint- 
Julien, pria l'abbé GeofTroy de lui envoyer pour quelque 
temps ce religieux. L'abbé envoya donc le moine Jean 
au Mans. Malheureusement il lui arriva ce qui arrive fa- 
cilement à un religieux trop longtemps absent de son 

(!) ... Nunc saltem inopinata infirmitas, qu» me subito pressit, <Hrcà 
mea mala reddere deberet soUicitiim . . Igitur, non jam ut subdiios, non 
jam ut discipulos, sed sicut dominos et ami(K>s (arissiroos, ex intimo 
oordis alfecttt vos depre(H)r, quatenus quidquid in vos ddiqui, propter 
caritalem, qu» Christus est, corde, ore, roihi dimittalis. . . Garo quidem, 
nndè gloriari oportet, aflligitur. . . (L. IV, Ep. XXVI.) 



ZXZIZ* SESSION, A VENDOME. 253 

monastère : il perdit peu à peu sa ferveur primitive, se 
relâcha dans sa régularité, et finit par tomber, d'après le 
témoignage de Tabbé Geoffroy, dans des fautes graves et 
scandaleuses (1). Averti de ce qui se passait, Geoffroy 
rappela son religieux à Vendôme. Mais celui-ci, au lieu 
d'obéir, partit pour Jérusalem. A son retour, au lieu 
d'aller humblement demander pardon à son supérieur, il 
retourna près de l'évéque du Mans, qui ne fit pas diffi- 
calté de le recevoir et sollicita de l'abbé, pour mettre sa 
conscience en sûreté, l'autorisation d'uliliser encore ses 
talents. Geoffroy très-mécontent, écrivit aussitôt à Hilde- 
bert : c Vous nous avez fait savoir que le moine Jean est 
«revenu de Jérusalem; assurément il eût mieux valu 
« pour lui, vivre conformément à la règle, dans son mo- 
n nastère ; car, ce ne sont pas ceux qui auront vu la Je- 
« rusalem de la terre, mais ceux qui auront bien agi, qui 
«mériteront d'entrer dans la céleste Jérusalem. Il ne 
(( nous aurait pas déplu que ce religieux soit allé vers 
« vous, si d'abord^ comme c'était son devoir, il était venu 
u nous trouver. Vous nous demandez pour lui la permis- 
ce sion d'habiter avec vous : ce n'est pas là prendre soin 
u de son dme^ c'est plutôt lui nuire. Il faut qu'il se ré- 
(I concilie avec son monastère, qu'il a quitté par désobéis- 
« sance, avant d'être digne de communiquer avec vous ou 
« avec tout autre catholique. Qu'il revienne donc avant tout 
« an monastère, qu'il avoue sa faute pour en recevoir, je ne 
« dis pas le châtiment, mais le remède ; et ensuite notre 
« humilité fera pour lui tout ce que votre sainteté deman- 
«dera. Qu'il ne craigne pas de venir me trouver; qu'il 

{\) L. I. Ep. ni. Ad Paschalem pap. « Ipse (Hildebertiu) quemdam 
moimcham nostrum fugitivam... nobis reclamantibus, ob utUitatera sus 
Brtis, secum delioei : Ibi, ipso sciente, contra propositom monachi, car- 
ois TMcitor, et omninô Hegulae sanctse contrarias, pemiciem animae soae 
comcorporisUirpitadineoperatur.., > 



254 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

(( ne tremble pas là où véritablement il n'y a pas lieu 
(( d'avoir peur; notre devoir est de guérir la blessure ^ 
(( non de F aggraver. Mais s'il ne répond pas à notre appel 
n affectueux, s'il méprise notre tendresse toute mater- 
«nelle, alors nous l'excommunions comme sacrilège, 
jusqu'à ce qu'il ait satisfait, suivant les prescriptions 
i' de la règle (i). » 

Cet appel si charitable dans sa sévérité, ne fit pas d'effet 
sur le religieux révolté; et, ce qui est plus incroyable, 
l'évêque du Mans, persistant dans son indulgence, ne se 
rendit pas aux paroles si raisonnables de l'abbé. Geoffroy 
fit preuve, dans cette occasion, delà plus grande patience. 
Il laissa passer quelque temps, puis il écrivit de nouveau 
à l'évêque, le chargeant de signifier lui-même au religieux 
un délai u pendant lequel il serait reçu avec la plus 
grande miséricorde » et faisant appel à tous les sentiments 
du prélat (2). Cette nouvelle démarche élant restée aussi 
inutile que les précédentes, l'abbé la renouvela quelque 
temps après, donnant un nouveau délai au moine rebelle, 
et l'avertissant qu'après cela « il agira contre lui confor- 
mément aux prescriptions de la règle (3). » Jean ne tint 
pas compte de ce dernier avertissement; la mesure de la 

(1) ... « Satis melius iUi esset in monaslerio suo benè vixisse... 
quod ex nostra licentia eum requiritis vobiscum habitare, non est boe 
animse auae consulere, sed nocere. . . De sua iroperfectione non pœnam, 
sed medicinam consequalur, et quidqaid deinceps sanctitas veslra à nobU 
petierit, bomilitas nostra prosequetur. . . Vubieratum utique curare nos 
decet, non vulneraaugmeutare... Si ablata sibi, et saepè exhiinta, pa- 
ternae dilectionis remédia refugit, si maternae dulcedinis viscera contem • 
nit, eum »icut sacrilegnm excommunicamus donec regulariter saUsâ- 
ciat... » (L. m, Ep. XXIV.) 

(2) ... « Qui à nobis recessit inobedienter, ad nos, usqae ad proxi' 
mam Dominicam, veniat obedtturus regulariter, et suscipiendus miseri- 
corditer. . . Garitatis gratia, eum nobis diutiiis non deneget ^estra pra* 
dentia... » (L. III. Ep. XXV.) 

(8; L. m, Ep. XXIX. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 2S5 

clémence était comble et Tabbé, sous peine de trahir son 
deToir, devait laisser libre Faction rigoureuse de la justice. 
Il s*y résigna et dans une lettre adressée solennellement 
« à tous les évéques et abbés, » il les avertissait a qu'il 
avait excommunié, à cause de sa désobéissance, le moine 
Jean, maçon, auquel manque le ciment de la charité (i).> 
Il ajoutait : « Nous supplions particulièrement le véné- 
« rabie évêque du Mans de ne plus communiquer avec 
« ce méchant, que nous lui avions accordé pour un temps 
« limité, à cause du besoin de son église, et, comme il 
« nous l'a déjà promis, de prendre les n^esures uéces- 
(1 saires pour nous le renvoyer avec toutes les recomman- 
« dations qu'il croira utiles. » En provoquant ainsi encore 
une fois les recommandations charitables de l'évêque du 
Mans, en faveur du malheureux que son devoir l'obligeait 
à frapper des censures ecclésiastiques, l'abbé Geoffroy 
laissait assez voir combien il désirait pouvoir user de mi- 
séricorde à l'égard de son fils coupable. D'après un billet 
de recommandation que Ton trouve, sans indication pré- 
cise, parmi les lettres d'Hildebert, nous pouvon3 conjec- 
turer, avec le père Sirmond, que le moine Jean, muni 
de celle pièce, est enfin rentré au monastère de Vendôme. 
Ainsi, pour lui comme pour le moine Daniel, la sévérité 
nécessaire de l'abbé aurait eu les plus heureuses consé* 
quences : et deux religieux qui, traités avec trop d'indul- 
gence, auraient continué hors de leur monastère une vie 
atout point de vue misérable, ont dû, après avoir expié 
leur faute par une sainte pénitence, mourir dans la paix 
de Dieu et la charité de leurs frères. 



(l) « ioannem cœmentariuin monachum qaidem^ sed noD habeotem 
cariutis cœmentum..* Merooralo aalem honorabUi viro Cenomanemi 
episcopo diligenter sapplicamus. . . ut nobis reddere studeat commenda* 
tOBi... » (L. m, Ep. XXX.) 



256 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DB FRANCE. 

Geoffroy savait, du reste, lorsqu'il le fallait, tenir une 
conduite différente; s'il trouvait un religieux mal dis- 
posé, d'un caractère difficile et près duquel il ait eu le 
chagrin de ne pas réussir, ni par bonté, ni par menacés, 
il se rappelait que, la plupart du temps, lorsqu'il existe 
une secrète antipathie d'humeurs entre un supérieur et 
son inférieur, les reproches même les plus affectueux, 
les réprimandes les plus douces semblent à celui-ci des 
rigueurs intolérables; alors le cœur s'aigrit, la tète s*é* 
chauffe, la volonté se rebute, et, à la faveur de cette triple 
indisposition, ^les vices se fortifient ou se multiplient. 
Devant une semblable situation, Geoffroy n'hésitait pas, 
et il envoyait le religieux, dont il ne pouvait plus tirer 
bon parti, à quelqu'aulre abbé ou prieur de ses amis, 
avec une lettre charitable de recommandation. Nous trou- 
vons plusieurs billets de ce genre dans sa correspondance; 
en voici un, adressé au prieur de la Gharité-sur-Loire : 
«... Nous n'osons pas vous faire l'éloge de ce frère, sans 
« pourtant vouloir le blâmer. Il a été longtemps avec nous 
<( sans vouloir se corriger; mais peut-être fera-t-il plus 
« volontiers près de vous, ce qu'il n'a jamais commencé à 
(( faire avec nous (1). » 

D'ailleurs, si l'abbé Geoffroy dut, dans certains cas ex- 
trêmes, et après avoir épuisé toutes les autres mesures, 
recourir à toute la rigueur du code monastique, il serait 
injuste de s'appuyer sur ces quelques faits, pour établir 
qu'il gouvernait sa communauté avec une autorité tyran- 
nique. La tyrannie suppose deux choses dont on ne trou- 
vera aucune trace dans les paroles ou dans les actes 
connus de notre abbé: l'arbitraire et la violence. Yeut-on 
connaître son système de gouvernement ? le voici exposé 

(1) L. IV. £p. XXIIl. 



XXXIZ* SESSION, A VENDOME. 257 

par Im-méme avec une admirable netteté, dans une lettre 
qu'il adressait à ses religieux de Yendôme : 

a Gardez Tinnocence, cultivez rhumilité, aimez la pa- 
Q Lience : c'est là ce qui rend Tobéissance des disciples 
« recommandable, et ce qui donne la tranquillité àTesprit 
u des maîtres. Je vous écris ceci pendant mon absence, 
afin que vous me donniez occasion, à mon retour, défaire 
u pour vous être agréable tout ce que je pourrai trouver 
(( de mieux« Si les frères qui ont commis quelque faute 
« se sont convenablement corrigés, j'en suis très-satisfait, 
« et j'en rends grâce à Dieu. Pour châtier les fautes, j'ai 
tt besoin de me faire violence, étant naturellement porté 
tt à pardonner. Il est vrai, un supérieur doit toujours 
tt avoir un principe de conduite ferme et constant ; ce- 
« pendant, je ne crois pas qu'il doive faire difficulté de 
« changer de conduite à 1 égard du coupable qui se re- 
« pent. Plût à Dieu que celui qui a péché se repentit aussi 
« Yite que nous serions prêt alors à lui pardonner ! Je 
(( comprends ma charge comme une mission d'édification, 
«non de destruction... (1). » 

Fidèle à ce principe, Geoffroy se préoccupait de tous 
les besoins de ses religieux avec une sollicitude qu'il a pu 
lui-même appeler toute maternelle. En voici une preuve 
des plus touchantes dans sa simplicité. Etant absent de 
Veodôme, il écrivit à un religieux malade, son très-cher 
fils et frère Renaud : « Comme rien ne se fait assez vite 
« au gré de celui qui désire ardemment, peut-être vous 
« est-il passé par l'esprit que je ne m'inquiète pas de 

(t) « Senrate innocentiani, hamilitatem habetote, dttigile paUeDtiam : 
bxe tuât eniiii qu» obedienliam disdpulorum laudabUem taciunt, et 
tnaqnlUammentem magistrorum... Natora nostra etiam ad culparom 
viadiclam invita trabitur, et Ydox est ad iodiilgenliam... In aedifica- 
tionem me missum lûtelligo, non in destructionem... « (L. IV, Ep. 

mi.) 

17 



258 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

<( votre santé, que je n'y pense plus. Délrompex-vous : 
« j*ai cherché toutes les choses dont vous m'avez dit avoir 
« besoin, j'en ai déjà trouvé quelques-unes, mais il ni*a 
c( élé impossible jusqu'ici de me procurer les autres. 
« Quant au médecin en qui nous plaçons toute l'espérance 
(( de voire guérison, il est venu me voir; mais il a dû re- 
« tourner à Tours (Geoffroy était alors vraisemblable- 
ment à l'abbaye de Marmoutiers), pour y préparer un 
a médicament qui, à ce qu'il croit, vous fera le plus grand 
« bien. Il doit aussitôt revenir me trouver ici, et nous irons 
i\ vous voir ensemble (1). » 

N'est-il pas admirable de voir ce cardinal-abbé, toujours 
occupé de la défense des grands intéréls de l'Eglise, des- 
cendre à ces humbles détails et chercher lui-même des 
médicaments et un médecin habile pour le moindre de ses 
frères ? Ce trait prouve suffisamment quel était l'amour 
de Geoffroy pour ses religieux. 

§ VIII. — Administration temporelle de Pabbaye, 

H. de Péligny a décerné à l'abbé Geoffroy ce bel éloge 
auquel nous devons nous associer : u Son administration 
fut, pour le monastère de Vendôme, ce point culminant 
après lequel toutes choses humaines commencent i dé- 
croître. Par sa gestion ferme et habile, il sut trouver dans 
les vastes possessions de son abbaye, des ressources iné^ 
puisables (2). » Mais l'historien du Vendômois ajoute 
aussitôt que Geoffroy ne réussit pas, à cause de son carac" 
tëre, à attirer les donations, et que même il s'en vantait. 

(1) t Omnia qox necessaria vobis esse mandasUs, quenvimiis. . . me- 
dicufl. . .ad nos venil Turonum reditunis. . . intérim mittit TObb eleclQi- 
rium atile valdè vealrae iofirmilati, im6 necessariam, quod quolîdiè jcja* 
nus accipiatis, et post cœnam ante quam dormiaiis. » (L. IV, £p. 
XXIX.) 

[%) Hisl. du Vend^molSj p. 251. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 259 

Sans doute, il faut le reconnaître, la TÎgueur et la fermeté 
inébranlables avec lesquelles Geoffroy défendit toujours 
les droits de son monastère, durent indisposer à son é^fard 
ceux dont il combattait sans ménagement les injustes pré- 
tentions. Cependant il n'est pas exact qu'il n'ait rien reçu 
de personne; sous son administration il y eut plusieurs 
donations faites à l'abbaye, notamment celle des Petits- 
Prés on Prés-du-Moulin, situas entre les deux bras du 
Loir (1). S'il y eut dès lors moins de donations que par 
le passé, c'était pour une raison fort simple : le monas- 
tère de Vendôme étant désormais, au su de tout le monde, 
snflisamment* riche, on était moins porté à lui donner, 
et il en fut ainsi sous les abbés suivants. Il ne semble 
donc pas juste de rejeter toute la responsabilité de ce fait 
sur le caractère de l'abbé Geoffroy. 

Hais il se vantait cependant de n'avoir rien reçu de per- 
sonne 1 C'est une allusion trop évidente à une lettre de 
I abbé au pape Pascal, pour que nous ne citions pas ce 
passage : « Ce que la piété des fondateurs nous avait 
« donné autrefois, disait Geoffroy, s'est accru de nos jours 
'• considérablement par la grâce de Dieu, bien que je n'aie 
< jamais acquis ni une église, ni le revenu d'aucune église, 
'< ni aucune propriété ecclésiastique, par les moyens que 
'( quelques-uns emploient (2). » Il ne se vante donc pas pré« 
cisément de n'avoir rien reçu de personne, mais de n'a- 
voir rien obtenu ou acquis par des moyens injustes on in- 
conTenants : ce qui est tout simplement à sa gloire. Du 

(1) L'abbé Simon, Hist. de Vendôme, t. II, p. ia7. 

(2) « Nallns itaque dicet veraciter nostrorum œmulorum, quod in tolâ 
Francift monasterium sit ordinatum melios quam noslrum, quod noslro 
tempore, per Dei gratiam, ampliiis crevit, qaara priiis devotio fundalo- 
f^ ei contaient : lieetnumquam Ëccle&iam, numqu^m allerius Ëcclesiae 
decimam, vel quamlibet possea!>ionem ecclesiasticam eo modo acquibierim, 
qoo raciual quidam. . . > (L. I, Ep. IX.} 



260 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

reste^ dans ce passage, Tabbé ne craignait pas de dire qae 
les biens de son r»bbaye avaient été considérablement attg- 
menlés de son temps, u par la grâce de Dieu, » et il en 
donnait une preuve : « du iemps de mes prédécerseurs, 
« disait-il à Pascal II, TEglise romaine pouvait à grand* 
« peine tirer d*ici la rente annuelle de dou^e sols que 
« nous lui devons : or, grâce à Dieu, notre pauvreté a pu 
(f dépenser plus de douze mille sols pour le service de 
« TEglise romaine (1). » 

Quoi qu'il en soit du nombre des donations, il demeure 
donc établi que 1 abbé Geoffroy accrut considérablement 
les ressources de son monastère. Dieu bénij sa « gestion 
ferme el habile » et ainsi il laissa Talbaye de Vendôme 
« plus riche qu^elle n'avait jamais été » plus riche, même 
sans doute qu'elle ne fut dans la suite, en tout cas, plus 
prospère, puisque sous son administration, elle atteignit 
« ce point culminant après lequel toutes les choses hu- 
maines commencent à décroître. » 

C'est que la richesse ne suffit pas pour rendre une ab- 
baye florissante, pour établir son influence, pour as- 
surer rhonneur de son nom : il lui faut surtout cette ré- 
putation de régularité et de travail intellectuel qui attire 
les âmes élevées et studieuses. Geoffroy ne l'ignorait pas, 
et d'ailleurs, ses qualités personnelles le rendirent plus 
apte que personne à donner une vive impulsion aux études 
théologiques et littéraires dans l'abbaye de Vendôme. 
« Au milieu de celte vie si agitée, dit H. de Pétigny, son 
iiif.tli<;able activité trouvait encore du temps pour les ira- 
vaux de l'esprit. » Il a laissé des ouvrages assez considé- 

(l) ... « Tempore praedecessoruni noslroram Romana Eeclerii Tel 
debitiim censuni, duodecim scilicet solidos, per aDOum vii habere potuit ; 
quod non propter jactanliam, sed propter gratiarum acUonero dioo : lu 
aervilio romane Eccleâiae, amplius quam duodecim miUia iolidonim 
tra paupertasexpendit.i. * (L. I, Ep.lX.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 261 

rables qui ont été presque tous publiés par le P. Sirmond, 
d*après les manuscrits de la Trinité, et dont la partie 
principale, et incontestablement la plus précieuse, con- 
siste en cinq livres de lettres qui permettent de reconsti- 
tuer sa vie et de lui restituer sa véritable physionomie. 
Parmi les opuscules qui font suite aux lettres, il faut citer 
particulièrement un Traité des investitures laïques, l'un 
des meilleurs qui aient été faits sur cette matière, et qui a 
été loué par tous les écrivains ecclésiastiques. Ses Ser- 
mons pleins de force et de piété, renferment un certain 
nombre de traits qui mériteraient d'être cités. 

Notre illustre abbé ne se bornait pas à prêcher ainsi 
d'exemple : on voit par ses lettres quel prix il attachait à 
attirer, dans son monastère, des novices lettrés. D'Angers, 
il écrivait un jour à ses religieux : « J'ai reçu un novice 
«de bonne vie et très-lettré : je lui ai fait quitter aussi- 
« tôt rhabit séculier et lui ai donné l'habit religieux (1). n 
Nous ne pouvons, à ce sujet, résister au plaisir de citer 
on passage d'une lettre adressée à un de ses amis, le so- 
litaire Hervé, qui lui procurait des novices : « Si le secré* 
«taire de Sainte-Harie de Chartres, veut être moine, 
«comme vous me l'avez écrit, je n'ai aucune raison pour 
« le repousser. Surveillez-le donc, et faites en sorte qu'il 
« quitte le monde auquel il est peut-être encore trop at- 
« taché. Quant à l'autre, dont vous me parlez, qui a été 
«récemment ordonné prêtre, s'il vous paratt de bonne 
« vie, envoyez-le-nous. Envoyez-nous, du reste, tous les 
« clercs de bonne vie que vous trouverez (2). » C'était 

• 

(t) « ••• Novîtiuro quemdaro honestae vit» el opUme liUeratum gat 
ttpi : qnem s»cali paanU exutum, regalari vesle hal)eo vestitum... » 
fl. IV, Ep. XXVI ) 

(t) « Secalarifl B. Mari», ri monaehus vult fieri.. . non est respoen- 
dtt.. . altemm qai noviter presbyter factus est. . . qttoscumque honest»- 
^ dericos inveneritis, nobia tranamittere dod différa lis. . . « 



262 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

effectivement dans cette catégorieque 1*011 pouvait trouver le 
plus de personnes lettrées; mais beaucoup de clercs étaient 
pauvres : cette considération n'arrêtait pas Geoffroy: 
c( Croyez-le bien, disait-il au pieux solitaire, nous aimons 
(( mieux dans les hommes une honnête pauvreté, que des 
« richesses accompagnées d'orgueil. Cependant ceux qui 
« ont des richesses ne doivent pas être repoussés pour 
(( cela : elles trouvent toujours leur emploi. Nous ne de- 
(( mandons rien pour recevoir un moine, mais, si on nous 
« offre quelque chose, nous l'acceptons pour obéir à la 
c( règle. Notre ordre, en effet, exige que nous apportions 
c( tous nos soins, non à amasser des biens temporels, mais 
c à gagner des âmes (1]... » 

C'est la dernière parole que nous citerons de notre 
grand abbé. Il mourut, en 1132, à Angers, dans son cher 
prieuré de l'Esvière, où il avait dû se rendre pour sur- 
veiller la réparation des désastres causés à ce monastère 
par un incendie qui avait ravagé la moitié de la ville (2). 
Geoffroy était plus usé par les fatigues et le travail que 
brisé par Tâge. Il laissait dans son abbaye de Vendôme 
un souvenir que nous sommes heureux de (aire revivre 
aujourd'hui ; souvenir du plus généreux et du plus cons- 
tant dévouement pour l'Eglise romaine; souvenir de luttes 
soutenues sans défaillance^ et presque toujours avec suc- 
cès, pour le maintien de la discipline ecclésiastique, 
ou la sauvegarde de rhonneur , des droits , des pri- 
vilèges de son monastère; souvenir de fermeté rigou- 
reuse^ tempérée par une sage modération, une impar- 

(1) « ... Habent et dÎTitiae locnm suum : nflul tamen pro fadendis 
monaohis qoseriimis. . . Ordo si 'qnidem noster exigit at taJes «mus, qui 
non lacris lemporalibiis^ sed lacnudis tnimabos operam deoras. • (L. IV, 
Ep. XLIX.) 

(2) Ghronic. Andegav., ad ann. 1112. 



XXXIX« SESSION, A VENDOME. 263 

tiale justice, une inaltérable affection pour ses religieux; 
soQYenir enfin d*une administration habile de quarante 
ans, pendant laquelle il sut accroître les ressources tem- 
porelles de Fabbaye, sans y laisser introduire aucun dé- 
règlement, en môme temps qu'il y faisait fleurir, avec 
ane grande piété, dont il donna toujours l'exemple, Tétude 
assidue des sciences sacrées et des lettres profanes. Ainsi 
il doit avoir sa place marquée à cùlé de saint Grégoire YII, 
saint Odon de Cluny et saint Bernard, ces grands hommes 
sortis, comme lui, du cloître bénédictin et qui, par leurs 
luttes courageuses pour Tindépendance de TEglise et de 
la conscience chrétienne, comme pour la réforme des 
mœnrs, ont tant contribué à l'établissement de la vraie 
civilisation. Pour avoir élevé Tabbaye de Vendôme à son 
plas haut point de prospérité, il mérite la reconnaissance 
de notre pays autant que celle de l'Eglise; il doit recueil- 
lir les éloges de tous les hommes impartiaux qui voudront 
étudier sa vie, l'admiration et le respect de tous. Enfin la 
postérité devenue plus juste, après des siècles d'oubli, 
voudra mettre à côté de son nom ces mots, placés autre- 
fois, par ses religieux, au-dessous de son portrait, dans 
le chœur de leur église : « Geoffroy, cardinal, abbé et re- 
ligieux du monastère de Vendôme, vénérable pour sa 
piété et sa doctrine (i)- > 

Dne discussion assez animée, à laquelle prennent part 
MM. l'abbé Auber et de Cougny, s'engage sur l'incident 
relatif au moine Jean. 

H. le comte de Déservillers et M. Tabbé Auber con- 
viennent que la réclamation de Geoffroy était juste, mais 
en excusant dans certaines limites, la temporisation de 
Téféque du Mans. 

(1) L'abbé Simon, Hist. de YeDd4iBe, t. Il, p. 118. 



264 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Cette mention d'un moine architecte du commence- 
ment da xn« siècle, dont l'œuvre, qui subsiste dans la 
nei de la cathédrale du Mans, prouve le talent supérieur, 
intéresse vivement le Congrès. 

H. Tabbé Âuber y voit la condamnation des théories 
de M. YioUet-le-Duc, qui attribue aux artistes laïques la 
construction des cathédrales, tandis que nous voyons ici 
révëque du Mans prendre son architecte dans un clotlre. 
n ajoute que le moine Jean ne dut pas sculpter ou faire 
sculpter au hasard les chapiteaux de la cathédrale da 
Mans, et que tout le symbolisme qui peut s'y trouver doit 
être réfléchi et profondément étudié. 

n faut aussi remarquer le voyage du moine-archi- 
tecte en Terre-Sainte; ce voyage dut influer sur son 
talent. 

H. le comte de Déservillers rappelle que la guerre 
entre Geoffroy Martel et Foulques Nerra eut pour cause le 
refus de Geoflroy de rendre, à Foulques , son père, un 
moine nommé Renaud, qu'il lui avait prêté pour cons- 
truire l'abbaye de la Trinité. 

Une autre discussion s'engage sur la suite de Geoflroy, 
suite dont l'importance efl'rayait la pauvreté d'Hildebert, 
et sur ce qu'il disait n'oser aller à Chartres ou au Mans, 
tandis qu'il se rendit plusieurs fois à Rome où ses trésors 
servirent très-utilement la cause du pape. 

Cette question étant épuisée, on passe à la 37^ 

Du pernonnage (THildebert. — Son origine^ ses rela- 
tions avec le Vendômois. —M. de Déservillers lit sur cette 
grande figure du moyen âge un intéressant travail, extrait 
de sa grande biographie de Tévèque du Mans, qu'il publie 
en ce moment. Il s'exprime ainsi : 



XXXIX* SESSION, A VENDOlfE. 365 

c Messieurs, 

J'aurais voula répondre aux intenlions du programme 
que TOUS nous avez donné et pouvoir vous présenter une 
notice résumée sur la vie d'Hildebert ; mais une notice 
de ce genre serait d*une grande sécheresse et d*un petit 
intérêt. Hildebert a exercé sur son époque une trop grande 
influence pour que Ton puisse raconter sa vie sans ré- 
flexions et sans la rattacher à l'ensemble des événements. 
Quand j'acceptai la tâche de me charger vis-à-vis de notre 
Société archéologique du Yendômois de fournir un travail 
sur Hildebert, ma première pensée ne fut que de faire 
une simple biographie. Effrayé de ma tâche, j'allai trouver 
M. Weiss, le patriarche des érudits, le père des biogra- 
phes, qui certainement, messieurs, a été connu de plu- 
sieurs d'entre vous. Je lui fis part et de la promesse im- 
prudente que j'avais faite et de mon intention. Il me 
répondit avec son sourire bienveillant et fin, que je 
vois encore : On ne fait pas une notice biographique sur 
Hildebert, on fait un livre ; essayez, mais sortez complè- 
tement de la pensée de resserrer dans un petit cadre la 
grande figure d'Hildebert. 

Voilà pourquoi, Messieurs, je ne peux vous donner un 
résumé de mon travail, je tiens à suivre le bon conseil de 
réminent érudit dont je suis heureux de faire revivre le 
souvenir au milieu de vous. 

Permettez-moi donc de ne vous présenter de la vie du 
grand évèqne du Mans que ce qui touche d'une manière 
plus directe à l'histoire du Yendômois, ce sont ses rap- 
ports avec l'abbé Geoffroy de Yendôme. On voit que ces 
deux hommes illustres par leur correspondance, Geoffroy 
et Hildebert, tous deux animés des mêmes pensées et des 
mêmes désirs, avaient l'intention de maintenir entre eux des 
liens d*une mutuelle confiance : c'était chose facile à Hil- 



266 CONGRÈS ARCHÉOLOGIOUE DE FRANCE. 

debert dont le caractère doux et aimant se senût aban* 
donné volontiers aux douceurs de ramitié. Mais comment 
vivre en paix et en confiance avec ce fougueux abbé de la 
Trinité, qui n'admettait jamais aucun tempérament, au- 
cun retard et que le moindre obstacle exaspérait? La 
fougue naturelle de son caractère fut encore favorisée par 
l'indépendance complète de sa situation vis-à-vis les 
évèques. Les chartes de fondation des grands monastères 
s'étaient efforcées de les rendre indépendants et de les 
soustraire à la puissance féodale ; il était important aussi 
qu'au milieu de la lutte des investitures leur existence ne 
fût pas compromise par l'autorité épiscopale. 

Les papes voulurent donc les soustraire à la juridiction 
diocésaine, l'indépendance qu'ils leur accordèrent fut sou- 
vent contestée par les évèques et ne fut réellement établie 
d'une manière définitive et complète qu'après le pontifi- 
cat d'Urbain II et de Paschal II, sortis l'un et l'autre de la 
grande abbaye de Cluny, admirateurs et amis de l'abbé 
Geoffroy de YendAme, avec lequel ils entretenaient une 
correspondance suivie et qu'ils vinrent visiter à Vendôme. 
L'indépendance de ces grands centres de prière, de science 
et de vertus était incontestablement une chose bonne et 
utile, mais les passions humaines gâtent souvent les me- 
sures les plus sages, et le ton plus que léger de l'abbé 
Geoffroy vis-à-vis d'évèques de la vertu et de la science 
de saint Yves de Chartres et du vénérable Hildebert, fait 
ressortir plus que ce qu'on pourait dire les inconvénients 
de l'abus de l'indépendance. Ces réflexions étaient néces- 
saires avant d'entrer dans le récit des différends qui 
existèrent entre Hildebert et l'abbé Geoffroy, elles ex- 
pliquent les lettres irrespectueuses que l'abbé ose écrire à 
l'évèque et l'inconcevable hauteur de son attitude. 

Le premier différend qui s'éleva entre Geoffroy etHilde- 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 267 

bert fat au sujet de la comtesse Euphronie de Yendôme, 
fille de Foulques et sœur de Bouchard le Jeune, dernier 
descendant direct de la dynastie de Bouchard le Vieux. 
Euphronie, devenue comtesse de Yendôme, par la mort 
de son frère, apporta le comté de Yendôme à Geoffroy de 
Preuilly, qu'elle avait épousé. Elle avait cédé au monas- 
tère de la Trinité l'église et la terre de Savigny, comme 
témoignage des bons ofGces qu'elle avait reçus des reli- 
gieux dans la négociation de la délivrance de son mari, 
prisonnier depuis de longues années dans la tour de Bau* 
gency. Exaspérée plus tard par les différends qui ne ces- 
saieut de s'élever entre elle et le monastère et par les 
prétentions hautaines de l'abbé Geoffroy, elle avait repris 
a?ec violence ce qu'elle avait donné et s'était emparée de 
relise, du prieuré de Savigny, ainsi que du grain appar- 
tenant au monastère. 

Un archiprélre du diocèse du Mans, qui se trouvait sur 
les lieux, promit au moine que Tévéque du Mans ferait 
justice de celte spoliation, mais cela ne suffisait pas à 
Tardeur de l'abbé Geoffroy, il voulait être dispensé de se 
rendre devant l'évèque et que le jugement fût rendu sans 
que les parties fussent entendues. C'est dans ce sens qu'il 
écrit à Hildebert la lettre la plus hautaine et la plus vio- 
lente (1). Hildebert ne se laissa émouvoir ni par les in- 
jures, ni par l'impatience de l'abbé de Yendôme, il était 
dans la parfaite intention de lui rendre justice, mais son 
expérience et sa profonde connaissance des hommes lui 
avaient appris qu'il vaut mieux ne juger certaines ques- 
tions irritantes que quand les passions sont calmées, 
le jugement est plus facile à rendre et il est mieux accepté. 
Il comprenait aussi qu'il devait des égards à la comtesse Eu- 

(1) Gofifiidi Vindoc, epist. xv, Ub. lll. 



268 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

phronie qui, en somme, s'était dépouillée de ses biens une 
première fois et qui ne les avait repris que dans un mouve- 
ment d'exaspération contre l'abbé Geoffroy. Malgré les pres- 
santes injonctions de l'abbé , malgré des dénonciations i 
la cour de Rome (1), il laissa le temps s'écouler. Geoffroy 
ne cessa d'agir et de se plaindre, il obtint du légat du 
Saint-Siège une sentence d'excommunication contre la 
comtesse Euphronie, qui Tut ainsi obligée de rendre le 
prieuré de Savigny et quand l'abbé de Vendôme en fut en 
possession, il écrivit encore à Hildebert une lettre pleine 
d'amertume et d'ironie, dans laquelle il l'engage à ne pas 
se laisser, comme un nouvel Adam, entraîner et tromper 
par la perfidie de la femme (2). 

Un autre sujet de discorde entre l'abbé Geoffroy et Hil- 
debert fut le moine-architecte, nommé Jean. Hildebert 
voulant reconstruire la partie la plus importante de la ca- 
thédrale du Mans, avait prié l'abbé Geoffroy de mettre le 
moine Jean à sa disposition, pour l'aider de ses talents et 
de son expérience dans cette grande entreprise. On sait 
qu'à cette époque du moyen âge, les monastères étaient 
non-seulement des pépinières de savants, mais aussi d'ar- 
tistes. Geoffroy consentit à laisser partir le moine Jean, 
à la condition qu'il reviendrait à une époque déterminée. 
Les traverses de la vie d'Hildebert, les luttes et les persé- 
cutions qu'il endura, retardèrent son œuvre ; il ne put au 
milieu de son exécution, et lorsque lui-même était obligé 
de rester éloigné du Mans, se priver de l'appui et des lu- 
mières du moine confident de ses pensées et de ses in- 
tentions relativement à la construction de la cathédrale et 
avec lequel il avait arrêté tous les plans. L*époque fixée 
pour le retour de Jean à l'abbaye était arrivée, Jean resta 

(1) Goftridi Viiidoc.,epist. ui. 
(fj Gdfridi Yittd., eptet. xxi. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 269 

au Mans. L'abbé Geoffroy réclama son moine avec ins- 
tance — Hildeberl ne pouvait s'en passer — Geoffroy, nous 
l'avons déjà constaté, n'était pas patient et il était 
essentiellement jaloux des droits de sa juridiction abba- 
tiale ; il réclame donc Jean avec sa vivacité ordinaire, 
pois il lui donne l'ordre formel de rentrer à l'abbaye, enfln 
il le menace de l'excommunication s'il ne vient pas à une 
époque fixée implorer son pardon pour être resté sourd à 
la voix de son abbé : 

c Vous savez certainement, écrit-il à Hildebert, que le 
« moine-constructeur Jean est éloigné par désobéissance 
c de notre église et cependant vous l'avez retenu et vous 
« le retenez encore contrairement aux vœux de sa profes- 
f sien et contrairement à notre volonté formelle, oublieux 
c en cela de son salut et de votre promesse. Encore der- 
c niërement, lorsque j'ai conféré avec vous, vous m'avez 
« promis que vous alliez le rendre promptemenl à son 
« monastère; puisque vous ne l'avez pas renvoyé, puisqu'il 
tt n'a pas voulu encore se faire absoudre de sa faute, pré- 
c venu une première fois, nous l'avertissons de nouveau 
f et en avertissant nous supplions afin que celui qui s'est 
< éloigné avec désobéissance, vienne, d'ici au premier 
ft dimanche, se soumettre régulièrement et recevoir misé- 
€ ricorde. Si il perd cette occasion, nous l'excommunions 
«jusqu'à ce qu'il se corrige, de façon que vivant, la 
• communion lui soit refusée, et mort la sépulture. El 
c nous vous demandons instamment» notre très-cher sei- 
c gneur et ami, que votre prudence ne méconnaisse pas 
c plus longtemps nos droits sur lui , après vous avoir 
c accordé, par affection, ce que vous nous avez de- 
c mandé (1). > 

(1) Goffridi Viadoc.,epist xxV, t. Ht. 



270 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Hildebert était loin de vouloir contester les droits de 
l'abbé Geoffroy, mais il ne pouvait, au milieu des travaux 
de la cathédrale, se priver du concours de celui qui les 
dirigeait. Il prit le parti de temporiser et de laisser le ter- 
rible abbé jeter feu et flammes. 

On trouve dans la correspondance de Geoffroy cinq 
lettres adressées à Hildebert, dans lesquelles il réclame 
le retour du moine Jean avec vivacité (i), et une lettre 
adressée au pape Pascal II (2), qui renferme tous ses 
griefs contre Hildebert, parmi lesquels il n'oublie pas de 
signaler l'éloignement, contre sa volonté, du moine Jean. 
Dans la collection des lettres d'Hildebert on ne trouve 
aucune réponse à ces pressantes injonctions, ce qui nous 
autorise à penser qu'Hildebert se déroba par le silence à 
une lutte impossible. 

L'abbé Geoffroy n'était pas homme à se laisser endor- 
mir par ces temporisations et ces retards calculés, ils ir- 
ritèrent son caractère ardent, habitué à soulever tons les 
obstacles. En présence de la force d'inertie, qui est la plus 
difficile à vaincre, il n'hésita plus, il excommunia le moine 
Jean et il adressa la sentence d'excommunication à tous 
les évéques, à tous les abbés de la sainte Eglise et parti- 
culièrement à Hildebert (3). 

Malgré cela, Hildebert retint le moine Jean, et grâce à 
son appui, il put, au milieu de sa vie si agitée, et malgré 
une captivité de plusieurs années, mener à bonne fin la 
construction de la cathédrale du Mans. L'église de Trôo 
fut construite aussi à la même époque, et ce qui nous 
porte à croire que ce fut en même temps et par le même 
architecte, c'est que non<^seulement il y a entre la cathé^ 

(1) (loffr. Vindoc., epist. \vi, epist. xxiv-xxv-xxix-^xix. 

(i) EpUt. m, Ub. I. 

(3) Goffir» Vmd.« epift. xu, lib. lil. 



XXXIX* SESSION, A VKNDOMfi. 271 

drale et l'église un air de famille incontestable, mais on 
retrouve à Trôo des détails d'architecture et des figures 
symboliques dans les chapiteaux qui doivent avoir été des- 
sinés par la même main que les mêmes sujets qui figurent 
à la cathédrale. 

Trôo se trouve placée sur la route du Mans à Lavardin ; 
DOQS voyons par une lettre de Geoffroy, qui offre à Hildebert 
d'aller le trouver à Lavardin, que Tévêque revenait quel- 
quefois visiter le lieu de sa naissance, il est donc très-pro- 
bable qu'il surveilla en passant les travaux de l'église de 
Tréo. 

Nous venons de voir Hildebert résister par la patience 
el la force dMnertie aux empressements de Tabbé Geoffroy. 
Quoique la défensive fût plutôt dans le caractère du grand 
évéque duHans,il n'hésitait pas à intervenir spontanément 
quand il croyait qu'il y avait devoir à le faire. 

Les moines de la Trinité avaient refusé de recevoir l'évê- 
que de Chartres, du Mans, dans leur monastère. Cet évéque 
était le grand saint Yves. Hildebert froissé de cette inconve- 
nance, de cette dureté inhospitalière et après avoir reçu 
les plaintes d'¥ves de Chartres, fait aux moines de la Tri- 
nité une longue leçon. On voit qu'il s'adresse à des hommes 
instruits et versés dans la connaissance des choses spiri- 
tuelles, sa lettre est d'un style élevé, quelquefois mordant, 
nuds jamais injurieux. Dans un temps où les choses se di- 
saient presque toujours crûment et où la pensée prenait 
rarement la peine de s'adoucir, l'abbé Geoffroy nous en 
donne de trop fréquents exemples, Hildebert ne dépasse 
jamais la limite au delà de laquelle se perd le respect 
d'autrui et de soi-même. Après avoir fait ressortir qu'il 
ne suffit pas, pour suivre la voie qui conduit à la vie de 
pratiquer quelques vertus isolées; qu'il ne suffit même 
pas de tout abandonneri de se jeter dans un monastère et 



m CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

d'embrasser avec ardeur les insignes de rhumilité, il 
ajoute : 

(( 11 erre en dehors de la voie celui dont la colère ne 
c tombe pas avant le coucher du soleil. Il erre en deliors 
c de la voie celui qui ne veut pas être trompé et qui ne 
(( craint pas de tromper. Il erre en dehors de la voie le 
a moine que vous voyez librement fréquenter la place pu- 
c biique. Il erre en dehors de la voie celui qui laisse 
(( couler les flot de ses vains propos, qui se nourrit d'exac- 
u tion et qui arrache par des chicanes le salaire de Tou- 
c vrier. Et vous aussi vous avez erré en dehors de la voie 
c lorsque vous avez fermé vos portes à l'évêque ; lorsque 
« vous avez repoussé le Christ de Jésus-Christ, oublieux 
c ainsi tout à la fois et du bien et de la récompense de 
c rhospitalité. La tournée avait conduit le prélat vers 
4. VOUS et l'avait mis dans la nécessité de vous demander 
c une courte hospitalité ; la nuit, le mauvais temps le for- 
c cèrent à vous demander un asile. Personne au château 
c à qui l'évêque pût s'adresser. Dans son embarras, 
c l'homme de Dieu s'assit en vain à votre porte; en 
c vain il appela; il fut repoussé, celui 'que vous au- 
€ riez dû non-seulement inviter, mais retenir de force. 
c II fut repoussé, celui qui fut plus peiné de la honte du 
c moine que de l'expulsion du pontife, de votre manque 
« de charité que son manque d'abri. Il fut repoussé celui 
t qui pour vous doit être le Christ, à moins que tous 

< n'ayez pas lu ou que vous n'ayez pas compris ces paroles: 

< Celui qui vous méprise me méprise. Qu'il serait heu* 
« reux pour vous si l'on pouvait dire de vous : Ik le for* 
€ cèrent à s'arrêter, en lui disant : Restez avec nous, Sei-^ 
u gneur, il se fait tard et le jour baisse (1) I » 

(1) Dom beaugendre» Hild., ejrftt. iX, Ub. I. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 273 

Hildebert repousse ensuite l'excuse ridicule que les 
moines donnèrent de leur pauvreté. Mais Tor et Targent, 
leor dit-il, étincellent dans votre église ; mais vous avez 
une masse d'ornements iju'il valait mieux abandonner 
à Tosare que le pontife aux rigueurs de l'hiver. Hildebert 
trace ensuite un magnifique tableau des bons résultats de 
rhospitalité noblement exercée; il cite aux moines les 
bénédictions qui descendirent sur Loth et sur Abraham 
parce qu'ils furent hospitaliers. La leçon est donnée dans 
le style le plus élevé et le plus énergique, elle est forte, 
incisive et jamais grossière. Cette lettre aux moines de 
Tabbaye de la Trinité est une des plus éloquentes de la 
collection des lettres d'IIilJebert et aussi une des plus 
curieuses. Elle indique d'une manière évidente la défiance 
excessive qui existait dans les monastères contre les 
évêques et combien les moines étaient jaloux du privilège 
qui lesdérobait à la juridiction épiscopale. Il faut aussi re- 
marquer avec quel soin Hildebert indique que c'était par 
hasard et sans préméditation que saint Yves venait de- 
mander rhospitalité au monastère, il justifie ainsi l'évëque 
de Chartres de la pensée d'avoir voulu exercer une sur* 
veillance quelconque dans le monastère. Cette lettre est 
adressée aux moines de l'abbaye de la Trinité et non à 
Tabbé Geoffroy, il est donc probable que le fait qu'elle 
relate s'était passé pendant l'absence de l'abbé qui rési- 
dait peu au monastère ; ses fréquents voyages à Rome, la 
surveillance active qu'il exerçait par lui-même sur les 
immenses possessions du monastère, le tenaient éloigné de 
Vendôme. Nous voyons qu'en s éloignant Tabbé Geoffroy 
laissait au monastère son esprit et que ses moines ne re- 
culaient devant rien pour le maintenir. 

Est-ce par crainte, est-ce par orgueil et par infatuation 
de leur privilège, qu'ils repoussèrent si durement Til- 

18 



274 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

lustre évfique de Chartres? Quand on considère les pas- 
sions qui agitaient le commencement du xn< siècle et 
Tautorité que l'abbé Geoffroy s'était attribuée dans le mo- 
nastère, on doit croire que le sentiment exagéré de l'in- 
dépendance du monastère fut le motif principal de cet 
acte qu'avec le vénérable Hildebert nous trouvons révol- 
tant. 

Les conflits entre Hildebert et l'abbé de la Trinité ne 
présentent que le côté imparfait du caractère de Geoffiroj, 
de Vendôme. Pour le juger il faudrait appréeier aussi ses 
éminentes qualités, son dévouement à TEglise, son auto- 
rité, sa science, sa doctrine, sa volonté si ferme et si 
constante dans le bien ; tout cet ensemble enfin qui font 
de Geoffroy, de Vendôme, une des grandes figures du 
moyen âge. 

La séance est levée à 10 heures 3/4. 



SÉANCE DU 20 JLIN 1872 , A 2 HEURES DU SOm. 

Présideooe de M. le marquis db Vibbatc, inspecteor de la Société fraa- 
çalae d'archéologie, membre de rinstiUit et Président de la Sodélé ar- 
diéologiqae da Vendômols. 



Siéent au bureau : IM. le docteur Cattois, Bouet, de 
Laurière, Palustre, de Cougny, de Rochambeau. 

H. de Dion remplit les fonctions de Secrétaire. 

Le procès-verbal de la quatrième séance est lu et donne 
lieu aux réclamations de M. 1 abbé de Préville, qui trouve 
que le Secrétaire n*a pas gardé Timpartialité entre Tabbé 
Geoffroy et Hildebert. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 275 

M. le Président donne satisfaction à M. de Préville et le 
procès-verbal est adopté. 

H. le Président appelle la 38« question : Légende de la 
Sainte-Larme; la ramener au sens historique. Il de- 
mande la provenance de cette relique. 

M. Tabbé Haugou raconte avec tous les historiens du 
Tendômois, que, d'après la tradition, cette larme, versée 
SOT Lazare, par le Sauveur, aurait été remise à Marie- 
Hadeleine et apportée en France par cette sainte. Cons- 
tantin, qui avait pu la connaître lors de son séjour dans 
les Gaules, Taurait transportée à Constantinople avec 
4*aulres reliques insignes. Elle y serait restée jusqu'au 
XI* siècle. 

A cette époque, ainsi que l'indiquent la Chroniquon 
andegavense et d'autres historiens, Geoffroy Martel , 
après avoir chassé les Sarrazins de la Sicile, s'étaît 
rendu à Constantinople , où , en récompense de ses 
services, il reçut de l'empereur grec différents pré- 
sents, parmi lesquels se trouvaient la Sainte-Larme et 
un fragment ilc bras de saint Georges. Il déposa la relique 
de saint Georges dans Ja chapelle du château, bâtie sous 
le vocable de ce saint et gratiGa de la Sainte-Larme 1 ab- 
baye de La Trinité qu'il venait de fonder. 

D'après une variante, cette larme du Christ répandue 
sur le corps de Lazare aurait été recueillie par un ange 
et remise par lui à sainte Madeleine, apportée en Pro- 
vence par celle-ci, donnée à saint Maximin, évéque d'Âix, 
transportée par celui-ci à Constantinople et rapportée, en 
i040, à Vendôme, par Geoffroy Martel, fondateur de l'é- 
giise et de 1 abbaye de La Trinité. Un soubassement de la 
clôture en pierre du chœur de La Trinité est orné de 
larmes et porte la date de i 538, il faisait partie d'une ar- 



!276 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

cade qui abritait le reliquaire. On ne possède plus qu'une 
vue de ce reliquaire qui a été reproduit dans les Mélanges 
d'Archéologie et d'Histoire, t. III, p. 78. Il conte- 
nait trois bottes, renfermées les unes dans les autres , et 
la dernière n'était pas encore le vrai reliquaire. Celui- 
ci était une petite ampoule de verre bleu contenue dans 
une grosse perle de verre ou de cristal de roche, mon- 
tée en or, une chaîne était attachée à ses deux extrémités 
et passait dans des anneaux que le prêtre se mettait aux 
doigts lorsqu'il faisait la montre de la relique, qui, ainsi, 
ne pouvait choir de sa main. 

Un vitrail du xm« siècle et quelques ampoules de 
plomb, que les pèlerins rapportaient remplies d'eau bé- 
nite, sont les seuls souvenirs matériels qui nous restent 
de ce pèlerinage, très-populaire au moyen âge. 

H. l'abbé Haugou donne ensuite lecture d'une note de 
M. Dupré, sur la Sainte-Larme, ainsi conçue : 



Je voulais d'abord traiter historiquement cette question 
délicate. Dans ce but, je lus, je pris des notes; mais le 
temps m'a manqué pour les coordonner et les mettre en 
œuvre. Du reste, je dois le dire, ma conviction n'est rien 
moins qu arrêtée. Si, d'un côté, Mabillon démontre par- 
faitement la bonne foi des Bénédictins de Yendêrae, légi« 
times possesseurs d'une relique célèbre, s'il justifie la 
piété des fidèles qui l'ont toujours vénérée ; de l'autre, 
l'érudition minutieuse et la critique incisive de Tabbé 
Thiers, son redoutable antagoniste, laissent à l'esprit des 



XXXIX* SESSION 9 A VENDOME. 277 

dontes sérieux. Dans cet embarras, me voyant pressé par 
rheare du Congrès, et néanmoins voulant dire un root 
delà Saint^Larmet je me borne à la considérer, un ins- 
tant, par son côté doux et affectueux ; peut-être ai-je en- 
core choisi la meilleure part; ce sera, du moins, la plus 
sympathique. 

Que de belles choses les saints pères et les doctes in- 
terprètes de TEvangile ont dites sur les pleurs de Jésus- 
Christ, témoignage irrécusable et touchant de son huma- 
nité divine I On en ferait un livre qui, lui-même, serait 
arrosé de bien des larmes chrétiennes. Citons seulement 
Tun des moins connus, Raban Maur, archevêque de 
Mayence, au ix« siècle, auteur d'une Vie de Marie-Made- 
leine et de Harllie, demeurée inédite jusqu'à nos jours. 
M. Paillon, qui Ta publiée, traduit ainsi le passage con- 
cernant la résurrection du Lazare et les larmes que Notre- 
Seigneur versa, lui-même, sur son tombeau, avant de le 
rappeler à lavie(l): 

c Où Favez'vous mis? dit Jésus. On lui répond : Sei- 

< gneur, venez et voyez. Alors Jésus pleura... larmes 
( vénérables et dont on ne devrait point parler sans en 
« répandre soi-même ! Larmes du Fils de Dieu, qui s'cchap- 

< pèrenl de ses paupières très-pures, qui coulèrent de 

< ses yeux divins, qui arrosèrent son visage si serein et 
« si calme, au moment où, voyant Marie qui pleurait, 
• il frémit en son esprit et se troubla soi-même ! » 

La grande âme de Lacordaire s'est émue à la scène at-< 
tendrissantedes amtlids(/e Déthanie, L'éloquent domini- 
<^in paraphrase admirablement le texte évangélique, et 



(1) Monumetits inédits sur l'apostolat de sainte Marie- Mode 
'«'W, t. n, p. 196. 



278 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

nous lui empruntons avec plaisir cette page exquise d'un 
livre délicieux (1) : 

€ Comme scène d'amitié, rien de comparable n'existe 
€ dans aucun siècle, ni dans aucune langue. La tendresse 
« déborde dans ce récit, et cependant on pourrait dire 
a qu'elle n'est pas exprimée. Elle gît tout entière dans les 
(( entrailles, et, en la sentant toujours, on ne l'entend 
€ que par ce seul mot : Et Jésus pleura. Jésus ne devait 
c( pas pleurer dans sa passion ; il ne pleura point lors- 
(( qu'un apôtre lui donna le baiser de la trahison, ni 
« quand saint Pierre le renia, par peur d'une servante, 
€ ni quand il vit, au pied de sa croix, sa mère et ses plus 
€ chers amis... Hais, lorsque le Christ libre encore, vi- 
ce vait avec nous de notre vie, il ne put refuser, au tom- 
(c beau d'un ami, la faiblesse d'un attendrissement. Il fré- 
« mit, il se trouble ; et enfin, comme l'un de nous, il 

< pleure. Saints frémissements, heureux trouble, larmes 

< précieuses^ qui nous prouvaient que notre Dieu était 
( sensible comme nous, et qui nous permettaient de 
« pleurer aussi, un jour, dans nos joies et dans nos ami- 
€ tiés! » 

La dévotion des peuples aux larmes de Notre-Seigneur 
s'est affirmée en plusieurs lieux, d'une manière éclatante. 
D'autres églises que celle de La Trinité, de Vendôme, 
honoraient une relique semblable (2). Ce culte avait ses 
racines dans le cœur humain, et se répandait facilement, 
sous l'influence favorable des siècles chrétiens. 

Dans un ordre d'idées beaucoup moins élevé, le 
moyen âge ne trouva pas de nom plus caractéristique 



(1) Sainte Marit' Madeleine, p. 56. 

(2) Dissertation de l'abbé Thiers^ p. 13 et li. 



XXXIX« SESSION, A VENDOME. 279 

que celai de Lacryma CAm(t, pour désigner un des 
meilleurs vins de Tltalie ; c'était une manière naïve de 
témoigner son respect pour des larmes précieuses. 

AuxY* siècle, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, 
un dévot à la sainte Larme, composa un répons en Thon- 
nenr de cette relique ; en voici le texte, d'après le cha- 
noine Du Bellay (1) : 

f magna charitas Christi qui, vidons Hariam et Mar- 

< thaiD logere et plangere super Lazaruni fœtentem, la- 

< crymari voluisti et in voce quà cœlum et mare creasti, 
a Lazarum vocasti et suscitasti, et me peccatorem Ludo* 
«vicum comitem, per magnam misericordiam tuam et 
f mérita matris tuae, à vinculis carcerum et manibus ini- 
( micorum meonim liberasti ! Tu es Christus, filius Dei 
( vivi, qui cnm Pâtre et Spiritu Sancto vivis et régnas 
( Deus, et imperium' tuum sine fine permanet in sscula 
(sxculorum. vox potens et plaçons Patri, quae portas 
( infemi aperuisti et animam Lazari à manibus dœmonum 
c liberasti et eam in corpore fœtido posuisti ipsique vi- 
( tam et resurrectionem tribuisti, tu es Christus, etc. » 

Le comte Louis voulut que ce répons fût chanté, à Tab- 
baye de La Trinité, tous les ans, à la fête du Lazare (le 
vendredi de la quatrième semaine de carême). 

Le même sujet inspira, plus tard, à saint François de 
Sales une charmante lettre dont la fin surtout est déli- 
catement touchée : 

c Tenez, voilà une des larmes de Vendôme , c'est-à- 

< dire une goutte de l'eau dans laquelle on a trempé la 
n phiole dans laquelle est, ainsi qu'on tient par la tradition 

(1) Histoire manuscrite de ta cotiégiale Saint-Georgis de Ven~ 
dôme, p. 52 de la copie qui.est à la biblioUiëque de Blois. 



280 CONGRE^ ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c ancienne des habitans de Vendôme, de la terre sur laquelle 
f tombèrent les larmes de Notre-Seigneur, tandis qu'au 
« temps de sa mortalité et de ses peines il pria et adora 
c son Père éternel (i). On dit cela, et le tient-on pour 
f certain au diocèse d'Orléans, d'où notre sœur Claude- 
f Agnès, qui est supérieure là d'un monastère de la Vi- 
« sitation, me Ta envoyée ; mai^, comme que ce soit, 
« gardez celte représentation de larmes comme un mé- 
a morial de celle de Notre-Seigneur, qui vous fasse ra- 
c mentevoir de Tobligation que vous avez à la dilection 
a qui fit pleurer cette infinie bonté pour nous, et d'un 
c motif parfait de ne jamais offenser une si merveilleuse 
ce et si aimable douceur (2). » 

On ne pouvait parler avec plus d'onction, et en même 
temps avec plus de réserve, d'une pieuse croyance que 
le cœur admet sans peine, malgré les froides objections 
du scepticisme. 

Après toutes les discussions des savants, une his- 
toire reste à faire, celle du pèlerinage à la Sainte- Larme. 
On verrait par là quel bien moral produisirent ces ren- 
dez-vous solennels, où les âmes s'édifiaient et se forti- 
fiaient mutuellement. Nous en avons un témoignage peu 
connu dont nos lecteurs apprécieront la sincérité : 

Un Yendômois du xvii» siècle, médiocre poète, mais 
chrétien fervent, nous raconte en prose et en vers son 
voyage à la SaiiUt-Larme^ en l'année 1681. Maître Fran- 
çois Forest, procureur au bailliage de Vendôme, n*a pas 

« 

(i) La tra'HtioQ veDdômoîse était plus précise, car elle a'appliqaait 
généralement à Tune des larmes que ^otrc -Seigneur répandit avant de 
ressusciter le Lazare. Saint François, étranger à notre pays, pouvait 
bien ignorer ce détail. 

(2) Lsttre à une dame, 7 juin 1621, t. IV, p. 489 de la comspon- 
dance de saint François de Sales (édition de Paris, 1758). 



XZXIK* SESSION, A VE!9B0HE. 2Si 

limagination bien riche ni le style bien élégant ; mais il 
croit à ce qu*il écrit et ne ?eut point tromper ses lecteurs. 
J*ai contribué à tirer de Toubli son œuvre indigeste, et la 
Société archéologique du Yendômois a bien voulu insérer 
dans son Bulletin cette tentative de restitution (i). Toute- 
fois, obligé que j'étais d*abréger mes extraits pour une 
impression limitée, j'avais omis un passage curieux con- 
ceroant la Sainte- Larme ; je le donne aujourd'hui plus 
m extensoy d*après le manuscrit qui est à Dlois entre les 
mains de H* Blondel, avoué (f'* 9 et suiv.). 

L'auteur dédie son poème à Monseigneur le Dauphinj 
fils de Louis XI Y. Dans cette épîlre liminaire il retrace d-e 
tfisu une cérémonie imposante et mémorable : 

c Personne ne pouvoit se persuader que la ville de 
( Vendosme peut recevoir, loger et nourrir, un seul jour, 
«ce grand nombre de peuple. Hais si la ville est petite 

< dans son circuit et dans Tenceicte de ses murailles, elle 

< est néanmoins très-célèbre en renommée, parle moyen 
cdes miracles d'un présent sacré du ciel, et l'on peut 
« dire à bon droit de Yenilosme ce qui a esté dict autre- 
« foys de Bethléem : El lu, Vendoma, terra GallicBy ne- 

< qnnquàm minima et in principibus Galliœ , in te enim 
€ requicicil Lacryma Chrisli (2). Le miracle le plus ré- 
f cent et considérable de ce sacré thrésor doibt sans 
f doute estre manifesté à la postérité. Ce miracle a paru 
« visiblement à la veue et à la connoissance de plus de 
« vingt ou trente mille personnes, le jour de l'adorable et 
€ très-sainte Trinité, premier jour de juin de Tannée 

< 1681, auquel jour celte sainte Larme fut portée pro- 



(1) Année 1867, p. 163 et suiv. 

(2) Singulière applicaUon d'an passage du prophète Micbée, dté au 
eommeoeemeDl de Tévangile de saiut Malthieu (c. II, v. 6). 



3S2 GOXGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

« cessionaelleraent dans les rues de Yendosme par les 
a religieux de Tordre du patriarche saint Benoist, avec 
<t toute rhumilité et le profond respect que des religieux, 
<i avec le grand nombre des ecclésiastiques et des peuples 
c venus de toutes parts, peuvent rendre et tesmoigner à 
( la Majesté de Dieu éternel et tout puissant. Le miracle 
4: fut donc tel que la sécheresse et la malignité de l'air 

< furent sy grandes et excessives, que les fruits de la 
a: terre dépérissans, le bled et les autres choses néces- 
oc saires pour la vie et les alimens des hommes aussi 
« bien que des bestes, venues à cher prix, les peuples 
a: conceurent beaucoup de tristesse et une croyance 
ce déplorable qull ne seroit point ou très-peu re- 

< cueilly de bled au temps de la récolte prochaine ; et, 
n croyant que c'esloient leurs iniquités qui avoient 

< armé et irrité TEternel contre eux , ils eurent recours 
«eaux prières et oraisons, pour tâcher d'apaiser laco- 
a 1ère de Dieu... Les peuples vinrent donc de toutes 
a parts, mesme des pays éloignés^ et se trouvèrent àVen- 
cc dosme pour offrir leurs prières à Dieu et bénir son saint 
« nom, en sorte que, l'heure de huit du matin du jour de 

< La Trinité estant venue et les religieux estant préparés, 
« le révérend père prieur n'eut pas plustost tiré la prétieuse 
vc relique de son vaisseau sacré, en l'exposant sur l'aulel 
<r aux yeux de tous les assistants, que cette divine larme, 
<< sortie autrefois des yeux de Jésus, attira et fit tomber 
a au mesme moment une douce et agréable pluye, qui 
« dura tout le jour et continua une partie de la nuit sui- 
({ vante... Jamais on n*a vu un si bel ordre que celuy qui 
fi fut observé dans cette sainte et auguste cérémonie. > 

Ces foules pieuses venaient^ chaque année, implorer 
la miséricorde divine , par la médiation toute-puissante 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 283 

de Celui qui avait pleuré sur les pécheurs et compati aux 
sonffirances de notre pauvre humanité ; puis, elles s'en 
retournaient consolées et pleines d'espoir. C'était déjà un 
assez bon résultat de leur acte de foi généreuse. 

Si l'on pouvait recueillir d'autres documents analogues 
à la page émue et naïve de M** Forest, le zélé pèlerin, on 
aurait l'impression populaire, la note exacte et le senti- 
ment vrai, des masses sur la Sainte-Larme de Vendôme ; 
on serait alors fondé à répéter, une fois de plus, le vieil 
adage : Vox populij vox Dei. 

A. DupRÉ, 

Bibliothécaire de Blois. 

A la suite de cette lecture s'élëve\ entre plusieurs 
membres du Congrès, une discussion d'où il ressort que 
Mabillon, dans sa dissertation sur la Sainte-Larme, ne 
s'est appliqué qu'à constater la bonne foi des Béné- 
dictins. • 

M. l'abbé Auber dit que rien n'est plus facile à expli- 
quer que la provenance de certaines reliques de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Il dut, en 
effet, y avoir autour d'eux des personnes qui ont dû con- 
server religieusement tout ce qui leur avait appartenu. 
Aux croisades, beaucoup de ces objets furent transportés 
en Europe. D'autres l'auraient été antérieurement et il 
rstconte, à ce propos , comment certaines reliques de 
l'abbaye de Charron furent envoyées à Charlemagne, par 
Aroun-al-Raschild, entre autres un fragment de la crèche 
{de prœsepio) et du tombeau de Notre-Seigneur, ainsi 
qn'un morceau de la ceinture de la sainte Vierge. 

La séance est levée à 4 heures, et le Congrès se rend à 
l^^lise de La Trinité qu'il doit visiter en détail. 



Î84 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 



SÉANCE DU 21 JUIN 1872, A 8 HEURES DU MATIN. 



Présidence de M. d'EspiDay, GomeiUer à la Cour d'Angen, memlira du 
Conseil administratif de la Société française d*ard^logie. 



Siégeaient aa bureau : MM. l'abbé Monsabré, deSornay, 
Joliet, Neilz, de Cougny et de Rochambeau. 
M. Tabbé Haugou remplit les fonctions de Secrétaire. 
La séance est ouverte à 8 heures. 

M. de Dion lit le procès-verbal de la séance précé- 
dente qui est adopté. 

H. de Rochambeau remet à M. le Président une petite 
brochure de huit pages envoyée, par H. l]lharles de May- 
nard, à MM. les membres du Congrès archéologique de 
France. 

Dans celte brochure intitulée : Comment Paris traite 
la province et appréciation du R. P. Félix sur la Coterie 
parisienne et son monopole^ Tauleur cite un article du 
journal la France, 9 mars 1864, où se rencontrent ces 
inconcevables paroles : « Qu'est-ce que décentraliser ? 
Vent'on dire que Paris, approvisionné de génie outre 
mesurcy doit faire refluer et rejaillir ce superflu sur la 
stérilité provinciale.., Paris seul a le priviége de donner 
au talent et au génie le souffle et l essor parce que seul il 
leur ouvre une carrière, il décerne une couronne digne de 
leur ambition. Seul, il peut illustrer un nom, ou un écnt. 
Décentraliéer en littérature, cest soutenir l'opulence de 
Paris en remédiant à l'inanition de de la province. » Yeut- 
on savoir ce que Fauteur, H. Charles Aubertin, réserve à la 
province : <( C'est d'être la robuste nourrice des talents 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 285 

d(mt Paris se fait le magnifique premoteuff voilà où sans 
murmure doivent s'arrêter ses justes prétentions. » 

Vient ensuite un extrait de la Patrie. Dans son numéro 
(la 28 août 1864, après avoir dit que les recueils spé- 
ciaux publiés à Paris ont donné un plus vif élan à toutes les 
questions dont on parle aux Congrès, que tous les congrès 
réunis, ce journal se raille de : c Tous ces savants venus 
de tous les coins de la France, de ces aigles de province 
arrivant farcis de discours et disposés à ne trouver que 
chez eux et leurs amis le savoir et la lumière. » 

EnGn, Y Avenir national du 27 août 1867 se plaint avec 
une amère dérision c de ce que la province a conquis 
Paris politiquement et intellectuellement et ne sait jusqu'à 
quel point Paris doit s'en féliciter. » 

En lisant ces extraits, on ne sait quel sentiment vous 
domine, mais le dégoût l'emporte : heureusement que 
dans un tableau aussi vrai qu'éloquent, on lit Ténergique 
stigmate infligé au monopole parisien par l'éloquent con- 
férencier de Notre-Dame. Le père Félix, après avoir jus- 
tement flétri cette coterie littéraire qui se peint par ces 
deux mots : < Dis que je suis un Virgile, je dirai que tu 
es un Homère ! > montre à la tète de cette bohème dorée 
les parvenus et les enrichis de la littérature avec leur 
cour et leurs valets qui à chaque parole du maître s'é- 
crient: c Miracle! > car il ne peut être médiocre. 

Après ce rapide exposé, le Congrès, sur la proposition 
de H. de Cougny, ne croit pas pouvoir mieux répondre 
^ cette diatribe que par la reprise de ses travaux. 

L'ordre du jour appelle la question 39 : Statistique re- 
^igieuse du Vendômois au moyen âge. -^ Nombre des pa- 
'"^Wi, des couvents j etc. — Ses rapports de hiérarchie 
religieuse avec le pays char train. 



286 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

M. Dupré traite cette question ex professa dans le mé- 
moire suivant : 



STATISTIQUE RELIGIEUSE DU VENDOMOIS AU MOYEN AGE. 

Déjà, dans un précédent travail, j'ai posé, pour ainsi 
dire, les bases d'une statistique religieuse du départe- 
ment de Loir-et-Cher, devenu le nouveau diocèse de 
Blois, statistique restreinte d'abord aux institutions anté- 
rieures à 1789. Voici quel était le plan de cette introduc- 
tion à des recherches plus développées : 

Je range les paroisses dans Tordre alphabétique le plus 
facile à consulter. 

Je commence par indiquer sommairement l'ancienne 
dénomination latine de chaque localité, le diocèse et l'ar- 
chidiaconé dont elle dépendait, les églises, chapelles, 
monastères, communautés religieuses, établissements de 
charité ou.d'instruction publique, qu'elle possédait, l'ori- 
gine de ces différentes institutions et leurs principales 
vicissitudes jusqu'en 1789 ; les saints, les personnages 
pieux ou les ecclésiastiques distingués, qui appartiennent 
à chacune de ces localités par la naissance ou autre- 
ment. 

J'ai puisé la majeure partie de mes renseignements aux 
archives de la préfecture de Loir-et-Cher, et je cite, au- 
tant que possible, les plus anciennes pièces de cette co^ 
lection, précieuse surtout pour l'histoire ecclésiastique 
du pays. 

J'ai eu soin de marquer, sous chaque article, les ouvrages 
imprimés ou manuscrits que l'on pourra consulter» si l'on 
veul obtenir plus de détails. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 287 

La Société archéologique du Vendôroois a bien voulu 
insérer dans le tome IX de son Bulletin la partie de ce 
travail qui concerne l'arrondissenient de Vendôme (i). 

Aujourd'hui, pour répondre plus directement à la ques- 
tion 39% posée au Congrès, j'abrégerai encore cet essai, 
d^'à succinct, de statique rétrospective. 



L'arrondissement actuel de Vendôme correspond à peu 
près à l'ancien Vendômois. 

Au XIII* siècle, le domaine féodal des comtes de Ven- 
. dôme reçut un accroissement notable par l'acquisition et 
ronion de la baronnie de Hontoire. Ce vaste fief fut alors 
divisé en Haut et Bas Vendômois, suivant les cours du 
Loir : le premier conserva son ancienne capitale ; le se- 
cond eut pour chef-lieu Montoire (2). 

Sous le rapport ecclésiastique, le Haut- Vendômois dé- 
pendait du diocèse de Chartres, avant Térection de Tévê- 
ché de Blois, tandis que le Vendômois inférieur se ratta^ 
chait au diocèse du Mans. 

L'ancien archidiaconé de Vendôme, subdivision du 
vaste diocèse de Chartres, représentait approximativement 
le Vendômois primitif, tel qu'il fut circonscrit avant l'an- 
nexion de la baronnie de Montoire. Cette base territoriale 
est essentielle pour les études historiques. Or, le Fouillé 
de l'ancien diocèse de Chartres, dressé au xiii« siècle et 
publié dans les splendides prolégomènes du cartulaire de 

(1) J'ai également traité, par anticipation, la S6« question du pro^ 
S^inroe dans un mémoire intitulé : Anciennes circonscriptions du 
y^ndômois, et publié aussi dans le BuUetin de la Sociéié(XM\l, p. 90 

«l wit.) 

(2) Art de vérifier les dates, par lei Bénédictins, édition de 1783 
(3 toi. ta-f^), t. II, 8i7. 



288 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

l'abbaye des Bénédictins de Saint -Père de Chartres, nous 
renseigne, à cet égard, avec toute l'exactitude dési- 
rable (1). D'après ce document authentique, Tarchidia* 
coné Vendômois se composait de soixante-neuf paroisses. 
On en trouvera la nomenclature, en latin et en français, 
p. 337 et 338 des prolégomènes. Une de ces paroisses, 
celle de la Ville^^aux-Clercs [villa clericorum) est appe- 
lée ailleurs du nom bizarre de Desconfectura ou Discon- 
fectura (2). 

L'archidiaconé actuel, formé de l'arrondissement de 
Vendôme, comprend cent neuf paroisses. Chaque pa- 
roisse y forme aussi une commune civile, à l'exception 
de la ville de Vendôme, divisée en deux paroisses, et qui 
en avait même quatre avant la Révolution. 

Le diocèse de Cbarlres formait six archidiaconés. Les 
titulaires de cette dignité sont mentionnés dans une 
charte de l'évéque Yves, donnée en 1114 (3). Ce docu- 
ment nomme les six archidiacres, mais sans distinguer le 
titre de chacun, en sorte que l'on ne voit pas quel était 
celui de Vendôme. J'ignore si quelque charte antérieure 
a lait mention de cet archidiaconé en le désignant par le 
nom du titulaire. 

Des cent huit communes qui forment l'arrondissement 
et l'archiiliaconé actuels, soixante-treize étaient de l'an- 



(i) Document* inédits 'sur l'histoire de France, — Ce cartulaire, 
si intéreésant pour nos contrées, fut le premier que le doae Guérard pa- 
blia dans cette gi^ande collecUon. 

(3) Cartulaire de la cathédrale Notre-Dame de CAar/re« (publica- 
tion de la Société archéologique d'Eure-et-Loir), t. I, pages 129, 166, 
191, i56.— T. H, pages, 7, 8, 9, 2U, 245 et t. 111, p. 19.— U paroisse 
de La ViUe aux Ckrcs faisait partie de rarchidiacooéde Vendôme, comme 
on le voit, sur des pouillés plus modernes. Klie doit son nom de villa 
clericorum à cette circonstance qu'elle dépendait du clergé de b catbè> 
drale de Chartres (l'évéque ou le chapitre). 

(S) Cartulaire de Notre'-Dame de Chartres, 1. 1, p, ilS. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 289 

rien diocèse Je Chartres (1) , trente-deux de celui du 
Mans et trois de celui de Tours. Voici la nomenclature 
des unes et des autres, dans Tordre alphabétique : 

1^ Paroisses du dioeise de Chartres : 

Areines, Authon, Azé, Arville, Baignaux, Beauchesne, 
BouIRry, Boursay, Brévaioville (2), Busloup, Chapelle- 
Enchérie, Chapelle-Vicomtesse, Chauvigny, Choue, Cor- 
menoD, Coulommiers, Crucheray, Danzé, Drùuéy Epiais, 
Kpuisay, Paye, Fontaine-Raoul, La Fontenelk, Fréteval, 
^e 6au(/, Gombergean, Huisseau-en-Beauce, Lancé, Li- 
gnières, Lisle, Longpré, Marcilly-en-Beauce, Hazangé, 
MeslayjMondoubleau, Morée,Naveil, Nourray, Oigny^ Pé- 
rigny, Pezou, Le Plessis-Dorin, Le Poislay^ Pray, Pru- 
nay, Rahard (3), Renay, Rhodon, Rocé, Romiily, Ruan, 
Saint-Âgil, Saint-Amand, Sainte-Anne, Saint-Avit, Saint- 
Firmin, Sainte-Gemmes, Saint-Hilaire-la-Gravelle, Saint- 
Jean-Froidmenlel, Saint-Marc-du-Cor, Saint-Ouen, Se- 
lommes, Tourailles, Vendôme, La Ville-aux-Clercs , 
Villebout, Villemardy, Villerable, Villeromain, Villetrum, 
Villiers, Villiersfaux. 

i* Paroisses de l'ancien diocèse du Mans : 

Ambloy, Artins, Baillou, Bonneveau, Celle, Couture, 
Les Essarts, Fonlaine-en-Beauce, Les Hayes, Houssay, 

(1) Tel qn'il existait avant le démembrement, qui eut lieu en 1698, 
ponr composer le nouveau diocëse de Blois. Je soulignerai les paroisses, 
^ petit nombre, qui restèrent au diocèse de Chartres après cette cou- 
pure. Les autres passèrent au diocèse de Blois, dont elles font encore 

partie. 

(3) On a réuni à celte paroisse celle de Saint-Claude- Froidmentel. 
(8) Nouvelle commune, formée par la réunion de celles d'Espéreuse et 
da RoBillis. 

1& 



290 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Lavardin, Lunay, Hontoire, Montrouveau (l),Le8 Roches- 
L'Evèque, Saint-Arnoult, Saint-Jacques-des-Guérets, Saint- 
Martin -des-Bois (2), Saint-Quentin, Saint-Rimay, Sargé, 
Sasniëres, Savigny, Souday, Sougé, Le Temple, Ternay, 
Thoré, Tréhet, Troô, YiHavard, Yillediea. 

S*" Paroisses de Vaneien diocèse de Tours : 
Saint-Gourgon, Villechauve, Yilleporcher. 



Le territoire de l'arrondissement de YendAme (cadre 
auquel je me restreins), possédait deux églises collé- 
giales : 

1® Celle de Saint-Georges, au château de Yenddme, 
fondée, en 1032, par Geoffroy Martel, comte d'Anjou et 
du Yendômois et par sa femme Agnès de Poitiers. Je me 
propose de faire un travail spécial sur cette institution 
religieuse, en réponse à la 40« question soumise au Con- 
grès. 

2o Le chapilre Saint- Martin de Troô, érigé par le même 
Geoffroy Martel, auquel le Yendômois et TAiyou doivent 
tant de fondations pieuses. 

J'ai noté vingt-neuf chapelles publiques, sortes de suc- 
cursales des églises de paroisses, sans compter les sanc- 
tuaires particuliers ou les oratoires domestiques des châ- 
teaux et maisons seigneuriales, sans y comprendre non 
plus les chapelles des prieurés, qui feront ci-après l'ob- 
jet d'un relevé à part. Je vais indiquer simplement la si- 
tuation et, autant que possible, le vocable de chaque 
sanctuaire (3). 

(1) On a réani k cette paroisse celle de Marcé. 
(t) On a réuni à cette paroisse celle de Saint- Pierre-des-BoU. 
(3) Pour plus de détails, Yoir mon mémoire imprimé dans le Bniietm 
çle la Société archéologique* 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 291 

Chapelle de la commanderie d'Artins, ordre de Halle. 
Chapelle de la Sainte-Vierge, au village de Beaulien, 
paroisse d'Azé. 
Chapelle de Saint-Etienne, dans la paroisse de Bus- 

loup. 

Chapelle de Sainte-Radegonde, anciennement dite de 
laMadeleiney dans la même paroisse; c'est un lieu de 
pèlerinage très-connu. 

Chapelle de Sainte-Anne, au hameau de la Herberche- 
ne, paroisse de Celle. 

Chapelle de Saint-Biaise, paroisse de la Chapelle- 
Vicomtesse, membre dépendant de l'HAtel-Dieu de Chft- 
leaudun. 

Chapelle de Sainte-Cécile, paroisse de Fontaine- 
Raool, donnée, en 1224, aux frères desservants du même 
Itolel-Dieu. 

Chapelle de La Madeleine, dans la forêt de Fréteval, 
même paroisse. 

Chapelle de Saint-Bonaventure, au hameau de La B(h 
naceA(tire, dans la paroisse de Hazangé (1). 

Chapelle du village d'AIIeray, paroisse de Hontdou-* 

bleau. 

Chapelle de Notre-Dame, au manoir de la Voûte, près 
llonloire. 

Chapelle de Saint-Cyr, paroisse de Morée, dépendance 
•'«i'abbaje de Marmoutier-lès-Tours. 

Chapelles de Saint-Gervais et de Saint-Nicolas, paroisse 
'les Roches-L'Evêque. 

Chapelle de Saint-Etienne, dans la paroisse de Saint- 

Aîil. 

Ce tteo est plus connu par la famense chanson de La Bonaven^ 
'^■"^ au gui^ sur laquelle on a tant disserté sans pouvoir bien établir 
^(^e ni même le vrai texte des naïfs couplets. 



292 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Autre chapelle de Sainl-Elienne, dans la paroisse de 
Saint-Claude -Froidroentel. 

Chapelle de Saint- Vrin, dans la paroisse de Satnt-Fir- 
roin-des-Prés, lieu de pèlerinage. 

Chapelle de Saint-Nicolas, paroisse Saint-Rimay. 

Chapelle du village de Glatigny, qui formait une suc- 
cursale dans la paroisse de Souday. 

Chapelle des Peschouds, dans la roénie paroisse. 

A Vendôme: Chapelles de Saint^ Pierre-la- MoUe^ 
appartenant au chapitre de Saint-Georges. — De Sainl" 
JacqueS'du" Bourbier. — Du Grand -Cimetière. — De 
Nolre-Dame-de-Pitié, dans Tenclos de Tabbaye de La Tri- 
nité. — De Saint-Denis, à l'Islette. — De Saint-Hubert, à 
Courtiras. — De Saint-Jacques-du-Bourbier, au faubourg 
de Saint-Georges. — Chapelle de Saint-Léonard, à Ville- 
dieu. 

Chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, dans le même boaif , 
pèlerinage trës-fréquenté. 

Comptons maintenant les abbayes : 

V La Trinité y de l'ordre de Saint-Benott, fondée, à 
Vendôme, par Geoffroy Martel et sa femme Agnès de 
Poitiers, vers Tan i030. Ce fut la principale maison reli- 
gieuse du pays. Cette grande abbaye attend encore un 
historien ; elle vaudrait pourtant bien la peine d'une mo- 
nographie, vaste comme ses possessions territoriales. 

2* Saint-Sauveur-de-r Etoile (paroisse d'Authon), de 
l'ordre des Prémontrés, chanoines réguliers, soumis à la 
règle dite de Saint- Augttstin (quoique le grand évéque 
d*Hippone n'ait jamais réglementé aucun ordre religieux). 
Cette abbaye fut fondée, vers 1130, par Geoffroy Grise* 
gonelle, comte de Vendôme. 

3"" Saint-GeorgeS'du-BoiSp abbaye de la même coO' 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 203 

^régation, située dans Tancienne paroisse de Saint-Pierre- 
des-Bois, maintenant réunie à celle de Saint-Martin. Les 
historiens du Yendômois attribuent^ sans preuves cer- 
taines, l'origine de cette maison au roi Childebert et à la 
reine Dltrogothe, sa femme (vi* siècle); il parait beaucoup 
plus sûr de s'en tenir à Geoffroy Martel, second et peut- 
être premier fondateur de Saint-Georges-du-Bois. 

4"* La Yirginiléj abbaye de femmes, de l'ordre de Ci- 
teanx, fondée, dans la paroisse des Roches-L'Evéque, 
en 1220, par Jean de Montoire, comte de Vendôme. Les 
religieuses s'appelaient Bernardines ou Cisterciennes^ 
comme dans les maisons du même ordre. 

Passons aux communautés religieuses qui n'avaient 
point le titre d'abbayes. 

Les Templiers fondèrent, au xiii« siècle, les comman- 
deries d'Artins et d'Arville, qui jouissaient des droits 
féodaux sur quelques portions de la banlieue de Blois. 
Après la condamnation définitive de cet ordre religieux et 
militaire (en 1311), les biens des Templiers échurent aux 
chevaliers de Malte. Ces derniers possédèrent jusqu'à la 
RéTolution, les deux commanderies susdites, y compris 
leur fief de Blois. 

Les Franciscains, frères mineurs ou Cordeliers (déno- 
minations différentes du même ordre), s'établirent à Yen- 
dôme, eu 1223. 

Les Augustins vinrent à Montoire, en 1427, sous les 
iuspices de Louis de Bourbon, comte de Vendôme. C'é- 
taient des ermites de l'ordre de Saint-Augustin, qu'il ne 
faut pas confondre avec les chanoines réguliers du même 
nom. 

Les Franciscains et les Augustins appartenaient aux 
<^dres metidiants. 



294 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Pour me renrermer dans la période du moyen âge, sui- 
vant le vœu du programme, j'omettrai ici les fondations re- 
ligieuses postérieures au xv* siècle. Parle même motif, je 
ne dirai rien des établissements de charité ou d'ins* 
truction publique, qui ne paraissent pas avoir été com- 
pris dans les termes restreints de la 39' question (1). 

J'arrive aux prieurés conventuels ou simples réguliers 
ou tenus en commende. 

L'ordre de Saint-Benoît d'abord possédait, dans le ter- 
ritoire de l'arrondissement actuel de Vendôme, quarante 
de ces succursales monastiques, plus ou moins impor- 
tantes. Quinze appartenaient à l'opulente abbaye de La Tri- 
nité de Vendôme ; savoir : 

Le prieuré de Courtozé (dans la paroisse d'Âzay), celui 
de Busloup, celui de Savigny (à Cormenon], celui de 
Danzé, celui de Saint-Biaise^ au village de Grand-R; (pa- 
roisse de Fontaine, en Beauce), celui de Gombergean, 
celui de Notre-Dame (paroisse des Essarts), celui de 
Houssay, celui de Lancôme, celui de Samt-Jacques, à 
Lisle, celui de Sainte* Catherine^ à Pezou, celui de Pru- 
nay, celui de Saint-Sauveur^ à Savigny, celui de Saint- 
Jean, à Villedieu, celui de Villemardy. 

Les Bénédictins de Saint-Laumer, de Blois, établirent 
dans le même territoire, les prieurés de Notre-Dame^ à 
Celle, de Périgny, de Saint-Elienney à Saint-Claude- 
Froidmentel , de Sainte-Opportune, à Saint-Jean-Froid- 
mentel. 



(1) Je les ai (ait entrer dans le travail publié par la Société archéolo- 
gique. — Les établissements de charité ajouteraient une chapeUe à la no- 
menclature des sanctuaires de la ville de Vendôme ; je veux parler de 
la chapelle de Saint-Jacques^ dans l'ancienne Maison-Diea (aujourdliai 
le ooUége.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 205 

Les Béoédiclins de Saint-Sauveur, de Tiron, eurent les 
prieurés de Sainl-Nicolas-des-Fouleaux, à Bouffry, de 
La Chapelle- Vicomtesse, de Fontaine-Raoul^ de La Ma- 
deleine, de Croixval, à Ternay (1 ). 

Les Bénédictins de Saint-Calais eurent les prieurés de 
Fortan, de Saint-Gilles à Montoire, de Saint-Avit. 

Les Bénédictins du Gué-de-Launay (au diocèse du 
Mans), eurent le prieuré de Saint-Biaise, à Fontaine, en 
Beaace. 

Ceux de Sainl-Vincent, du Mans, le prieuré de Souday. 

Ceux d'Évron (diocèse du Mans) le prieuré de Launay. 

Les Bénédictins de Marmoulier-lès-Tours, eurent les 
prieurés de Saint-Médard, à Vendôme, de Prélevai, de 
Saint-Etienne-^'Origné ou Origni, à Houssay, de Lancé, 
de Saînt-Gildric à Lavardin, de Francheville à Morée, 
de Saint-Marc à Naveil, de Notre-Dame-des-MarchaiSy 
à Troô. 

Les Bénédictins de Saint-Denis-lès-Paris possédaient 
le prieuré de iSattil-Cyr, à Sargé. 

Ceux de Saint-Médard, de Soissons, le prieuré de Saint- 
Héiogri, à Bonnevau. 

Les Bénédictines, de Saint-Avit-lës-Chàteaudun, en 
avaient un à Saint-Agil. 

L'abbaye de Saint- Georges-du-Bois (ordre de Prémon- 
tré) avait, à Vendôme, le prieuré de Saint-Léonard, con- 
tigu à l'église paroissiale de Saint-Lubin. 

Les Bernardines, de Notre-Dame-de-l'Épau (diocèse du 

(1) Le poète Pierre de Ronsard, était prieur de Croix val, en même 
temps qae ton frère Charles possédait en oommende Tabbaye de Tiron. 



296 CONGRÈS ARCUÉOLOGIOUE DE FRANCE. 

Mans) avaient, aussi à Vendôme, le prieuré de Sainte- 
CroiXy de La Bretonnerie. 

L'ordre de Grammont avait deux prieurés dans la pa- 
roisse de Montdoubleau : ceux de Notre-Dame de Chêne- 
Gallon, et de Sainte-Catherine, de Beaufeu, et celui de 
La Hubaudière, dans la paroisse de Sasniëres. 

Enfin, le chapitre de la cathédrale de Chartres avait, à 
Mazangé, une prévdtéj sorte de prieuré qui appartenait, 
comme dotation, à Tune des dignités du chapitre. 

On voit, parcette simple nomenclature, que le territoire 
de l'arrondissement de Vendôme était couvert de prieurés. 
Ces établissements, religieux, dans le principe, durent 
leur naissance aux libéralités des anciens comtes et des 
autres seigneurs du pays. Geoffroy Martel en fonda plu* 
sieurs pour sa part. 

Les prieurés ruraux ne furent pas seulement des fon- 
dations pieuses et des colonies monastiques. On peut aussi 
les considérer comme des centres d'exploitation agricole. 
Ceux de La Trinité^ par exemple, contribuèrent puissam- 
ment à la mise en culture d'espaces longtemps improduc- 
tifs. Les plaines fertiles et les vignobles plantureux, que 
nous admirons aujourd'hui dans l'arrondissement de Ven- 
dôme, sont dus en partie à l'initiative féconde des Béné- 
dictins et au travail persévérant de leurs vassaux. Envisa- 
gée à ce point de vue positif, Tétude des prieurés jette- 
rait, sans doute, de vives clartés sur la condition des 
personnes, sur l'état réel de la propriété loncière et de 
l'agriculture, dans les siècles, encore mal compris, où la 
civilisation chrétienne vint ouvrir au Vendômois une ère 
nouvelle de prospérité relative. 

On verrait ainsi les populations passer progressivement 
deTesclavage antique à la servitude modérée de la glèbe, 
puis de celle-ci à cette demi-liberté qui précéda Tafiran-* 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 297 

chissement définitir el les conquêtes irrévocables de 
i789. 

Le sol lui-même nous apparaîtrait, d'abord couvert de 
forêts ou de friches; ensuite, il dépouillerait, peu à peu, 
celte enveloppe grossière, pour revêtir la robe splendide 
et variée des moissons, des vignes, des plantations de 
toute sorte, pour devenir enfin ce riche échiquier sur le- 
quel nous aimons à promener nos regards. Puissent de 
nouveaux Bénédictins, défricheurs infatigables des vieux 
parchemins, comme leurs ancêtres le furent des terres 
incultes, entreprendre, quelque jour, cette lâche méri- 
toire! Nous leur recommandons surtout les chartes des 
prieurés de La Trinité; c'est une mine précieuse à ex- 
ploiter pour l'histoire de l'homme et du sol, de 1 intelli- 
gence et du travail utile. Celles, en trop petit nombre, 
que Tabbé Simon a transcrites m extenso ou seulement 
analysées, présententdéjà un véritable intérêt, à ce double 
point de vue (1). Il faudrait continuer le dépouillement 
des litres similaires. 

Les Archives départementales renferment, sur le même 
^Djet, une quantité de documents non moins essentiels. 
Ce dépôt paléographique a été, jusqu'ici, peu fouillé, dans 
l'ordre d'idées pratiques et d'investigations spéciales que 
je viens de signaler; il contient néanmoins d abondantes 
ressources pour une histoire encore à faire. Heureux qui 
pourra mettre en œuvre ces matériaux épars ! 

A. Ddpré, 
Bibliothécaire de la ville de Bbis, 

(1) Histoù-e de Vendôme, t. III, p. 222 et suiv. 



298 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

M. de Rochambeau lit ensuite ua autre mémoire da 
même auteur sur la question 40 : Histoire de Véglise col- 
légiale de Sainl'GeorgeSy nombre des ehanoineSj dignités, 
adminislration, fondations. 

■latolre de l'église de Saliit-Georges« 

La Bibliothèque communale de Blois possède, depuis 
quelques années, une copie de l'histoire manuscrite de la 
collégiale de Saint-Georges de Vendôme, composée, vers 
1665, par Tun des dignitaires du chapitre, le chanoine et 
chantre Du Kellay. Ce travail inédit est intitulé : 

€ Calendrier historique et chronologique de l'église 
« collégiale Saint-Georges de Vendôme , dans lequel , 
« oultre les festes du bréviaire romain (1 ) et celles qui 
€ sont particulières à la dite église, on y voit encore le ca- 
« talogue des comtes et ducs de Vendôme, depuis 980 
c jusqu'à présent, avec un petit .discours de ce qu'ils ont 
€ fait de plus remarquable, ensemble la première fondation 
c de la dite église^ son progrès et les diverses fondations 
particulières qui y ont esté faictes, le temps auquel vi- 
< voient les bienfaicteurs et les remarques sur leurs faicts, 
c et enfin plusieurs extraicts des ordonnances du cha- 
c pitre de la mesme église, les plus considérables depuis 
c 1487 jusqu'à présent, et autres particularités et coriosi- 
a tés, 1665. > 

Notre copie, écrite sur papier commun, forme un ca- 
hier, petit in-f" de 43 feuillets, en écriture du xvn* siècle, 



(1) On n*en connaissait pas d'antre dans l'ancien diocèse de Chartres, 
avant l'introduction des noavelles liturgies, qui datent seulement du siècle 
dernier. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 299 

peu lisible parfois. Il en exisle à Vendôme une autre 
eopie, moins ancienne, je crois« C'est celle dont parle 
H. de Pétigny et qu'il cite dans le cours de son ou« 
▼rage (1). 

L'auteur descendait-il de la noble famille Du Bellay, 
célèbre dans le Yendômois, dans le Maine et dans l'An- 
jou? Nous le présumons, sans pouvoir l'affirmer, en l'ab- 
sence de preuves généalogiques. 

L'abbé Simon, quoiqu'il fût lui-même chanoine de la 
coll^iale de Vendôme, n'a presque rien dit de cette 
église ; sans doute, il avait jugé suffisant l'ouvrage cons- 
ciencieux de son devancier. C'était mal comprendre les 
besoins du public qui ne pouvait guères profiter d'un ma- 
nuscrit renfermé dans les archives particulières d'un cha- 
pitre peu communicatif. 

Depuis ce temps, les nouveaux historiens du Vendô- 
mois ont mis à contributions le chanoine Du Bellay. M. de 
Passac, notamment, lui doit presque toute la chronologie 
des comtes et ducs de Vendôme ; suum cuique. 

L'analyse détaillée que j'entreprends, pour faire con- 
naître exactement le travail instructif du chanlre de Saint- 
Georges, consistera surtout en extraits textuels, reliés 
entre eux par de courtes observations. Cela est permis, 
nécessaire même, lorsquil s*agit dun ouvrage inédit, 
on ne saurait mieux mettre en lumière l'esprit, la mé- 
thode, le style de l'écrivain obscur et ignoré que Ton 
veut produire au jour. Le compte-rendu, ainsi présenté, 
tient lieu, en quelque sorte, de l'œuvre elle-même. 

L'épUre dédicatoire, adressée < aux chanoines et cha- 
< pitre de Saint-Georges, p expose le plan de l'auteur : — 
€ Cet ouvrage, dit-il, consiste dans l'histoire et généalo- 

(1) Histoire archéologique du Vendômois . p. 173 , note 1 et pas- 
sim. 



300 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

1 gie des comtes et ducs de Vendôme, patrons et fonda- 
t teurs de cette église mesme, son accroissement, ses 
c privilèges, ses coustumes, les dons qui luy ont esté faicts 
c et les charges auxquelles nous sommes obligés en leur 
(L considération, les remarques sur ceux qui, par leurs 
tf libéralités, ont contribué à son augmentation, et enfin 
<c dans les ordonnances capitulaires les plus remarquables, 
<r rendues par nos prédécesseurs ; la connoissance de 
a toutes lesquelles choses ne peut estre qu'advantageuse 
« à TOUS, Messieurs, qui composez aujourd'hui cette il- 
€ lustre compagnie, i 

Vient ensuite une préface, où Tauteur explique les dé- 
veloppements successifs de son premier dessein, qui était 
beaucoup plus simple, comme il va nous le dire : 

c Quand j*ay commencé ce calendrier , mon unique 
• pensée estoit de m'acquitter de la charge afilectée à la 
t dignité de chantre^ laquelle consiste en trois points. Le 
€ premier est de mettre par ordre les festes dont on doit 
€ faire l'office dans le chœur de cette église... Le second 
c est de remarquer les devoirs et les obligations particu- 
« liëres des dignités, des chanoines, des chapelains, des 
t vicaires. Le troisième est de faire connoistre au chœur 
c les fondations des bienfaiteurs, afin qu'il y soit satis- 
c fait. C'est sur ce dernier point que j'ay trouvé à tra- 
c vailler ; car je nc^ me suis pas contenté de remar- 
c quer les services, fondés de temps en temps (1); 
a ma curiosité s'est portée à vouloir savoir combien il y 
€ avoit que vivoienl ceux qui les ont ordonnés et com- 
€ bien aussy il y a qu'ils sont morts, et surtout en quoy 
c consistent les dons qu'ils ont faits à nostre église. C*esl en 
ot cela que j'ay cru pouvoir donner des marques de la re- 

(1) Aux difiérenles époques. 



XXXÎX* SESSION, A VENDOME. 301 

< connoissance que nous devons à nos bienfaiteurs. — 
(( Les comtes et ducs de Vendôme, nos fondateurs, estant 
t incomparablement au-dessus des autres qui ont fait du 
f bien à nostre église, tant par la considération de leur 
c naissance que de leurs actions et de leuss libéralités, 
( j'ai trouvé à propos de mettre les remarques que j'ay 
€ faites sur leur sujet, au frontispice de ce calendrier, 
( parce que la trop longue digression qu'il eût fallu faire, 
c le jour que nous faisons leur service, en auroit trop in- 
« terrompu la suite. » 

Le calendrier était ce qu'on appelait communément le 
martyrologe et le nécrologe dans les monastères et dans 
les églises, au moyen âge. 

Ce nom est resté au travail du chanoine de Saint- 
Georges, quoique nous n'ayons point (du moins, dans 
notre copie de Blois), la nomenclature des fêles, ni des 
bienfaiteurs. 

La généalogie, la chronologie et la biographie des comtes 
et ducs de Vendôme, qui devaient seulement servir d'in- 
troduction au Calendrier^ en sont devenues la partie 
principale. 

Du Bellay fait marcher de front l'histoire de la collé- 
giale et celle des comtes ou ducs, fondateurs, bienfaiteurs 
et protecteurs de cette église. Leurs donations pieuses 
y sont rapportées avec un soin particulier, avec amour; 
cela se conçoit ; l'auteur écrivait surtout pro domo sud. 

n n'oublie pas l'abbaye de la Trinité, sœur, en quelque 
sorte, jumelle de la collégiale. Les commencements, les 
progrès, les vicissitudes du monastère bénédictin four^ 
nissent au studieux chanoine le sujet de plusieurs digres- 
sions intéressantes et bien à leur place* Nées à la même 
époque, par la piété des mêmes bienfaiteurs, les deux 



302 CONGRÈS ARCnÉOLOGTQyE DE FRANCE. 

institutions grandirent ensemble. Malheureusement elles 
furent rivales et jalouses l'une de l'autre ; leurs querelles 
interminables, leurs conflits perpétuels, nous retracent 
trop souvent l'histoire des frères ennemis. 

En général) la notice des seigneurs de Vendôme est 
exacte, précise, appuyée de preuves ; aussi les écrivains 
postérieurs ont-ils trouvé peu de chose à rectifier dans 
un travail modeste, mais solide et substantiel. Ils ont pu 
s'en servir avec discernement, de manière à s'épar- 
gner à eux-mêmes la fatigue de longues recherches. 

Le premier feudataire de la série fut, comme on le sait, 
un Bouchard , qui vivait à la fin du xi*' siècle, sous le 
règne de Hugues Capet, suzerain nominal de grands vas- 
saux peu soumis et même habituellement rebelles. Ainsi, 
la maison de Vendôme portait à l'origine, le même nom 
que celle de Montmorency. Les Bouchard, des bords du 
Loir, seraient-ils cousins éloignés de ceux de l'Ile de 
France, leurs homonymes et leurs modèles en humeur 
guerroyeuse?... On a soutenu parfois des hypothèses plus 
invraisemblables. 

Quoi qu'il en soit, le premier Bouchard vendômois 
trouva une capitale fort mesquine et d'un périmètre sin- 
gulièrement restreint : c De son temps, dit notre annaliste, 
€ Vendosme estoit seulement un bourg où estoit l'église 
« de Sainct-Martin; et le lieu s'appelle encore à présent 
€ bourg Sainct-Marlin^ auprès duquel estoit bastie la 
€ maison du comte, qui, pour lors^ estoit la capitainerie 
(( du cbasleau ; et ce bourg, avec la maison du comte^ 
c s'appeloil alors le chasteau de Vendosme, avec cette 
€ différence que, lorsqu'on parloit du boui^, on disoit le 
« chasîeaUj et quand il estoit question de la maison du 
f comte, on l'appeloit le petit chasteau : castellnlum, > 



ZXXIX' SESSION, A VENBOME. 303 

Ces renseignements plausibles sur l'origine du château 
e( de la ville ne manquent pas d'intérêt; l'archéologie 
peut en faire son profit, ou du moins les discuter. 

A la même occasion, l'auteur dit un mot de la légende 
fort incertaine de saint Bié ou Bienheuré, Il touche ce 
point délicat et controversé, avec prudence et de manière 
â ménager toutes les susceptibilités : sans trop s'aventu- 
rer sur le terrain du merveilleux, il respecte sagement 
la tradition locale et la croyance populaire. La religion 
n*a pas à so plaindre d'une témérité malveillante, tandis 
que, de son côté , la critique garde ses droits légi- 
times. 

Le deuxième comte fut Regnault, évêque de Paris et 
chancelier de France, fils de Bouchard P^ Le Yendômois 
dut à ce personnage, haut dignitaire de l'Eglise et de 
TEtat, la fondation du village de Prunay, que Du Bellay 
raconte ainsi (p. 9) : a Quoiqu'il ne manqoast pas d'oc- 
( cupations dans Paris, à y faire les fonctions de son épis* 
( copat, il n'oublia pas sa comté de Vendosme et il tra- 
c vailla à l'embellir, comme estant son patrimoine et le 
i bien de ses ancestre. Entre autres embellissemens 
( qu'il y fit, ce fut de la peupler d'hommes au lieu de 
( quantité de bestes qui se retiroient dedans la forest de 

< Gastine, qui pour lors contenoit incomparablement plus 
( d'espace qu'elle ne fait à présent. Il y fit arracher une 
grande quantité de bois, et, après qu'il eut fait une 
€ belle plaine, il bastit un bourg au milieu, aux habitans 
« duquel il donna les terres labourables à cultiver ; il ap- 
c pela ce bourg La Ville-Evesque^ parce que c'estoit lui 
t qui, estant evesque, l'avoit fait bastir; mais depuis, il 

< a esté nommé Prunay ^ duquel changement je ne scay 
( pas les raisons. Les bois qui en sont proches et qu'on 



304 CONGRÈS ARCHéOLOGTQUE DE FRANCE. 

< appelle aujourd'huy les deffais de Prunatfy faisoient, en 
« ce temps là, partie de la forest de Gastine, et, par Tes- 
c pace qui se trouve entre l'un et Tautre, on peut juger 
€ de la quantité de bois que ce prélat fit arracher et des 
« terres qu'il mit en valeur. > 

L'auteur comble d'éloges Geoffroy Martel, fondateur de 
l'abbaye de La Trinité et de la collégiale de Saint-Geoi^es. 
L'origine de cette dernière est parfaitement expliquée 
(p. 14 et 15). Du Bellay démontre, par un vieux manus- 
crit de La Trinité, que l'église de Saint-Georges lut 
bâtie un peu avant relie de La Trinité, contrairement à 
l'assertion de plusieurs chronologistes^ mal informés sans 
doute. 

Il fait voir ensuite (p. 18), comment l'abbaye de Saint- 
Georges-du-Bois (1) naquit d'une scission , survenue 
parmi les chanoines de Vendôme, les uns voulant em- 
brasser la vie religieuse, les autres préférant le régime 
moins austère du clergé séculier. 

Suivant Du Bellay (p. 19), Geoffroy Martel se réserva 
un droit de suzeraineté sur le Vendômois, et le transmit 
aux comtes d'Anjou, ses successeurs. Ce passage pourra 
être invoqué dans la discussion de Tune des questions 
les plus épineuses qui figurent au programme du Congrès 
archéologique. 

Le zélé chantre se donne le malin plaisir de remarquer 
(p. 19), que les comtes de Vendôme montrèrent généra- 
lement plus d'inclination pour l'église de Saint-Georges 
que pour l'abbaye de La Trinité. En effet, les chanoines 
se reconnurent toujours les humbles sujets du pouvoir sei- 
gneurial-, ils appartenaient, en quelque sorte, à la maison 

(1) Dans l'ancieime paroisse de Saînt-Pierre^du'-Bois, réunie tuiour* 
d'bui à celle de Saint-Martin (au bas Yenddmois.) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 305 

des comtes par ies devoirs journaliers du service religieux, 
tandis que les Bénédictins, moins rapprochés des maîtres 
da château, aspiraient à une complète indépendance vis- 
à-vis d'eux. Ce fut là, pour le dire en passant, une source 
perpétuelle de disputes, souvent fort vives, entre le 
comte, ou ses officiers, et les gens de Tabbaye. 

On trouvera (p. 26), l'origine supposée de l'usage im- 
méiDorial qui attribua au siège de Baugé, en Anjou, la 
connaissance des cas royaux et des causes d'appel de la 
châtelleoie de Vendôme, autrement dite bailliage. Ce res- 
sort judiciaire présente de sérieuses difficultés; nous sou- 
haitons que la lumière pénètre dans ce chaos d'institu- 
tions obscures et compliquées ; on peut Tespérer, puisque 
c'est une des questions soumises à l'examen du Congrès 
archéologique. 

Du Bellay rapporte (p. 30) comment, à la suite d'une 
bataille ou les Anglais eurent le dessous, les reliques de 
sainte Opportune furent apportées à Vendôme et déposées 
dans l'église collégiale, pour y devenir l'objet d'une dé- 
votion célèbre. 

En 1215, le chapitre, où s'étaient introduits déjà quel* 
qnesabus, avait subi une première réforme. L'un des 
commissaires ad ftoc, désignés par le légat du Sainl-Siége, 
fut l'abbé de Bourgmoyen, de Bloîs (p. 36). 

Détails (aujourd'hui sans intérêt) sur une réforme pos- 
térieure et sur l'admission des chapelains à participer aux 
mêmes distributions que les chanoines (p. 37 et 38), la 
question se renouvela plusieurs fois par la suite, et tout 
aussi vive que dans le principe. 

Ici viendrait se placer, dans l'ordre chronologique, une 
exemption octroyée, en 1252, aux chanoines de Saint- 
Georges, par l'évèque de Chartres. L'historiographe que 
j'analyse n'en fait point mention ; mais je la trouve ins« 

20 



306 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

crite au cartulaire de Notre-Dame de Chartres (1). Je 
vais traduire ce document, que Du Bellay semble 
avoir ignoré, ou qu'il n'a pas jugé à propos de re- 
lever : 

c A tous ceux qui les présentes lettres verront, Ma- 
€ thieu, parla miséricorde divine, évèque de Chartres, 
• salut en Notre-Seigneur : Sachez tous que nous, ayant 
c égard à la pauvreté de l'église et des chanoines du bien- 
(( heureux saint Georges de Vendôme et des autres béné- 
« ficiers de la même église, leur accordons la grâce de 
c nous rendre désormais, à nous ou à nos successears, 
< seulement 100 sous tournois par an, une fois payés, 
« pour notre droit de gîte {procuralio), lorsqu'il nous ar- 
« rivera de visiter ladite église. En témoignage de confîr- 
c mation de quoi, nous avons octroyé aux dits chanoines 
« et bénéficiers nos présentes lettres, munies de notre 
€ sceau. Donné l'an 1252 du Seigneur, au mois 
c d'août. > 

Jean de Bourbon, le premier comte d'une illustre race, 
embellit généreusement la chapelle de son patron, Ton 
des autels latéraux de l'église collégiale, et voulut être 
inhumé dans ce sanctuaire, objet de sa pieuse prédilec- 
tion. Entre autres marques de munificence, il avait donné, 
pour l'ornement de cette chapelle , « l'image de saint 
€ Jean qui s'y voit encore aujourd'huy, en marbre, et 
€ Tune desplm belles quisoienl en Europe. > (Du Bella}, 
p. 46.) 

On peut dire, à la louange de Louis de Bourbon, fils 
de Jean, qu'il fut libéral pour le chapitre de Saint- 

(1) Excellente publication de MM. de Lépinois et Merlet, sous les aus- 
pices de U Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. Il, I^ partie) 
p. 151 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 307 

Georges, dans l'adversité, comme dans la prospérité : 

< Nostre église a Tobligation à ce^prince d'avoir esté dans 
« son souvenir, non-seulement pendant qu'il a joui d'une 

< pleine liberté ; mais aussy, pendant qu*il fut prisonnier 
c da roy d'Angleterre, par suite de la bataille d'Azin- 
f court. » (P. 48.) 

Le même prince donna une nouvelle organisation au 
chapitre, et augmenta le nombre des chanoines ei des 
bénéficiers. (P. 50.) 

Louis de Bourbon ne fut pas toujours chaste en Angle- 
terre; sur quoi le grave chanoine fait cette réflexion 
singulière (p. 51) : c Ne voulant pas que son ame eust 
f aucun advantage sur son corps, il captiva celle-là entre 

< les mains et sous la puissance d'une nommée Sibille de 
« Yotrun, aussy bien que celuy-cy l'estoit dans la tour de 
€ Londres, i 

M. de Passac, plus naturel dans ses explications, dit 
tout simplement : « Il parait que la captivité de Louis de 
f Bourbon, en Angleterre, n'était pas si rigoureuse qu'il 
(( ne pût avoir communication avec les dames du pays; car 

< il fut lié avec une belle anglaise, nommée Sybile de 
( Boston^ dont il eut un fils naturel, etc. (1). » 

Le testament de Louis de Bourbon se trouvait aux ar* 
chives de Saint-Georges ; c'est une des pièces dont la 
perte serait bien regrettable. 

Du Bellay a inséré (p. 52), un répons que ce prince, 
dévot à la Sainte-Larme, composa lui-même, pour être 
chanté en l'honneur de cette relique, le jour de la fête 
du Lazare, célébrée dans l'église abbatiale de La Trinité, 
le vendredi de la quatrième semaine de carême. 

Vendôme n'eut longtemps intrà muros qu'une seule 

(1) Vendâm0 et le Vendômois, p. iS7. 



308 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQDE DE FRANCE. 

paroisse^ celle de Saint-Martin ; mais, cette église étant 
devenue insuffisante, par suite de l'accroissement de la 
population urbaine, il fallut établir une seconde paroisse, 
celle de la Madeleine, érigée en 1474. Le titre de cette im- 
portante fondation existait aussi dans le trésor (les archi- 
ves) de l'église collégiale. € Par ces lettres, on recon- 
f noist l'esprit de gratitude de Jean II de Bourbon en- 
c vers le roy Charles VII, des travaux duquel il avoit esté 
c compagnon ; car il dit que le don qu'il fait du lieu pour 
( le bastiment de l'église .«susdite, est pour le salut de son 
t ame et de celle du roi Charles, auprès duquel il avoit 
« esté nourri (p. 54). > 

L'éloge de Marie de Luxembourg, femme de François 
de Bourbon et l'une des plus zélées bienfaitrices du cha- 
pitre de Saint-Georges, répondait au sentiment général 
du pays (p. 57-60). 

L'auteur loue, en particulier, l'attention scrupuleuse 
qu'elle apporta aux choix des titulaires ; car les seigneurs 
de Vendôme, en qualité de fondateurs, nommaient les 
chanoines et les chapelains de leur collégiale : c Elle es- 
« crivit à nos prédécesseurs une lettre qu'ils firent en- 
c registrer dans notre greffe, portant, entre autres choses, 
« que ce ne seront pas les mieux courants, mais ceux qui 
f le mériteront le mieux, qui emporteront les bénéGces 
< vacans, et qu'elle donnera charge au chapitre de faire 
c choix d'une personne capable, à qui elle promet de le 
« faire conférer, par son fils, à la recommandation du 
f chapitre. » 

Cette princesse, demeurée veuve de bonne heure, vé-^ 
eut irréprochable dans son veuvage de cinquante-un 
ans; ce qui n'est pas une petite louange ^ igoute Du 
Bellay.. 

Encore un détail édifiant sur l'assiduité de Marie de 



XXXIX* SESSION^ A VENDOME. 309 

Luxembourg aux ofBces du chapitre (p. 60) : c La chambre 
i qui est au-dessus de la porte par où on monte au clo- 
c cher, est son oratoire, où, pendant le service divin et 

< dans d'autres temps, elle estoit incessamment avec ses 
i filles à prier Dieu. > 

Des abus s'introduisirent dans la collégiale de Saint - 
Georges, comme dans la plupart des églises de France. 
Us tristes réflexions qu'ils suggèrent à l'auteur du Calen- 
drier^ portent avec elles leur enseignement sérieux (p. 61) : 

< Les bénéficiers ont pris lieu de s'émanciper et de me- 
c ner une vie peu conforme à la profession des véritables 
c ecclésiastiques, et ne se sont pas arrestés là ; car d'un 
( abus ils sont entrés dans un autre qui a esté de dissiper 
c le bien temporel et de commettre plusieurs abus dans 

< l'usage qu'ils en faisoient. Ce désordre n'estoit pas par- 
c ticulier à celte église seidement ; il estoit commun dans 
c toute la France ; ce qui irrita la patience de Dieu, qui, 

< par punition, permit que le diable suscitast et vomist 
« du profond de l'enfer les hérésies de ce temps, qu'il fit 
« publier par les bouches puantes dé Luther et de Calvin 

< qui, en peu de temps, en infiltrèrent premièrement toute 

< l'Allemagne et, depuis, la France. Mais, pour dire deux 

< mots des débordements de ce siècle et entr'autres des 
( désordres des bénéficiers de cette église, du temps de 
K Charles de Bourbon (1), le service se faisoit avec une 
« étrange précipitation ; le chœur estoit presque désert ; 

< car la plus grande partie des chanoines, ayant paru un 

< moment, au commencement du service, se retiroient, 

< pour se promener dans la nef ou hors l'église et y eau- 
i ser pendant le service, se faisant payer de leur distri- 

< bution aussy régulièrement que ceux qui s'estoient ac- 

(1) FUfl de Marie de Luxembourg et premier duc de Vendôme (de 1495 
i 1556). 



310 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c quilés de leur devoir. Ceux qui esloient au chœur s'y 
€ amusoient à rire et à courir d'un siège en un autre, 
a pour causer scandaleusement... Plusieurs entretenoient 
a des femmes d*une mauvaise vie publiquement. D'autres, 
€ à qui rhabit clérical et la tonsure déplaisoient, pre- 
€ noient des habits séculiers et portoient des cheveux longs, 
c de crainte de paroistre ecclésiastiques. » 

Ces misères furent, en partie, réformées, à rinStigation 
de Vincomparable Marie de Luxembourg (comme l'appelle 
Du Bellay), et par les soins du cardinal Georges d'Am- 
boise, ministre de Louis XIL 

Voici maintenant la relation d'une peste meurtrière, 
qui obligea une partie du chapitre de se retirer à la cam- 
pagne : € Dans les années 1516 et 1511, la peste survint 
c en cette ville, pendant laquelle plusieurs bénéficiera 
« jugèrent à propos de se retirer du danger, ce qui leur 
€ fut permis par le chapitre, à la charge de dire les messes 
« dans les lieux où se rencontreroient, et mesme à con- 
n dition que s'ils s'en trouvoient en quelque village, 
« comme à Rosay, un nombre suffisant, ils y chanteroienl 
< l'uffice canonial, moyennant quoy ils gagneroient leurs 
€ distributions » (p. 65). 

Lorsque l'historien arrive à Antoine de Bourbon et à 
Jeanne d'Albret, il les juge sévèrement l'un et l'autre ; 
leur caractère et leur conduite ne pouvaient, en effet, ob 
tenir l'approbation d'un écrivain catholique (p. 67). 

Le roi de Navarre se retira bientôt d'un parti qui le 
voulait mener trop loin. Ce prince faible et irrésolu paya 
enfin de sa vie un dévouement courageux à la cause de 
l'orthodoxie et à l'autorité royale qu'il avait méconnue 
d'abord. Après sa mort, Jeanne d'Albret, ne gardant plus 
de mesure, se déclara ouvertement pour les huguenots. 
Ecoutons, à ce propos, le pieux chanoine (p. 67) : 



XXXIX' SESSION, A VENBOBfE. 311 

f Jeanne se résolut de pousser le petit Heury, son 
(( fils (1), à quelque prix que ce fust, et chacun sçait la 
c manière dont elle s'y prit. Il n'y eut rien de sacré pour 
( elle, quand il s'agissoit de son advanceroent. Il faut ad- 

< voner qu'elle avoit l'esprit excellent et véritablement 
f royal et que son fils ne pouvoit pas rencontrer meilleure 
c école pour y apprendre les maximes des grands de ce 
( monde ; mais leur politique est bien différente de celle 
« que Nostre Seigneur nous a enseignée. C'estoit dans 

< celle du monde que cette princesse éleva Henry, et pour 
t obliger les soldats à ne le point quitter, elle vit qu'il les 
«ialloit bien payer; mais elle n'avoit pas d'argent as- 
c sez pour cela ; car, trois cent mille escus et plus qu'elle 
( avoit de revenu ne sufiSsoient que pour l'entretien de sa 

< maison et non pas d'une armée. Pour doue trouver de 

< l'argent, elle s'advisa de piller les églises de Béarn dont 
« elle estoit souveraine et mesme la nostre et de faire 
c monnoyer toute l'argenterie qu'elle y trouva. Ce fut au 
( mois de may 1562 qu'elle trouva le moyen, par la là- 
« cheté de quelques bénéficiers, de se faire apporter 
* toutes les reliques de cette église, non pour les respec- 

< ter, mais pour se saisir des reliquaires dans lesquels 
« elles estoient enchâssées ; par cette impiété, tout ce que 

< nostre pauvre église possédoit de prétieux par la libé- 
^ ralité de Geoffroy Martel et d'Agnès de Poitiers, par la 

< piété de Jean VU et des autres bienfaiteurs, et qui avoit 

< esté donné pendant cinq cens ans, fut pillé en un seul 
u jour et perdu sans ressource. Le bras de saint Georges 
( eotr'autresreliques, ne fut pas plus respecté qu'une chose 

< prophane. En un mot, tout fut monnoyé et donné à des 

< soldats hérétiques, en récompense de leur rébellion. Il 

(1) Deyenu depuis le roi Henri IV, 



312 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c est vray qu'elle donna un récépissé de ces reliques au 
€ pied de rinvenlaîre qui luy en fust présenté, qu'elle 
€ signa et fit signer par un de ses secrétaires ; mais c'a 
€ estéjusqu'icy une fort mauvaise caution, qui n'a pas 
c fait revenir nos reliquaires. Elle fit encore paroistre sa 
c rage contre l'église par les prophanations qu'elle y 

< souffroil faire ; car, sans parler du Béarn, où les églises 
c furent plus maltraitées qu'en ce pays cy, les sépulchres 
c de nos anciens patrons et fondateurs furent rompus et 
c les images des saincts ; ce qui obligea le chapitre de 
a faire venir un statuaire qui raccommoda le tout autant 
c qu'il put... Depuis cette perte des reliquaires, le cha- 
c pitre se pourvut, pour les recouvrer, sur le récépissé 

< qu'il en avoit de Jeanne d'Albret, après sa mort ; mais 
c tous les biens de cette princesse ayant esté vendus par 
c décret en parlement, il ne s'en trouva pas de quoy sa- 
c tisfaire à tous les créanciers, et le chapitre ne put venir 
c en ordre pour estre payé , tant estoient excessives les 
c debtes qu'elle avoit contractées pendant les guerres ! 
« Ces reliquaires, suivant Tinvenlaire, y compris les dia- 
c mants et quatre chandeliers d'argent massif, pouvoient 
«t valoir en principal et en façon huit ou neuf mille escus 
« ou environ. Il y avoit plus de 76 marcs d'or et plus de 
c 129 marcs d'argent. » 

Glanons encore quelques faits d'histoire locale dans les 
pages qui se rapportent à une époque profondément 
troublée : 

c Au mois de juin 1543, le chapitre de Saint-Geoi^es 
« ordonna une procession générale, pour rendre grâce à 
(( Dieu de ce que le duc Antoine de Bourbon avoit obtenu du 
« roy une descharge de plusieurs imposts que Sa Majesté 
a demandoit au Vandomois » (p. 70). 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 313 

... « Jeanne d*Albret trouva à propos d'affecter une 
« chanoinie ancienne à un maistre d'escole ; ce qu'elle fit; 
€ mais je voy que son intention estoit que ce maistre ins- 
(I truisit la jeunesse dans la religion de Calvin, ce qui dé* 
« plat aux gens de bien et ce qui, en effet, ne dura pas; car, 
(caussitost après, elle pourveut de cette chanoinie un 
« nommé Thomas Yiau. Néanmoins, environ ce temps-là, 
« le revenu d'une prébende fut affecté à Tentretien du 
« principal du collège ; ce qui a duré jusqu'à Tétablis- 
« semant des pères de l'Oratoire, en cette ville » (p. 70 
el li). 

•.. c La même princesse appeloit notre église le temple 
< Saint'GeorgeSy qui estoit terme qui ressent entière- 
« ment la huguenoterie. Quelques uns ont escrit que son 
d corps avoit esté porté en Béarn auprès de celuy de 
c Henry (d'Albret), son père, selon son testament.il se- 
c roit à souhaiter que cela fût ainsi ; mais, par malheur 
€ pour notre église, c'est une tradition certaine, confirmée 
« par cette épitaphe, que son corps est auprès de celuy 
c d'Antoine, son mary, et qu'ainsi celte misérable héré^ 
(( tique nous tient lieu de toutes les sainctes et adorables 
€ reliques que nous avions auparavant, toutes revestues 
(( de si beaux reliquaires :» (p. 71). 

Il y eut, de tout temps, un fâcheux antagonisme entre 
les chapelains ou les hebdomadiers et les vrais chanoines. 
Du Bellay, en retraçant leurs longues querelles, soutient 
le parti des chanoines contre les hebdotnadiers qui pré- 
tendaient avoir part aux distributions ; car l'intérêt fut la 
principale cause de ces débats continuels. S'il faut en 
croire les médisances de l'écrivain, organe zélé du cha- 
pitre, les bénéfîciers de Saint-Geoi^es se montrèrent par- 
fois indignes des droits qu'ils réclamaient avec ardeur : 
par exemple, au commencement des guerres de religion, 



3i4 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

ils se seraient rendus coupables de détournements sacri- 
lèges, suivant le récit accusateur d'un adversaire peu 
charitable (p. 71 et 72) : 

€ Du temps d'Antoine Je Bourbon et de Jeanne d'Aï- 
« brety il se commettoit plusieurs abus parmi les béné- 
c ficiers de nostre église; car, pour ne point desguiser la 
(c vérité , les chapelains , abusant de l'absence presque 
c continuelle de leurs fondateurs, firent abattre la plus 
(( grande partie des bois de haute futaye, et au lieu d'en 
« employer l'argent au profit de l'église, ils le partagèrent 
« entre eux ; ils firent encore pis ; car ils voulurent imi- 
« ter Jeanne d'Albret, qui avoit fait monnoyer nos reli- 
€ quaires. Cette princesse avoit laissé un calice d'or mas- 

< sif qui, par ordre du chapitre, fut envoyé à Paris, pour 
« y estre vendu, comme il le fut, en effet, pour la somme 
i* de 499 liv. 10 s. 9 d.; laquelle fut donnée aux béné- 
<( ficiers, par forme de prest. C'est une nouvelle façon 
« de monnoyer les vases sacrés, que nos prédécesseurs 
€ ont inventée et qu'à peine personne pourroit se persua- 
€ der si on n'en trouvoit les preuves indubitables dans nos 
n registres capitulaires. » 

Une historiette plus gaie succède, dans la même page, 
à cet odieux souvenird'indélicatesse et de profanation : En 
(C 1549, il se passa une chose plus ridicule que nécessaire 
(( dans le chapitre ; car. M' l'evesque de Chartres y es- 
c tant venu faire visite, tout le temps filt employé à faire 

< une grande plainte contre Jean de Lavardin, pour lors 
(( doyen, sur ce qu'il portoit la barbe trop longue, le cha- 
€ pitre prétendant qu'il la feroit couper, comme, en effet, 
(C l'evesque lui commanda, t 

Quant au jeune roi de Navarre, devenu ensuite notre 
Henry /K, Du Bellay le juge sans prévention ni parti pris 
(p. 73) : « Comme véritablement il n'a jamais paru trans- 



XXXIX* SESSION) A VENDOME. 315 

c porté de passion contre la religion Romaine et qu*il en 
( a lotyours respecté les prélats, quoyqu'il fût de con* 
« traire créance, il procéda dans notre église, non comme 
c avoit fait la royne Jeanne, sa mère, mais sinon en ca- 
c tholiqae Romain, au moins en politique d'estat ; car il 
< establit un vicaire général auquel donna puissance de 
«pourvoir en son nom aux bénéfices qui estoient en 
€ sa collation dans les duchés de Vandomois et de Beau- 
c mont. > 

Arrivant aux guerres de la Ligue, Du Bellay parle avec 
beaucoup de ménagement d*Henri IV, du siège et de la 
prise de Vendôme, en 1589, quoique la ville n'eût pas à 
s*applaudir des cruels exploits du Béarnais. On comprend 
celte réserve. Le bon chanoine, qui vivait sous la domi- 
nation seigneuriale et presque dans la maison d'un fils 
d*Henri IV (César, duc de Vendôme), n'ose attaquer la 
mémoire de son père. Il passe donc discrètement sous 
silence les rigueurs impitoyables que le prince ou ses 
lieutenants exercèrent, après la victoire, sur une popula- 
lion désarmée. 

La résistance des Vendômois aux troupes royales lui 
paraît plus imprudente qu'héroïque. La manière dont il 
raconte cet épisode, accuse l'embarras extrême de sa po- 
sition personnelle. L'auteur est visiblement mal à l'aise 
dans un sujet qui touche à des questions délicates ; il hé- 
site et craint de se compromettre. Le passage suivant ca- 
ractérise bien cette perplexité (p. 75) : 

€ Celte ville ayant esté si mal conseillée, ou plutost 
( gouvernée, que de fermer les portes à ce prince, son 
(( véritable seigneur et duquel elle estoit le patrimoine, il 
4 y entra de force et par assaut ; et ce, pendant que son 
t armée pilloit la ville, cette église fut, par miséricorde 
« de Dieu, préservée du pillage par le Roy, la Providence 



316 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

a de Dieu le permettant ainsy, à cause peut estre des 
« prières et des remerciements qu'on avoit faits au ciel, 
« à la naissance de ce prince, suivant la lettre qui en fut 
€ escrite au chapitre par Antoine, son père. Je ne doute 
€ pas aussy que cette faveur ne doive estre attribuée à la 
a considération des ancestres du Roy, qui reposent en 
« notre église. Les soldats donc s'estant mis en devoir de 
f ne pas pardonner à cette église non plus qu'au reste 
(( de toute la ville, et comme ils rompoient desjà les portes, 
< le Roy en fut adverti, et, poussé d'une secrète vénéra- 
€ tion pour les cendres de son père et de ses autres pré- 
c décesseurs, il envoya aussy tost un corps de garde à 
«la porte, avec défense d'y entrer, sous peine de la 
« vie. » 

Du Bellay est moins gêné pour louer, sans restriction, 
César de Vendôme (p. 76). Ce bon prince méritait, sans 
doute, de pareils éloges; mais aussi le chanoine de Saint- 
Georges avait un motif personnel de gratitude pour célé- 
brer les vertus et les bienfaits de son cher protecteur 
(p. 76) : 

(( Je me sens, dit-il, d'autant plus obligé à immortali- 
(( ser ce grand prince, que c'est lui qui, dès mes plus 
« tendres années , m'a tiré du logis paternel pour me 
({ mettre dans les collèges, sous le gouvernement et la 
(( discipline de personnes autant avenantes en piété que 
« profondes en sciences. Du collège, il m'a pourveu de bé- 
a néfices en cette église... » 

Le cœur ici a conduit la plume ; il ne faut pas se plaindre 
de celte influence d'un noble sentiment. L'excès, en pa- 
reil cas, vaut mieux que l'oubli contraire. 

Plus loin (p. 84), il ajoute, avec une exagération bien 
pardonnable : u Les obligations que je luy ay sont 
« dignes d'adoration, sans crainte d'idol&trie. » 



XXXIX* SESSION, A VENDOME, 317 

Le mariage de César de Vendôme, à peine âgé de 
quinze ans, avec Françoise de Lorraine, duchesse de 
Hercœur, une enfant comme lui, fut pour les deux jeunes 
époux un signe de prédestination ; telle est, du moins, 
l'édiCaole pensée de Técrivain qui les tenait l'un et l'autre 
en grande estime. Il y a quelque charme dans ces pieuses 
et naïves réflexions d'un fidèle serviteur (p. 78) : « Cela 
« est plein de mistères ; car s'ils eussent esté plus ad- 
Bvancés en aage il auroit pu se couler dans ce mariage 
u quelque interest du monde ou de la terre ; mais estant 
« contracté en un aage où Tun et l'autre n'estoient pas ca* 
tt pables du mal et ils possédoient sans contredit leur in- 
tt nocence du baplesme, il faut advouer que ce mariage 
« est exempt de tous les deffaults qui corrompent ordi* 
unairement les autres mariages. C'est pour quoj nous 
« voions la bénédiction que Dieu y a donnée et le bien 
u qui en est arrivé au public et au royaume par les enfans 
« qui en sont venus. » 

L'auteur retrace, avec la satisfaction d'un patriotisme 
reconnaissant, le bien que César fit à Vendôme et dans 
tout le pays (p. 79 et suiv.). La collégiale, fondée par ses 
ancêtres, ne fut point oubliée. Le prince s'en occupa même 
avec une sollicitude paternelle. 11 s'appliqua d'abord à la 
réforme de plusieurs abus que Du Bellay signale en ces 
termes (p. 80) : 

« En 1623, il se fit soigneusement instruire des fon* 
<( dations, coustumes, de tous ceux qui la composent 
(' tant en général qu'en particulier ; il remarqua que 
«le service ne se faisoit pas conformément aux in-^ 
«tentions des fondateurs, ses prédécesseurs, ni se- 
» Ion la pratique ancienne; ce qui provenoil des troubles 
» et guerres civiles. Il y reconnut aussi quelques malver-» 
« sations de nos prédécesseurs, que nous avons cy-de^ 



3i8 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

u vant touchées ; car, quoyque la paix eût succédé aux 
« troubles, les bénéficiers a?oient de la peine à se dépar- 
« tir de la possession (1) où ils estoient insensiblement 
« entrés de laisser tomber les metayries, faute de répara- 
« tions, pour partager entre eux tout l'argent de leur re- 
« cepte. )> 

Suivent des détails, aujourd'hui fort insignifiants, sur 
les droits respectifs des chanoines anciens, des hebdoma- 
diers et des chapelains. 

De nouvelles et importantes ressources permirent enfin 
de liquider une situation assez chargée : « C'est du temps 
« de César de Vendôme que le chapitre a appris à vendre 
(' les chesnes, sans abus et avec les formalités requises ; car 
« on lui présenta requeste, en 1635, pour avoir permis- 
ci sion de tirer de l'aident de certains bois de haute fus- 
« taye, qui n'estoient utiles en rien à l'Ëglise pendant 
« qu'ils demeuroient sur pied, mais dont le prix pouvoil 
(( servir au payement des debtes qui avoient esté contrac- 
u tées à cause des exactions des gouverneurs de la ville, 
a après sa prise » (p. 83). 

L'église collégiale reçut des marques précieuses de la 
munificence du même prince, entre autres celle-ci 
(p. 84) : 

4( En 1636, il donna une somme de 300 livres, à la 
€ charge de faire solennellement l'office, le jour de la 
« Saint-Joseph, auquel le prince avoit une dévotion parti- 
€ culière, en reconnoissance de bienfaits qu'il reconnois- 
c soit avoir reçus de Dieu par son intercession. » 

La querelle des chanoines avec les chapelains, qui du- 
rait depuis le xin* siècle, se raviva au xvir . Cette dispute, 
toujours renaissante, est aussi l'un des derniers objets 

(1) L'habitude. 



XXXIX» SESSION, A VENDOME. 319 

dont s'occupa le chanoine Du Bellay (p. 84) : a Je m'es- 
€ tonne, dit-il , que nos prédécesseurs, pour réprimer 

< Taudace et la présomption des chapelains, ne se sont 
« pas rendus incidemment demandeurs contre euxpourles 
«faire exclure du droit qu'ils se vantent d'avoir aux 
« distributions. La raison est forte en faveur des capi- 

< tolans, etc. » 

Prévoyant encore de nouvelles difficultés sur la même 
matière, il croit devoir laisser, pour l'avenir, des ins- 
tructions nettes et précises. En conséquence, il indique 
clairement la marche à suivre pour déjouer les tentatives 
qui seraient dirigées vers le même but (p. 85). 

En terminant, il soutient les prérogatives de sa propre 
dignité, et revendique pour le chantre de Saint-Georges, 
un droit qui lui avait été dénié parfois (p. 85) : « Je re- 
c marqueray, dit-il^ que les chantres de cette église ne 
« s'estant pas bien maintenus dans le droit qu'ils ont de 
€ donner des provisions aux maistres des petites escolesde 
c cette ville et banlieue, ce privilège s'évanouissoit ; mais 
« il fut réveillé par Antoine Lefebvre, chantre, qui trouva 

< cinq ou six maistres opiniastres à soutenir qu'ils ne de- 
c voient point prendre lettres de lui. Là dessus, procès fut 
t intenté, et pendant qu'il s'inslruisoit, son altesse (1) 
(( estant hors de France, en 1647, les dits maistres s'ad- 
« visèrent de présenter requeste à Madame (2), comme 
€ procuratrice générale de Monseigneur son mari , afin d'à- 
c voir règlement là dessus. Cette princesse, après avoir fait 

< voir les tiltres et renseignements qui donnoient le droit au 
t chantre et les déffenses des dits maistres, de l'advis de 
tt son conseil, Tit expédier des lettres par lesquelles elle 

< maintenoil le chantre en son droit et condamnoit ses 

(1) César de VendOme. 

(i) Françoise de Lorraine-Hercœur, femme de Céear de Yendâme. 



820 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c parties adverses et leurs successeurs à prendre dorâia- 
€ vant lettres de provision du dit chantre. » 

J'ai pris, au courant de la plume, quelques autres notes 
sur le manuscrit que je quitte à regret. N'ayant pu les 
placer encore dans le cadre de mon travail analytique, 
je les donne ici, comme le regain d'une lecture instruc- 
tive. 

Le service divin se faisait très-bien dans l'église de 
Saint-Georges. On y chantait trois messes par jour, et, s'il 
faut en croire notre historien (p. 46), c il n'y avoit point 
a de cathédrale ou de collégiale en France où il s'en cban- 
€ tât davantage. » 

Plusieurs fois, il est question de certains revenus af- 
fectés à l'instruction des enfants de chœur et à l'entre- 
tien d'un maître de chant. Ces allocations annoncent un 
goût intelligent pour la musique religieuse. 

A l'occasion des diflicullés de chronologie que présente 
la suite des premiers comtes de Vendôme, Du Bellay se 
plaint, sans les nommer, des Bénédictins de La Trinité, 
qu'il accuse d'élre beaucoup trop avares de leurs docu- 
ments historiques (p. 33). Ce reproche amer porte l'em- 
preinte des rivalités déplorables qui divisaient souvent les 
corps ecclésiastiques, surtout dans la même ville : a Ces 
€ personnes, dit-il (p. 33), ne veulent en faire part à 
f qui que ce soit; leurs connoissances ne leur seroient 
a plus particulières, s'ils les avoient communiquées à quel' 
({ qu'un, et ils croient tirer un très-grand advantage de 
a leur science, en ce qu'elle est particulière à eux seuls.*. 
( Ils font profession de maximes contraires à celles de cet 
« ancien poète qui vouloit que les connoissances d'un 
( homme fussent inutiles, si personne n'en savoit rien : 

u Scire tuum niliil est, nisi te $cire hoc sciai alter* v 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 321 

n paratt néanmoins qne l'historiographe de Saint- 
Georges, chercheur laborieux, eut accès dans les archives 
de La Trinité; car il cite fréquemment le cartulaire de 
celte abbaye, et même il indique, en marge, les folios de 
ce recueil manuscrit. Quel dommage que Vendôme ait 
perdo un document aussi précieux ! Le cartulaire dont il 
s'agit fut dérobé à l'époque de la Révolution ; aujourd'hui, 
Toriginal est en Angleterre, dans la célèbre collection de 
sir Thomas Philipp's, au château de Middie-Hill, comté 
de Worcester. Nous ignorons quelles vicissitudes ont pu 
le porter si loin de sa place légitime. 

Da Bellay, suivant l'esprit de son temps, se montre 
fort attaché aux fameuses libertés de F Eglise gallicane; 
par exemple, il s'exprime, en termes non équivoques, au 
sujet de la Pragmatique sanction de Charles YII (p. 50) : 
c Ce fut par son conseil que toutes les choses furent si 
( sainctement établies, qu'il n'en faudroit souhaiter que 
(Texacte pratique pour voir fleurir le christianisme 
c dans l'Eglise gallicane. y> 

Le chanoine écrivain ne manque ni de critique, ni de 
saine érudition, et il en fait usage au besoin. Entre autres 
points douteux, il discute l'époque incertaine de la mort 
de Bouchard VII, dernier comte de l'ancienne famille de 
Vendôme. Il rétablit, non sans peine, l'exactitude de cette 
date sur laquelle avaient erré les savants généalogistes de 
Sainte-Marthe et la fixe avec plus de vraisemblance, à 
l'année 1365 ou environ (p. 43 et U). 

Esprit calme et judicieux, il ne se passionne jamais 
ponr les hypothèses séduisantes, ni pour les opinions ha- 
sardées. Il préfère, avec raison, la réalité à la fantaisie 
et le solide au clinquant. 

Son style, habituellement négligé, tombe quelquefois, 

21 



322 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

par un excès contraire, dans la recherche et dans l'afféCe- 
rie. Voici un exemple de mauvais goût : 

Marie de Luxembourg, première duchesse de Vendôme, 
eut la douleur poignante de survivre à son fils Charles de 
Bourbon. Au lieu d'exprimer la chose tout simplement, 
Du Bellay fait une phrase digne de Vhôtel de RafnbouiUa 
(p. 64) : c Cette princesse, dit-il, sembla n'avoir hérité 
€ de luy que le déplaisir de se voir rester après luy. » La 
nature ne parla jamais ce langage apprêté ; le coeur lui- 
même répugne à cette affectation miévreuse. 

Appendice. 

D'après un inventaire dressé, en 1790, par les commis- 
saires du gouvernement, les archives du chapitre de Saint- 
Georges renfermaient alors environ 484 liasses, plus 312 
registres et 11 plans (1). Aujourd'hui le fonds du même 
établissement, aux archives départementales de Loir-et- 
Cher, ne se compose plus que de 53 liasses et 7 registres. 
Le reste ^, sans doute, péri dans les brûlemenls révolu- 
tionnaires de titres féodaux et religieux, qui eurent lieu 
en 1793, à Vendôme, comme ailleurs. On doit surtout 
regretter la disparition des actes capitulaires. Ces déli- 
bérations remontaient au xv« siècle, suivant le chanoine 
Du Bellay, et contenaient, en substance, toute rhistoire 
intérieure du chapitre, depuis cette époque reculée. Mal- 
gré tant de pertes sensibles, le fonds de Saint-Georges, 
tel que nous l'avons à Blois, offre encore un certain inté- 
rêt; on y trouve, par exemple, de nombreux documents 
sur la féodalité, la propriété foncière et l'agriculture dans 

(1) Cet inventaire existe aux archives départementales de Loir-ei' 
Cher. 



XXXIX* SESSION , A VENDOME. 323 

le Tendômoîs, sur les institutions, les mœurs, les usages 
et les familles du pays ; hommes et choses du passé revi- 
?ent dans ces titres périmés d'une église détruite et d'un 
patrimoine dépecé. 

Pour donner une idée approximative des ressources 
multiples que ces débris paléographiques peuvent fournir 
aux études locales, je citerai trois pièces, prises au hasard 
dans l'une des liasses provisoires où le classement ré- 
gulier n'a pas encore pénétré. (Cette liasse concerne 
les biens du chapitre, situés dans la paroisse de Rocé). 

l"" Charte du 21 avril 1213, par laquelle maître Geof- 
froi ou Gaudetroi Siméonis, chanoine de Saint-Georges, 
voulant, dit-il, augmenter les disiributiàns qui se font 
aux membres de cette collégiale, donne la métairie de 
Chàteat^Chevard, située dans la paroisse de Rocé, avec 
toutes ses appartenances et dépendances, sous réserve 
de l'usufruit au profil du donateur, sa vie durant. 

Voici le texte de cette charte, accompagnée de quelques 
notes explicatives : 

c Universis présentes liiteras inspectons, officialis eu- 
( rue archidiaconi Yindocinensis in Vindocino salutem in 
i Domino. Noveritis qu5d in nostrâ praesentiâ personali- 
( ter constitutus magister Gaufridus Siméonis, clericus, 
< canonicus beati Georgii de Vindocino, confessus fuit in 
c jure, coràm nobis se dédisse et in perpetuum conces- 
€ sisse at adhuc dédit et perpetub concessit, coràm nobis, 
c donatione factà inter vivos, venerabilibus viris canoni- 
( cis ecclesiœ praedictœ beati Georgii prssentibus et fu- 
« tons, in augmentationem distributionum dictorum ca- 
cnonicorum in ecclesiâ prsdicta, et specialiler et ex- 
« pressé pro ipsis canonicis, quamdam medietariam eu m 
I pertinenciis suis universis, quam idem Gaufridus habet, 
( sitam, cum dictis pertinenciis, ut dicebat, in parochià 



324 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c de Roceix et locis dictse parochia congrois et viciais, 
c quœ vocatur medietaria Caslri Chevardi{i)y habendam, 
« tenendam et hereditarië possidendam à prsdictis cano- 
(( nicis et eorum successoribus, penitûs et perpétué, cum 
« omni fundo, dominio, possessione et proprietate et omni 
« jure quod habebat et habere polerat idem Gaufridus, 
€ quocumque jure et nomine quocumque in medietaria 
f praedictà et ejus pertinentiis, ex nunc et in perpetuom 
a et ad voluntatem eorumdem canonicorum allé et bauè{î) 
c in omnibus faciendam super medietariam prsBdictam et 
« ejus pertinentias, retento sibi solummodô in dicta me- 
< dietariâ, vitâ currente, usufructu. Promittens bonâ fide 
« idem Gaufridus qu5d contra donationem hujusmodi in 
« vitâ vel in nvorte non veniet in fulurum, etc. (3)... Da- 
t tum anno Domini millesimo ducentesimo decimo tertio, 
<( die Jovis post dominicam quâ cantalur Quasimodo. » 
(Original sur parchemin , auquel pend un reste da 
sceau de la cour de Vendôme {sigillum curiœ Vindod' 
nemis). 

i"" Aveu rendu, le 4 avril 1507, aux chanoines de Saint- 
Georges, pour certains héritages situés dans la paroisse de 
Kocé, tenus à foi et hommage simple du chapitre, A cause 
de la seigneurie de Rocé : 

c De vous, vénérables et discrets messeigneurs les che* 
c vecier et chapitre de Téglise collégiale Monseigneur 
c Sainct-Georges de Yendosme, je, Hichau Croulboys (4), 

(1) Dans qoekpies titres postëriears, rédigés en français, on l'appelle 
Métairie de La Touche Chevarl ; œ dernier mot est écrit Chenard 
sur la carte de Cassini. 

(2) D'une manière absolue. 

(3) Je passe la formule qui termine toutes les chartes do mhae 
genre. 

(4) Une personne, du même nom et probablement de la même famille, 
exerçait la pharmacie à Blois, il y a quelques années. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 325 

c tant en mon nom comme principal héritier et pour mes 
( fraischeurs (i) héritiers de feuz Jehan et Estieune Les 
( DevaulXy tiens et advoue tenir à foy et hommage simple, 

< à cause et par raison de vostre fief, terre et seigneurie 
i de Rocé les choses dont je suis en vostre foy et hom- 
c mage simple, desquelles la déclaration s'ensuit... (2)... 
€ Pour raison dequelles choses je tous doibs et suis le- 
c ou de payer, par chascun an, au jour et feste de sainct 
<Remy, la somme de dix sols tournois de service, 
cavecques les foy et hommage simple (3) et rachapt, 
€ quand le cas y escherra, et le droict d'obéissance, 
c comme i seigneur de fief appartient... avec protestation 
«expresse faicte et réservée par moy que, s'il es toit 
c trouvé par moy ou par mes prédécesseurs aultre chose, 
c tenue de vous, n'estre ci-dedans contenue à la dicte 
a foy et hommage simple, au debvoir cy-dessus déclaré, 
€ je ne me désadvoue aucunement de vous, ainçoys m'en 

< advoue bien estre vostre homme et subject pour raison 

< des dictes choses, offrant icelles mettre et employer eu 
€ mon adveu, si to»t qu'il sera venu à cognoissance. 
a En tesmoing de vérité, je vous baille cest présent es- 
i cript pour adveu, signé, à ma requeste, des seings ma- 

< nuels de maistres Nicolle et Asselin, bacheliers en de- 
« cret (4) et de Guillaume Engrat, bachelier is loix (5), 

(1) Antrciaeiit dits frérageurs ou parageurs. On appelait ainsi, dans 
ie droit coutnmier, les héritiers de tout fief encore indivis. L'atné pou- 
vait, en effet, porter la foi an seigneur dominant, pour le fief entier, de 
manière à garantir en parage ses cobéritiers pnlnés ; ce qui les dispen- 
sait de rendre personneUement l'hommage de leurs portions indivises. 
(Voir le lavant commentaire de Dupineau sur l'article 232 de la coutume 
<^ Anjou, qui régissait le Vendômois.) 

(3) J'omets ici le détaU insignifiant des morceaux de terre compris dans 
i'flp^u féodal. 

(3) Bien différend de l'hommage lige et beaucoup moins rigoureux, 
f^mat l'expliquent les feudistes. 

(♦) Droit canonique. — (5) Droit civil. 



326 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

€ notaires jurez en court laye. Et pour plus grande con- 
c firmation d'iceluy, séellé des sceaulx aux contracta de 
( la chastellenie de Vendosme, cy mis, le quatriesme 

< jour de apvril, Tan mil cinq cens et sept. » 

(Copie sur papier, écriture du xvi* siècle.) 

3*" Extrait d'une enquête judiciaire faite, le 1 6 décembre 
1563, pour établir les droits de propriété du chapitre sur 
la métairie de La Cour y mentionnée dans la charte de 
1213, ci-dessus rapportée (1). 

c A tous ceulx qui ces présentes verront Symon Bonvyer 
<c et Geoffroy Selormeau, notaires en la court de Vendosme, 

< salut, scavoir faisons que ce jourd*huy, date de ces pré- 
« sentes, à la poursuite et requeste des sieurs les vénérables 
(( chevecier, chanoines et chapelains de l'église collégiale 
c Saint-Georges au chastel de Vendosme, ou procureur 
c pour eulx, ont été présens en leurs personnes pardevant 
(( nous chacun de : vénérable et discret maistre Jehan 

< Navisseau, prebstre, aagé de soixante-cinq ans ; maistre 
« Jacques Breton, advocat en court d'église, aagé de cin- 
« quante neuf ans, Georges Brosse , marchant , aagé de 
c soixante trois ans ou environ; Jehan Guillepin, mar- 
€ chant seillier (2), aagé de cinquante trois ans, Jehan 
f Guenette, faiseur d' œuvre blanche (3), aagé de cin- 
c quante trois ans, Guillaume Tessier,arbalestrier, aagé de 
c cinquante deux ans, et Macé Gasnyn, sergent (4), aagé 
t de quarante ans^ le tout ou environ si comme ils disent, 

< tous demourant en cesie ville de Vendosme, fors le 

(1) n s'agissait d'interpréter les termes un peu vagues de cette charte 
qui ne spécifiait ni les biens ni les droits compris dans la donation du 
chanoine Simeonis. 

(S) Etait-ce un sellier ou un boisseUier ? 

(S) Ferblantier. 

(4) Hoissier des juridictions inférieures. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 327 

i diel Guenetle qui est demourant es forsboargs Sainct- 
( Bieneuré du dict Yendosme ; lesquels tous concordam- 
c meot ont dict, affirmé et attesté pardavant nous, comme 
a en droict et vray jugement, que ils ont bonne et cer- 

< (ainecongnoissance que les chevecier, chanoines et cha- 
'( pitre de Féglise collégiale Sainct Georges au chastel de 
I Tendosme ont et leur appartient ung lieu, métairie et 

< appartenances, appellée La Court, au bourg et paroisse 
c de Rocey, à cause duquel lieu de La Court les dicts de 
c Sainct Georges ont toute justice et prisons, ung beau 
f et grand censif, qui s'estend en la dicte parroisse de 
fl Rocey et autres circonvoisines; que le dict lieu et bourg 

< de Rocey est de distance de ceste ville de Vendosme 
i d*ane lieue et demye pour le plus, et que la dicte mes- 
'( taierie et seigneurie de La Court est le plus proche et 
( principal manoir des dicts de Sainct Georges, pour eulx 
i retirer en temps et danger de peste, pour faire le ser- 
( vice divin et demeurer ensemble, comme ils sont en la 
( Rue Ferme du dict Yendosme, parceque les maisons et 
c logis du dict lieu et mestaierie de La Court sont proches, 
cprès et davant l'église parrochiale du dict Rocey, la 
ff rae seulement entre deux ; et tient ce bien scavoir, pour 
« avoir, par plusieurs foiz hanté et fréquenté au dict lieu 
'( de Rocey, et que les dicts de Sainct Georges n'ont aucun 
^ lieu et mestaierie en bourg et village sy près et com- 
'( mode et église sy proche pour eulx retirer en temps de 

< peste, pour faire le service divin, que le lieu de La 
n Court, et auquel lieu de La Court et bourg de Rocey les 
'( dicts Navisseau, Breton, Brosse, Guillepin et Guenette 
i ont dict avoir veu les dicts de Sainct Georges et enfans 

< de chœur de la dicte église, par deux diverses foiz, en 
c danger de peste, et y faire le service divin ; et le dict 
(t Tessier les y avoir vous par une foiz, trente deux ans 



328 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

(( sont OU environ (1) ; et dient les dicts Navisseau, Brosse, 
a Guillepin, Guenette, Tessier et Gasnyn que, par Testi- 
u roation commune du pays, le dict lieu, censif, seigneu- 
(( rie et mestaierie de La Court vault bien, une fois vendre, 
(( la somme de six à sept mille livres tournois, et que ils 
(( ont entendu que Ton a achapté sur les dicts de Saiuct 
u Georges, et a esté vendu qui leur appartenoit une mes- 
« taierie appellée La Rastelleriej paroisse de Yilliersflhult, 
(( une autre mestaierie nommée Les Bordes^ parroisse 
c de Marcilly ; les terrages et censifs de Saincte Rade- 
c gonde, et autres choses qui estoient et faisoient une 
€ grande partie du revenu du corps de la dicte église 
(( Sainct Georges ; dont et desquelles choses avons aux 
« dicts de Saiuct Georges ou procureurs pour eulx ce re- 
« quérans délivré ces présentes, pour leur servir partout 
(( où il appartiendra; ce jourd'huy seiziesme jour de dé- 
(i cembre l'an mil cinq cens soixante trois. » 

(Expédition sur papier, en écriture du xvi« siècle). 

D'après Du Bellay (p. 46), leà chanoines employèrent 
à l'acquisition d'une partie de la seigneurie de Rocé une 
somme àe ii60 francs que leur avait donnée Catherine 
de Vendôme, veuve de Jean de Bourbon, premier du nom. 
Cette comtesse mourut en i4ii, et fut inhumée à côté 
de son mari, dans l'église collégiale (ibidem, p. -47). 

Composition du chapitre en 1789, d'après le Calendrier 
historique de l'Orléanais {page 193) : 

De Lizèche, doyen. 
Chaponel, chantre, 

(1) Le chanoioe Ou Bellay parle de ceUe maladie contagieuse et de 
rémigration d'une partie du chapitre à Rocé. (Voir suprà, pages 18 

et ii) 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 329 

Lebrun, prévôt et fabricier. 
Bouvier, sous-chantre et syndic. 
Liger-Delatour, trésorier. 
Beaussier, chancelier. 
Botttault de Russy, 
Maquet , 

Courtin, . 

* . ri I - / chanoines titulaires. 

Jabre-Duplessis, 

Morillon, 

Saumairs , 

Moynerie, receveur du chapitre ^ j 

Pinel, Guerrier, Cretté, Noulin , ( chanoines hebdo- 

Gugelos, maitre de musique^ \ madiers. 

Rouzet, secrétaire^ 1 

Cheron et Bidault, vicaires chapelains. 

Il y a deux observations à faire sur cette nomencla- 
ture : 

On remarquera d'abord que la plupart des chanoines 
et chapelains appartenaient à la simple bourgeoisie; en 
effet, la collégiale de Vendôme, malgré son ancienneté, 
sa richesse et ses nombreuses prérogatives, n'était point 
un chapitre noble^ réservé à l'aristocratie de naissance. 
Voilà pourquoi il ne figure point dans un petit ouvrage 
assez curieux, intitulé : La France chevaleresque et cha- 
pilrale^ etc., publié en 1785, par le vicomte de G***. Cet 
almanach comprend des chapitres moins importants et 
moins connus, mais décorés du privilège de la noblesse, 
celui d'Amboise, entre autres (p. 91). 

En second lieu, nous voyons que les hebdomadiers soni 
appelés chanoines. Il n'en était point ainsi dans le prin- 
cipe, et Du Bellay insiste sur cette distinction (p. 50, 71 
et 72), voir suprà (p. 17). Probablement les hebdoma- 



330 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

diers finirent par usurper un titre contestable et con- 
testé. 

Du reste, l'organisation du chapitre était assez com- 
pliquée, et les droits de chacun, généralement mal définis, 
donnèrent lien à de fréquentes réclamations. Le ba$ 
chœuVy comme on le nommait dédaigneusement, eut sou- 
vent maille à partir avec les chanoines et les dignitaires. Le 
chantre de Saint-Georges s'est fait surtout l'organe des 
grands de la corporation ; nous voudrions entendre une 
voix plus modeste plaider également la cause des petits; 
il serait possible alors de prononcer un jugement impar- 
tial entre des prétentions contraires. 

A. DuPRÉ, 
Bibliothécaire de la vUle de Blois. 

M. le Président appelle ensuite la 41* question intitu- 
lée : Des saints particulièrement honorés dans le pays.— 
Légendes qui s'y rattachent. — Superstitions populaires. 

M. de Préville lit le travail suivant de H. Dupré. 



emUe de ■■!■■< Biaise dmmm le Yemlôiaole* 



Parmi tous les saints auxquels peut s'appliquer la 41* 
question, je choisis l'un des moins connus. C'est le meil- 
leur moyen derencontrer peu de concurrents et de con- 
tradicteurs. 

Saint Biaise, évéque de Sébaste, en Arménie, souffirit 
le martyre vers l'année 316. Son culte, jadis très-répandu 
en France, intéresse particulièrement leYendômois, comme 
nous le verrons bientôt. Mais d'abord, pour faire connaître 
ce saint presque oublié, je traduirai littéralement la courte 
légende que le bréviaire Romain lui a consacrée; l'autorité 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 331 

de ee doeament hagiographique me dispensera d'entrer dans 
de plus longs détails ; ce livre est, en effet, le résumé 
simple et fidèle des traditions de l'Eglise catholique sur 
les saints qu'elle honore dans tout le cours de l'année. 
Voici donc comment s'exprime le Bréviaire romain : 

c Comme Biaise florissait à Sébaste par le mérite de 
« ses vertas, il fut élu évèque de cette cité. A l'époque où 
« Dioclétien persécutait les chrétiens avec une insatiable 
» cruauté, Biaise se cacha dans une grotte du mont Argée 
«et y demeura inconnu jusqu'à ce que les gardes du gou- 
'< vemeur Agricole étant à la chasse, découvrirent sa re^ 
<< traite, se saisirent de lui et le conduisirent à leur maître, 
( qui le fit jeter dans une prison. Là furent guéris nombre 
'( de malades, attirés par sa réputation de sainteté ; entre 
'( autres, un enfant, auquel une épine, arrêtée en travers 
" de la gorge, coupait la respiration et que les médecins 
» désespéraient de pouvoir sauver (1). Biaise, amené plu- 
(( sieurs fois devant le gouverneur, et pressé de sacrifier 
^ aux dieux, résista également aux séductions et aux me • 
(( naces, en sorte qu'il fut d'abord battu de verges, puis 
" étendu sur un chevalet et déchiré avec des peignes de 
« fer (2) ; enfin on le décapita, et c'est ainsi que l'illustre 
"• martyr rendit un témoignage éclatant de sa foi à Notre- 
< Seigneur Jésus-Christ, le troisième des nones de fé- 
« îrier. 1 

Cette date liturgique correspond au 3 du même mois, 
qui est précisément le jour où l'Eglise fait mémoire de 
saint Biaise. 

(1) a Qui, desperaU à niedicis salate, transversâ spinâ faucibos inhae- 
" i^te, ammam agebat. > {La légeniie dorée dit que c'était une arête 

(S) Voilà pourquoi lea cardeurs de laine ont pris saint Biaise pour 
Mtron. 



332 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

La Légende dorée de Jacques de Voragine, archeyèque 
de Gênes au xni* siècle, ajoute cette particalarité remar- 
quable, qu'au moment de recevoir le coup mortel par 
Tordre du féroce proconsul, le pontife martyr obtint du ciel 
le pouvoir de guérir les maladies de gosier et en général 
toute infirmité contre laquelle on invoquerait son patro- 
nage secourable (1). 

Voilà Jonc bien établie la protection de saint Biaise 
contre les maux de gorge et de larynx. De son vivant 
même, il fit quelque chose de semblable ; car le pauvre 
enfant, qu'une épine, ou une arête, aurait étranglé, sans 
l'intervention miraculeuse du saint, nous représente évi- 
demment les personnes atteintes d'angines et d'autres 
douleurs du même genre. 

Un livre d'heures du xv« siècle, de la Bibliothèque de 
Blois, confirme cette antique et pieuse croyance. A la fin 
de ce manuscrit, l'un de nos rares joyaux calligraphiques, 
on trouve une oraison à saint Biaise c contre lesquinan- 
« cie et la passion du col, de la gorge et de la nucque. > 
Ce titre, en vieux français, est suivi d'une prière en latin; 
cette formule litui^que exprime le sentiment populaire 
d'alors, et je la transcris in extenso : 

a Domine Jhesu Christe, vere Deus noster, per virtu- 
« tem tui sancti nominis Jhesus Christi, et per orationeoi 
(( beati Blasii servi tui, liberare digneris hune famuluœ 
u tuum ab infirmitatibus gulae, gutturis et aliorum mem- 
(c brorum suorum. Qui vivis et régnas, Deus, per omnia 
€ sacula saeculorum. Amen. » 

(1) « Et sUtini prœses jussit eum decoUari. Ipse autem oravii ad Do- 
« romum ut quicumque per infirmitatem guUuris, vel aliâ qiiâcaiiM|iie 
• infirmitate, ejos patrocinia poatularet, exandiretor et continua liberare- 
< tur. Et ecce tox de cœlû ad eum venit. quod aie fieret ut oravit. » 
(Lêgenda aurea, editio Lipsûe, 1850, p. 169.) 



ZXXIX* SESSION, A VENDOME. 333 

(Tétait la prière que le prêtre récitait sur le patient, 
aTec trois Pater et trois Ave Maria^ suivant la rubrique 
apposée au bas. 

Leli?re d'heures, qui renferme cette dévote oraison, 
était i Tusage du diocèse d'Orléans, puisque le calendrier 
porte, i la date du 8 mai, la fête toute locale de la déli- 
vrance de cette ville parles exploits de Jeanne d'Arc; 
mais la dévotion à saint Biaise s'étendait aux contrées li- 
mitrophes, notamment au diocèse de Chartres, dont le 
Vendômois dépendait avant d'appartenir au diocèse de 
Blois, érigé en 1698. 

Le bréviaire de ce nouveau diocèse, plus réservé à 
l'endroit du merveilleux, retrancha de la leçon de saint 
Biaise la guérison miraculeuse de l'enfant abandonné des 
médecins. Ce livre publié en 1736, fut copié sur le nou- 
veau bréviaire dé Paris, qui avait déjà élagué beaucoup 
d'épisodes du même genre. Toutefois, les néo-critiques 
ne pouvaient biffer, d'un trait de plume , l'ancienne dé- 
votion du pays à saint Biaise ; aussi les rédacteurs du bré- 
viaire de Blois crurent-ils devoir ajouter à la légende qu'ils 
réformaient cette constatation d'un fait avéré : 

« Non minus celebris fuit per omnes occidentis et ma- 
€ ximè Gallianim ecclesias sancti Blasii memoria, populis 
u undique ad ejus patrocinium confugientibus, ex eo ma- 
« ximè tempore quo sancti martyris reliquise hue illuc 
«per Italiam et Galliam varié translata sunt. Extant 
« in agro Blesensi non pauca sub ejus nomine oratoria 
« dicata. » 

Le Vendômois, en particulier, nous offre plusieurs 
sanctuaires anciennement érigés sous le vocable de l'é- 
véque-martyr de Sébaste. C'est là un témoignage irrécu- 
^ble de l'instinct religieux des populations. 



334 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

A Vendôme, d*abord, Téglise du chàteaa, Tinsigne eol- 
légiale de Saint-Georges, renfermait, derrière le grand 
autel, une chapelle de Saint^Blaise, où reposait le comte 
Bouchard V, qui mourut en 1271 (1). 

Puis, c'était la paroisse de La Chapelle-Vicomtesse, 
où s'éleva dès le xii* siècle, une chapelle du même nom, 
appartenant aux frères condonnés de l'Hôtel-Dieu de Chà- 
teaudun (2). 

L*abbaye bénédictine du Gué-de-Launay (au diocèse do 
Mans), possédait un prieuré de Saint-Biaise, situé au 
village du Grand-Ry, dans la paroisse de Fontaine, en 
Beauce (3). 

Non loin de celte localité, la paroisse de Fortan célé* 
brait dévotement la fête du 3 février. Ses anciens comptes 
de fabrique nous offrent plusieurs articles de recettes et 
de dépenses relatifs à cette solennité ; je les copie textuel- 
lement (4) : 

« Au mois de février 1601, receu tant pour la recepte 
de la Saint -Biaise que pour questes, la somme de 
Iliv. 16 s. 

« (Année 1608) payé 40 sous pour deux livres de chan- 
delles pour la Saint-Biaise. 

€ (Année 1629), payé 20 sous pour la dépense qui fut 
faicte en faisant le luminaire de saint Biaise et de Nosire* 
Dame. » 

Une autre paroisse du Yendômois, celle de Hontrou- 
veau (de l'ancien diocèse du Mans), reconnaît Tévéque de 
Sébaste pour patron. 

(1) L'abbé Simon, Histoire du Vendômois, t. I, p. i3S. — U. De 
Passac, Vendôme et le Vetidômois, p. 21. 

(t) L'abbé Bordas, Chorographie du Dunois, p. 102. 

(S) De Pétigny, Histoire du Vendômois, p. 269, note 1. — Cf. dit' 
Vin, Statistique du département de la Sarlhe. 

(4) Liasse de la paroisse de Fortan, aux archives départeme-otaio. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 335 

Ronsard a consacré aux louanges de ce pontife martyr 
quelques accents d'une muse parfois chrétienne. Uhymne 
de$ pères de famille à saint Biaise semble aToir été com- 
posée pour la fête du saint et spécialement pour les pro* 

« 

cessions qui se faisaient en son honneur à travers les 
campagnes du Vendômois. Je citerai seulement un cou- 
plet de ce chant, imité des litanies de l'Eglise catho- 
liqne (i). 

Chasse la. guerre bien loing; 
Romps les armes dans le poing 
Du soldat qui frappe et tue 
Celuj qui tient la charrue. 
Mangeant son bien en deux coups : 
Je te prie escoute-nous ! 

Cette peinture des maux de la guerre n'était point exa- 
gérée. Demandez-le plutôt aux pauvres habitants de nos 
campagnes. Ils savent maintenant, par expérience, com- 
bien il est affreux d'avoir l'ennemi chez soi I La poésie 
atteint à peine aux tristes réalités de l'invasion étran- 
gère. 

A. DuPRÉ, 
Bibliothécaire de la ville de Blois. 

Ce travail clôt la séance, qui est levée à dix heures et 
demie. 



SÉANCE DU 21 JUIN 1872, A 2 HEURES DU SOIR. 
Présidence de M. db Dion, inspectear de Seine-^t-Oise. 

Siègent au bureau : H. de la Panouse, président du 
Comice agricole; M» l'abbé de Préville; H. Caron, numis- 

fl) ÛEtivres de Homard, édition de 1633, in-^, U U, p. 1164. 



336 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

mate; M. Chauvin, conseiller général, à Montoire; M. de 
Cougny, et M. de Rochambeau. 

M. l'abbé Haugou remplit les fonctions de secrétaire. 

M. le Président dépose sur le bureau les ouvrages sui- 
vants destinés à la Bibliothèque de la ville : 

Galerie des hommes illustres du VendômoiSy Maillé de 
Benehart, Vendôme 1862, in-S*", portrait: par H. de Ro- 
chambeau; 

Ëiude sur les origines de la Gaule^ appliquée à la val- 
lée du Loir dans le Vendômois, Vendôme, 1864, deuxième 
édition, in-8'', 2 pL, par M. de Rochambeau; 

Monographie de Thoré (Loir-et-Cher), Paris et Ven- 
dôme, 1866, in-8®, raisin, pi., par M. de Rochambeau ; 

Fragment de la chanson de geste de Girbert de Metz^ 
Paris, 1867, in-8<', par M. de Rochambeau ; 

Le Château de la Poissonnière ^ Vendôme, 1867, in-8*, 
par M. de Rochambeau ; 

La Famille de Aon^aH, Paris, 1868, 1 vol. in-16, pi., 
par M. de Rochambeau ; 

Galerie des hommes illustres du VendômoiSj René 
Macé, bénédictin de Vendôme, 1869, in-8*', par H. de 
Rochambeau ; 

Le Dolmen de Yaugouffard ou Pierre Brau, Vendôme, 
1869, in-8'', pi., par M. de Rochambeau; 

Charte de donation de la métairie de Villiers (1165), 
Vendôme, in-8''^ 1869, par H. de Rochambeau; 

Galerie des hommes illustres du Vendâmois^ Robert 
de Wilughby, comte de Vendôme, Vendôme, in-8% 1871, 
par M. de Rochambeau ; 

Esquisses historiques de la fin du dix^huitième sikle^ 
extraites de documents inédits, Paris, in-8o, 1871, par 
H. de Rochambeau ; 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 337 

Ln Notaires en Albigeois du douzième au quinzième 
st%fe, Toulouse, in-8'', par H. Elie Rossignol. 

M. L'abbé Haugou lit le procës-Terbal de la séance pré- 
cidente qui est adopté. 

M. Launay répond, par la note suivante, à la 42* ques- 
tion du programme ainsi conçu : Pèlerinages célèbres. — 
Fontaines sacrées. — Mœurs et usages. — Analogie avec 
Vautres localités. 



PèlcrlMigea célèbres. — Fontelne* sacrées* — * 

et usages» 



Les lieux de pèlerinage sont assez nombreux dans le 
VeDdômois. Nous parlerons d'abord de ceux affectés spé- 
cialement à cette destination, parmi lesquels nous cite- 
rons en première ligne celui de Villethiou objet d'une 
%ende fort curieuse. Chaque année, dans le mois de 
D)^, un grand concours de personnes pieuses y afflue. 
Elles viennent chercher la guérison de leurs maux ou ac- 
complir des vœux faits à la Vierge. La primitive et mo- 
deste chapelle était située auprès d'une fontaine dite de la 
Coudre, sur le bord de laquelle chaque pèlerin ne manque 
pas d'aller s'agenouiller après y avoir jeté une épingle au 
moins ou nue pièce de monnaie. 

Vient ensuite Saint-Vrin, commune de Saint-Firmiu. 
La chapelle, plus que modeste, est située dans un vallon 
solitaire et pittoresque, à quelques pas d'une fontaine aux 
eaux abondantes. Elle est aussi l'objet d'un pèlerinage 
très-fréquenté ainsi que : 

Sâinte-Radégonde , commune de Busloup, dont une 

22 



338 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

chapelle moderne a remplacé l'ancien et simple oratoire, 
situé au fond d'un vallon boisé, près d'une belle fon- 
taine. 

Dans le même vallon et à quelques cents mètres, s'éle- 
vait une chapelle romane, dédiée à saint Etienne et au- 
jourd'hui détruite. Elle était, ainsi que la fontaine qui 
Tavoisine, l'objet d'un pèlerinage très-suivi pour les con- 
vulsions des enfants que l'on continue d'y amener en 
les déposant sur les restes de l'autel encore conservés. 

Dans la commune de Chauvigny, canton de Horée , 
nous trouvons la chapelle et la fontaine de Saint-Gilderic 
ou Joudry, au fond d'un vallon pittoresque et très-fré- 
quenté pour la guérison des fièvres. 

A l'ouest du bourg des Hayes, commune de Montoire, 
s'élevait, sous le vocable de saint Germain, une chapelle 
aujourd'hui détruite. La statue, en bois, du saint, placée 
dans un coudrier touffu abritant une fontaine, continue i 
attirer de nombreux pèlerins. 

A quelques cents mètres, au sud-ouest de Montoire, 
sur le coteau bordant la rive gauche du Loir, apparaissait, 
au milieu d'un bois, une chapelle dédiée à saint Éloi, que 
de nombreux visiteurs allaient invoquer pour la guérison 
des clous et des furoncles. Le puits voisin, en guise de 
fontaine, recevait les offrandes des pèlerins. On a trouvé 
au fond une quantité considérable de clous de toutes di- 
mensions. 

Tels sont, en dehors des églises, les lieux de pèleri- 
nage, dont la presque totalité continue à attirer la foule. 
11 nous reste maintenant à signaler les églises et les 
saints qu'elles renferment, jouissant de la même pro- 
priété. 

Nous parlerons d^abord de la Yierge Noire de Yillavard 
et de la légende qui fait découvrir la statue en bois dans 



ZZXIX* SESSION, ▲ VEin)OBCS. 389 

an massif de condriers, près d'un endroit rempli d'eau 
sur lequel, au xi* siècle, fut bâtie l'église actuelle. 

Citons ensuite à Villedieu, canton de Montoire, le re- 
marquable groupe en terre cuite de la Vierge tenant Je- 
SQs-Christ sur ses genoux avant l'ensevelissement et au- 
quel la dévotion des fidèles vient constamment adresser 
ses prières. 

Celle, canton de Savigny, est aussi le bol d'un pèleri* 
nage à la Vierge. 

Avant de terminer, notons encore ici, saint Gilles à 
ïontoire, très-imploré pour la guérison de la peur, saint 
Roc à Villedieu, pour les maladies contagieuses, sainte 
Emérance à Mazangé, etc., etc. 

Aux pèlerinages cités par M. Launay, H. l'abbé Haugou 
ajoute celui de saint Antoine, à l'Hermitage, près Hon- 
toire. 

Quoiqu'il n'existe plus aucune trace de chapelle et que 
le pèlerinage soit presqu'oublié des habitants du pays, il 
est venu encore, dernièrement, des personnes des envi- 
rons de Chartres pour y honorer le saint ; ce qui prouve 
son ancienne célébrité dans le pays; puis à Beauregard, 
près Lunay, celui de saint Sylvain et saint Ëvrould. La 
chapelle ayant été complètement détruite, les statues de 
ces deux saints ont été placées dans un fournil, od elles 
sont restées jusqu'à ces derniers temps. Transportées en- 
suite dans réglise paroissiale, elles ont été remplacées par 
des statues modernes. 

La question 43 : Sceaux des camteê^ oAMi, tabel^ 
iiofu, etc., est mise à l'ordre du jour. 

M. de Rochambeau dit qu'il ne connaît aucun sceau 
remarquable, purement local, en dehors des sceaux des 



340 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

comtes de Vendôme et de quelques autres, dont la col- 
lection a déjà été publiée par H. Douet d'Arcq auquel 
nous l'empruntons : 

Sceau vendômols* 

lo Jean II, petit-fils du comte Bouchard IV (1207), 
fragment de sceau rond, d'environ 0,060, provenant des 
archives de Tours. Sceau équestre. Tourné i gauche, 
f sicri... 

â» Jean III, fils de Geoffroi de Lavardin (1220). 

Fragment de sceau rond de 0,060. Archives natio- 
nales. S. 5001. Sceau armoriai. Ecu à un chef, à un 
lion rampant, brochant sur le tout, appendu à une 
charte du comte en faveur des Templiers, f sigillum : 
1... MiTis : viNDOGiNii (sigillum Johannis, comitis Yind(h 
ctfiu).* 

Contre-sceau. — Pierre gravée ovale, représentant 
deux anges ailés et nimbés, debout, face à face, et tenant 
une croix, f contra : s : i : com.... yindoginii : (contra 
sigillum JohanniSy comitis Yindocinii). 

S"" Jean IV, dit de Montoire, neveu de Jean m, 
1230. Sceau rond de 0,063>». Archives nationales. J. 
241 , no 5. 

Sceau équestre, le bouclier aux armes (comme le pré- 
cédent). 

t siGiLLV. .OHANis : COMITIS : viNDOCiNi («ijt/lam Jofcfl»- 
nis comitis Vindocini), 

Contre-sceau. — La même pierre, gravée qu'au conlre- 
sceau précédent. 

f lOHEs : GOMES : DE : viNDOGiNO (Johaunes cornes de 
Vindocino). 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 341 

4' Pierre de Hootoire, comte de Vendôme, fils de 
}m n (1246). 

Fragment de sceau rond , appendu à une ordonnance 
de saint Louis, sur les droits de bail et rachat en An- 
jou et au Haine. Orléans, mai 1246. (Archives nationales, 
J,178,n«20.) 

Sceaa équestre, le bouclier aux armes (un lion), sous 
le Tenlre du cheval, un T renversé. 

• ••t MITIS l V... 

Conlre-sceau. — Écu d'un plein sous un chef, à lion 
brochant sur le tout. 

t coiTTRA s. p. coMi : viNDOC (coutra sigillum Petrij co- 
miiis Yindocinensis). 

5* Bouchard V, comte de Vendôme, fils du précédent 
(1267). Sceau rond de 0,070 , provenant des archives de 
Toars. Sceau équestre aux armes : bovchàrdi go.... 
viKDociNEifsis (sigillum Bouchardi, comitis Yindoci- 
nensis). 

Contre-sceau. — Écu à un chef au lion rampant bro- 
chant sur le tout. 

t s. sECRETi . comitis : viNDOCiNEN (sigillum secreli 
fomitis Vindocmensis), 

6o Bouchard VU, comte de Vendôme et de Castres, fils 
de Jean VI (1368), fragment de sceau d'environ 0,035, 
ippendu à un acte de Bouchard, comte de Vendôme et de 
Castres, du 12 avril 1368. Sceau armoriai. — Écu à un 
chef (de métal), à un lion rampant brochant sur le 
t^ut; penché, timbré, d*un heaume cime d'un lion 
Ussant; supports : deux hommes sauvages. — Légende 
détruite. 

7'' Jean de Vendôme , fils du comte Bouchard VII 
(1343). Sceau rond de 0,020. (Archives nationales, J, 



342 CONGRÈS ARCHiOLOGIQfJE DE FRANCE. 

G22y n* 61 ? appendu à une promesse d'obsenrer l'arrêt 
toucbant le doché de Bretagne.) Sceau annmial. — Dans 
une rosace, un éco à un chef, à un lion rampant brochant 
snr le tont. 
s iSBàn DE YAMsxmR (ied Jeham de Vendôme). 

8* Second sceau du même (1345), sceau rond de 0,095. 
Archives nationales, J, 733, n* 139, appendu à une ces- 
sion de droit de chasse dans la forêt d'iveline, fitite au 
duc de Normandie, par « Jehan de Yendome, ainsné fiis 
« dou conte de Yendome, escuiers et sire de Espemon, » 
et de Jeanne de Ponthieu sa femme. — A Montoire en 
YendAmois, le 15 mai 1345. 

Nota : Ce Jean fut comte de YendAme en 1354, sous le 
nom de Jean Yl. Sceau armoriai. ^ Écu i un chef (de 
métal), à un lion rampant, brisé à Tépaule d'un écusson, 
brochant sur le tout; penché, timbré d'un heaume à 
volets et cime d'un lion issant. 

s'. I .d' .vandome sire despno (scel Jehan de Yandome, 
sire d'Espemon). 

9* Jeanne de Ponthieu, femme du précédent (1345). 
Fragment de sceau rond de 0,030 de la même provenance 
que le précédent. Archives nationales, J, 733, n* 139. 
Sceau armoriai. — Un écu de forme octogone, parti, 
au 1, d'un lion rampant, brisé d'un écusson à l'épaule; 
au S, d'un bandé à la bordure. 

Dans quatre des huit compartiments qui entourent cet 
écu, sont anuint de petits écussons. On n'en distingoe 
bien qu'un qui est échiqueté. 

Dans les intervalles de la rosace : 

8 lOHANN... poNTiET (scol Jehanue de Pontieu). 

10» Autre sceau de la même, comme comtesse de Yen- 
dAme (1372). Fragment de sceau rond de 0,032, appendu 



XXXIX<> SESSION, A VENDOME. 343 

i an acte de la comtesse, du 25 novembre 1372. Sceau 
ormariaL — Au centre, d'un encadrement gothique, 
unéeu parti de Vendôme et de Ponthieu. Dans ce qui 
subsiste du champ, des animaux, et un écusson d'un 
échiqneté. 

SIEHA NTIEV CONTESSE DE VENDOME (SCel Johaune 

de Ponthieu, comtesse de Vendôme). 

il** Louis de Bourbon, comte de Vendôme, fils de Jean 
de Bourbon, comte de la Marche (1425), sceau rond de 
0,030. Archives nationales, J, 171, n"" 56. Sceau artno^ 
ria/. — Écu écartelé, au 1 et 4, d'un semé de France ; 
2Q 2 et 3, de Vendôme (comme les précédents) ; sur 
le tout, une bande chargée de trois lionceaux. 

Légende détruite. 

Ce sceau est appendu à une promesse du comte de 
Vendôme au roi de lui rendre le comté de Chartres, qu'il 
tenait par engagements. Poitiers, avril 1425. 

12« Marie de Luxembourg , duchesse douairière de 
Vendôfflois, veuve de François de Bourbon, comte de 
Vendôme. Sceau rond de 0,075, appendu à une charte 
de la duchesse, du 4 mars 1522. Archives nationales, S, 
4409, n*" 2. Sceau armoriai. — Un ange debout, soutenant 
Qn écu en losange, parti, à dextre (de France, à la bande de 
gueules, chargée de trois lionceaux d'argent, qui est 
^otarbon-Vendôme) ; à senestre (d'argent au lion de gueu- 
les, armé, lampassé et couronné d'or, la queue nouée, 
fourchée et passée en sautoir, qui est Luxembourg). 

s. MA... DE LYXEMBURGO : YINDOCINENSIS : SANGTI : LI- 

Nuci : AC : MARIE : GOM.... (8i0Uum Marie de LuxemburgOy 
ViniocinensiSj sancti Pauli^ Liniaci ac Marie comitisse). 

Contre-sceau. — Même écu qu'à la face. 

CONTRA siGiLLUM {coHtra sigiUum). 



3i4 CONGEÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRAUCE. 

IS"" VendAme (Geoffroi de) , cheiFalier, 1265. 

Fragment de sceau de 0,030. 

Armoriai. — Un lion rampant brisant sur un chef et 
brisé d'un bâton. 

GKFROi DE VANDO (scol Giofroi de Vendosme), appendu 
à une donation de Gaufridus de Vindocino y mila, à 
Tabbaye de Savigny 1265. (Archives nationales , L, 
1146.) 

14'' Vendôme (Jean de), chevalier 1317. Sceau rond 
de 0,035. Armoriai. — Un lion rampant brochant sur 
un chef, avec une bordure pour brisure. 

lOHAMNis DE VINDOCINO (sigillum Johannis de Vindo- 
cino). Appendu à une charte où « Amalric, sire deCraon, 
Henri d'Avaugour, sire de Marne, et Jehan de Vendosme, 
chevaliers, *) déclarent renoncer à la ligue que les Angevins 
et les Manceaux avaient faite contre Charles, comte de 
Valois. Paris, le samedi avant la Saint-Denis, 8 octobre 
1317. (Archives nationales, J, 179, n' 91.) 

15^ Vendôme (Jean de), chevalier, xiv* siècle. 

Sceau rond de 0,045. Armoriai. — Un lion rampant, 
brochant sur un chef, au lambel de trois pendants. 

f s : lOHANNis : DE : VINDOCINO : MiLiTis : {sigillum Jo- 
hannis de VindocinOy militis). 

16* Louis, cardinal de Vendôme (1668). Sceau ovale 
deO,080. Armoriai. Écuauxarmesde Vendôme (ie France, 
au bâton péri de gueules, chargé de trois lionceaux d'argent 
mis en bande), timbré d'une croix patriarcale, entouré 
du cordon du Saint-Esprit et surmonté d'un chapeau de 
cardinal. 

LVD. TIT. s. M. IN PORTICV S. R. E. DIAC. GARD. DE VEH- 
DOSME s. D. N. P. DE LATERE LEfc]. 

(Ludovieus tituli Sanctae Mariae de Porticu sancte ro- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 345 

mane Ecelme diaconus cardifMlis de Vendoime, sanctis- 
iimidomini nostri papae de laiere legatus), appendu à 
nue bulle du cardinal, en faveur des filles de la Charité, 
datée de Paris, 6 des Ides de juin (8 juin) 1668. 

17'' MoDtoire (Jean de), Yendômois (1215). 

Sceau rond de 0,045. Armoriai. — Écu en toupie , 
chargé d'un lambel de cinq pendants. 

f lOHANiŒS : DE : MVNTORiE : (Johannù de Muntorie). 
Appendu à une charte de Johannes de Hontoire, datée de 
Chinon, juillet 1215. Arc. nat., J. 394, n^" 9. 

IS** Sully (Jeanne de), dame de Vendôme, femme de 
Henri, seigneur de Sully, 1313). Sceau ogival de 0,057. 
Dame debout, vue de face, en robe et manteau vairé, 
coiffée en voile, la main droite à l'attache du manteau, et 
tenant, sur le poing gauche, qui est ganté, un oiseau de 
vol. A dextre, écu à un lion rampant sur champ semé 
d^étoileSj qui est Sully; à senestre, écu â un Itonram;7an/, 
brisé d'un lambeL Champ guilloché. 

loHANNE . DE. VIN... IN E... EN [sigillum Johanne 

de VindocinOj domine Soliacensis)^ appendu à la vente 
faite au roi par Henri de Sully et Jeanne de Vendôme, sa 
femme, d*une forteresse, sise à Château-Renaud. Octobre 
1313. 

IQ*" Saint-Georges-des-Bois (diocèse du Mans). Frag- 
ment de sceau rond de 0,048. 

Saint Georges, à cheval, en costume de chevalier, te- 
nant une bannière. 

L^ende détruite. 

Contre-sceau, — Un cerf dans une fouillée. 

f DE NEVORE, appoudu à un accord entre Guillaume, abbé 
de Saint-Georges-des-Bois et les Templiers, touchant la 
cure de Hondoubleau, 1293. (Archives nationales, H. 759.) 



346 CONGRÈS ABCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Nous possédons deux autres sceaux de Saint-Georges, 
dont un de Saint-Georges- du-Bois ; ces sceaux sont sur 
des cloches. Nous en parlerons à la question 62. Épigra- 
phie campanaire. 

20 Sainte-Trinité de Vendôme, diocèse de Cliartres, 
fragment de sceau rond de 0,045. 

Un Agnus Dei atis vindocini ad... (Trinitatis Fiii- 

docini ad causas)^ appendu à un acte du 15 septembre 
1367. (Arch. nat., L. 1269.) 

21<> Matthieu de Vendôme, sceau ogival de 0,065. Type 
abbatial, accosté de deux fieurs de lys. 

.. HEI ABBATIS. BI. DIONTSII IN FRANA.. (sigillum Moiheiy 

abbatis beati Dionysii in Francia). 

Contre-sceau. — Tète mitrée, de profil à gauche, ac- 
costée de deux points. 

f s. DiONTsius ARioPAGiTA (sanclus DionyHus ariopa- 
gita\ appendu à une charte de Tan 1575. (Arch. nat., 
J. 172, n*» 25.) 

22*" Antoine de Crevant, abbé de La Trinité de Ven- 
dôme, fragment de sceau ogival de 0,0S0. 

Sur une terrasse d'architecture renaissance, Dieu le père 
assis, en costume de pape, bénissant de la main droite, 
et posant la gauche sur un globe crucifère, que tient éga- 
lement Dieu le fils, qui porte une croix sur Tépaule gau- 
che, entre eux, le Saint-Esprit, sous la forme d'une 
colombe. 

Sous la terrasse, l'abbé à genoux, mitre et crosse, vu 
entre deux écus, d'un écartelé de pleins, au lambel de 
trois pendants sur le tout. 

ANTHONii ABBATIS SANCT 10 . (sigillum AnthonU, 

abbatis sancte Trinitatis de Yindocino), Provenant des 
archives de Tours. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 347 

23o Mondoubleau (rhftpital , jadis du Temple, près), 
iifagment de sceau oval de 0,047, en largeur. 

La té(e de saint Jean-Baptiste, dans un plat, entourée 
de fleurs de lys, et comprise dans un encadrement à huit 
compartiments, contenant chacun une rosace. 

D ne reste plus de la légende que les lettres ho (Ao^pi- 
toHs) et OTE {monte). 

Conire'seeau.—Ècn à la croix pattée de Halte, dans un 
encadrement triangulaire, renfermant trois coquilles, con- 
tra siGiLON {cùntra sigilon)j appendu à une charte de 
de l'an 1406. (Arch. nat., S. 5001.) 

24'' Wyllugby (Robert de), faible fragment de sceau 
rond d'environ 0,040. 

Armoriai. — Écu parti au 1 d'une croix engrèlée, au 2 
d'une croix cerclée, penchée; timbré d^un heaume. 

Légende détruite. 

Appendu à une quittance de Robert de Wyllugby, 
comte de Vendôme et de Beaumont-sur-Oise, seigneur de 
Beaumesnil et de Mondoubleau^ etc. Du 6 novembre 1432. 
(Arch. nat., K. 73, n" 19 **.) 

H. Launay traite en ces termes la 44« question : 



Prioeipanx ■MmamenCs de r«rehlt«etare civile an 
mkojem Age daue le Tendénioie. 

Les monuments de l'architecture civile au moyen âge 
ne sont pas très-abondants dans le Vendômois, par suite 
des démolitions qui ont eu lieu, ou des restaurations mal- 
heareuses qui les rangent parmi les constructions mo- 
dernes. 

Nous commencerons par ceux de Vendôme en nous 



348 CONGRÈS AR(.HÉOTX)GTQTTE DE FRANCE. 

bornant à signaler, aussi brièvement que possible, les 
plus dignes d'intérêt subsistant encore. 

Au nombre des plus anciens monuments de notre ville, 
dont il reste encore quelques vestiges, nons citerons d'a- 
bord les fortifications qui entouraient la cité, indépen- 
damment de celles du château, dont il est parlé ailleurs. 
Il en est fait, une première fois^ mention dans Thistoire au 
xin*'' siècle, à Tépoque ou la reine Blanche, devenue veuve 
et régente du royaume, vint donner à la ville une certaine 
importance en conduisant son fils, Louis IX, dans le châ- 
teau de Vendôme pour le mettre à Tabri des complots 
des grands vassaux. 

Quelle fut alors retendue de ces fortifications ? c'est ce 
qu'il est difficile de préciser. Ce qu'on peut affirmer c'est 
qu'elles ne furent pas complètes, ou qu'elles avaient été 
promptement endommagées. En effet, nous voyons qu'en 
1346, sous Jean F/, dix-septième comte de Vendôme, on se 
mil â élever, à la hâte, des fortifications de manière à 
former une enceinte continue, flanquée de distance en 
distance, de tours, dont quelques-unes sont encore de- 
bout. 

Cette enceinte formait une demi-circonférence irrégu- 
lière d'environ 2,000 mètres de longueur sur 1"*,30 d'é- 
paisseur, ayant pour diamètre le bras du Loir, coulant au 
pied du château. 

Quatre portes principales donnaient accès dans la ville, 
dont deux au nord, les portes Chartraine et Saint-Michel 
et deux au midi, Saint-Bié et Saint-Georges. La plus an- 
ciennement détruite est la porte Chartraine, placée à l'en- 
trée de la rue du Change. Les portes Saint-Bié et Saint- 
Michel ont été démolies â la fin du siècle dernier. 

Elles se composaient d'un pavillon, percé d'une ouver- 
ture ogivale de trois mètres environ de largeur, pour le 



ZXZIX* SESSION, A VENDOME. 349 

passage des toitures, et d'une petite porte pous les piétons. 
Des rainures étaient pratiquées au-dessus, pour les pou- 
trelles du pont-leTÏs. Ce pavillon était flanqué de deux 
looTE de défense et d'un bâtiment servant de corps de 
prde. 

Cne cinquième porte, sur le bras principal du Loir, 
serrail de communication entre le château el la ville. 
Elle subsiste encore, 

La quatrième des portes indiquées ci-dessus, celle de 
SiiDl-Georges est encore debout. Elle a toujours été plus 
importante que les trois autres. 

Sa construction primitive parait être du xiv* siècle. 
Vers la un du xV, Marguerite de Luxembourg permit aux 
babilants de Vendôme de convertir la porte Saint-Georges 
«D Hélel-de- Ville. Les mâchicoulis furent ornementés et 



HOT£L DE VILLB DE VI 



350 CONGRÈS ARCHiOLOGIQUB DB FRAIfCE. 

accompagnés de médaillons et d'écnssons fleurdelisés 
réunis par des dauphins, que François de Bourbon awt 
choisi pour supports de ses armes. La porte en ogive et 
celle des piétons subsistèrent jusqu'au commencement 
du siècle et furent remplacées à cette époque, par l'ou- 
verture plus large, voûtée en plein -cintre , que l'on voit 
aujourd'hui. 

Dans la partie des murailles, à l'est, s'ouvre une arche 
dite : des Grands-Prés , destinée à livrer passage à un 
bras du Loir. Cette arche, du xv* au xvi< siècle, est sur- 
montée de mâchicoulis el flanquée de deux tours, dont 
l'une s'est écroulée à la suite d'une inondation du siècle 
dernier. 

Ancien hôtel du gouverneur de Vendôme. — Situé i 
l'angle de la place du marché aux légumes et de la petite 
rue, conduisant autrefois du château dans la ville, cet 
hôtel, du XV* au xvi' siècle, se compose de deux pavil- 
lons à angles droits, l'un sur l'autre, avec tour polygo- 
nale d'escalier à leur jonction et lucarnes de pierre à 
frontons aigus. Les murs des bâtiments et surtout ceux 
de la tourelle, dans le voisinage des fenêtres, portent en- 
core les nombreuses traces des projectiles dirigés contre 
eux par les soldats d'Henri IV, lors de leur entrée en ville 
après la prise du château (19 novembre 1589), Maillé de 
Bénéhart, étant gouverneur. 

Hôtel du Saillant. — Situé rue Poterie et possédé pri- 
mitivement par les du Bellay ; cet hôtel, bâti sur un bras da 
Loir, ofire un vaste pavillon à toits aigus avec tourelle, 
lucarnes de pierre et fenêtres à croisillons. La façade au 
midi a subi un remaniement complet. 

Lhôtel de la Chambre des comptes. — Situé rue Remar^ 
deriOi a vu sa façade sur la rue complètement recons* 



ZXXIX* SESSION, A VENDOME. 351 

(mite. U a conservé intacte celle sur la cour, du xvi* 
siècle, percée dans ses deux étages, de fenêtres à croi- 
sillons, surmontées de lucarnes de pierre ornementées. 
Dn bâtiment en retour a son rez-de-chaussée en pierre et le 
reste en colombage avec galerie ouverte au deuxième étage. 

Bôtel des Monnaies* — Vendôme a eu son hdtel des mon- 
naies, dont il ne reste qu'une impasse qui a conservé son 

nom. 

Le Palais de jusiice^ rue au Blé, construction du xiv« 
siècle, remanié au xvi*, par Marie de Luxembourg. Le 
rez-de-chaussée, d'une longueur de 27» sur 10» de lar- 
geur était partagé, dans le sens de la longueur par une 
série de huit colonnes cylindriques reproduites par moitié 
le long des murs et hautes de 6"*. Cet emplacement ser- 
vait de halle aux grains. 

Le tribunal ainsi qu'une petite chapelle étaient placés 
an premier étage. On voit encore, entre les deux portes, 
do côté de la rue au Blé, un fragment d'écusson aux arxnes 
de Bourbon- Vendôme. 

Le Collège des Oratoriens^ fondé par César de Vendôme, 
SOT l'emplacement occupé par l'ancien hospice des Pèle- 
rins de Saint-Jacques, est une construction importante de 
la première moitié du xvii* siècle, qui n'a conservé de sa 
primitive destination que sa chapelle, remaniée elle-même 
i différentes époques. 

Anciennes maisons. — Il nous reste maintenant à citer 
plusieurs maisons dans la ville, remontant aux xv* et xvi* 
siècles. 

Dans la rue Ferme, contenue autrefois dans la Baille- 
du-Çhàteau, s'élèvent quelques anciennes maisons ayant 
autrefois servi d'habitations aux chanoines de la collégiale 
Saint-Geoi^es. 



352 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Rues Basse et Saints-Pères, deux maisons du xv* siècle. 
La première, autrefois très-importante, vient d'être re- 
maniée avec soin. La seconde avoisine la chapelle Saint- 
Pierre-la-Motte. 

Rue Saulnerie, façade à porte surbaissée avec médail- 
lons au-dessus, attenant à la maison du gouverneur. 

Rue Guesnault, façade de la Renaissance au fond d'une 
cour. 

Place Saint-Hartin, maison en bois à deux étages, sur- 
plombant Tun sur l'autre, avec pignon aigu sur la façade 
et entre-colombages remplis de briques. Le rez-de-chaus- 
sée a conservé une partie des sculptures en relief qui le 
décoraient autrefois. 

On y voit encore un saint Louis abrité par un dais à 
lambrequins, un évèque nimbé. Des anges portant des 
écussons, servent de culs-de -lampe, les statuettes de saint 
Jacques et de saint Jean-Baptiste, fort endommagées, or- 
nent les montants de la porte d'entrée. Les étages supé- 
rieurs, dont les ouvertures ont été changées, sont peu or- 
nementés. 

Nous aurions encore, en dehors de Vendôme, à citer 
un certain nombre de monuments de l'architecture civile 
au moyen Âge. Nous nous bornerons à en signaler quel- 
ques-uns tels que : 

L'ancien manoir de la Bonaventure, commune de Ma- 
zangé, habité autrefois par Antoine de Bourbon; 

Ainsi que celui de Prépalour, commune de Naveil, 
transformé complètement au xvii'' siècle; 

Le château de la Mézière, commune de Lunay et sur^ 
tout son élégante porte d'entrée de la Renaissance. 

Le château de Saint- Agil, dans la commune de ce nom, qui 
a conservé un pavillon flanqué de deux tours en pierres et 
briques,avec traces dupont-levis établi sur de largesdouves* 



XZSIX* SESSION, A VBNDOHE. 333 

Le cbiteau de la Ville-aui-Clerca, dit le Fort-Girard 
et sa porte d'entrée, de la Renaissance, détachée du corps 
principal. 

Le château de Glatigny, commune de SoQdaj, impor- 
tante roDSiruction du xti' siècle, attribuée à Martin du 
Bellaj. L'appareil réticulé en briques avec un encadre- 
ment en pierres de taille sculptées, les dimensions du 
bâtiment, son élévation présentent un aspect imposant. 
Le cbiieau de la Poissonnière, commune de Couture, 



U CHATEAU DR LA POISSOHHitnE. 



354 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

construction de la Renaissance, décrit dans un autre 
article. 

Le château de Rochambeau, commune de Thoré, rela- 
tivement moderne et succédant à un ancien manoir flan- 
qué de tours. 

Le château des Radrets, commune de Sargé, qui con- 
serve encore ses fortifications de Tépoque assez rare 
d'Henri IV. 

Quoique la question ne soit pas posée dans le pro- 
gramme, nous croyons devoir signaler ici les quelques 
petites localités du Yendomois qui offrent encore des 
traces de leurs murs d'enceinte. Savoir : Savigny, Préle- 
vai, Morée et les Roches. 

Quant aux maisons parliculiëres, des xv« et xvi* siècles, 
on les retrouve dans un grand nombre de communes de 
l'arrondissement. Nous nous bornerons à citer : Hontoire, 
Lavardin, les Roches, Trôo, Sougé, Villedieu, Lunay, Sa- 
vigny, Hondoubleau, Selommes, etc., etc. 

H. Launay ayant parlé de l'hôtel des Monnaies, dont il 
ne reste aucun vestige, et connu seulement par l'histoire, 
par ses œuvres et par l'impasse qui porte son nom, H. le 
Président prie M. Caron, dont on connaît la science 
profonde en numismatique, de vouloir bien donner à 
l'Assemblée quelques renseignements sur les monnaies 
féodales du Yendomois. 

M. Caron dit en substance que les monnaies vendo- 
moises se partagent en deux parties bien distinctes : les 
monnaies de Yendôme et celles des comtes. Les monnaies 
deYendôme, qu'il ne faudrait pas croire monnaies munici- 
pales, mais qui, comme les suivantes, ont été frappées 
par les comtes, celles de Yendôme donc qui sont les plus 
anciennes, découlent du type adopté à Cbinon et ré* 



XXXIX* SESSION , A VENDOME. 



APtAREIL DU PICHON EST DR l'ÉcLISE DE SBUIIIHM. 



356 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

panda dans le pays chartrain. Elles représentaient d'abord 
une tête, mais, à mesure qu'elles se rapprochent de nous, 
les lignes deviennent de plus en plus incorrectes. Autour 
de ces pièces, se trouvent la légende o Yindon » écrite 
par abréviation c V^^ » ou encore la légende VindodnOf 
enfin une plus rare ou se trouve le mot YenonitOf nom 
que Ton n'a retrouvé sur aucune autre monnaie ni aucune 
charte : cependant le type est bien le type de Chinon ou 
type chartrain et elle vient certainement de Vendôme. 

A la même époque se frappaient à Tours des monnaies 
au type de saint Harlin, elles représentaient un temple 
octostyle dont les lignes, comme celles de la tète de Chi- 
non s'altérèrent bientôt. 

Ce type connu sous le nom de type tournois fut adopté 
par bien des familles féodales. Les comtes de Vendôme 
ne tardèrent pas à s'en servir et au type tournois ils ajou- 
tèrent deux fleurs de lys. On en rencontre de Jean III et 
de Jean IV, d'autres de Bouchard FV et de Bouchard VI, 
une de Pierre de Hontoire devenu plus lard comte de Ven- 
dôme; elle a cette légende : Petrtis cornes Vindocinensis. 
Enfin il y a eu des pièces à épigraphe commune, comme 
celle dont M. Bouchot a donné connaissance à la Société 
archéologique du Vendomois et qui est décrite dans le 
Bulletin de cette Société. 

Les pièces frappées par les comtes au type tournois res- 
semblent aux tournois de saint Louis et de Philippe le 
Hardy et Ton remarque que l'on ne trouve jamais d'ar- 
moiries pas plus sur celles des comtes que sur celles de 
Vendôme. 

H. Caron fait observer qu'il dut y avoir un grand nombre 
de malrices vu la multiplicité des variations remarquées 
dans les types Vendomois, et aussi l'imperfection de ces 
mêmes malrices qui ne pouvaient servir que pour frapper 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 357 

(rois on quatre mille pièces au plus. Il constate, de plus, 
que Ton rencontre très-peu de monnaies vendomoises, 
nuis que l'atelier étant situé sur les bords du Loir, il 
serait à propos d'y faire des fouilles et que très-probable- 
meot ces fouilles seraient suivies d'un heureux résultat et 
feraient découvrir soit des matrices, soit des pièces de 
monnaie. Ce qu'il dit des monnaies, il croit devoir l'é- 
tendre à bien d'autres objets, le Loir étant, ajoute-t-il, 
on très-grand conservateur, vu que depuis des siècles 
il reçoit en dépôt bien des choses plus ou moins brisées 
on détérioriées qui sont susceptibles de fournir de pré- 
cieux renseignements. 

Cette proposition est appuyée par MM. Queyroy et Launay 
<|Qi rapportent à Tappui de l'idée émise par M. Caron qu'à 
chaque construction de pont ou de maison bâtie sur le 
bord du Loir, il a toujours été trouvé des objets intéres- 
^ts : monnaies, poteries, etc. 

M- de Salies traite ensuite, dans un rapport, la ques- 
tion 45 : Etude particulière sur le château de Vendôme, 
et la question 46 : Souterrains du château^ m déterminer 
fe caractère et V époque. Voici cette pièce. 

■^ château de Vendôme, «a position otmtégiqne, ses 
•aelenneo ffortiflcntlons, ses oonterralno, et le siège 
^n'Uasnblen tS99. 

Rapiiort de M. de Salies sur la visite faite par le Congrès, 

le 20 juin 1872. 

Messieurs , 

Le bureau m'ayant fait Thonneur de me désigner pour 
conduire MM. les membres du Congrès, dans les ruines 
^^ château de Vendôme, je viens rendre compte de ce 
<iwe Mm. les membres du Congrès et moi, nous avons ob- 
senré dans cette importante visite. 



358 C0>GBË5 ARCBËOLOGIQCE DE FDAKCE. 

Hais, avant d« commencer mon rapport, permeltei- 
moi d'entrer dans quelques considénUons sur la posiUon 
stratégique du chiteau, et ta valeur qu'elle pouvait av«r 
relativement au faut qu'on s'était proposé en y élevant une 
forteresse. Ces prolégomènes me paraissent indispen- 
sables pour donner un sens à tout ce que nous a laissé 
voir notre visite. A un point de vue plus général, ils me 
semblent également importants; car ils vont nous mm- 
Irer sur le vif, les calculs et la manière de procéder, des 
ingénieurs militaires des x' et xi< siècles. 



CItATCJIIt at VE.VUOHG. (SAtLI.kNT ET GltOS.'iK TOUH DE l'OlTIUlS.) 

Le ch&leau de VendAme, tel qu'il nous apparaît aujour- 
d'hui, n'a aucuu rapport avec les premières lorteresseâ 
féodales dont les i* et xp siècles, nous ont légué taol de 
spécimens. Ce qui caractérise ces dernières, c'est, invi- 
riablement, un fort donjon, rond ou carré, placé, lanl^i 



XZZIX* SESSION, A VEHDOHE. 



360 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

près de Tenceinte extérieure, sur le point le plus vulné- 
rable, d'après le système normand ; tantôt au centre de 
toutes les défenses, sur le point le plus abrité, d'après le 
système français. En outre, ces forteresses sont peu éten- 
dues. Elles occupent des positions stratégiques où leur 
rôle se bornait à surveiller une ou plusieurs voies, à gar- 
der le débouché d'une gorge dans une vallée, à défendre 
le passage d'une rivière; et cela, avec peu d'hommes; 
car les armées féodales qui pouvaient passer devant elles, 
étaient peu nombreuses. Quelquefois elles sortent de ce 
rôle en quelque sorte passif, elles ne se contentent plus 
de couvrir un domaine, elles vont se planter hardiment 
en avant, sur un territoire ennemi qu'elles veulent con- 
quérir. Ce sont surtout les forteresses normandes qui 
ont de ces témérités. La Touraine est encore semée de 
celles que Foulques Nerra, comte d'Anjou, y avait jetées 
en vue de ses projets ambitieux. Plus sévères encore que 
les autres, elles sont aussi plus bornées, et loin d'appeler 
à elles les populations, elles les détruisent à leur pied, 
pour garder toute leur liberté d'allures (1). 

Du reste, dans ces postes étroits, qu'ils aient en vue la 
défense ou la conquête, rien qui ne s'harmonise avec les 
habitudes simples et dures, du seigneur féodal de cette 
époque. Le donjon suffit au maître ; quelques abris, sous les 
chemins de ronde, contentent ses hommes d'armes. C'est 
bien pire, quand la forteresse est en terre et en bois ; et 
combien n'y en avait-il pas de ce genre, même sur des 
points importants, auxx"" et xi' siècles ! 



(1) C'est ce qu'on voit faire au comte d'Anjou, quand il veut élever le 
château de Montrichard, dans un pays peuplé de ses plus impbcables eo- 
nemis. Il détruit deux villages silués au pied de l'emplacement qu'il a 
choisi : Villa Rahelli..,. villaque Nantolh destructis,.,. oppidum 
componit, nous disent les Gestes des comtes d'Anjou. 



' XXXIX* SESSION, A VENDOME. 361 

Or, de tous ces caractères, de toutes ces dispositions, 
nous ne voyons rien, et, même, nous ne pouvons rien 
soupçonner dans le château de Vendôme. 11 occupe un 
espace considérable, il n'a pas de donjon. Ses dérenses 
ont-elles été élevées pour garder quelque chose, ou sim- 
plement pour le garder lui-même? au premier coup 
d'oeil, on ne le voit pas. C'est plus qu'un poste stratégi- 
que, et cependant ce n*est pas une grande place comme 
Loches qui, d'ailleurs, elle, a son donjon parraiteroent ca- 
ractérisé. 

On peut dire, à la vérité, que l'ensemble des défenses 
du château de Vendôme est relativement récent. Oui ; 
mais la grande douve penchante qui le limite à l'est, n'a 
pas varié; elle est taillée dans le roc. Sans même nous 
préoccuper de I âge des plus anciennes murailles du corps 
de place, nous sommes donc forcés d'admettre que le 
périmètre des fortifications a toujours été ce qu'il est. 

Tout aussitôt vient se poser alors la question de savoir 
en vue de quelles nécessités cette configuration a été 
choisie. Est-ce le relief du terrain qui l'a commandée, ou 
le parti pris de la défense ? 

li ne faut pas un examen bien long pour se convaincre 
que c'est le parti pris de la défense surtout; mais que ce 
parti pris est la conséquence du relief. Et, en effet, ce 
qu'il y a de plus frappant dans les dispositions du château 
de Vendôme, c'est que l'intérieur de la place se terre 
complètement, par rapport aux points dominants de l'at- 
taque, c'est-â-dire, par rapport au plateau. L'application 
de ce système est poussée si loin, qu'on pourrait croire à 
des préoccupations plus modernes, si, comme nous le 
verrons bientôt, il n'était certain que, dès le principe, 
exista cet état de choses. 

Ainsi, tous les calculs de l'architecte ou de l'ingénieur 



362 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

se résument en deux mots : se terrer. De là, le choix de 
cette assiette peu communey il faut le dire ; de là certai- 
nement aussi, son étendue, et Télévation prodigieuse de 
ses défenses. Mais aussi de là, cette conclusion, que j'ai 
d'avance indiquée dans un petit travail impriméen1869(l)) 
à savoir que la position du château de Vendôme n'est ni 
gauloise ni romaine. 

Entrons lout à fait dans le vif de la question, et voyons 
quel a été le but qu'on s'est proposé d'abord, en élevant 
un ouvrage sur le point qui nous occupe; comment cet 
ouvrage a dû devenir un château ; et comment, enfin, avec 
le relief du terrain sur lequel il était bàtti, et avec le parti 
pris qui présidait à sa construction, ce château a dû 
développer son périmètre, précisément sur la ligne qu'il 
occupe, ni plus en avant, ni plus en arrière. 

On lit dans l'histoire du Vendomois de H. dePéti- 
gny (3) , qu'après l'invasion des Normands de 853 , 
Charles le Chauve songea à organiser des moyens de dé- 
fense dans l'Orléanais, le Blaisois, le Vendomois, le Du- 
nois et le pays chartrain, pour empêcher les Normands 
de la Loire et ceux de la Seine de se donner la main à 
travers les plateaux de la Beauce. Plus loin, le même 
historien ajoute (3), que cette pensée ayant été plus se* 
rieusement reprise au commencement du x« siècle, ou 
traça de la Loire à la Braye, une zone ou ligne de défense 
appuyée sur les positions de Beaugency, Oucques, Ven- 
dôme, Lavardin et Hontoire, qui furent fortifiées et pla- 
cées sous le commandement d'un missus dominicus. 



(1) Note sur quelques particularités de constnicUon du château de 
Vendôme, dans les Mémoires de la Sociétfi archéologique du VendO' 
mois y année 1869. 

(2) Page 112. 

(8) Piges 181,13t. 



XXXIX* SESSION y A VENDOME. 363 

An premier coup d'œil, les trouées que laisse une pa- 
reille ligne de ferlerons, entre Vendôme et Oucques, 
comme entre Oucques et Beaugency, ne laissent pas de 
surprendre, et soulèvent quelque incrédulité. J'avoue 
n'avoir admis pendant longtemps ce système, que comme 
une hypothèse contestable. Hais lorsque des excursions 
répétées dans ces contrées, m'ont permis d'en bien con- 
naître la topographie et de suivre tous les tracés des an- 
ciennes voies qui les coupaient, le doute a fait place à la 
certitude. Il serait trop long d'en donner ici les raisons, 
que j'indique, du reste, en parlant des anciennes voies 
da Vendomois. Hais je dois insister sur un point, c'est 
qu'avec ce petit nombre de forteresses, tous les passages 
étaient gardés et bien gardés (1). 

La position du château de Vendôme, se rattacha donc 
primitivement à une grande zone défensive, comme la 
position de Lavardin et celle de Hontoire (3). Ces deux 
dernières gardaient, l'une, le passage qui conduisait sur 
les plateaux de la Gastine, et de là, vers Tours ; l'autre, 
le passage qui, par la vallée de Sasnières, gagnait les pla- 
teaux de Blémars pour marcher sur Blois. Plus impor- 
tante, la position du château de Vendôme gardait le pas- 
sage de la grande voie de Chartres à Tours, avec le point 
de jonction de la voie qui s'en détachait, dans la direction de 
Blois (3). Elle gardait en outre, non loin de son débouché 

[i) Je renlre là dans la 48« question du programme. Avec ce que j'en 
dis en parlant des voies, elle me semble assez éclaircie pour qu'il soit 
inutile d*y revenir. 

(a) M. de PéUgny place les divers territoires féodaux traversés par cette 
zone, dans la main d'un même missus, qui aurait eu Beaugeucy pour ré- 
sidence. Si cela est vrai, le dé&ut complet de rapports du château de 
Vendôme avec tous les autres, unis par un même lien de parenté , le 
rend plus curieux à étudier encore. 

(3) C'est sur la voie d'Orléans que M. de Pétigny embranche la voie de 
mois , par Selomme». Peut-être a-t-il raison ; mais la route actuelle de 



364 CONGRÈS ARCHÉOLCMÎIQUE DE FRANCE. 

dans la plaine, la toie qui, venant d'Orltens, courait, en 
se tenant contre les coteaux de 18 rive gauche du Loir, 
vers Lavardin, Montoire et Artins. 

Tel était le rôle départi au château de Vendôme, dans 
la grande ligne défensive organisée contre les Normands. 
Serrons maintenant de plus près l'étude de sa position, à 
l'aide de notre plan topographique. 

Au nord, et se développant de l'est à l'ouest, c'est la 
vallée, avec le Loir qui la couvre d'une infinité de ca- 
naux, et dont le bras principal se rapproche du pied de 
la montagne, ne laissant guère, entre elle et lui, que la 
voie d^Orléans à Artins, représentée aujourd'hui sur ce 
point par la rue Ferme. 

Au sud^ c'est le plateau penchant et inégal encore ; 
mais qui, dans la direction du sud-est, s'élargissant en 
éventail à mesure qu'il s'éloigne, s'étend de tous les cô- 
tés vers la Loire. 

A l'est, c'est la brusque déclivité de la colline, qui se 
prolonge fort loin en accompagnant la voie d'Orléans déjà 
signalée ; mais qui est coupée par une énorme douve dé- 
limitant le château. 

Enfin, à l'ouest, c'est un profond ravin sur le bord du- 
quel remonte vers Tours, en détachant, à gauche, un de 
ses rameaux vers Blois, la grande voie de Chartres, repré- 
sentée sur ce point aujourd'hui, par la rue du faubourg 
Saint-Lubin. 

Remarquons, en outre, que la grande voie de Chartres 
à Tours n'aboutissait pas directement sur la rue du fau- 
bourg Saint-Lubin. Elle entrait sur le territoire de la ville 
par le pont Chartrain, et suivait la direction de la rue du 

Vendôme à Blois n'a fait que redresser et élargir un des tracés les ploi^ 
anciens, la preuve en est dans le fonds des archives de la province, regar. 
dant les Ponts-et-Cbaiissées. 



XXXIX" SESSION, A VENDOME. 365 

Change, franchissant un autre pont, le pont Perrin {Pons 
Pelrms)y pour venir passer le dernier bras du Loir au 
point qu'occupe aujourd'hui le pont Saint-Bié. Là, elle 
rencontrait la voie d*OrléanSy avec laquelle elle se con- 
fondait dans toute retendue de la rue Ferme, pour s'en 
séparer après, la laissant suivre la vallée, et se hâtant, 
elle, de tourner à gauche pour monter sur le plateau. 

Ainsi, des voies dont la garde faisait l'objectif du châ- 
teau de Vendôme, Tune, la voie de Chartres, contournait 
sa position ; l'autre, la voie d'Orléans, la suivait sur toute 
sa face nord , se confondant avec la voie de Chartres. 

Examinons maintenant le plan du château. Quelles sont, 
dans ce grand tout, les parties vraiment indispensables 
au but qu'il doit atteindre ? Il n'y en a qu'une, une seule 
à proprement parler, l'ouvrage A, aujourd'hui appelé /a 
Capitainerie. Placé sur une pointe de rocher taillée à pic 
de tous les côtés, il est presque en surplomb sur les deux 
routes et les commande dans toute la force du mot. Là 
est la véritable forteresse. Elle nous apparaît à présent 
comme une simple terrasse, ayant environ, de large, 25°^ 
du sud au nord; mais au temps du misms qui la fonda, 
cette terrasse devait porter une puissante tour carrée. 
Placée là, sur cet angle saillant, elle jouait le rôle d'une 
échauguette colossale, en surveillant à ses pieds les 
routes et la plaine, et faisait rudement sentir en même 
temps sa présence, en battant de ses mangonneaux et per- 
çant de ses flèches tout ce qui se présentait. 

Voilà donc ce que nous offre de vraiment essentiel, au 
point de vue de son objectif, ce vaste périmètre de fortifi- 
cations. Sans doute la courtine qui se prolongeait de l'ou- 
vrage i4 à la petite tour £, gardait aussi et battait le ravin ; 
sans doute la ligne qui se poursuivait du même ouvrage A au 
point C, jouait le même rôle par rapport à la rue Ferme. 



366 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Mais ces deux fronts pouvaient être prolongés plus ou 
moins, selon le nombre d'hommes dont on disposait pour 
armer le château, et cela sans avantage ou inconvénient 
absolu. Rien, au contraire, ne peut être changé dans l'ou- 
vrage i4 , je ne dirai pas, seulement, sans lui faire perdre de 
sa valeur, je dirai sans compromettre son rôle. Ses deux 
faces du nord et du couchant battaient les routes avec 
sûreté ; les premières pentes du roc laissaient à ses pieds 
un espace assez grand jusqu'aux parties à pic, pour y prati- 
quer des lices qu'une forte palissade abritait sur le bord du 
précipice : c'est donc là, je me permets de le répéter, 
c'est là la véritable forteresse ; et quand la tradition si- 
gnale ce point, qui passe inaperçu aujourd'hui, comme ie 
plus ancien, comme le premier défendu, elle a raison, 
elle est dans le vrai. 

Comment et quand, de cet ouvrage qui suffisait i tout, 
en est-on venu, cependant, à ce périmètre étendu que 
nous voyons encore? 

Comment ? la cote des hauteurs va nous le dire sans 
ambages. L'ouvrage A, est à 112"* d'altitude; et la 
moyenne du plateau qui le domine est entre 130 et i35". 
La partie la plus basse £, représentée par le seuil de la 
porte du château, dite Porte deBeaucej est encore à 120", 
b"" au-dessus de l'ouvrage A . Dans la partie U de l'inté^ 
rieur du château, évidemment baissée, on est aussi à 120*; 
et pour peu qu'on se porte sur lobord F de la déclivité du 
coteau, on se trouve aussitôt à 128 et ISO"". On le voit 
donc, sur tous ses derrières, l'ouvrage A était fortement 
dominé, et très-exposé par conséquent en cas de siège. 
Voilà comment on a dû en venir à étendre le périmètre 
du château. Il fallait couvrir l'ouvrage A ; en termes de 
fortifications, il fallait le défiler. 

Mais quand cette disposition a* t-elie été prise ? Dès qu'on 



i 



. l 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 367 

s*68t préoccupé de la facilité avec laquelle Touvragei^ pou- 
vait être enlevé si on le tournait, c'est-à-dire, au mo- 
ment même où on relevait. La cote des hauteurs ne laisse 
pas de place à- l'hésitation. 

Toutefois, admettre que, dès cette époque première, 
une enceinte de pierre fut élevée et flanquée de tours, 
ce serait aller trop loin. Les dispositions tontes particu- 
lières du château de Vendôme nous racontent les choses 
autrement, et Ton ne saurait s'égarer quand on les étudie 
avec attention. C'est ce que nous allons faire. L'examen 
des hauteurs sera notre seul guide dans cette étude. La 
solution de toutes les questions se trouvera au bout et 
viendra d'elle-même. 

Nous avons reconnu d'une manière générale qu'il 
fallait couvrir l'ouvrage A, Hais entre quels points se déve- 
loppait le terrain favorable à son attaque? Évidemment 
entre la déclivité nord et la déclivité ouest de la colline. 
De la première, je n'en parlerai pas ; elle est si régulière 
qu'on ne peut s'y tromper. Pour la seconde, je ferai re- 
marquer qu'elle commence à se prononcer fortement entre 
le point £ et le point B^ par une pente de 10" (de 120 à 
110" d'altitude). Déjà cette partie est trop penchante pour 
une approche facile. La menace sérieuse n'est donc pas 
là. Il en est autrement de cette zone qui se développe du 
nord-ouest au sud-ouest, entre les points E et F. Elle est 
an peu penchante aussi; mais elle est d'un accès facile, 
surtout lorsqu'on veut cheminer vers A . 

Cette zone, voilà donc la partie sur laquelle doivent se 
porter les moyens défensifs. Or, le problème est facile à 
poser; le plateau dominera l'assiette de la forteresse , 
taul qu'on n'étendra pas cette assiette jusqu'aux parties 
les plus hautes du terrain. Hais étendre à ce point le pé- 
rimètre de la défense, c'est en exagérer les proportions 



. X 



I 



368 CONGRÈS ABCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

d'une manière nuisible. D faut donc chercher une ligne 
d'enceinte, qui^ tout en restant dans des limites com^- 
nablesy permette de dominer les approches au moyen de$ 
remblais. 

C'est ce problème ainsi posé, que les constructeurs du 
x« siècle ont résolu, sans calcul préalable peut-être, mais, 
dans tous les cas, avec un discernement exquis. Du point 
G au point C, ils ont commencé par élever un mur paral- 
lèle à la voie qui suivait la rue Ferme, pour que, do haut 
de ce mur, la voi^ pût être régulièrement battue. Du 
point Cy un autre mur s'est dirigé vers H, au-dessus de 
la douve penchante 0, préalablement creusée dans le roc. 
Transportant alors les terres qui étaient en excès au point 
My sur le point N où elles manquaient, ils ont, tout en 
terrassant le mur GC, nivelé l'assiette du château, à 120" 
environ. Le fait même de ce nivellement commençait i les 
terrer, par rapport au plateau qui cotait 128 ou 129". 

Que restait-il à faire? Ouvrir des douves profondes sui- 
vant la direction OLPQRj et rejeter les déblais sur la 
ligne de défense, en ayant soin d'exagérer le remblais 
sur la partie la plus abordable. C'est de point en point ce 
qui fut exécuté. Ainsi, en faisant abstraction des murs 
élevés plus tard, nous pouvons constater là un a^yer puis- 
sant, s*élevant déjà à 126"^ en A\ pour arriver à 130" en 
B\ à 135», c'est-à-dire au niveau maximum du plateau, 
en C\ et enfin à 137", soit à 2" au-dessus de tout point 
dominant, en D\ 

Remarquons qu'en s'élevant ainsi, cet agger ouvrait à 
ses pieds, des douves qui, par rapport à lui, n'avaient 
pas moins de 20" de profondeur, et qui en avaient encore 
10 environ, par rapport au terrain avoisinant. Remar- 
quons aussi que dans l'assiette du château, si, par le dé- 
blai que le point M avait subi, le niveau commun étant 



XXXIX*' SESSION, A VKNDOMR. 3C9 

porté à 420", on s'était terré de 8 ou 9»; par l'élévation 
ieVagg^Tj à 137"* sur le point le plus menacé, on se trou- 
vait relativement àce point, terréde 11"*, et de IS^i, relati- 
vement aux parties hautes du plateau. 

Qaant à l'ouvrage /i, si nous calculons d'après ce que 
nous voyons encore aujourd'hui, il était couvert à 25" de 
hauteur, par un retranchement de terre; mais si l'on se 
représente Vagger tel qu'il dut être avant la construction 
des murs, avec ses parapets élevés et ses rangées de 
hantes palissades, on comprendra que le problème du dé- 
filement fut entièrement résolu. 

Enfin, nous ne devons pas laisser échapper cette obser- 
vation que, si la ligne offensive du nord, s'était dévelop- 
pée de G en C, au-dessus des voies de Chartres et d'Or- 
léans confondues, la ligne offensive de l'ouest s'était 
étendue aussi, de A en fi, au-dessus de la voie de Chartres 
qui remontait la gorge. 

Gonséquemment, la forteresse de Vendôjne était com- 
plète désormais, au point de vue offensif et au point de vue 
défensif, les deux faces nord et ouest répondant au pre- 
mier objectif, el le reste de l'enceinte au second. En outre, 
par son étendue, elle devenait digne d'abriter la cour des 
comtes héréditaires, qui allaient bientôt succéder aux missi 
déshérités de leurs fonctions. 

n ne me reste à parler que de la muraille qui vint, 
un peu plus tard, se substituer aux palissades, sur le 
sommet de Vagger. Aucun document n'a gardé le souvenir 
de cette transformation. Je crois qu'on peut la rapporter 
à l'époque de Geoffroy-Martel, 1026 à 1040, environ, sans 
que je veuille dire qu'elle est son œuvre, et ne me dissi- 
mulant pas, d'ailleurs, combien il est difficile d'assigner 
une date à quelques pans de mur construits en rognons 
siliceux, sans appareil aucun. Les parties de murs vrai- 

24 



370 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

ment anciennes, sont au reste peu étendues, et se limitent 
entre le point J^ et la tour D\ J'y reviendrai tout-à-rbeare 
dans mon rapport. 

Je ne dois plus ici faire remarquer qu'une chose : c'est 
que la muraille fut élevée sur la ligne même de Vaggety 
de manière à former comme lui, du point fi, au point fi, 
une courbe^ sinon régulière, du moins continue;, car 
l'angle que nous apercevons sur le plan, au point V, est 
une modification du xiv* siècle, et les murs intérieurs 
laissent parfaitement voir encore, au droit des tours fi' et 
E\ Tarracbement du mur primitif qui se poursuivait sui- 
vant la ligne ponctuée, en dedans de (7. 

Pour ce qui est des tours, cette muraille ne parait pas 
en avoir connu d'autre que la tour E\ On l'appelle la tour 
de Poitiers, et on la qualifie de donjon (1 j. Mais, quoi qu'on 
en ait dit, son nom ne se justifie pas plus devant l'his- 
toire, que sa qualification devant la terminologie de l'ar- 
chitecture militaire. Enfin, celte muraille était percée d'une 
seule porte au point fi, la porte de Beauce, aujourd'hui 
existante au point £, n'ayant été ouverte qu'au xviP siècle, 
par César de Vendôme. 

Tous ces prolégomènes bien compris, je passe mainte- 
nant au rapport que je dois faire sur la visite du Congrès. 

Le 20 juin, à sept heures du matin, la plupart des 
membres du Congrès qui avaient l'intention d'explorer le 
château de Vendôme, se sont trouvés au rendez-vous, 
hôtel Gaillandre, près de M. le président. C'est de là qu'on 
est parti, se dirigeant vers le pont Saint-Bié, ancien pas- 
sage de la voie de Chartres à Tours. 

Chemin taisant, de nouveaux membres grossissent le 
premier groupe, avec quelques personnes étrangères au 
Congrès. Malgré l'heure matinale, des dames, mëme^ 

,1 ) Voir la tour de droite du dessin, p. 358. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 37 i 

veulent bien noas honorer de leur présence. Le temps 
est (la reste magnifique, et la pureté du ciel nous promet 
des conditions de lumière tout exceptionnelles, pour les 
splendides paysages qui, du milieu des ruines, s'offriront 
à nous sur la montagne. 

Nous traversons le pont Saint-Bié. Une petite place est 
devant nous. A notre gauche, la rue du faubourg Saint- 
Bieobeuré nous montre la direction de la route d'Orléans, 
qui suit sur ce point l'ancienne voie. A notre droite est la rue 
Ferme, où se confondaient la voie de Chartres et la voie 
d'Orléans. C'est vers cette rue que nous nous dirigeons. 

Dès son entrée, nous reconnaissons, des deux côtés, de 
Tene, les restes des murailles qui, partant du château, 
allaient clore jusqu'au Loir, la baille inférieure. A gauche, 
on peut reconnaître les chemins de ronde; à droite, au 
bord de la rivière, se dresse toujours la tour d'angle, e, 
un peu défigurée, un peu honteuse d'elle-même avec ses 
fenêtres bourgeoises et son crépis d'hier; mais bien 
plantée sur le sol, et fière encore par le pied, si elle ne 
peul plus l'être par la tête. Enfin, dans la rue même, en 
A sont les débris de la porte militaire qui la fermait de ce 
côté, avec ses maçonneries de 3 ki'^ d'épaisseur, et l'un 
de ses montants jusqu'au premier voussoir du cintre. Tout 
cela semble, par son appareil, se rattacher au xiV siècle. 
De cette fermeture puissante, le hom donné à la rue : rue 
Femej rue Fermée. 

Nous revenons sur nos pas, et nous tournons vers la 
rampe qui conduit au château. Cette rampe, sous César 
de Vendôme qui la fit faire, se prolongeait jusque dans 
le faubourg Saint-Bienheuré. Une porte d'honneur ou- 
verte dans les anciens murs, la barrait au point T. Repré- 
sentée sur d'anciennes estampes, H. Launay l'a repro- 
duite avec sa fine touche^ dans l'un des dessins qui ornent 



^ 



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370 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE 



I 

I 



l. 



ment anciennes, sont au reste peu éy ,,,j^ ^^ 

entre le point Ë et la tour D\ J'y ç / ' ., 

^ ^J/ ;cupait, un per- 

dans mon rapport. .// i «.jiki • 

, . r\ .... /// 4r un long déblai. 

Je ne dois plus ici faire re/// . . 

que la muraille fut élevée,/// , **. . - . ' 

// ' / matidOCi J® "US re- 

de manière à former conr//// •'*" , . 

, . hp . Hans lequel est ouverte 

une courbe^ smon ré' >ff ^ "*"'* ^ 

rangle que nous aper/ A <îs d'anciennes maçonnenes, 

une modification d/ parents il j a quelques années, 

laissent parfaiteir/ ' ^nt du point g, et se poursmvanl, 
Ey rarrachem/ 'ictuée, jusqu'à l'enceinte de la baille, 
vaut la ligne , le mur qui soutenait et défendait les lices, 

Pour ce front GC 
en avoir i-eprenons notre marche, et bientôt à l'angle l 
de Poir* ^ tour carrée, nous remarquons une taille verticale 
en ai m dans le talus, et, au-dessus, un trou carrédeO",15de 
toi ^ié. La taille verticale a été faite évidemment pour appro- 
r (;her le montant de bois d'une porte; le trou, pour sceller 
un des bouts de son linçoir. Cette particularité s'observe 
à la base de la tour, au niveau de l'ancien terre-plein des 
lices) remplacé, sons César de Vendôme, par le talu» 
gazonné qui borde la rampe. Il y avait donc autrefois sur 
ce point, une traverse en forts palis, avec une porte pour 
le service. D'anciens dessins montrent sur la rampe de 
César, plus basse que l'ancien terre-plein, cette traverse 
remplacée par un mur avec porte, dont nous reconnaissons 
les fondations sous nos pieds. 

Nous arrivons vers G. Là, an point jr, en dehors du 
mur gr(, qui soutient la rampe, nous retrouvons sous des 
ronces et des lierres, Tarrachement du mur des lice$, 
dont la face nord est encore assez développée pour don- 
ner l'ancien alignement de ce mur. Il se dirige bieu en 
eflet, vers A, parallèlement au front GC. 
Au point G, nous nous arrêtons. Nous reconnaissons \ 



%X.X1X' SESSION, A VEiNDOME. 373 

^t à des fondations très-visibles, que le 

là, très-anciennement, par un mur 

s'appuyer sur le mur GC. Une 

^ur. Une autre porte fort an- 

*e bouchée dans le mur GC^ 

Yasse intérieure S, avec 

j *^ uiveau. Vis-à-vis, à travers 

^^ .atre porte s ouvrait sur un esca- 

. sentier, qui descendait à la baille 

a direction du point p, muni d'une porte 

. pont-levis sur le Loir, pour gagner la ville. 

drrons ces détails, en visitant la rue Ferme. Re- 

sins au point G. Là, dans les petits bâtiments qui font 

vis-à-vis à la terrasse 5 et à sa porte, se trouvait un corps 

de garde, pour surveiller à la fois la porte des lices et 

celle du nord, ouverte vers la baille inférieure. Unemeur- 

(rière, percée au point g^ de manière à prendre les lices 

CD écharpe, en est un reste. 

Inutile de visiter l'ouvrage .1. Les bâtiments qui le 
couvrent sont modernes. Ce que nous en avons dit sufRt. 
Seulement, observons que, sous cet ouvrage, chemine 
(lans le roc un souterrain parlant de fond, et que nous 
visiterons d'en bas. Revenant plusieurs fois sur lui-même 
dans sa marche ascendante, il est aujourd'hui intercepté 
par un cboulement, au droit du point o, et à il"" au des- 
sous de ce point. 

Nous entrons dans le jardin en terrasse X, coté à une 
moyenne de 118", et s'élevant à 122" près du point £. 
Ce jardin appartient à M. Launay, Tun de nos collègues, 
qui nous en fait les honneurs avec une grâce charmante . 
Il est fortement dominé de tous côtés par les murailles, 
surtout du côté sud, entre B et £. 
Nous montons d'abord sur la tourelle B, disposée au- 



374 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

jourd'hui en plate-forme. De là, noire œil plonge, vers 
ouest surtout, à une effrayante profondeur. Sur la pre- 
mière pente du terrain, de B en F, nous observons un 
reste de muraille. C'est un débris du front ouest de l'an- 
cienne forteresse qui se poursuivait de V en A, suivant 
la ligne ponctuée du plan. Ce mur ect, paraît-il, tombé de 
vieillesse dans le siècle dernier. On lui a substitué le mur 
de clôture actuel qui est en reculement de B en o. Sur le 
bord du rocher à pic, devait se poursuivre un agger, garni 
d'une palissade. Il partait du point g vers a, et de là vers 
g, en suivant à peu près les découpures du roc, pour 
former des lices en avant du front ouest et autour de 
l'ouvrage A. Une poterne qui existe encore, au pied de 
la tour B, au-dessus du talus, et dans l'angle formé par 
la rencontre du mur 7, donnait accès dans ces lices. Cette 
l)Otemeaété bouchée en dedans par le mur moderne; 
mais, à l'extérieur, elle laisse voir encore un fragment de 
passage voûté, d'un mètre environ, avec la baie de sa 
porte gardant la trace de ses gonds, de ses verroux el de 
sa barre de sûreté. 

De la tourelle 0, nous gagnons les chemins de ronde 
toujours existants sur le mur BE. Us sont souvent coupés 
de marches, la créle du mur suivant la pente prononcée 
du terrain et de Tancien agger. De ces chemins de ronde, 
nous pouvons suivre, comme sur un plan topographique, 
toutes les défenses avancées du château, avec leurs trois 
rangs de douves, qui montrent parfois encore une énorme 
profondeur. 

Nous redescendons dans le jardin, et nous nous diri- 
geons au pied du mur B£, vers le point E. Chemin fai- 
sant, nous remarquons vers le point m, un assez long 
mur bien conservé, el en pierre d'appareil, ce qui est fort 
rare, et sans exemple même pour les temps primilifs^ 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 375 

dans le château de Vendôme. Ce mur semble appartenir 
au XI* siècle. Le mur sur lequel nous venons de monter 
loi est juxtaposé, du côté extérieur. D'où vient ce mur ap- 
pareillé? pourquoi ne Ta-t-on pas noyé dans l'autre, et l'a- 
t-on laissé se détacher sur lui en saillie? Impossible de le 
comprendre. Vers le point m, une porte remaniée dans 
les temps modernes, a été certainement la porte d'un 
passage qui donnait sur les lices du midi, où venait aboutir 
an petit pont accédant à l'ouvrage K par le point n. 

Nous sortons par une petite porte sur le point E, 
et nous allons en {, par une autre porte, gagner l'an- 
cienne cour et les anciennes terrasses du château. Un dé- 
licieux jardin anglais, planté avec tout le goût possible, 
et soigné comme pas un, occupe aujourd'hui tonte celte 
enceinte où résonnèrent si souvent les talons éperonnés 
des chevaliers d'autrefois, avec le pied de leurs chevaux de 
bataille. Après un temps, un autre. 

Les fleurs, la verdure, les arbres, nous captivent d'a- 
bord. Avec l'air pur du matin, arrivent vers nous des ef- 
fluves parfumées. Peut-être même le chant des oiseaux 
se fait-il entendre ; je n'oserais le nier. Que tout cela est 
séduisant ! Nous sommes heureux que les dames y puis- 
sent trouver une compensation à l'excursion sévère qu'elles 
sont venues si courageusement honorer; mais nous, 
comme Panurge, nous revenons bientôt â nos moutons et 
nous cherchons des ruines. En voici vers le midi et vers 
Test, dont la crête nous surplombe de 28 ou 30". Au- 
dessous, de £ en £ , nous voyons l'ancien agger s' élevant â 
i7" an-dessus de nos pieds, et coupé à pic pour faire 
l'assiette du château . Nous pouvons comprendre là, combien 
cette assiette factice se terrait, et combien tous les bâti- 
ments intérieurs étaient déGlés. De là aussi, nous pouvons 
très-bien saisir le procédé mis en œuvre au xi* siècle. 



376 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

pour élever un mur solide sur un agger de terres rap- 
portées. Ce mur n'a pas des fondations très-profondes; 
mais on a élevé devant lui un premier contre-mur qui 
s'appuie plus bas; et, devant les fondations de ce premier 
contre-mur, un second qui s'appuie plus bas encore. 
Enfin, en avant de ces deux maçonneries, on a laissé une 
terrasse de 10" de large, soutenue, dexen y, par un mur 
de 6<" d'élévation. J'ai donné les plans et les coupes de 
cette curieuse disposition, dans le petit travail cité plus 
haut, et dont j'ai pris la liberté de mettre des tirés à 
part, à la disposition de MM. les membres du Congrès. 

Au droit du point JI, nous voyons, de 8" élevée au- 
dessus du sol que nous foulons, la porte du château. II 
n'est pas aisé de comprendre aujourd'hui comment on 
descendait à cheval de ce point dans la cour. Une rampe 
tournante, vers nord d'abord, vers ouest ensuite, devait 
résoudre le problème. Quelques restes de murs, en avant 
de la porte, du côté de l'intérieur, de r en s, semblent 
montrer qu'il en a été ainsi . 

A droite de la porte, et à quelque distance, se dresse 
la grosse tour extérieure E\ la Tour de Poitiers^ ou le 
donjon, si l'on tient à suivre les vulgaires eirements. 
Comme toutes les autres tours du château (je ne parle 
point de celles de la baille), son plan présente une demi- 
circonférence appuyant ses extrémités sur deux droites 
qui la relient par des angles droits au mur d'enceinle. 
Contre cette tour devait se développer autrefois la grande 
salle. J'en dirai plus tard la raison. Mais se développait- 
elle de Test à l'ouest, ou du midi au nord ? ceci est plus 
difficile à conjecturer. Ce que l'on sait très-bien , c'csl 
que, sur ce point, César de Vendôme fit élever en regard 
du couchant, un grand bâtiment à trois étages, dont il ne 
reste pas une pierre. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 377 

Près de la tour de Poitiers, au point oiî le mur plus 
moderne , se dirige en ligne droite pour former un des 
côtés de Fangle saillant U, nous remarquons les amorces 
deTancien mur, qui continuait la courbe de l'enceinte 
selon la ligne ponctuée. Nous remarquons les mêmes 
amorces, derrière la tour/)'. Enfin, dans les deux branches 
(le Tangle, des meurtrières géminées appellent notre at- 
tention. Les meurtrières de ce genre permettaient, sous 
des angles divers, des croisements de tir qui pouvaient 
être fort efficaces. Le château de Vendôme en montre 
deux autres spécimens dans la tour D\ au premier étage. 
Ces meurtrières sont fort rares. Je ne me rappelle pas en 
avoir vu d*autre exemple, si ce n'est dans le château de 
Blanquefort, en Guienne. Ces dernières figurent dans le 
magnifique ouvrage de M. Léo Drouyn, intitulé : La 
Guienne militaire^ planche 75, n" 3, pour le plan, et 
planche 74 , pour l'élévation. Il en est dit un mot seule- 
ment, page 59 du texte. 

Après avoir terminé l'examen des ruines de Test et du 
midi, nous nous dirigeons vers le front GC. Il ne nous offre 
que des ruines de terrasses, d'escaliers et de bâtiments, se 
rapportant au xvi* siècle. C'était François de Bourbon comte 
de Vendôme, qui les avait fait bâtir. La tour ft, est une an- 
cienne prison. Dans sa partie basse, elle conserve, non pas 
des oubliettes, quoique on en prononce souvent le nom ; 
mais un cachot accessible seulement par la voûte, comme 
presque tous les cachots de la renaissance et du moyen âge, 
imités de hcarcer interior ou étage du milieu, des prisons 
romaines. La salle au-dessus du cachot, est éclairée par 
une grande fenêtre, autrefois grillée, qui donnait sur les 
lices. Cette salle, commune lorsqu'il y avait plusieurs 
prisonniers, représente fort bien la carcer superior des 
Romains. Elle est voûtée. Une autre salle qui n'est plus 



378 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

accessible aujourd'hui, était portée sur cette voûte, et 
éclairée par une fenêtre grillée aussi. C'était une seconde 
édition de la carcer^upmor. Ainsi, cette prison présentait 
bien trois étages comme les prisons romaines ; mais les 
deux supérieurs étaient identiques. Pour la parfaite res- 
semblance, il manquait, grâce à Dieu, la carcer inferior, 
la carnificinay en d'autres termes, creusée au-dessous de 
la carcer tn(ertor, accessible comme elle, seulement par 
la voûte, mais spécialement destinée aux exécutions à 
mort. Cette carcer infetiot^ si elle existait, ce seraient les 
oubliettes. Je le regrette fort pour ceux qui trouvent dans 
le mol seul , de quoi maudire généreusement huit siècles 
de notre histoire, et pourtant je dois le dire : si le mot 
a souvent frappé mon œil et mon oreille, j'en suis en- 
core à trouver la chose , quoique j'aie vu bien des châ- 
teaux. 

En sortant de la tour ft, nous gagnons la terrasse infé- 
rieure 5, qui forme aujourd'hui un jardin. Nous pouvons 
étudier de là les vieux murs sur lesquels s'appuie le petit 
bâtiment Z, encore habité. Le mur du midi est en pierre 
d'appareil et il est flanqué de contreforts. Il se rattache 
au xp siècle. C'est un reste, sans doute, des bâtiments 
qui joignaient la collégiale de Saint-Georges, bâtie par 
Agnès de Poitiers, femme de Geoffroy-Martel, pendant que 
son mari faisait le pèlerinage de Rome pour expier sa ré- 
volte contre son père, en 1036. 

Le souvenir de cette collégiale célèbre, nous fait quitter 
la terrasse et revenir vers Z, pour en chercher les débris. 
Quelques pans de murs sans signification, avec une ruine 
épaisse, qui semble avoir appartenu à la base de l'abside, 
mais dont l'appareil indique un remaniement du xv* ou 
du xvi* siècle, voilà tout ce que nous retrouvons de cet 
édifice où reposaient autrefois, sous des statues tombales 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 379 

de marbre, les restes des comtes de Vendôme , particu- 
lièrement de ceux de la maison de Bourbon. Déjà, en 1562, 
la zélée calviniste Jeanne d'Albret, pourtant femme d'un 
Bourbon, avait laissé ses soldats dévaster l'église de Saint- 
Georges, la souiller d^orduresy violer les tombeaux et bri- 
ser, avec les images des saints, les statues des mausolées. 
La Révolution de 93, renouvela les m6me3 faits (1), et^ 
en outre, elle rasa le monument. Il y a plus de parenté 
qu'on ne croit entre les emportements brutaux des révol- 
tés du XVI* siècle, et ceux des révoltés du xviiiM... 

Joignant la collégiale et communiquant avec elle, exista 
aussi, jusqu'au commencement du xvir siècle, une église 
de Saint-Lubin. C'était l'église paroissiale du faubourg de 
ce nom, à l'ouest du château. On y montait en passant 
par une vieille porte qui existe encore, dans les maisons, 
au pi^d de la montagne, et en gagnant, après, un sentier 
raide et étroit. Une poterne, ouverte près de l'ouvrage A, 
permettait aux paroissiens d'entrer dans la place, et ils 
gagnaient l'église par le passage Y, alors garni de degrés. 
Cette église de Sàint-Lubin fut rasée par César de Ven- 
dôme, pour agrandir les dépendances du château. 



(1) Go peut lire les détails de la Yiolatioo de 156â , dans M. de Péti- 
gDy, pp. 847, 848. Pour ceux de 93, voir le Journal d'un ouvrier Yen* 
donioù^ publié par M. Bouchet, dans le Bulletin de la Sociéié du Ven- 
domois^ VI!I« année, p. 191. On y lit : « Us arrachèrent les princes de 
« leurs tombeaux qui étaient sous le chœur de Féglise ; ils les traînèrent 
« de tous les côtés, sans respect pour le lieu oii ils étaient. // y avait 
« un baril qui renfermait les entrailles de Jeanne d*Albret, reine 
» de Navarre et mère d'Henri IV.... les brigands firent leurs ordures 
« dans ce baril. » C'était pour Jeanne, on le voit, la peine du talion. 
Ceux qui commettent tant d'horreurs , sont quelquefois les instruments 
inconscients de la justice divine. Quant aux brigands dont parle le Jour* 
oal, c'étaient des soldats du 3« bataillon de Paris, qui passaient par Ven- 
dôme pour aUer en Vendée. Qu'il me soit permis de faire , entre paren- 
ttkëses, remarquer cet iUnéraire stratégique. U est un argument en faveur 
de cette grande voie de la vallée du Loir, dont je parle en son lieu. 



380 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DU FRANCE. 

Ces dernières recherches terminées, que pouvons-nous 
faire encore dans ce jardin délicieux qui semble s*éire 
imposé la mission de garder les débris des tombes et des 
sanctuaires violés, pour les couvrir de fleurs ? Les souve- 
nirs que nous venons d'évoquer nous rappellent toute 
l'histoire du château de Vendôme, les hôtes illustres qu'il 
reçut dans ses murs, les événements mémorables qui s'y 
passèrent. Mais parmi les vieilles pierres encore debout, 
en est-il une seulement qui puisse nous raconter tout 
cela ? Où étaient les salles qui reçurent tour à tour Phi- 
lippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion ? Où était la 
chambre de saint Louis^ lorsqu'il vint, jeune encore, se 
réfugier dans le château pour échapper aux mutineries 
des hauts barons? Où se cachait l'oratoire de sa mère, la 
reine Blanche, cette reine des reines ? Dans quel coin de 
l'enceinte pendaient les voûtes sous lesquelles le comte 
de Bretagne et le comte de la Marche comparurent devant 
le roi, et signèrent un traité le 27 mars 1227 ? A ce traite 
assistait, — et ce fut son dernier grand acte politique, car il 
mourut peu après, — le chancelier Guérin, qui avait tou- 
jours eu pour le jeune Louis, nous dit Joinville, une 
amitié de père. Les ruines du château de Vendôme, peu- 
vent-elles nous dire où fut aussi la chambre de ce ver- 
tueux et fidèle ministre ? 

Plus tard, en 1548, le roi Charles VII, ayant fait arrêter 
le duc d'Alençon qui le trahissait, et c considérant, nous 
« dit Monslrelet, qu'à Montargis, ne pourroient tenir tant 
<i de gens qu'il eut mandez pour ouïr la sentence, remil 
« la journée à comparoir à Vendosme. Auquel lieu il fut 
c en personne en si très-noble estât, que noble chose 
€ estoit à regarder : et si comparurent tous ceux qu'il eut 
« mandez, ou procureurs pour eux. » Quand les pairs fu- 
rent assemblés devant le roi, « Haislre Jean l'Orfèvre, 



XXXIX* SESSION, A VRNnOMK. 38! 

€ Président de Luxembourg, l'un des procureurs du duc 
« de Bourgongne,... feit sa proposition longue assez et 
c moult bien ordonnée et autorisée par les escritures. » 
Elle tendait à faire gracier le coupable. Mais le roi passa 
outre, et le duc d'Alençon, tout prince du sang qu'il était, 
fut condamné à mort. 

De la grande salle où fut rendu ce jugement solennel, 
reste-t-il quelque chose? Sait-on seulement où elle était 
placée? 

Savons-nous davantage où siégea plus tard encore, le 
grand conseil que le roi Henri III avait fait transférer au 
château de Vendôme, et que Mayenne y prit tout entier, 
avec les mémoires et instructions , qu'il y fit brûler? 

Mais nous avons oublié celui à qui se rattacheraient, 
s'il en fallait croire quelques historiens, les premières 
défenses de pierre du château, Geoflroy-Martel , comte de 
Vendôme, et l'un des chevaliers les plus remarquables de 
son temps. Il habita ici avec Agnès de Poitiers, son épouse. 
Plus heureux que pour tant d'autres illustres personnages, 
nous avons, pour Geoffroy, un texte précis qui peut-être 
nous permettra de marquer la place de son logis. Les 
Gestes des comtes d'Anjou^ en effet, lorsqu'ils nous ra- 
content comment Geoffroy et Agnès virent, aux premières 
clartés de l'aurore, un certain jour de dimanche, trois 
longues traînées lumineuses se reposer dans une fontaine 
an milieu des prairies, ce qui leur inspira l'idée de bâtir 
là le monastère de la Sainte-Trinité; les Gestes des comtes 
d'AnjoUi disons-nous , décrivent si bien les lieux, qu'il 
est impossible de ne pas s'y reconnaître. Geoffroy et son 
épouse avaient mis la tête à la fenêtre qui éclairait leur 
chambre, vers l'aquilon (1). Nous voilà déjà certains de 

(i) Contigit consulem una cutn uxore ad fenesiram autœ^ qua 
thnlamu-i ejus illumifiaiur versus aquilonem^ facûm j)0suisse. 



382 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

l'aspect. Continuons. Le palais du comte^ ajoutent les 
Gestes^ était au sommet de la montagne, là où fut depuis 
l'église de Saint-Georges (1). Ceci fixe tout-à-fait la posi- 
tion, et nous sommes certains que la chambre d'Agnès et 
de Geoffroy, était à l'est du bâtiment Z, sur les vieux 
murs terrassés qui ont effectivement appuyé, depuis, 
l'église Saint-Georges, et qui en gardent les marques. De 
là se découvraient parfaitement, comme le disent les 
Gestes, et le bourg, parallèle à la montagne du côté du 
nord, et les vastes prairies, pascua lalissimay à l'orient du 
bourg, œnlra orienlem. 

Ce texte si précis, autorise aussi une conclusion impor- 
tante, c'est que les bâtiments d'habitation du château de 
Vendôme, au xi* siècle, ne reposaient point sur le front 
de la forteresse, entièrement réservé encore au rôle offen- 
sif, comme au temps où il fut élevé. 

Ainsi de tant de souvenirs évoqués, il en est du moins 
un auquel nous pouvons assigner sa place, et ce n'est pas 
le moins poétique. 

Nous nous tenons pour satisfaits, faute de mieux, et 
jetant un dernier regard sur le paysage lointain, sur les 
ruines qui nous dominent, sur les fleurs qui nous en- 
tourent, nous quittons le poétique jardin de M"* Irabault, 
non sans remercier son neveu, M. Pineau, membre du 
Congrès, qui nous en a fait les honneurs au nom de sa 
tante, avec toute la grâce et l'amabilité possibles. 

Sortis par la porte l, qui nous avait vus entrer, nous 
voici revenus sur le point E, en présence de la porte qu'on 
appelle la Porte de Beauce. Elle a été construite au xyii* 
siècle par César de Vendôme, cela n'est pas douteux; mais 

(i) Le moine de UarmonUer, aateiir des Gestes, qui écrivait au xii« 
ilëcle, dil : \k où est maintenant. Erat autem aula in supereiiio mon* 
Us, ubi nmc ecclesia Beati Georgii haàeiun 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 383 

y avait-il là une autre porte, avant celle de César? Noas 
pouvons hardiment répondre que non. Des textes précis, 
auxquels nous ferons appel bientôt, ne nous en laissent 
rien comprendre, l'état des ruines ne permet pas de le 
supposer, et des raisons militaires de premier ordre s'y 
opposent. 

Examinons pourtant bien en détail ce qui se rattache à 
celte porte. 

D*abord, sur la porte elle-même, une seule observation 
à taire : elle n'a jamais été une porte militaire. Des par- 
ties avancées s'y rattachant, pourraient seules, lui avoir 
donné ce caractère. Cherchons-les. 

Que voyons-nous? Un passage autrefois voûté, dans 
toute la profondeur de l'ancien agger. Au premier aspect, 
ce passage paraît de vieille construction, sans qu'on 
réussisse à pouvoir le dater. Bientôt, cependant, on 
observe une plate-bande sous la retombée des voûtes. 
Voilà qui est moderne et qui sent son xwi" siècle. Nous 
en demeurons tous d'accord. Je montre à MM. les membres 
du Congrès un indice qui a, dès longtemps, fixé mon opi- 
nion relativement à ce passage : dans le mur du couchant 
Hgure un morceau de marche d'escalier à vis, dont le 
dessous est taillé en gouttière, ce qui caractérise les xv* 
et XYi siècles. Le mur dans lequel ce fragment est encas- 
tré, est donc postérieur à cette époque. 

Du reste, quelle épaisseur ont ces murs qui devaient 
résister à une attaque, s'ils avaient été élevés en vue de 
la défense? Ils n'ont pas plus de 0'°,60. Et le passage, 
comment se présente-t-il devant l'ennemi? Tel qu'il est 
dans sa coupe : non- seulement sans herse et sans mâchi- 
coulis, mais sans porte, sans pont-levis, sans flanque- 
ment d'aucun genre, sans galerie qui le surplombe. Il 
n'y a pas une seule hypothèse à émettre pour une porte 



384 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

militaire ancienne, avec un pareil état de choses. Par sur- 
croît, pour traverser le fossé, en avant du passage que 
nous venons d'observer, voici un pont de trois arches que 
sa construction peut ne pas très-bien dater. Mais la der- 
nière de ces arches s'appuie sur le passage lui-même. Où 
donc est le saut de loup qui défend l'entrée? Toute porte, 
sur ce point vulnérable, aurait été des plus mal placées. 
Telle qu'elle est, celle-ci n'eût été qu'une dérision. Porte, 
passage et pont, sont donc l'œuvre de César de Vendôme, 
et n'ont jamais été faits dans une intention militaire, fort 
inutile du reste, puisque, à côté de cette porte, Tenceinle 
du château restait démantelée par le canon du roi Henri, 
lequel roi n'entendait pas qu'on relevât les forteresses : 
témoins, celles de Lavardin, de Hontoire, de Savignj, dans 
les environs de Vendôme, et cent autres ailleurs. 

Puisque le pont et la porte de Beauce n'existaient 
pas avant le xvii* siècle, il va sans dire que le chemin 
se dirigeant, de cette porte, vers le hameau du Temple, 
n'existait pas non plus. Rien donc à remarquer de ce 
côté. 

Aussi tournons-nous sur notre gauche, et par d'étroits 
sentiers tracés sur les pentes raides de Ymcien agger, 
gagnons-nous le pied de la tour B\ 

Cette tour est, non-seulement écrëtée, mais démolie 
jusqu'au-dessus du premier étage. A peine, en mon- 
tant sur le mur, peut- on reconnaître la position des 
archères du second étage. On le peut cependant, et Ton 
constate ainsi dans cette tour, au premier, deux archères, 
une de chaque côté, qui balayaient les courtines par un 
tir de flanc, et, en avant, une troisième au tir direct; an 
second, deux archères seulement, placées entre les trois 
du premier, de manière à compléter les tirs. J'insiste sur 
1 ancienne disposition de cette tour et sur l'état où elle est 



XXXIX*" SESSION, A VENDOME. 385 

aujourd'hui; car j'aurai à y revenir en parlant du siège du 
château par Henri IV, en i589. 

Comme construction, la tour fi' présente une particula- 
rité que j'ai étudiée dans le petit travail déjà cité : elle re- 
posait sur un radier formé de cinq poutres traversantes, 
placées perpendiculairement au mur d'enceinte, et ayant 
d'équarissage, 0'",30. Les poutres privées d'air ont dû 
s'échauffer assez promptement et se sont décomposées. 
Mais dans les maçonneries de blocage où elles furent pri- 
mitivement noyées, elles ont laissé, après s'être décom- 
posées, un vide profond qui a gardé leur moulage exact. 
Ces vides apparaissent aujourd'hui «^ la base des deux 
leurs, comme les Irous d'un colombier. 

Pour tous les détails curieux se rapportant à ces radiers, 
je dois renvoyer à mon travail; les exposer ici serait trop 
long. Je dirai pourtant que ces radiers avaient pour but 
d'assurer les fondations des tours, sur cet agger formé de 
terres rapportées, sujettes à se tasser, et à se tasser irrégu- 
lièrement. 

La tour C est fondée comme la tour B\ Sa disposition, 
à tous les étages, était aussi la même. Plus heureuse que ^ 
sa sœur, elle est encore entière, sauf toutefois ses mâchi- 
coulis et sa galerie de créneaux et de merlons. 

Derrière ces deux tours, du point E au point t\ il ne 
reste du mur d'enceinte que les fondations. Les deux 
tours, fermées autrefois du côté de la place par un mur 
droit, juxta-posé seulement au mur d'enceinte, sont éven- 
trées aujourd'hui. On ne pénétrait dans ces tours que par 
les chemins de ronde. Elles étaient parfaitement indépen- 
dantes de la grande enceinte et pouvaient tomber sans 
livrer passage à l'ennemi. Quant à l'époque de leur cons- 
truction, elle remonte au commencement du xiii* siècle, 
s'il en faut juger par l'appareil des pierres de taille quj 

35 



386 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

en forment le revêtement. Les Grandes chroniques de 
Touraine^ disent que le ch&teau de Vendôme fat renforcé 
lorsque saint Louis vint avec sa mère y chercher un re- 
fuge, en 1227. Il est probable que ces deux tours furent 
élevées à cette époque, contre Tenceinte du tlv siècle, qui 
manquait de flanquements. Une troisième tour, du même 
genre, avait été montée de l'autre côté de la porte de 
Beauce. Elle est restituée en A\ mais il y a plusieurs an- 
nées qu'elle est tombée de vétusté. 

Au point ij se développe, jusqu'à la tour D* un reste 
de l'ancienne enceinte, qui se continuait vers la tour f, 
suivant la ligne ponctuée du plan, je l'ai déjà fait remar- 
quer. Le saillant U n'a été construit qu'au xrv* siècle, 
ainsi que la tour Z>' ; mais avant la construction de celte 
tour, devait déjà exister au point Z>' , contre la vieille en- 
ceinte, une tour pareille aux tours A\ B% C, et élevée 
en même temps que celles-ci. L'importance que la défense 
a vue plus tard dans ce point des fortifications, n'était cer- 
tainement pas restée inaperçue des ingénieurs du xiii* 
siècle. Ils n'auraient pas laissé sans fianquement la partie 
qui avait le plus besoin d'en être pourvue. 

La tour D' est entière, et garde même les corbeaux de 
ses mâchicoulis; seule, sa galerie a été écrêtée. Quanta 
ses fondations, elles n'ont plus de rapport avec celles des 
autres tours. Son appareil est aussi plus moderne et se 
rapporte, ainsi que les corbeaux des mâchicoulis, au xiv* 
siècle. Les corbeaux, surtout, ont absolument le même 
caractère que ceux des deux tours qui défendent l'entrée 
du château de Lavardin, et qui appartiennent à la restau- 
ration de Jean de Bourbon (xiv* siècle). Jean de Bourbon, 
comte de la Marche, avait épousé Catherine, seule héri- 
tière du comté de Vendôme après la mort de Bouchard Vil, 
son frère. Administrant le comté au nom de sa femme, il 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 387 

avait magnifiquement restauré Lavardin; le château de 
Vendôme dut se ressentir aussi de son activité. Tout a été 
tellement rasé dans l'intérieur, qu'il est impossible d'y 
retrouver la trace de son passage; mais sûrement, la tour 
ÏÏ et l'ouvrage lisent de lui. 

La tour offre des particularités curieuses sous le rap- 
port de l'emploi des bois. C'est bien autre chose que les 
radiers des tours F et C. Je renvoie encore à mon petit 
travail pour cette étude; elle dépasserait ici toute me- 
sure. 

Quant à l'ouvrage 0", qu'on veuille bien en considérer 
le plan avec attention, et l'on y reconnaîtra bientôt en 
germe, on, si Ton veut, à l'état rudimentaire, le bastion, 
cette cheville ouvrière, cette clef de voûte de la fortification 
moderne. Qu'est-ce que cet angle qui s'avance, si ce n'est 
le saillant ? Et ces deux tours D\ E\ ne rappellent-elles 
pas les orillons arrondis des bastions de De ville (1) ? Les 
Grillons, à la vérité, ne font point saillie sur la face du 
bastion, parce que le flanquement vient d'un bastion 
voisin. Ici, où nous n'avons qu'un seul bastion, ces 
tours pouvaient paraître indispensables pour flanquer à la 
fois les faces du saillant et les courtines. On remarquera 
aussi, qu'en vue de l'attaque dont le saillant peut être 
l'objet, un empâtement considérable de maçonnerie vient 
le renforcer. Cet empâtement peut en même temps asseoir 
des mangonneaux, et, plus tard, une pièce de canon dont 
la ligne de tir se trouvera dans l'angle mort de la défense. 
Il y a là déjà des prévoyances «et des calculs fort avancés. 
Aussi verrons-nous qu'Henri IV , s'est bien gardé d'atta- 
quer par là, quoique l'attaque sur les parties penchantes 

(1) Le chevalier Deville, qui vivait sous Louis XIII, perfectionna le front 
iMstionné qn'Errard de Bar-le-Duc passe pour avoir, le premier^ intro* 
doit en France, sous Henri IV. 



388 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

dût présenter plus de difficultés pour la construction de 
ses batteries. 

J'ai parlé des meurtrières géminées ouvertes dans les 
flancs de la tour D' et dans les faces du saillant. Inutile 
d'y revenir. 

Nous voici devant la tour P^ dite tour de Poitiers. Elle 
est intacte et porte encore, non-seulement tous les cor- 
beaux de ses mâchicoulis, mais encore le lanternon qui 
conduit sur sa plate-forme. Ses créneaux et ses merlons 
ont seuls disparu. 

Considérons d'abord cette tour à l'extérieur. Toutes les 
«époques lui ont laissé quelque chose; ou, pour parler plus 
exactement, chaque évoque est venue transformer ce que 
la précédente avait fait, sans toutefois en effacer la trace. 
Ainsi, on distingue très-bien d'anciennes baies de fenêtres 
plein cintre, se rapportant positivement auxi* siècle. Pos- 
térieurement, ces fenêtres ont été bouchées; c'est une 
archère qui s'est ouverte à leur place, xiii"* ou xiv* siècle, 
sans doute. Puis au xr* ou xvi® siècle, — l'appareil des 
remaniements intérieurs nous en donne la date, — ces 
archères elles-mêmes sont condamnées et deviennent, 
dans le bas, de petits déversoirs pour de mystérieuses cu- 
vettes que nous verrons bientôt. Par exemple, le front de 
la tour, en se parant d'une couronne de mâchicoulis au 
XVI' siècle, n'a rien laissé du passé. 

Voilà ce que nous remarquons à l'extérieur de cette 
lourde Poitiers; et c'est plein d'intérêt, nous allons le 
voir. Le crépis moderne qui, du haut en bas, revêt d'un 
manteau neuf la vieille maçonnerie, nouscache-t-il quelque 
autre cho^e de caractéristique et d'important? c'est pos- 
sible - inais comment le savoir? Tenons-en donc à cela, 
et visitons l'intérieur. 

Ce n'est précisément pas chose commode, ni même 



XXXIX* SESSION, A VENbOME. 389 

toat à fait facile. Il s'agU d'atteindre le premier étage au 
moyen d'une échelle un peu courte, et branlante par-dessus 
le marché; car la forme du terrain ne lui permet pas d'as- 
sielte sûre. Aussi quelques personnes reculent-elles de- 
vant l'ascension, et je suis loin de les en blâmer. Tant 
bien que mal cependant, les plus hardis arrivent. Il faut 
qae je sois du nombre, puisque je remplis le rôle de ci- 
rmfne. Je peux donc employer la forme collective, en 
continuant ma narration. 

Entrés dans la tour, nous voilà sur un massif de ma- 
çonnerie qui part de fond jusqu'au premier étage. Son 
épaisseur, depuis la base des fondations, est de 7 à S*". 
C'est quelque chose, et rien que cela, prouve ranciennek* 
de la tour. Regardons bien de tous nos yeux maintenant. 
Nous sommes en présence de ces cachots, « de ces téné- 
breux sépulcres, > comme les appelle M. de Pétigny, qui 
forent selon l'historien du Vendomois, construits par 
Geofiroy-^lilartel, « avec un art infernal, > pour renfermer 
le comte de Poitiers, vaincu par lui et devenu son prison- 
nier. Que sont ces cachots ? Décrivons-les. 

La tour qui nous intéresse, a la forme de toutes les 
autres, avec de plus grandes proportions : c'est, qu'on 
me permette de le rappeler, une demi-circonférence, ap- 
puyant ses extrémités sur deux droites qui la relient par 
des angles droits, au mur d'enceinte. Dans ce plan 
demi-circulaire, et en prenant pour base une partie du 
diamètre, on a inscrit au xv® ou xvr siècle, un parallélo- 
gramme rectangle, au moyen de maçonneries reliées à 
I avant et aux flancs de la tour et qu*on a conduites jus- 
qu'au-dessus du deuxième étage. On a ainsi formé une 
salle rectangulaire, un peu allongée. Puis, sur les trois 
côtés de cette salle, que circonscrit la courbe extérieure, 
les murs ayant beaucoup plus d'épaisseur, on en a profité 



390 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

pour ouvrir dans la maçonnerie, de petits réduits Yoûtés, 
parallèles à la salle, et ayant, de longueur, 1b,80, de 
largeur 60 ou 65 centimètres, et de hauteur, sous clef, 
l'",50 environ. Une porte pratiquée dans le milieu de la 
longueur du réduit, le met en communication avec la 
salle; et comme les anciennes archères placées à Tavant 
et aux flancs de la tour, restaient ouvertes dans tous les 
réduits, on les a fermées, non sans avoir préalablement 
encastré dans leur ébrasement, une petite cuvette de 
pierre, dont le fond penchant a été mis en commu- 
nication avec l'extérieur, par une étroite ouverture, 
un conduit, si Ton veut, laissé libre au bas de Farchère. 
Je parlais tout à l'heure de ces petits conduits et de ces 
cuvettes; nous voici en leur présence, et pour le com- 
plément de la description des réduits, je n'ai plus qu'une 
mesure à donner, celle de la hauteur exacte à laquelle 
les cuvettes sont placées . Or, cette hauteur, elle est de 
70 centimètres, et je la note comme un argument dont 
chacun appréciera bientôt la valeur, sans que j'y re- 
vienne. 

Je complète maintenant la description de la tour. Trois 
réduits figuraient au premier étage, sur le massif montant 
de fond ; trois autres réduits semblables leur étaient exac- 
tement superposés et figuraient au second étage, séparés 
du premier par un plancher élevé. Sauf les planchers , 
tout cela est intact. Quant au troisième étage, également 
séparé du second par un plancher, il est occupé par une 
salle voûtée en anse de panier, et dont les parois suivent 
la forme extérieure de la tour. Sur l'avant est appuyée 
une grande cheminée, à linteau mouluré (xv« ou xvi* 
siècle), et des deux côtés de la cheminée, s'ouvrent des 
fenêtres à larges embrasures, garnies de bancs de pierre. 
Cette pièce, avec ses vues sur la campagne, fait rêver 



XXXIX' SESSION, A VENDOUE. 391 

qaand on la visite encore aujourd'hui. Elle devait être 
aassi plaisante que les deux pièces inférieures étaient 
sombres et désolées. Un escalier de pierre, à vis, pris 
dans l'épaisseur du mur, au flanc nord de la tour, partait 
du second étage, sur lequel il avait deux portes. Tune 
vers la salle aux réduits, l'autre vers un corridor placé 
derrière cette salle, contre le mur d'enceinte. Ce corri- 
dor qui prenait la direction de l'angle If, conduisait aux 
chemins de ronde, dont une porte le séparait, sur le 
Danc méridional de la tour. Quant à l'escalier, il montait 
au troisième étage, et de là, par un lanternon, sur la 
voûle, qui formait la terrasse de la tour. Pour gagner 
Tescalier de pierre à cette hauteur du second étage, il 
existait en dehors de la tour, un escalier de bois dont on 
voit les traces contre le mur. En établissant aussi légère- 
ment cet escalier inférieur, on avait voulu, sans doute, 
se ménager la facilité de le couper au besoin, pour pré- 
venir l'envahissement des chemins de ronde par l'en- 
nemi. 

Je dois encore ajouter un mot à tout cela. Sous le 
corridor du second étage qui conduisait aux chemins de 
ronde, règne un autre corridor au premier étage. Sans 
communication avec la salle aux réduits de cet étage, on 
y accédait, des bâtiments du château, par une porte que, 
du jardin de M""*" Imbault, on voit encore suspendue à 
une grande hauteur. Je n'ai jamais visité, faute d'échelle 
assez longue, ce corridor, qui ne parait pas avoir eu dls- 
sue par ses deux extrémités. Il est possible qu'il abrite 
l'ouverture d'un cachot pris dans le massif de maçonnerie 
montant de fond. Loin d'en être surpris, j'y verrais la 
raison d'être du corridor lui-même, qui ne se comprend 
guère sans cela. Qu'on me permette de faire toutes mes ré- 
serves à ce siyet. 



302 CONGRÈS AHCUÉOLOGIUUË DE FRANCE. 

Tel fat donc disposé au xv'' ou xvi'' siècle, llntérieur 
de la tour de Poitiers, et tel il se montre encore à nous ; 
car à l'exception des planchers effondrés, et du réduit 
éventré dans le flanc méridional de la tour, au premier 
étage, pour y ménager la porte qu'une échelle nous a per- 
mis d'atteindre^ il n'a pas subi de changements appré- 
ciables. Hâlons-nous, dès lors, de tirer de tout cela, les 
conclusions qui en découlent naturellement. 

D'abord, devant l'appareil intérieur de la tour, qui date 
du XV» ou du xvi*" siècle les salles rectangulaires et les 
réduits, s'évanouissent les assertions de M. de Pctigny, 
qui attribue ces dispositions à Geoffroy -Martel (xi* siècle). 
On se tromperait, môme, en datant ainsi les remanie- 
ments de la tour de Poitiers, et il faudrait les rapporter 
au xiyc siècle, au xiii% si Ton veut, que deux ou trois 
siècles les sépareraient encore de l'époqoe de Geoffroy, 
dont l'appareil, à cause de ses joints surtout, ne peut 
èlre confondu avec aucun autre. Rappelons-nous aussi 
que l'intérieur de la tour nous a laissé voir ses dipusi- 
lions du xi° siècle. Au point où sont les réduits et où 
furent auparavant les archères, étaient ouvertes alors des 
fenêtres picin-ceintre; et cela seul détruit tout le système 
de notre historien vcndomois. 

Si donc la tour de Poitiers a tenu Guillaume IV pri- 
sonnier, ce n'est certainement pas avec les dispositions 
actuelles. Du reste, cet emprisonnement du comte de 
Poitiers dans le château de Vendôme, est lui -même une 
pure hypothèse. Les chroniques qui parlent de la capti- 
vité de Guillaume, disent bien qu'elle dura trois ans; 
mais ne nomment pas le lieu où il la subit (1). 

(1) La (ransforiuation de la lour de Poitiers serait l'œuvre de César de 
Vendiimr lui-même, au commcncemenl du wii*' siècle, que je n'en serais 
point surpris. Cette tour flanquait une des laces du saillant l^ et prenait 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 393 

Quant à attribuer la construction de la tour de Poitiers 
à Geoffroy-Martel^ j*avoue que j*y répugne singulière- 
ment. Geoffroy n'était pas homme à mettre si vite en 
oubli les traditions normandes de son père Foulques- 
Nerrai en fait de conslructions militaires. S'il avait eu 
quelque chose à élever à la place de ce prétendu donjon, 
c'aurait été certainement, un donjon vérilable, un donjon 
carré, entouré d'une forle chemise, indépendant de tous 
les ouvrages, et les commandant tous. Tels étaient, en 
effet, invariablement, tels sont encore, les nombreux don • 
jons de Foulques le Noir, en Anjou, en Poitou, en Tou- 
raine. Des donjons ronds de ce grand bâtisseur, il n'en 
existe pas. Moins encore a-t-il élevé de ces faux donjons 
comme celui de Vendôme, qui n'ont aucun cachet, aucun 
caractère, et dont tout le rôle se réduit à un simple flan- 
quemenl. Et ce serait entre les donjons carrés d'Oucques 
et de Beaugency d'une part, de Lavardin et de Monloire 
de l'autre^ que Geoffroy aurait oublié les traditions pa- 
ternelles ? Gela me parait bien difficile à admettre (1). 

Dans cette tour, à peu près ronde, je découvre d'autres 
influences que celles de la Normandie ; ce sont celles du 
douiaine royal, suivies dans le pays Gharirain, dans le 
Blésois, dans la Touraine, avant Foulques Nerra, dans le 
Berry, l'Orléanais, le Nivernais, etc., où les donjons af* 

d'enfilade, par son lir droit, le pont-levis, s'il était , ce qui par»U certain, 
là où est le passage actuel des douves, en A*. Pour avoir renoncé k des 
déCeoses si néccs9aires, il lallait qu'elles fussent devenues inutiles. Un 
peut objecter que, d'après r//iA/tw>tf ilf. Vendôinc, de l'ablM^ Simon, apirs 
la prise de la ville en 1589, des cordeliers furent enfermés dans la tour 
de Poitiers, et que quelques-uns même y moururent de faim. Mais ce fait, 
f>as pluâ que la détention de Guillaume IV , n'implique la nécessité des 
améDagenients actuels de la tour. 

(1) Le donjon d'Oucqucs, détruit il y a quelques années, datait de la 
Renaissance, mais était porté par les anciennes fondations. Celui de Beau- 
gency esl connu, (^ui de Lavardin a été réédifié aussi sur d'anciennes 
fondations, au X)i* siècle. Enfin, celui de Montoire est du xi* siècle. 



394 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

fectent la forme ronde (1). Est-il donc impossible qu'O- 
don de Nevers, l'époux d'Adèle d'Anjou, héritière du 
Vendomois, ait fait élever, d'après ce système, le mar 
d'enceinte et la tour de Poitiers, lorsqu'il vint prendre 
possession du comté après la mort de l'évèque Renaud? 
Et si ce n*est lui, ses fils Bouchard et Foulques l'Oison, 
successivement comtes, ayant subi les mêmes influences, 
ne peuvent-ils pas en être auteurs ? Ces conjectures ne 
reculeraient pas la date des constructions de plus de 
huit ou dix ans, dans tous les cas. 

On peut, à la vérité, me répondre par un argument 
(taptieux : Si ce n'est pas Geoffroy qui a élevé la tour en 
question et qui lui a donné le nom qu'elle porte en l'hon- 
neur de son épouse Agnès de Poitiers, d'où ce nom lui 
viendrait-il ? En répondant que je n'en sais rien, je serais 
dans le vrai, et je ne croirais nullement avoir pour cela 
donné des armes contre moi. Parce qu'on a un nom dont 
on ignore absolument l'origine, mais qui prête à quelques 
conjectures, est-ce à dire qu'on puisse en faire le fondement 
d'une certitude historique ? La tour /)' est du xw siècle, 
ainsi que le saillant U et lesarchères bouchées aujourd'hui, 
de la tour qui nous occupe. Cet ensemble de remaniements 
trahit une préoccupation sérieuse. Ne serait-ce pas à l'ap- 
proche du Prince Noir qu'on y aurait songé? et la restaura- 
tion de la tour-donjon étant entreprise seulement après le 
désastre de Poitiers, en 1356, le nom lui en serait-il resté? 
Je me garderais de l'affirmer ; et pourtant, je le dis avec une 
grande conviction, celte conjecture est moins inacceptable 
que celle de la construction de la tour par Geoffroy. 

Mais rentrons dans la tour, il en est temps. Qu'étaient- 

(1) Plusieurs châteaux élevés sous celte influence ont de faui dotions 
comme celui de Vendôme. Je citerai seulement comme plus près de nous, 
celui de Laynes, autrefois MalUé. 



XXXIX* SESSION , A VENDOBftE. 395 

ce en définitive que ces aménagements intérieurs ? Qu'é- 
taient-ce, surtout, que ces réduits? Mon Dieu! s'il faut 
dire ma pensée, je vais la dire. Qu'un autre émette un 
avis meilleur, s'il le trouve, je m'y rangerai tout de suite. 
Je ne crois pas qu'on puisse voir dans les deux étages in- 
férieurs de la tour de Poitiers, autre chose qu'une pri- 
son. Les réduits seraient alors des manières de cellules, 
où l'on aurait enfermé les prisonniers pour passer la nuit. 
De là ces prévoyantes cuvettes auxquelles le beau langage 
me défend d'assigner un nom (1). Pas un des membres 
présents du Congrès ne s'est insurgé contre cette opinion. 
Maintenant à qui était destinée cette prison, des civils 
ou des militaires, pour parler notre langage d'aujourd'hui ? 
Quelle distinction faisait-on entre cette prison et celle que 
nous avons déjà vue dans la tour ft, en supposant qu'elles 
fussent employées simultanément ? Ce n'est pas moi qui 
répondrai à ces questions. J'admçttrais toutefois assez 
volontiers, que la tour de Poitiers était une prison pré- 
ventive, et c'est ce qui me fait supposer que la grande 
ioUe était placée contre cette partie de l'enceinte. 
Hais je n'insiste pas là-dessus. Toujours est-il que les 
deux étages de prisons de la tour de Poitiers» ne semblent 
pas avoir marché tout à fait sur le pied de l'égalité : on 
gagnait le second étage au moyen de l'escalier à vis; mais 
on ne pouvait pénétrer dans le premier qu'en descendant 

(1) Avant d'avoir remarqué ces cuvettes, je ne voyais dans le premier 
et le second étages de la tour de Poitiers que des magasins d'armes. Ces 
réduits me paraissaient alors, avoir été faits pour recevoir certaines 
armes spéciales, plus nombreuses et moins faciles à ranger, comme flè- 
ches, carrelets, viretons, etc. Le peu de précautions prises pour la fer- 
meture de ces cabinets , — quelques-uns semblent n'avoir jamais été 
fermés, — excluait pour moi toute idée de cachot. S'il faut leur recon- 
naître ce dernier rôle , en présence des cuvettes dont ils sont munis, il 
ne peut être entendu, je crois , que dans la mesure où je l'ai entendu : 
cachots potir la nuit seulement. 



396 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DB FRANCE. 

(lu second au moyen d'une échelle et d'une trappe. Le 
second étage recevait aussi un peu de jour; le premier 
était absolument plongé dans les ténèbres. 

Ce long et minutieux examen terminé, nous montons 
sur la plate-forme de la tour. Ici c'est une vue splendide, 
un panorama circulaire d'un rayon de sept à huit lieues, 
à travers les plaines, les collines et les plateaux. Sous nos 
pieds s'étale la coquette ville de Vendôme, avec ses grands 
clochers, son ancienne abbaye, son vaste collège, et, plus 
loin, sa gare qui, près des souvenirs, vient accentuer la 
différence des temps. Tout cela nous ravit. Mais l'heure 
marche, il faut descendre. Nous nous exécutons. 

Sortant de la tour de Poitiers, nous nous dirigeons vers 
l'ancienne entrée H. Nous remarquons dans le bas do la 
tour, à gauche de l'entrée, les amorces et les fondations d'un 
mur qui semble s'ctre dirigé suivant une certaine courbe, 
vers la tour de Poitie/s, où nous en retrouvons aussi les 
amorces. Un massifde maçonnerie renversé au point a\ en 
est un reste. Parallèlement àcemur,ets'appuyantsurlalour 
de droite, un second mur plongeait ilans la douve pen- 
chante 0. Entre les deux semble avoir existé le passage qui 
ronduisait à la porte H. Si cela est, nul doute que le pont sur 
lequel on franchissait la douve, ne se soit trouvé en b\ au 
point où Ton passe aujourd'hui sur un rembfaii. Cet empla- 
cement me paraît fort bien répondre à la disposition que 
nous laissent voir les ruines. Le pont était pris d'enfilade, 
je l'ai déjà dit, par le tir d'avant de la tour E\ De plus, la 
muraille courbe qui reliait cette tour à la tour de gauche ile 
la porte, était certainement crénelée dans le haut, et pro- 
bablement aussi garnie d'archères dans le bas. Une partie 
de son tir prenait donc aussi le pont d'enfilade, et l'autre 
rendait îles plus dangereux à l'ennemi, l'cnvaliissemcnlilu 
passage resserré qui conduisait à la porte. 



XXXIX'' SESSION, A VENDOME. 397 

Toutefois, je dois dire qu'une tradition consenrée à 
Vendôme, semblerait indiquer une autre place pour le 
pont. On désigne, en effet, un cerlain quartier de la 
(louve 0, vers le haut, sous le nom des trois piliers. Cette 
dénomination doit provenir des piles d'un pont qui seront 
demeurées debout en cet endroit. En travaillant un petit 
jardin situé sur cet emplacement, on retrouva, en effet, 
il y a peu d'années (vers 1 868, je crois), des fondations en 
pierres de taille de grande dimension et qui semblaient avoir 
porté un pilier. Je vis alors ces ruines. D'après la gran- 
deur des pierres et leur travail, il me paraît difficile d'ad- 
mettre que ces fondations fussent anciennes, et j'incline- 
rais beaucoup à y voir une œuvre de César de Vendôme. 
Il se pourrait, qu'avant de faire la rampe TGEj et d'ou- 
vrir la porte de Beauce en £, César trouvant gênante 
cette arrivée tortueuse et étroite que j'ai décrite, ait voulu 
la redresser en jetant un pont de H en F, mais rien n'in- 
dique que ce pont se soit jamais fini. Les piliers seuls 
auront été élevés plus ou moins haut, et abandonnés, sans 
doute, après. 

Notre attention se porte de nouveau sur le mur qui, 
plongeant dans la douve 0, s'appuie sur la tour de droite 
de la porte. Nous voyons ce mur se continuer de l'autre 
côté du passs^e b\ selon la forme de Vaggerj et son 
épaisseur est considérable. C'est évidemment là le reste 
d'une escarpe élevée à une époque difficile à préciser, 
mais qui n'a pas dû s'éloigner beaucoup de celle où fu- 
rent construites les tours A' F C D\ Au point £, au 
pied de la petite tourelle d'angle, existe aussi un morceau 
d'escarpe rompu. En avant de l'enceinte régnèrent cer- 
tainement d'abord des lices fermées par des palis. Mais 
les tours étant élevées, il devenait nécessaire de contenir 
les terres de l'agger, surtout au droit des tours C B' A% ou 



398 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

il allait se rétrécissant. Dès lors les lices dureiii être 
rem parées. 

Cela noté^ nous nous dirigeons vers les douves du se- 
cond rang, pour constater dans un énorme mur renversé 
au point c\ les restes de la tête de pont. On voit qne ce 
passage, sans être sur la même ligne que le passage b\ 
correspondait facilement avec lui. De là, nous nous ren- 
dons sur Tancienne place d'armes des ouvrages avancés, 
place d'armes dont le centre est en e\ Une esplanade ga- 
zonnée et plantée de tilleuls, la couvre aujourd'hui. Quelle 
vue encore de cette esplanade! 

Vers Test, la place d'armes s'élève considérablement. 
Quand on se prépara pour la résistance en 1589, à l'ap- 
proche des troupes d'Henri lY, on dut former là une 
barbacàne^ pour défendre l'entrée du château, battre la 
déclivité de la colline et la seconde douve penchante 0\ 
prendre d'enfilade le chemin qui aboutissait au pont e\ 
et prendre ce pont lui-même en écharpe. Depuis, 
cette partie a été surélevée de nouveau, et entourée 
par- dessus le marché d'une banquette de gazon, figu- 
rant une sorte d'hémicycle. C'est de 93 que date ce 
remaniement. Due fête mémorable l'inspira. Il s'agissait, 
en effet, de poser là, dans les fleurs, la verdure et les 
arbres de liberté symboliques, une déesse Raison^ en chair 
et en os, que Vendôme avait su découvrir dans ses murs. 
La pauvre déesse a certainement payé tribut i nature ; mais 
le temple de l'idole est toujours en place. 

Je ne décrirai point ici le reste des ouvrages avancés 
que nous avons parcourus, pas plus que je ne parlerai du 
siège d'Henri IV, de ses cheminements, et de ses batteries 
qu'on pourrait encore replacer sur le sol, tant les marques 
en sont visibles. Tout cela formera un article à part, à la 
suite du rapport. J'ai donc hâte de dire qu^après avoir 



'RATEAU de VENDOME 
'.Flan /r in 
o on ferrai /t. < . 




W£f Jr orcrî^p.H 





jfgSr Aftu«s.. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 399 

vjsité le troisième rang de douves, nous sommes descen- 
dus dans le faubourg Saint-Lubin, en suivant un ravin pro- 
fond F' R\ jadis utilisé pour la défense, comme dernier 
obstacle de ce côté, et aujourd'hui transformé en chemin. 

En continuant à descendre la rue Saint-Lubin, ancienne 
voie de Tours à Chartres, nous gagnons l'extrémité ouest 
de la rue Ferme, ei nous nous engageons dans cette rue. 
Bientôt, au point 6, une vieille muraille s'alignant avec une 
autre dont on voit les ruines au point a, sur le haut du 
rocher, nous dit que là commençait la baille inférieure. 
Une tour de cette enceinte basse existe encore dans les 
maisons, au point c. Nous prenons note de ces petits dé- 
tails et nous entrons à droite dans une vaste cour, pour 
nous diriger vers les souterrains, qui communiquaient au- 
trefois avec l'intérieur du château. 

Ces souterrains, oubliés on ne sait depuis quelle époque, 
et retrouvés par hasard au commencement de ce siècle en 
creusant une cave, sont certainement une des choses les 
plus remarquables de Vendôme. Ils méritent un examen 
particulier. Nous allons d'abord les considérer en eux- 
mêmes. Nous verrons après quel était leur rôle par rap- 
port à la forteresse. 

Disons tout de suite que dans leur partie inférieure et 
centrale, existe une fontaine abondante qui en est l'âme 
et en donne le mot. Creusée en plein roc, et sans conduit 
apparent qui amène ses eaux ou leur ouvre une issue, 
elle présente aujourd'hui une nappe d'un mètre environ 
de profondeur , renfermée dans un bassin circulaire de 
4" de diamètre, entouré d'une muraille de rocher circu- 
laire aussi, et couronnée, à 3" ou 3'',50 de hauteur, par 
une voûte taillée en calotte. Sur le côté gauche du bassin 
une ouverture de l'>>,50 de largeur, et dont le cintre est 
peu élevé au-dessus des eaux, laisse apercevoir une sorte 



k 



^ 

# 



/ Jue, ans 

/ poursuit ou 

^, rfu bassin, 

'• parfaitemeBtpolable, 

qu'elle est calme 
acaissé et perdu à P>«s de 

oc, on se pose aussitôt la ques- 

asourceen a élé trouvée; SI elle 

. le percement des galeries ou si, ao 

.r elle qu'ont élé creusés ces longs che- 

, interrompus de tous côtés aujourd'hui 

jiemenis. 
j convenir, ainsi posée la question paraît inso- 
/^les éléments nécessaires à sa solution semblent 
Xâbsolumenl. Grâce pourtant à la manière dont 
/J^es encombrées se sont déblayées dans ces lemps- 
>1^x découvertes qui en ont été la conséquence; grâce 
'^^pt à la sagacité de Téminent géologue dont ces dé- 
sertes ont fixé Tattenlion, nous avons le moi de Vé- 
y^me. M. Tabhé Bourgeois nous a dit, en effet, au début 
ju Congrès, que le premier principe des souterrains du 
^jiâteau de Vendôme, c'étaient des cavernes à ossements, 
habitées dans les temps préhistoriques. 

Qu'il me soit permis de revenir après lui sur ces faits 
curieux, de les compléter même, au point de vue particu» 
lier de Tétude qui m'occupe. Aussi bien ne le ferais-je 
qu'en rappelant ce qu'il a bien voulu m'en dire dans des 
entretiens particuliers, dont le souvenir m'est précieux â 
plus d'un litre. 

C'est dans la partie la plus large et la plus élevée des 
galeries, de A en D, (plan des souterrains, planche It\ 



V 



^V« 



SESSION, A VENDOME. 401 

débris préhistoriques décrits par 
'^''ideinment c'est donc là qu'ha- 



••■^ ^u peut-être, de ces époques 



•'<\ 



4ui s'impose, il faut, tout 
V ^ . « celte galerie taillée que nous 

*^^ or à la place, une caverne irrégu- 

.\ jite, dont le débouché dans une ca- 

.se et ouverte à l'air libre, devait se faire 
jH de A, sur un point que les éboulements 
.at pas de préciser, mais que des recherches 
uses dans les caves voisines, et quelques déblais 
u la galerie feraient certainement retrouver. 
Or, dans cette caverne étroite, venant du point B et se 
dirigeant par une fissure du rocher, d'abord vers E, puis 
de E vers D, devait couler alors une source qui s'épan- 
chait après, soit vers A^ soit vers Q, mais plus probable- 
ment vers 0, pour sortir de la caverne (2). 

Les temps préhistoriques passés, la source continua de 
couler, et le moyen âge, comme l'époque romaine, comme 
Tépoque gauloise, la vit couler encore. Mais un jour, cette 
source fut observée de plus près, son canal sondé, suivi 

(1) D'après M. l'abbé Bourgeois , la couche préhistodqae a été prô- 
née, tant que les souterrains sont restés ti^rrés à la circolation, par les 
vvbnges tombées sur le sol de la caverne pendant la taille du rocher. 
Mais la voûte ayant cédé en avant de la porte, près du point A, elle a 
livré passage à un amas considérable de terres qui a obstrué la galerie, 
et tous lequel toutes les couches sont restées perdues. 11 est aisé de com- 
prendre dès lors, ce qui a dû se passer quand on a voulu déblayer cette 
P>rlie, il y a quelques années. La pioche ne s'arrètant pas à la couche 
de vidanges, et fonçant à vif dans le terrain, a bientôt entamé la couche 
prihistorique et mis k découvert ces ossements, vieux témoins de l'ancien 
eut des choses. C'est grAce à cette circonstance, qu'ayant un point de dé- 
part certain , les coigectures deviennent faciles et arrivent en quelque 
sorte, on va le voir, à la précision de faits historiques. 

(2) Ce sont encore Ui des faits qui s'imposent. La roche est vive et saine 
partout. La direction que suit ki galerie, a pu, seule, donner autrefois 
passage k l'eau. 

26 



402 CONGRÈS ARCHÉOLOGigUE DE FRANCE. 

peut-être, si la fissure du rocher permettait à un homme 
ou à un enfant de s'y introduire, ne fût-ce qu'en rampant; 
et bientôt commencèrent des travaux destinés à l'aller 
chercher au cœur du rocher. 

Que cette recherche ait été faite en vue des besoins de 
la forteresse au-dessous de laquelle coulait la source, pour 
moi, ce n'est pas douteux le moins du monde. A quoi bon 
ces travaux intérieurs, s'il se fût agi simplement d'une 
population établie au pied de la montagne? La source élait 
apparente; tout au plus lui aurait-on creusé un bassin dans 
la caverne AD; mais plus probablement, en dehors, pour 
qu'il fût à la fois d'un accès facile et commode. 

On se mit donc, au moyen d'une galerie, à cheminer 
dans le roc de D vers £ et de £ vers £, en suivant le 
filon de l'eau. Arrivé en B le problème était résolu, la 
source était trouvée. Il n'y avait plus qu'à lui faire son 
réservoir, régulariser la galerie ouverte, et chercher la 
direction des galeries à ouvrir pour monter vers le châ- 
teau. La caverne AD, fut d'abord fermée par une porte 
dont on voit encore les montants et le cintre au point A* 
Il était, en effet, important, que le mystère enveloppât dès 
le premier moment de leur entreprise, des travaux dont 
l'ennemi devait ignorer l'existence. Cette porte, d'ailleurs, 
allait bientôt devenir une défense indispensable, que 
d'autres, même, compléteraient dès que les galeries réu- 
niraient le haut et le bas de la montagne. 

Cette première précaution prise, on tailla et régularisa 
la caverne AD^ dans les proportions où nous la voyons; 
puis la galerie DE et le retour vers B; puis, enfin, le 
bassin, avec la rotonde qui l'entoure et la calotte qui le 
couvre. 

Il s'agissait dès lors de s'élever dans l'intérieur de 
la montagne. Pourquoi, dans ce but, ouvrit-on la galerie 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 403 

de £ en F? C'est assez difiScile à comprendre, car elle 
monte peu, et sa direction tend plu tôt à sortir de la masse 
qu'à y poursuivre son cheminement. Il est probable que 
le boyau, venant de £ en £ et en D, devait, au point £, 
se bifurquer vers F, et ce fut là ce qui détermina à tailler 
cette galerie, dont l'irrégularité semble trahir Torigine. 
Hais arrivé en F, le conduit naturel ayant pris fin, on dut 
s'apercevoir qu'il fallait revenir sur ses pas(l) et aborder 
des pentes sérieuses. On ouvrit alors la galerie FG. 

C'est dans cette galerie, fort raide, que l'observation du 
travail fournit une preuve nouvelle à nos conjectures. Les 
coups de pic, longs et réguliers, qui sont marqués sur les 
parois, affectent, en effet, invariablement, une courbe ayant 
son centre vers le bas de la galerie. C'est la preuve maté- 
rielle que le percement des galeries s'est fait de bas en 
haut; et je dis le percement ie$ galeries, parce que toutes 
présentent la même particularité. 

Arrivé au point 6, il y eut tâtonnement. Il est écrit sur 
le rocher; caria galerie a laissé son empreinte devant 
elle dans la masse, comme si elle eût voulu poursuivre sa 
ligne directe. Cette empreinte ressemble absolument au 
tableau d'une fausse porte. Mais l'architecte dut, là, faire 
son point, et le travail prit une direction nouvelle de G en 
H, puis, de Jï, par une courbe en limaçon, vers 0. 

Ce dernier cheminement fut d'abord infiniment plus 
raide que les précédents. On avait dû chercher, par des 
nivellements sans doute, à se rendre raison de la masse 
qu'il fallait traverser encore pour arriver à jour sur un 
point déterminé; et, circonscrit comme on l'était par le 
périmètre du parcours, il n'y avait pas, on le croyait, à 

(i) Le passage 6 a donnant dans la cave P a , est tout moderne, n a 
été ûài pour rejoindre les sonterrains dans lesquels on était tombé d'a- 
bord, par le point M aujourd'hui muré. 



404 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DK FRANCE. 

reculer devant les pentes. Les calculs n'avaient pourtant 
pas été justes, et l'on s'était vu, après des pentes exagé- 
rées, obligé d'en prendre de trop douces pour déboucher 
dans le château ; car du point au point ff, le sol de la 
galerie porte la trace d'un remaniement fait, celui-ci, en 
descendant; la courbe des coups de pic le démontre. Quant 
au but de ce remaniement, c'était d'adoucir la pente, cela 
est visible. Au point 0, en effet, le sol de la galerie est 
baissé de plus d'un mètre. Comment les choses se com- 
portaient-elles plus haut? Les éboulements qui inter- 
rompent la galerie ne nous permettent pas de le savoir ; 
mais du point 0, en descendant, nous voyons l'entôlIe 
faite au sol, diminuer graduellement jusqu'à ce que, enfin, 
arrivée au point H, elle se réduise à zéro et se raccorde 
avec la pente des galeries HG et 6F. 

Et si l'on pouvait douter, à voir le changement de direc- 
tion des coups de pics dans les parties basses des parois 
de la galerie, de en Hj si l'on pouvait douter que ce 
travail fût tin repmlirj il suffirait de lever la tète et de 
suivre des yeux la voûte qui va s'exhaussant toiyours à 
mesure que l'on monte, suivant le parallélisme de la pre- 
mière pente du sol, et non suivant le sol actuel. Une autre 
preuve se montre aussi. D'un bout à l'autre des souter- 
rains sont taillées de distance en distance, dans le rocher, 
de petites niches destinées à porter des lampes. Ces niches 
sont placées à 1",50 environ au-dessus du sol. Mais du 
point H au point 0, elles s'élèvent de plus en plus, et sont 
bientôt à une telle hauteur, qu'une échelle seule pourrait 
permettre de les atteindre. 

Revenons maintenant au point G. Nous avons laissé la, 
sur notre gauche en montant, une autre galerie se diri- 
geant vers I et Ky pour déboucher dans une petite salle I, 
ouverte en plein air, sur la pente de la montagne. Comme 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 405 

les autres, celte galerie a été percée en montant, mais elle 
esl d'un travail moins parfait. A voir l'irrégularité de sa 
marche, de sa largeur et de sa hauteur, je serais bien près 
d'admettre qu'elle a eu elle aussi pour premier principe, 
comme les galeries inférieures, un boyau naturel ouvert 
dans le rocher. Au reste, l'importance de ce passage était 
peu de chose sous le rapport delà circulation. Aussi était- 
ii complètement dépourvu de moyens d'éclairage. 

Ainsi, vous le voyez, grâce à la première donnée, grâce 
au point de départ, tout s'explique dans ces curieux sou- 
terrains, el l'on peut suivre pas à pas le travail des ouvriers 
comme s'ils étaient encore à l'œuvre. Est-il aussi facile 
de dater ce travail et de fixer, par conséquent, l'époque à 
laquelle doit se rapporter tout cet ensemble à la fois vaste 
et hardi ? Je n'hésite pas à répondre affirmativement. Ces 
galeries aux parois si verticales et si bien dégauchies, 
aux voûtes en berceau si finement profilées, ne sont pas 
fort anciennes. Je ne crois pas me tromper en les attri- 
buant à la seconde partie du xv" siècle ou à la première 
du XVI*; car j'y retrouve cette taille allongée, franche el 
régulière des derniers souterrains de Lavardin et de Hon- 
toire, auxquels des débris de porte ou de maçonneries 
viennent donner une date incontestable ; taille, au reste, 
qui caractérise tous les travaux exécutés dans le roc â 
celte époque, depuis les talus et les douves à fond de cuve 
des forteresses, jusqu'aux tranchées des grands chemins. 

Un autre fait me semble aussi corroborer la date du 
XV* ou xYi* siècle, c'est l'emploi évident de la boussole 
dans la direction des galeries de F en 6, de 6 en £f et de 
H en 0. L'angle sous lequel surtout^ la galerie 6F, vient 
se raccorder avec la galerie FEy n'aurait pas de raison 
d'être, et n'eût jamais été ainsi tracé, si la boussole n'avait 
donné la ligne â suivre pour rester dans le périmètre dé- 



406 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

terminé par le plan des parties supérieores du terrain* Un 
coup d'oeil jeté sur le tracé des galeries, rapporté au poin- 
tillé sous l'ouvrage il, dans le plan n<* 1, ne laissera pis 
de doute à cet égard. 

Or, je ne sache pas qu'avant le xv* ou xvT siècle, on 
se soit avisé d'appliquer la boussole à un pareil usage. 

Mais je me suis laissé entraîner dans de longs détails 
en étudiant ces curieux souterrains, et je n ai rien dit en- 
core de leur rôle par rapport à la forteresse avec laquelle 
ils étaient mis en communication. Heureusement ce 
dernier point se trouve singulièrement simplifié par 
tout ce qui précède. Peut-on douter, en effet, que le sou- 
terrain OHGF (plan n'* 2), ait été creusé pour bire com- 
muniquer l'intérieur du château avec la fontaine Bf Toat 
tend à le démontrer, et l'intérêt immense qu'avait la for- 
teresse à posséder hors de la vue et de l'atteinte de l'en- 
nemi, une source saine et abondante, en est un sûr garant. 

Reste à déterminer sur quel point devait déboucher la 
galerie HO. Reportons-nous pour Texamen de cette ques- 
tion au plan n"* 1, et comparons le petit tracé poindllédes 
souterrains qui s'y voit en A y avec le plan n"* 2. Le point 
P du plan n"" 2, est en p" dans le plan n"" 1 ; le point l, 
en r ; le point A en a" ; et le point en o. Ainsi, nous 
poufons remarquer sur le plan n^ 1, que la galerie mar- 
quée frO, au plan n*" 2, prend sa direction en ligne droite 
vers le centre de la cour du château ; et c'est là qu'il est 
naturel, en effet, de supposer son débouché. Hais voyons 
ce que nous disent les niveaux à ce si^et. 

La cote du point F (plan n"" 2) , est de 85* au-dessus 
du niveau de la mer. La cote du sol de la galerie au point 
est de 98"". La pente générale entre et F, est donc de 
13", et comme la longueur de la galerie est de 47", c'est 
une pente moyenne de Ob,27 par mètre. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 407 

Nous avons dit qa*an point le sol de la galerie est à 
la cote de 98". La cote du dessus du terrain , au point 
correspondant o (plan n"" 1), est de 112",50. Le sol de la 
galerie est, par conséquent, de 14">,50 en contrebas, et, 
par rapport à la cour du château qui cote lâO*", son con- 
trebas est de 21",50. C'est, en d'autres termes, une pente 
générale de 21", 50 que la galerie doit remonter pour dé- 
boucher à jour. Or, en lui supposant la régularité de sa 
première inclinaison de 0",37 par mètre, c'est un espace 
de 71" seulement, qu'elle doit parcourir pour arriver à 
120" d'altitude. Du point o (plan n"" 1), au centre du châ- 
teau il y a 100" environ. La galerie KO, en se continuant 
en ligne droite suivant l'axe que nous lui voyons, pouvait 
donc déboucher à jour vers le centre du château et le fai- 
sait assurément, â moins qu'on n'eût jugé plus commode 
de porter ailleurs son débouché. 

Ainsi se trouve résolue, par l'argument invincible des 
niveaux, cette question quia fourni matière à tant de con- 
jectures contraires. 

Quant à la galerie GIK (plan n"" 2), ses pentes nous im- 
portent peu. Qu'il nous suffise de dire qu'elle débouche 
au point T (plan n^ 1), à 102« d'altitude, sur la partie in- 
férieure, au nord, des anciennes lices de l'ouvrage A. Cette 
galerie, continuée par la première de G en ff et en 
(plan n^ 2), mettait donc ces lices en communication di- 
recte avec le centre du château. A ce titre, elle devait être 
barrée par des obstacles qui ont disparu. 

Terminons cette longue visite aux souterrains, en je- 
tant bas une dernière erreur. On répète souvent à Ven- 
dôme, qu'une fontaine située au point x' (plan n"* 1), non 
loin du pont Saint-Georges, est alimentée par le déver- 
soir invisible de la fontaine des souterrains. Rien ne pa- 
rait plus simple; mais il y a une petite difficulté pour 



408 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

qu'il puisse eu être ainsi : c'est que la nappe de la fon- 
taine des souterrains est de 20 centimètres plus basse 
que l'autre. Il faut donc renoncer à cette idée. 

Toutes ces questions étudiées, pesées, mes et revues, 
nous quittons les souterrains par la cave a P (plan n» 2), 
qui nous y avait introduits, et, rendus à la pure lumière 
du jour en même temps qu'à l'air libre, nous regagnons 
la rue Ferme pour nous diriger vers le point p (plan n"* i). 
Là se présente à nous la porte fortifiée qui, au moyen 
d'un pont dormant et d'un pont-levis, mettait le château en 
communication avec la ville. Un coup d'œil jeté sur l'en- 
ceinte haute de la forteresse, nous montre, près du point 
Qj la porte, murée aujourd'hui, par laquelle, nous l'avons 
déjà dit, de l'intérieur, on communiquait à travers la 
pente, soit par un escalier, soit par un sentier, avec la 
baille inférieure. Celte porte haute est justement vis-à-vis 
la tête de pont qui fait l'objet de notre examen. Ce fat 
par là que, lors du siège de 1589, les soldats d'Henri IV 
ayant escaladé la brèche, poursuivirent, l'épée dans les 
reins, les défenseurs du château qui se sauvaient, ils les 
serraient de si près, qu'ils entrèrent pêle-mêle avec eux 
dans la ville ; et ce fut la porte p, avec le pont y attenant, 
aujourd'hui détruit, qui leur livra passage. 

Cette porte p est encore entière et se rattache au xm* 
ou XIV* siècle. Des tours qui la flanquaient de chaque 
côté, une seule subsiste, la tour d, plus ancienne que la 
porte. 

En rentrant dans la rue Ferme, rue Fermée^ — nous l'a- 
vons reconnu à ses deux extrémités, — je rappelle que cette 
rue représente les anciennes voies d'Orléans et de Char- 
tres confondues un instant, et dont le passage, ainsi 
barré, restait à la discrétion de la forteresse. Au sortir 
de la rue Ferme, la route de Chartres tournait vos 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 409 

le faobourg Saint-Lubin, nous Tavons vu. Celle d'Orléans 
me suggère une observation .: elle continuait sa marche, 
je l'ai dit, en descendant la vallée, au pied des collines 
de la rive gauche, ou les enjambant, et^ par Villavard, 
elle gagnait Lavardin ; mais c'était pour passer dans la 
baille inférieure de sa forteresse, exactement comme dans 
la baille de Vendôme. Se dirigeant après vers Moutoire, 
alors réduit à la paroisse de Saint-Ouslrille, sur la rive 
gauche du Loir, c'était encore par la baille inférieure 
du château qu'elle faisait son passage, comme à Lavardin 
et à Vendôme. Libre ensuite , elle courait sur Arlins. 
Cette particularité atteste une communauté de pensée 
dans l'édification des trois forteresses. Elle nous offre 
une preuve de plus en faveur de cette grande ligne de dé- 
fense tracée de la Loire à la Braye^ en vue des invasions 
normandes, et dont l'examen a fait le point de départ de 
notre étude du château de Vendôme. A ce titre, j'ai 
cru devoir la constater ici, pour rattacher l'une à l'autre, 
la première et la dernière partie de mon rapport. 

Par là se termine notre visite aux ruines du château 
de Vendôme. Il est dix heures et demie. Notre excur- 
sion a donc duré trois heures environ, et les dames qui 
ont bien voulu nous suivre, se sont montrées héroïques 
jusqu'au bout. Qu'il me soit permis de les en remercier 
ici, tout en leur faisant mes sincères excuses pour le lan- 
gage technique et brutal, qu'en leur présence, dame 
science a trop souvent mis sur mes lèvres. 

Siège du château de Vendôme par Henri IV, 

en 1589. 

J'ai dit, en parlant des défenses extérieures du château 
de Vendôme^ qu'il est encore facile de suivre, à travers 



410 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

les bouleversements qu'elles ont subis et les remaniements 
dont elles gardent l'empreinte, non seulement les traces 
du siège de 1589, mais jusqu'aux moindres circonstances 
militaires de ce mémorable éyénement. C'est ce que je 
vais essayer de montrer ici. 

Les textes historiques contemporains sont, on le com- 
prendra facilement, le seul fondement solide sur lequel 
puisse s'appuyer une pareille dissertation. Ce sont leurs 
termes précis qui doivent nous guider d'abord, en nous 
disant quelle forme fut adoptée pour le siège et de quel 
côté se dirigèrent les approches. A cette condition, seule- 
ment, l'étude du terrain peut conduire à des résultats cer- 
tains, et révéler les détails que les textes ne renferment 
pas. On me permettra donc, avant tout, de rappeler 
quelques faits historiques relatifs à l'investissement de 
Vendôme et de citer après les textes propres à nous éclai- 
rer sur le siège du château. 

On sait qu'après avoir tenté le siège de Paris en 1589, 
Henri IV se replia sur les provinces du centre de la France, 
pour s'emparer des villes qu'y tenait la Ligue. Il marcha 
d'abord sur Etampes. Puis, nous dit Palma Cayet, c il 
c partit le samedy, dixiesme de novembre (1), et prenant 
< le chemin de Beausse, estant adverty que la ville de 
€ Janville, qui est au centre d'icelle, fermoit tout ce pas- 
c sage, il voulut la recouvrer en passant.... Sa Majesté y 
<( entra le mesme jour et y séjourna le lendemain.... De 
c là, il traversa la Beausse, vint en la ville de Chasteau- 
c dun pour donner loisir aux Vendomois de prendre une 
c bonne résolution. Au contraire, devenus plus insolents 

(1) Cette date n'est pu exacte. Si c'était un samedi, c'était le H no- 
vembre et non le 10 ; car Vendôme fut pris le 59 novembre, qui était on 
dimanche. Du reste, le contrôle est facUe : la lettre dominicale de 1589 
était ii, et le i» janvier de eette année tomba on dimanche. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 411 

et opiniastres, ils le contraignirent de les assaillir.... 
et De Chasteaudun, le roy partit le quatorzième de no- 
vembre, et le mesme jour fit investir la ville de Yen- 
dosme et le chasteau. Il arriva au village de Hellay le 
seizième (1), et, sans descendre à son logis, alla recog- 
Doistre entièrement Yendosme. Le gouverneur de la 
place estoit le sieur de Maillé Benehard, lequel, sentant 
venir le siège, y avoit appelé un bon nombre de gen- 
tilshommes de ses amis, et y tenoit garnison ordinaire 
de quatre compagnies de gens de pied, qui pouvoient 
faire 400 hommes, outre ceux de la ville qui estoient de 
six à sept cens, portant les armes. Dès que le roy fut 
arrivé il fit gagner tous les faux-bourgs de la ville, et 
départit les mareschaux de Biron et d'Aumont, l'un du 
costé de la rivière du Loir, l'autre au-deçà, avec les 
troupes de l'armée, et ayant mis la forme du siège en 
délibération, il se résolut de s'attaquer premièrement 
au chasteau, qui estoit le plus fort, pour n'en faire à 

deux fois Tout le vendredy et le samedy (17 et 18 

novembre) se passèrent a recognoistrele lieu de la bat- 
terie et à tenir tout l'équipage prêt 

c Sa Majesté ayant elle-même passé toute lanuict à faire 
conduire et mettre son artillerie en batterie, fit à la 
pointe du jour commencer à battre deux tours du chas- 
teau, pour oster les deffences de la bresche qu'elle pro- 
posoit de faire. Mais après avoir fait tirer de cent à six 
vingts coups de canon, et ayant esté fait dans l'une ces 
dictes tours un trou où pouvaient passer deux hommes 
de front seulement, les soldats impatients de l'assaut, 
combien que quelques-uns d'entre eux, seulement com- 

(I) Le bourg de MeUay ou llealay, éloigné d'une lieue environ de Ven- 
déme, fîit le qanrtier général d'Henri IV, qui s'installa dans le château, 
reconstruit depuis, sous Louis XHI. 



412 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

f mandez pour voir s'ils se pourraient loger dans ladicie 
€ tour, montèrent jusques au haut, et de furie se jettèrenl 
<c dans le retranchement. Ainsi sui?is de tous les autres, 
« les uns conduits par le sieur baron de Biron, mareschal 
c de camp, et les autres par le sieur de Chaslillon, ils 

a donnèrent tel estonnement à ceux de dedans qu'ils 

c prinrent l'effroy et quittant le chasteau, se sauvèrent de 
<( vitesse dans la ville, où ils furent suivis de si près, que 
a lesdits sieurs avec partie desdits soldats y entrèrent 
c pesle-mesie avec eux, et se firent en moins de demi- 
« heure, maistres du chasteau et de la ville (1). » 

Nous voilà déjà renseignés sur l'ensemble des opéra- 
tions. Pour la partie historique du siège ce serait peut-élre 
assez. Mais nous vouions étudier les faits militaires de 
plus près, et Palma Cayet ne nous donne pas tous les élé- 
ments de cette étude. Quel est, en effet, le côté du château 
sur lequel se dirige Tattaque? Où sont exactement placées 
ces deux tours que bat Tartillerie? Où se propose-t-on de 
faire la brèche ? Il nous est impossible de nous en rendre 
parfaitement compte. Heureusement un autre historien va 
serrer ces questions au gré de nos désirs. 

J'ouvre VBisîoire des Guerres civiles de Francej de 
Davila, et je lis : c Le roy résolut de faire battre ce costé 
« du château le plus opposé à la vilhy mais le moins haut 
c et qui regarde dam une vaste campagne. Là , pour en- 
« lever les défenses, furent pointées deux pièces d'ariU" 
u lerie^ avecque dessein de dresser à la courtine une 
c batterie royale, comme on auroit démoi^ deux tours qui 
€ eetoient flanquées à droite et à gauche. Mais par les 
c premiers coups qui furent tirez, une bonne partie de 

(1) Chronologie twvenaire de Palma Cayet, dans les MémoireÊ pour 
servir à f Histoire de France^ de Micbaud et Poi^ouUt, !'• 
. XII, p. iSS, 18S. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 413 

€ cette dernière tour estant nAattue^ quelques gens de 
« pied s'approchèrent, pour essayer de venir à l'assaut, 
€ etc. (1). 1 

Voilà qui est parfaitement catégorique. L'attaque est 
dirigée sur le côté du château le plus opposé à la ville. 
Or, la ville est au nord, le château est donc attaqué au 
midi. Et pour que nous puissions mieux reconndtre en- 
core la position , Davila ajoute qu'elle est vers le côté 
€ qui regarde une vaste campagne. > N*est-ce pas là ce 
plateau que j'ai représenté dans mes prolégomènes, comme 
prenant naissance entre les points £ et F du plan n® 1, 
et se développant en immense éventail, au midi, vers la 
Loire ? 

Nous voyons, en outre, qu'au moyen d'une batterie 
royale, on a l'intention de faire brèche dans une courtine 
que flanquent deux tours, et que, préalablement, on 
cherche à démolir ces deux tours € pour ester les def- 
c fenses de la bresche i comme le dit Palma Cayet; c'est- 
à-dire pour éteindre les feux croisés qui décimeraient les 
assaillants courant à l'assaut. Cette manière de procéder 
est toute naturelle, et nous n'agissons pas autrement au- 
jourd'hui ; car les parties flanquantes sont loijyours atta- 
quées les premières dans le but d'aborder ensuite les 
parties flanquées privées de leurs défenses. 

rO Traduction de Baudoin, ISii, un vol. in-f^, p. 789. — Ces textes 
noro suffisent. Ceux qui désirsraient en voir davantage, pourraient con- 
sulter : lettre d'Henri lY, du 21 novembre 1589, au duc d'Epernon, dans 
Berger de Xivrey, t. III, p. 85, 86; Histoire de de Thou^ traduction, 
in-4o de 1734, t. XI, p. 65, 66, 67 \ Hiitoire universelle de d'Aubigné 
édit. de 1626, t. 111, col. 308 et 311 ; deuxième partie d'une brochure 
royale, dans les Mémoires de la Ligue^ t. IV, p. 78 à 87. Enfin , pour 
aecorder les petites diflérences de ces textes, mes observations critiques 
au sujet d'un document inédit sur le sac de Vendôme y dans les Mé- 
moires de la Société archéologique^ scientifique et littéraire du Ven- 
dômoiSy année 1872. 



414 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Tout cela est très-clair, et si le texte de Dafila ne suffit 
pas à nous faire comprendre tout d'abord quelle est la 
courtine qu'on veut battre, quelles sont les tours qu'on 
veut démolir, les circonstances qu'il précise vont nous 
permettre de le reconnaître sur le terrain. 

Les assiégeants ont, en effet, pointé deux pièces d'ar- 
tillerie contre la tour de gauche et l'ont en partie démolie. 
Abordons le front de la défense et voyons quelle est la 
tour qui garde la trace de cet afiront. 

Serait-ce la tour autrefois placée en A\ et qui s'est 
écroulée il y a quelques années ? Mais cette tour était, 
d'après ceux qui l'ont vue, entière encore lorsqu'elle est 
tombée. Ce n'est donc pas à elle que doit se rapporter 
notre texte. Or cette tour A* éliminée, il n'y a plus que la 
tour jB' (voir p. 384, dernier paragraphe), pour rentrer 
dans les conditions voulues; car, si toutes les autres tours 
du château sontécrêtées, elles sont entières et pas une ne 
laisse voir les marques d'une attaque d'artillerie. 

L'hésitation n'est donc pas possible : la tour f est la 
tour qu'a démolie le canon d'Henri lY. Mais si cette tour 
démolie était la tour de gauche, la tour de droite est la 
tour C, et la courtine à laquelle était réservée la batterie 
royale est précisément la courtine comprise entre les tours 
B' et C. Nous sommes ainsi complètement édifiés sur le 
point précis des opérations de l'attaque. 

Examinons pourtant si ce point était bien le point conve- 
nable. La comparaison des diverses cotes d'altitude va nous 
rendre cet examen facile. 

J'ai déjà lait remarquer que la pente de 10" qui court 
entre le point E et le point By aussi bien que sur la 
partie du plateau comprise entre ces points, au midi, 
était peu favorable aux approches. Cependant au droit de 
la tour A' se trouve un espace jIT, qui pouvait recevoir une 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 415 

batterie d'attaque. Seulement la base de la tour A' était à 
126" d'altitude, et le point K n'en compte que 121. Il 
fallait doQc remblayer d'abord ce point de 5"^, au moins, 
avant de songer à y placer de l'artillerie. Ainsi le point K 
ne devait être choisi qu'à défaut de point plus favorable. 

Ce que je viens de dire de la tour A' par rapport au 
point Ky je le dirai des tours D' et £', par rapport au re- 
tranchement de terre qui domine au midi, de F en F, la 
douve L r> ! la base de ces deux tours est cotée, la pre- 
mière à 137"^, la seconde à 136™, et le retranchement ne 
cote que 129°^; différence, 7 et S^. Remarquons en 
outre, qu'entre les tours D' et £', ce n'est pas une simple 
courtine à laquelle eût dû s'attaquer la batterie royale ; 
mais bien un saillant formidable dont l'angle empâté, pou- 
vait porter de l'artillerie, et dont les flancs déjà flanqués 
par les deux tours, se défendaient eux-mêmes au moyen 
de larges meurtrières géminées. Porter l'attaque dans 
cette direction, c'était donc la porter sur un point d'au- 
tant plus défavorable qu'il était le plus fort du front de la 
défense. 

Les deux tours £' et C ne sont posées au contraire, la 
première qu'à 130, la seconde qu'à 135" d'altitude, c'est- 
à-dire à 1"" et 4°* seulement, au-dessus du retranchement 
qui cote 129, je l'ai déjà dit. Evidemment l'attaque portée 
sur ce point est dans des conditions meilleures que par- 
tout ailleurs. C'est donc ce point qu'on a dû choisir et 
ceci confirme le texte de Davila, sur l'exactitude du- 
quel il ne saurait plus s'élever aucun doute. 

Mous avons donc maintenant les coudées franches et 
nous pouvons nous promener sur notre plan comme le 
Congrès s'est promené sur le terrain : toutes les dépres- 
sions, toutes les saillies du sol auront leur voix, avec les 
ruines des tours et des murailles, pour nous dire les 



416 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

moindres circonstances des trataux d'approche, deiacons- 
tniction des batteries, de la position des pièces et de la 
manière dont elles se sont comportées. C'est chose si claire 
qu'on me permettra de m'en faire l'écho sous forme de 
simple narration, en mettant de côté tout syllogisme aussi 
bien que toute forme mathématique. 

Rétablissons d'abord les défenses extérieures pour mieux 
nous rendre compte de ce qu*a fait l'attaque. 

La grande douve OLPQR^ première défense des rem- 
parts, existe encore et je n'ai rien à ajouter à ce que j'en 
ai dit. Une seconde douve existe aussi de 0' en V où elle 
est interrompue ; mais un coup d'œil sur le plan, suiBt 
pour voir que cette douve se prolongeait vers F pour se 
diriger vers Q' où elle réparait et, de là, vers R ou elle 
garde à peu près son ancienne profondeur. 

Entre cette seconde douve et la première, s'élevait un 
ouvrage en terre FFK^ garni d'une forte palissade du 
côté de l'ennemi, et renforcé au point e' d'une place 
d'armes formant barbacane en avant de la porte H. 

De 0" en V\ une dépression considérable est le reste 
d'une troisième Jouve qui se poursuivait vers P" où elle 
allait rejoindre un ravin profond F'Q^'K\ qui remplissait 
le rôle de douve dans cette partie. 

Entre cette troisième douve et la seconde régnait aussi, 
de F" en IT, et de là vers JT' et JT", en contournant la 
douve RR jusqu'aux lices de la tour d'angle B, un autre 
ouvrage en terre, garni également d'une forte palissade (!)• 

(1) Les passages qui reliaient entr'eux ces différents boulevards élaiefit 
ceux-ci : au point H' et aUant de K*** vers K^ un pont donnant de boit avec 
saut de loup el pont-levis vers K. Un massif de maçonnerie considérable qm 
existe encore au point h* est le reste de la tète de ce pont. Au point c* et 
aUanl de c" vers e\ on autre pont probablement aussi en bois. Des restes 
de murs importants au point c" indiquent la tète de ce pont qui devait 
être forte ; car elle donnait accès dans la barbacane e', sur laqœlk 



XZZIX* SESSION , A VENDOME. 417 

Telles se présentaient les défenses extérieures du châ- 
teau de Vendôme en regard du plateau, et les cotes que 
j'ai semées partout sur le plan, disent assez, dans les 
parties encore existantes, combien étaient effrayants à 
la fois la profondeur des douves et le relief des ouvrages 
de terre. 

Si forts que fussent pourtant ces boulevards avancés, je 
ne vois nulle part qu'ils aient servi sérieusement la défense. 
Toat semble prouver au contraire, que les assiégés n'en 
ont point tiré parti et que la résistance a dû y être à peu 
près nulle. C'est là un fait que nous devons noter, qu'il 
tienne au petit nombre d'hommes dont le gouverneur 
Maillé-Benehard pouvait disposer, ou au mauvais état des 
ouvrages au moment du siège, mauvais état constaté du 
reste par quelques historiens , et plus admissible que les 
exagérations contraires de de Thou et de Pal ma Cayet. 

Ainsi, ne nous occupons pas de la prise de ces premiers 
ouvrages. Un coup de main a dû y sufHre, dans tous les 
cas. Allons vite à l'attaque du corps de place. 

Nous savons que des batteries ont été dressées contre 
les points compris de B' en C\ Mais ces points, nous 
Savons vu, dominent le premier boulevard, dont l'arête 
est à 60"^ environ des murailles, et sur lequel, seul, en- 
tre tous, ont pu être installées des batteries de brèche. 

s'appayait, Gomme Je l'ai dit en son lieu, le pont conduisant dans llnté- 
rieor du diâteau. Un autre pont devait en outre, vers le point F*\ tra- 
verser les dernières douves, à moins que le passage ne s'effectuât sur le 
bord de la brusque décUvitë nord du plateau au moyen d*une levée dis- 
posée en caponière et défendue par une porte. 

Outre ces passages principaux, sous la protection de la tour A\ qui le 
prenait en écharpe, un petit pont de bois, dont on retrouve les maçon- 
oeries d*appul au point n, conduisait sur les lices que soutenait une 
ttcarpe crénelée, et de là, à la poterne m. Deux autres poternes, je l'ai 
^t, s'ouvraient à l'ouest, sur les Uces, l'une dans Tangle formé par la tour 
^ et le mur VB^ l'autre contre l'ouvrage A, 

27 • 



418 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Il a doBC fallu d'abord remblayer ce boolevard^ et puis 
élever sur ce remblai, du côté de la place, des parapets 
pour couvrir les batteries. Ces travaux doivent avoir laissé 
des traces. * 

Ce n'est pas tout. Dans les temps antiques et dans le 
moyen âge, pour opérer le comblement des fossés et pous- 
ser contre les murailles les machines de siège, on élevait 
avec des claies, des fascines, des planches et des poutres, 
des galeries sous lesquelles pouvaient circuler à Tabri les 
travailleurs, et les soldats destinés à l'assaut. Depuis Tin- 
vention du canon, ces galeries avaient été remplacées par 
des tranchées ; car, plus encore que dans les temps anciens, 
il était nécessaire de se couvrir. Des tranchées ont donc 
été ouvertes ; Henri lY en parle dans sa lettre du 18 no- 
vembre 1589, à la comtesse de Grammont (1), et nous de- 
vons en retrouver la place. 

Cherchons tout cela. 

Le remblai du boulevard d'abord. Qu'est-ce que cette 
surélévation anormale du point F, cotant 130 et puis 131", 
dans toute la laideur de l'ouvrage ? Évidemment les restes 
du remblai qui a porté les batteries. Rembhii et boule- 
vard ont été coupés par César de Vendôme pour faire le 
chemin de la porte de Beauce. Des terres ont aussi été 
enlevées, sans nul doute, au point /"', nous l'avons obsené 
déjà (p. 398), lorsque fut élevé dans la barbacane t\ le 
temple gazonné de la déesse Raison. Mais le débris qui 
reste nous en dit assez. Cette surélévation du point V, se 

(1) .« Bonjour mon ame, je m*en vais aux tranchées », dit Heori IV dins 
cette lettre. — (Berger de Xivray, t. III, p. 78, 79.) — Dans Berger de 
Xivray. la date de cette lettre est fixée vers le 19 novembre, car elle n'est 
point datée. Hais il est facile de lui donner sa date véritable. Le roi dit : 
« Nous sommes devant Vendosme que j'espère prendre demain. > C'est 
le dimanche 19 novembre que Vendôme a été pris ; la lettre est donc 
du 18. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 419 

prolongeait Ters K^ et ce fat vers F que se dressèrent les 
batteries. Sur le bord de la douve LPQ reposait le para- 
pet, et sur le point V% un fort épaulement dut couvrir 
les batteries en les défilant des feux du saillant V et de 
ses flanqnements. 

Une question se pose ici : ce niveau de 131 ■■ conservé 
par le point V, doit-il è^e considéré comme le niveau du 
remblai ayant servi d'assiette aux batteries? Je ne le pense 
pas. Nous sommes là sur les limites du remblai, au point 
où il formait talus, sous Tépaulement, et Tépaulement 
ayant disparu, il est probable qu'une certaine partie des 
terres a dispara avec lui. Toutefois, cette cote peut servir 
de base à nos hypothèses, et nous ne devons guère porter, 
je crois, la hauteur du remblai au delà de 132 à 133"", au 
plus; car on avait alors pour système, nous le verrons plus 
loin, de battre de bas en haut les murailles verticales des 
anciennes forteresses. 

Voyons ce qui touche les tranchées maintenant. 

Biles ont dû couper les ouvrages avancés dans la direc- 
tion des points F et F' , où se portaient les travaux. Mais 
d*oû partaient-elles? Evidemment de la partie supérieure 
(In ravin qui formait le dernier rang de douves, et, sans 
nul doute, du point P". Remarquons, en effet, que les 
troupes d'Henri IV avaient, dès le début, occupé le fau- 
bourg Saint-Lubin, au pied du château. Les ouvrages 
avancés de la forteresse étant enlevés, le ravin l)"0"P" 
«ievenait an chemin couvert, à l'ahri de tout, pour le pas- 
sage des troupes allant du faubourg sur le plateau. De là 
(levaient donc partir les tranchées dirigées vers la place. 
Et voyez, en effet, ce que nous disent les niveaux. On 
pourrait croire que le boulevard F*K' a été coupé en K' 
pour laisser passer le chemin de la porte de Beauce ; mais 
ce chemin, s'il est plus bas que F"K\ domine de 9'" la 



420 CONGRÈS ARCH&OLOGIQUE DE FRANCE. 

suite P' du boulevard. Ce n'est donc pas pour le chemin 
et ce n'est pas sur la ligne occupée par lui, que la coupure 
a primitivement été faite. Le point P" cote 120" ; K" est 
à 120n aussi, et la base de l'ancien boulevard, est, entre 
f et Û\ à 422». C'est donc bien de P'' en P" qu'a che- 
miné la tranchée pour aller joindre le boulevard où de- 
vaient être installées les batteries. 

Remarquons d'ailleurs que tout s'accorde pour qu'il en 
ait été ainsi. Errard de Bar-le-Duc, qui écrivait vers cette 
époque, dit que c les tranchées des assaillants ne doibvenl 
c commencer plus près de la place, que la portée de Tar- 
€ quebuze ou du mousquet exclusivement, à cause de 
€ l'offension continuelle de l'arquebuzerie, plus doma- 
€ geable que Tartillerie (1) ; » et ailleurs (2) il estime la 
portée de l'arquebuzade, inférieure à 200 pas communs 
(234n environ). Or, le point P" est à 190» du corps de 
place, ce qui serait peut-être sur la dernière limite des 
feux; mais il est exceptionnellement abrité et nul autre 
point n'eût été plus favorable. On comprend, en outre, 
que pour rassembler quelques soldats à un moment donné, 
un certain espace libre fût nécessaire devant l'ouverture 
de la tranchée. Et cet espace, nous le retrouvons encore 
au point P", entaillé dans la berge méridionale du ravin. 
Nul doute donc sur la direction des cheminements. 

Maintenant nous savons de science certaine quels furent 
les points battus par le canon d'Henri IV ; nous connais- 
sons l'exacte position et la hauteur d'assiette des batteries; 
nous sommes sûrs de la direction des tranchées : le reste 
n'est plus que détail et coule de soi. 

Ainsi, lorsque nous voyons la douve O'f interronpoe 

(1) La fortification démontrée et réduicte en ûr/, Uv. l'Sdap. x, 
feuillet 11, verso. 
(S) Feuillet 4, terao. 



XXXIX* SESSION, A VENDOBfE. 421 

de V en Q' par un remblai, nous comprenons tout aussitôt 
que la dou^e a dû être comblée sur ce point, pour opérer 
le passage de rarlillerie, sinon, auparavant, pour faciliter 
la construction de la batterie de brèche. De même, les 
brusques différences de niveau entre JT et JT', nous disent 
que des emprunts de terre ont été faits dans cette partie, 
soit pour le comblement de la douve ffL'P^Q\ soit pour 
le remblai de la batterie, les terres de la tranchées ne 
suffisant pas à cette double tâche. 

Hais portons notre attention sur des choses plus impor- 
tantes. Montons sur le remblai des batteries. Il se prolon- 
geait, ai-je dit, de F vers JT, et c*est au point F que 
dcfaient être placées les pièces. Supposons tout cela 
rétabli et plaçons-nous sur le point F. Nous ne sommes 
guère, je l'ai dit aussi, à plus de 132°*, environ, d'al- 
titude. Nous ne dominons donc la base de la tour £' que 
de 2 à 3"*, et nous restons de 2 à S*" au-dessous de la 
base de la tour C On a décidé d'éteindre les feux de ces 
deux tours pour diriger ensuite une batterie royale contre 
la courtine. Les deux tours, cependant, ne seront battues 
que l'une après l'autre et la courtine viendra après. Cette 
manière d'agir est peu rationnelle, et les écrivains mili- 
taires de cette époque, prescrivent tout le contraire. On 
n'était pas trop riche d'artillerie de siège, sans doute, dans 
l'armée d'Henri IV. Mais n'épiioguons pas; prenons les 
choses telles qu'elles se présentent. 

Voilà les pièces prêtes à entrer en jeu contre la tour B\ 
Examinons-les de près. 

Les pièces employées en France, sous Henri IV, étaient : 
le canon, dont le boulet, la balh comme on disait plus sou- 
vent alors, avait six pouces de diamètre et pesait trente-trois 
livres un tiers ; la couleumne, au boulet de quatre pouces 
dix lignes, pesant seize livres et demie, et la bastarde, au 



422 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

boulet de trois pouces huit lignes, pesant sept livres et 
demie. Je ne dirai rien des doubles-canons et des basilics 
qui étaient peu usités à cause de leur poids énorme, et je 
ne parlerai pas davantage de la moyenne, du faucon et du 
fauconneau, qui ne s*employaient pas dans les si^es (1). 
La longueur de ces pièces de gros calibre était de dix-neuf 
fois le diamètre de la balle, c'est-à-dire de six pieds neuf 
pouces, à neuf pieds et demi, de la bastarde au canon. 
Hais avec leurs affûts, leurs fûts pour parler le langage 
du temps, elles avaient bien davantage ; et le canon, par 
exemple, ne mesurait pas moins de dix-neuf pieds (6",40 
environ) de long, et de sept pieds (2"*,35 environ) de large, 
à Tessieu. Le poids de ces engins était en rapport avec 
leur volume. Avec affûts, roues et accessoires, il n'était 
pas inférieur à 7867 livres, pour le canon, à 5910 livres 
pour la couleuvrine et à 4330 livres pour la bastarde. 

On voit qu'il ne devait pas être si facile de manœuvrer 
de telles pièces, sous les feux de la place, et Ton ne s'é- 
tonnera pas que « tout le vendredy et le samedy > se 
soient passés « à recognoistre le lieu delà batterie, » c'esl- 
à-dire à faire les remblais, plate-forme, parapets et épau- 
lements ; et qu'Henri IV, lui-même, ait c passé toute la 
nuict à faire conduire et mettre en place son artillerie. > 

Reste à déterminer, entre toutes les pièces que j*ai 
nommées, celles dont on a fait choix pour battre la tour 
B\ Davila s'exprime en termes généraux qui ne disent 
rien. Palma Cayet est plus précis, il parle de canons; et je 
crois d'autant plus que ce mot doit être pris ici dans son 
sens particulier, que presque jamais, à cette époque, onne 
le voit employé dans un sens général comme aujourd'hui. 

(1) Le caiDOD, qui doit surtinit fixer notre aitentioDy se rapportait asseï 
d notre pièce de 24 , dont le boulet a 5 ponces, 5 lignes, 9 points, ce 
qui est bien près de 6 ponces. Seulement, notre boulet de ti ne pèse que 
11 kii. 75, soit 28 livres et quelque chose, et je m'étonne d'autant pins 



XXXIX'' SESSION, A VENDOME. 423 

Ainsi ce sout deux canons qui vont entrer en jeu. 
Quelques mots vont compléter ce que nous avons vu de 
ces {Mèces, et nous serons plus à même après, déjuger la 
manière dont elles se sont comportées. 

Errard de Bar-le-Duc, que j'ai déjà cité, dit que c la 
a force ordinaire d'un canon estant tiré à 200 pas (1), est 
i de percer quinze 'k dix-sept pieds de terre moyenne- 
i ment r'assise ; dix et douze de bonne terrace, serrée de 
(( longtemps ; vingt-deux et vingt-quatre pieds de sable ou 
c terre mouvante. > Il syoute c qu'un canon peut être tiré 

< cents coups le jour, et ordinairement quatre-vingts. > 
Qoant à la distance où doivent être placées les pièces, 

Errard s'exprime ainsi : c Les batteries se font ordinai- 
t rement de deux cents ou trois cents pas (2), pour éviter 
( aucunement les harquebuzades ou mousquetades ; i et 
il ajoute, ce qui rentre dans le cas où nous sommes : € m 
( ce n'est quelque commodité qui les fera approcher^ comme 
« pour tirer au pied d'une muraille, ou pour se mettre à cou- 
« vendes lieux fort éminents de dedansh place assiégée, n 
Nous voilà donc parfaitement fixés. Le remblai sur 
lequel est placée l'artillerie a 60" de long, environ, de 
Touest à l'est ; il a 25°" de large : tout peut y être à l'aise, 
et les manœuvres y sont faciles. La batterie est à 50 ou 
•%" au plus, des tours qu'il faut battre. Elle est en outre 
peu exposée, par son rapprochement même « des lieux 

< forts éminenU de dedans la place. > Car le saillant TJ, 

de voir Errard de Bar-le-Duc, à qui j'empninte ces détaUs, porter le poids 
do boulet de canon à 38 Uv. 1/3 , que ce poids comparé an diamètre, 
n'est pas proportionnel à celai des autres boulets. Quant à la longueur 
de DOS pièces de 24, elle est, non de 19, mais de 21 calibres. Aussi pen- 
dant que le vieiu canon pesait 4,800 livres, notre pièce de 24 pèse-t>elle 
2,734 kit., soit, environ, 6,468 livres. 

(i) Le pas commun est estimé de 3 pieds 1/2 (1",17 environ) par Krrard. 
r/est donc une distance de 234*, à peu près. 

(2) 234 à 851», d'après ce que j'ai dit plus haut. 



424 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

élevé de iâ"" au-dessus du sol qui cote là, 137", domine 
de 17"", la batterie dont il n'est éloigné que de 60 i 65". 
C'est par conséquent sous un angle de 17 degrés, environ, 
au-dessous de l'horizontale, que doit tirer la pièce d'ar- 
tillerie du saillant. Or , une pièce tirée ainsi, tourmente 
beaucoup son affût, et ses coups sont difficiles à diriger. 

Rendons-nous compte à présent dé^ effets de la batterie 
de brèche contre la tour B\ 

La batterie étant supposée à 132"* , elle domine de 2", 
je l'ai dit , la base de la tour, et, monté de 1" environ, 
par son affût, le canon la domine de 3". Mais ce n'est pas 
à sa base que la tour doit être battue. Henri lY qui connaît 
la place, sait fort bien que jusqu'au premier étage, élevé de 
4"* au-dessus du sol, toutes les tours présentent un massif 
de maçonnerie de blocage impossible à détruire. Ce ne 
sera pas même le premier étage qui sera battu, bien 
qu'il présente, dans sa partie antérieure, une longue 
archère dont l'ébrasement laisse peu d'épaisseur à la 
muraille. Que serait, en effet, l'action du canon, quand 
les côtés de l'archère auraient volé en éclat? Tirant dans 
le vide d'une partie voûtée, si par un excellent pointage 
on parvenait à agrandir l'ouverture, on ne compromet- 
trait point la solidité de la tour. 

Au second étage, les conditions de l'attaque seront 
toutes différentes. J'ai déjà dit qu'entre les trois archères 
du premier étage de la tour B* figuraient, au second étage, 
deux archères pour le croisement des tirs. La face de la 
tour, entre ces deux archères, présentait un massif de 
maçonnerie de 3"" ,80 de largeur et de â"" d'épaisseur. 
Seulement, par suite de l'ébrasement des archères et 
de leur disposition rayonnante, ce massif se trouvait ré- 
duit à O'^ySO de largeur, dans l'intérieur de la tour. En 
outre, si ce massif était renversé, laissant rompues et sans 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 425 

soatieo les voûtes des archères^ il compromettait grave- 
ment la solidité des parties supérieures. 

C'est donc sur ce point du second étage que sera dirigé 
le canon. Les assi^eants suivront en cela la vieille tradi- 
tion de l'attaque des places; car au moyen-âge, à moins 
d'impossibilité absolue, c'était toujours entre deux archères 
qn'on faisait avancer le bélier. Ils obéiront, en outre^ aux 
règles adoptées, en pareil cas, pour Tartillerie de l'époque. 

Je lis, en effet, dans Errard de Bar-le-Duc, que je cite 
plus volontiers qu'un autre parce qu'il est plus connu, je 
lis le passage suivant : c ayant égard à la matière contre 

< laquelle on faict la batterie, celle qui est battue de bas 
c en haut, est plustost esbranlée, et ruinée, que celle qui 
€ est battue de niveau, ou de haut en bas, à cause que ce 
c qui surmonte l'endroict battu, n'est jamais si bien re- 
€ tenu que le dessoubs qui a pour baze son fondement 
c ferme et asseuré. » Et il ajoute, ce qui précise le cas 
où nous sommes : c Cecy s'entend des corps bastis à plomb, 
« et non des murailles construites de bonnes matières, 

< avec grand talus. » 

Or, la tour B% démolie jusqu'au premier étage, a, de 
hauteur, 8» au-dessus de sa base. Donc, si le tir do- 
mine de 3» la base de la tour, il reste de 5"^ au-dessous 
da second étage, et va, selon la prescription du maître, 
se diriger de bas en haut, sous un angle qui, à la dis- 
tance de 55" où la batterie se trouve , sera de 5 à 6 de- 
grés, environ, au-dessus de l'horizontale. 

J'annonçais au début de ce petit travail, que les moin- 
dres circonstances de l'attaque du château de Vendôme 
nous seraient révélées par l'étude des lieux. On voit que 
je n'exagérais rien. Il ne nous reste plus qu'à nous rendre 
compte de la manière dont s'est comportée l'artillerie ; et 
ceci n'est pas moins curieux que le reste. 



126 CONGRÈS ARCHÉ0LC»G1QUE DE FRANCE. 

Dans sa lettre du 21 novembre 1589 au duc d'Epernon, 
Henri IV dit qu'en moins de cent coups de canon la mu- 
raille de la tour fut percée (1). Palma Cayet, de son côté, 
parle de t cent à six vingts coups de canon. > C'est donc 
une centaine de coups qu'on peut admettre pour garder 
une moyenne. Mais nul historien ne nous dit combien 
de temps dura le jeu de la batterie. Fort heureusement 
une petite brochure ligueuse qui existe à la Bibliothèque 
nationale, sous le n"" 152, va nous le dire (2). D'après ce 
document, en effet, le château de Vendôme fut battu c de- 
€ puis six heures du matin iusques à unze, » c'est-à-dire 
cinq heures durant. 

Ainsi, deux pièces de canon, tirant alternativement, 
sans doute, ont fourni cent coups environ, en cinq heures, 
c'est-rà-dire une cinquantaine de coups chacune. Si nous 
nous rappelons le précepte d'Errard qui nous a présenté 
le canon comme pouvant être tiré c cent coups le jour et 
€ ordinairement quatre-vingts, :» nous devrons en con- 
clure que les artilleurs d'Henri IV sont à peu près restés 
dans la limite admise. Dans tous les cas, s'ils s'en sont 
écartés, c'est à l'avantage de la fréquence du tir (3). 

Nous sommes moins favorablement édifiés sur l'effet pro- 
duit par Tartillerie. Eh quoi ! cent boulets de trente-trois 

(1) Berger de Xivray, t. III, p. 85. — Henri IV, dans cette lettre, 
parle de Tattaque simultanée de deux toore et « de pludeiira trou faids 
■ dans iesdictes tours. > Outre qu'il n'est d'accord en cela, avec ancon des 
historiens du siège, l'état des lieux dément sa narration, nous l'avons vu. 

{%) J'ai publié cette pièce fort curieuse et fort rare, dans les Mé- 
moires de la Société archéologique, scientifique et litiéraàrt du Fai- 
domois, année 1872. Elle sert de base à un article critique intitulé ; 
Document nouveau sur le sac de Vendôme en 1589. 

(S) Diego Ufàno, dans un excellent ouvrage du tempe, intitulé : ArtU- 
lerie, nous montre que, par journée, on entendait une période de 10 beurn. 
Il estime 8 par heure, 10 au plus, le nombre de coups que peut tirer un 
canon, et il ^oute qu'U fiiat se reposer 1 heure, après 40 oa 50 coups, 
pour laisser rafraîchir la pièce. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 427 

livres un tiers, tirés de 50 à 55*", pour renverser un tru- 
meau comme celui que nous avons décrit ! Ceci ne nous 
donne pas une très-haute idée de l'artillerie du roi Henri, 
moins encore de la force balistique de sa poudre. 

Le reste des faits est du domaine de l'histoire. J'en dois 
dire un mot cependant pour être complet. 

Donc, à peine le pan de mur battu par le canon, fut- 
il tombé de manière à former c une ouverture par où deux 
t ou trois hommes pouvaient tout juste passer de front, » 
selon de Thou (i), que, d'après d'Aubigaé (2), c quelques 
€ soldats de la tranchée, voyans que le parapet ne faisoit 
« pas grand fumée, s'ofrirent à aller voir quel il y faisoit, 
c et pourtans aians planté une eschelle où les deffences 
« estoient rompues, reconnurent l'effroi du dedans et aians 
« tiré promesse d'estre suivis^ s'y jettent (3). Les An- 
« glois (4) ne furent paresseux à les contrefaire, ji En un 
instant la tour fut prise sans résistance, c Alors, suivant 
« Davila (5), se servant de leurs arquebuses, les soldats 
« commencèrent à tirer d'en haut au bas des murailles où 
« ceux de la ville s'estoient retirez pour faire testes. Et 

< d'autant que le nombre en augmentoit sur l'espérance 

< d'un bon succez,le baron de Biron... y accourut incon- 

< tinent, et ne les eut pas plulost fait descendre de la tour 
€ pour assaillir ceux qui deffendoient la muraille, qu'eux- 
€ mesmes en alarme, l'abandonnèrent bien vite, et tout 



(1) Hist, universelle, traduction de 1734, t. XI, p. 65. 

(%) Hist. universelle, édit. d'Amsterdam, 1616, i. III. 

(3) C'était , après 50 coupa tirés par chaque pièce , l'heure du rt;pos 
prescrite par Diego Ulano, que les soldats utilisaient ainsi. 

(i) Ils formaient un corps auxiliaire dans l'armée d'Henri IV. 

(5) Hist. des guerres civiles de France, traduction de Baudoin, 
1644, p. 129. 



428 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

c l*enclos du chasteau, pour se sauver dans la vUle. > 
Mais, nous dit à son tour Palma Cayet (i), « ils furent 
€ suivis de si près, que lesdits sieurs (le baron de Biron 
f et Chàtilion) avec partie desdits soldats y entrèrent peste* 
ff mesle avec eux, et se firent en moins de demie heure 
<t maistres du chasteau et de la ville. > 

Tel fut le résultat de l'opération militaire que nous ve- 
nons d'étudier et qui aboutit, en définitive, au sac de la 
ville de VendAme, un des souvenirs les plus lugubres des 
guerres civiles du xti* siècle. 

Cette observation est la dernière et mon travail est clos. 
Il a été abstrait, peut-être, et j'en demande pardon i mes 
lecteurs. Mais il s'agissait de se rendre exactement compte 
par de minutieux rapprochements, d'une opération mili- 
jitaire pour l'étude de laquelle les textes, s'ils donnent un 
point de départ, ne donnent pas une lumière. Il était dif- 
ficile dès lors de n'être pas abstrait quelquefois. Je crois, 
néanmoins, que, grâce aux plans joints à mon travail, 
tous mes lecteurs auront pu me suivre, et cette circons- 
tance jointe à l'intérêt du sujet, me vaudra de leur part, 
j'espère, l'indulgence dont j'ai besoin. 

A. DE Salies. 



Pour la question 47 : Eitide du château de Lavardm^ 
du château de Frélevaly M. de Salies prie M. le président de 
la réunir à la question 57 qu'il doit traiter en rendant compte 
de l'excursion faite par le Congrès aux Roches, à Trêo, à 



(1) Chron, nooencàre^ dans les Hémoires de Michaud et Poojoobt, 
i^^flérie, t. XII, p.181, 188 



XXXIX* SESSION, A VENDOUE. 429 

Montoire et à Lavardin. 11 a élucidé la question 48 : Les 
dwers châteaux de la vallée du Loir offrenhils un lien 
&mmun et un eystime général de défense? d'une manière 
très-précise en traitant les questions 16 et 17. 

La question 49 : A quels indices peut-on reconnaStre 
Vâge desmonuments militaireSjpafticnlièrementauxx* et 
Xi* eiècles? n'est pas traitée. A la question 50 : Quels soni 
les monuments qui offrent des armoiries? En donner Vex- 
plication^ il est répondu qu'on ne connaît guères que les 
litres des églises qui portent ordinairement les armes du 
seigneur de la paroisse. Il en sera parlé en traitant la 
question 59. M. le Président met ensuite à l'ordre du 
jour la question 51 : Quels sont les styles d'architecture 
qui prédominent dans le pays? Causes de cette prédomi" 
nonce. M. Launay la traite en ces termes : 

Si nous envisagions la question au point de vue de l'ar- 
chitecture religieuse seulement, nous répondrions que la 
plupart des églises du Vendomois , sans parler de celles 
de la TillOy datent des xi et xn« siècles. 

Leur nef rectangulaire est presque toujours terminée 
par une abside demi-circulaire percée des trois fenêtres 
symboliques. Les ouvertures, dans la nef, ressemblent 
par leurs dimensions, à des meurtrières laissant à peine 
pénétrer la lumière à l'intérieur et toujours placées dans 
le haut des murs. A l'extérieur, les contreforts ofTrent peu 
de saillie. Les portes en plein cintre ont leurs archivoltes 
ornées de billettes, zigzags, tètes de clous. 

Les colonnes de support se multiplient suivant le 
nombre des voussures. 

Nous trouvons ces 'types bien caractérisés à Peifou, à 
Lisle, à Ruan, à Coulommiers, etc., etc. 

Les tours en pierre sont rares dans le Vendomois. On 



430 CONGRÈS ARGHÉdLOGIQUE DE FRANCE. 

peu! citer celles des paroisses limitrophes de Thoré, Ma- 
zangé, Lunay, construites à peu près sur le même modèle, 
avec les mêmes dimensions et placées toutes les trois à la 
jonction de la nef et du sanctuaire. 

Toutes les trois aussi ont leur flèche postérieure à la 
construction primitive. Les clochers des églises, en général, 
sont en charpente, terminés par des flèches octogones ar- 
doisées et placées à l'extrémité est du toit. 

Les voûtes romanes en pierre font presque complète- 
ment défaut, excepté dans l'abside demi-circulaire toujours 
voûtée en cul-de-four. Elles sont remplacées, dans la nef, 
par des lambris en bois avec tirants et poinçons. 

La miyeure partie des églises de cette époque a subi un 
remaniement au xv* siècle, surtout quant aux ouvertures 
venant avec leur meneaux flamboyants remplacer ces 
fenêtres étroites que Ton s'est contenté de murer sans 
les faire disparaître. Les églises ont aussi été assez sou- 
vent agrandies par l'adjonction d'un transept ou de bas- 
côtés. Quelques-unes même ont vu la voûte en pierre à 
nervures remplacer leur lambris boisé* 

Le Vendomois ne renferme pas d'églises d'un seul jet 
des XIII* et xiv* siècles, excepté celle des RocheSj can- 
ton de Montoire qui date . de cette dernière époque et 
qui mérite d'attirer l'attention des archéologues. Ces deux 
styles apparaissent pourtant dans certaines de nos églises 
mais seulement comme restaurations ou additions à des 
constructions romanes. 

Nous comptons plusieurs édifices religieux des xv* et 
XVI' siècles en ayant complètement remplacé d'autres plus 
anciens, sans parler des constructions ou restaurations 
modernes n'appartenant à aucun style déterminé. 

M. l'abbé Aubert, relevant le fait du remaniement au 



ZSXIZ* SESSION, A VENDOME. 



432 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

XV* siècle d'un grand nombre d'alises da Yendomois, 
marque que ce fait est presque général dans tout le centre 
de la France. 

A la question 52 ; Ce$ styles onl-tb subi Finfluence d$ 
quelque province voisine? 

On répond que la plupart des églises romanes du Yen- 
domois peuvent être assimilées à celles de la Tonraine et 
de l'Anjou, ce qui ne doit pas surprendre lorsque, sachant 
que les monastères ont joué un grand rôle dans la cons- 
truction des églises, on se rappelle que Tenus de Marmou- 
tiers, les religieux bénédictins de la Trinité de Vendôme 
habitaient une abbaye fondée par un comte d'Anjou dont 
les successeurs sont restés suzerains de ceux de Vendôme 
Quelques églises du Vendomois méritent une mention 
spéciale en raison de certaines particularités relatives à 
leur construction, c'est ainsi que l'église de Villeporcber 
près Saint-Amand, la chapelle de l'Abbaye située près 
l'église abbatiale, offrent le long de leur nef des contreforts 
extérieurs qui ne sont autre chose que des demi-colonnes, 
ce qui se rencontre en Poitou et en Touraine. 

La chapelle actuelle du lycée, autrefois chapelle de 
l'hôpital Saint-Jacques à Vendôme présente sous ce 
rapport un type peut-être unique mais certainement fort 
rare. 

Ce sont des contreforts composés d'une partie carrée 
qui, au tiers de Téglise, se changent en une colonne sur- 
montée d'un chapiteau du xi* siècle. Plus tard, au xfi* 
siècle, on jugea à propos d'élever davantage et le mur et le 
contrefort, alors au-dessus du chapiteau roman, on cons- 
truisit une seconde colonne ronde de même diamètre que 
la première et on le couronna d'un second chapiteau du 
style de l'époque. H. d'Espinay a très-bien décrit celle biiar- 



ZZZIX' SESSION, A VENDOUE. 433 

rerie architecturale k la suite de son travail sur la chapelle 
(le Saint-Pierre. 



CHAPELLE SAINT 'JACQItES DU LTCËE DE VENDOME. 

La question 53 : Existe-t-il des églises antirietires au 
II' siècte? est résolue négativement. « Tout au plus, dit 
M. Launay, pourrait-on signaler Saint-Pierre-la-Holte Je 
Vendôme, Saint-Gilles de Montoire, comme appartenant 
au X* siècle plutôt encore en s'en référant à des titres de 



434 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Tondaiion qu'en consultant leur genre de construction. 
Nous dirons seulement que nous avons rencontré dans 
plusieurs églises des portions de murailles, remontant aux 
époques gallo-romaines et mérovingiennes. Nous citerons 
les églises d'Artins, Mazaugé^ Souday, Sougé, Azé, Cou- 
lommiersy Bonneveau. » 

On passe ensuite à la question 54. M. Launay lit sur 
cette question un mémoire ainsi conçu : 

Connait-ony dans le VendomoiSf des églises posséiani des 
cryptes, ou des cryptes isolées, dotU les églises ont 
disparu ? 

1"* On rencontre à Mazangiy canton de Vendôme, une 
crypte ou chapelle souterraine j)lacée sous une ancienne 
église de Saint-Clément, atyourd'hui détruite. On y pé- 
nètre par un couloir voûté en berceau conduisant i une 
travée quadrangulaire de 3" de c6tés avec voûte en arc de 
cloître et nervures à biseau. Cette travée est suivie de 
quelques autres que des éboulements de terre rendent 
difficiles à parcourir. 

2"* A Azé, canton de Vendôme, on trouve, dans la sa- 
cristie rentrée d'une crypte dans laquelle ott descend par 
un escalier de 2°> de large qui conduite un corridor voûté 
de même largeur. Une porte à droite donne accès à un 
puits de forme carrée. Au fond du corridor, entrée de la 
crypte s'étendant sous le chœur. 

3* A Choûe, canton de Mondoubleau, à l'eitérieur et au 
sud du chœur, on voit encore les traces d'un escalier 
aboutissant à une crypte aujourd'hui fermée qui s'étend 
sous le chœur et consacrée probablement à la sépulture 
des anciens prieurs de Ghoue. 

i** L'église de Souday, canton de Mondoubleau, est digne 



ZXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 435 

soQspIas d'un rapport, de Tattention des archéolo^es. 
Bâtie sur les ruines d'un édifice au moins mérovingien, 
sinon gallo-romain, à en juger par des assises de briques 
à cinq rangs alternant avec des moellons appareillés que 
Ton remarque, sur une certaine longueur, à la base du 
mur au nord-ouest. 

L'église de forme rectangulaire, mesurant ÏS"* de lon- 
gueur sur 8"*, 15 de largeur, présente tous les caractères 
d'une construction du xi* siècle, comme l'indiquent ses 
murs percés, à leur sommet, de véritables meurtrières de 
0^,20 d'ouverture, la porte en plein -cintre dans le mur du 
nord donnant entrée du prieuré dans l'église, et une autre 
porte semblable aujourd'hui murée, dite porte mortuaire. 
Au XIV* siècle on élève une chapelle en dehors de la nef 
an sud-ouest. Au xv* siècle, on déplace et on agrandit 
quelques fenêtres. Enfin, en 1520, la nef reçoit un pro- 
longement de 12™ à l'est, terminé par une abside à cinq 
pans comprenant deux étages : une chapelle inférieure ou 
crypte, et une chapelle supérieure formant le chœur de 
l'église. 

On descend dans la crypte par un escalier de quatre 
marches compris dans une arcade surbaissée de i^^dS 
d'ouverture. Ce prolongement est divisé, dans sa largeur, 
en trois travées de voûtes reposant sur deux rangs de 
piliers cylindriques sans chapiteaux et en quatre travées 
dans la profondeur. Les deux premières en entrant, se 
continuent au sud de manière à former un bras de la croix. 
La voûte, à 2",30 au-dessus du sol, est couverte de fresques 
représentant les Evangélistes et leurs attributs, et sur le 
mur, Judith coupant la tête d'Holopheme. Au fond de 
l'abside s'élève un autel dédié à Notre-Dame-de- Pitié, 
objet d'un pèlerinage très-fréquenté. 

Deux escaliers en fer à cheval de seize marches con- 



436 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

doisent, de chaque côté, au chœur dominant la nef d'une 
hauteur de 9", une grande arcade en plein-cintre s'ouvre 
entre ces deux parties de Téglise. Elle est accompagnée 
de chaque côté, d'une porte donnant entrée dans le chœur 
dont la voûte et celle de Tabside et du bras de la croix 
s'élèvent à 7'',35 de hauteur. 

Les fenêtres des cinq pans sont ornées de vitraux de 
l'époque de la construction. 

Au nord de Téglise, le presbytère a remplacé l'ancien 
prieuré de Souday fondé en 1070 pour un prieur et cmq 
religieux. Les armoiries étaient de sinople à un sautoir 
d'or. 

Chapelles dans le rocher. 

Bien que les chapelles dont nous allons donner la des- 
cription ne soient pas des cryptes, nous avons cru de- 
voir les signaler en raison de leur disposition exception- 
nelle. 

La chapelle Saint-GervaiSy aux Roches^ canton de Mon- 
toire, est creusée à 15" environ d'élévation dans le rocher 
coupé à pic en cet endroit. On y parvient par deux esca- 
liers étroits ayant une entrée commune. L'un de ces der- 
niers donne accès dans une partie du rocher que Ton peut 
considérer comme la nef terminée par une abside demi- 
circulaire et mesurant 11"" de longueur, sur une largeur 
difficilement appréciable aujourd'hui en raison de l'écrou- 
lement de la paroi sur la vallée. 

Deux chapelles perpendiculaires i la nef, s'enfoncent 
assez profondément dans le rocher et conservent encore 
leurs autels. Le second escalier aboutit à une partie demi- 
circulaire parallèle à la nef. Des bancs taillés dans la 
pierre contournent les parois des chapelles. Les murs et 
les plafonds portent encore les traces des fresques qui les 



S' Gervais , aux Roches , canton it Monloire, 




Chapelle S' Amador à Sougé 



XXXIX» SESSION, A VENDOME. 437 

tapissaient autrefois. La statue en bois de saint Gervais est 
conservée dans une niche. 

Chapelk Saint- Amadcr ^ à Songé. — A l'ouest de 
Songé, la chapelle Saint*Amador crepsée à mi-côte dans 
le rocher offre une particularité assez bizarre. Une gale- 
rie de i^ de largeur creusée également dans le rocher 
contourne la chapelle terminée par une abside demi- 
circulaire et qui fut autrefois l'objet d'un pèlerinage très- 
suivi. 

Les processions qui s*y rendaient des communes envi- 
ronnantes étaient tenues, avant d'y entrer, de faire le tour 
de la galerie. L'autel et la niche au-dessus se voient 
encore au fond de la chapelle servant de cave aujourd'hui. 

Nous signalerons aussi dans la commune de Yilliers 
une chapelle de Saint-kridré^ creusée dans le coteau de 
ce nom et servant en même temps autrefois d'habitation 
à nn ermite. Elle se divise en deux excavations dont l'une, 
celle de gauche, formait la chapelle proprement dite avec 
son autel, encoredebout, surmonté d'une niche contenant 
la statue du saint. Au-dessus de l'autre ouverture on re- 
marque une sorte debas^relief grossièrement sculpté dans 
la pierre, représentant le Christ en croix avec deux femmes 
debout à ses cAtés. 

A une époque peu reculée, en aplanissant le sol de cet 
ancien ermitage devenu aujourd'hui une habitation comme 
celles qui régnent le long du coteau, on a mis à découvert 
plusieurs squelettes enfermés dans des espèces de cer- 
cueils creusés dans le rocher. 

A Trehetj canton de Hontoire, on trouve une chapelle 
à la fois dans le rocher et en dehors. Cette dernière partie 
comprenant une travée aujourd'hui privée de sa voûte et 
de son toit, offre tous les caractères d'une construction du 
xm siècle avec colonnettes aux angles supportant des 



438 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

naissances de nervures toriques. Elle mesure 5",80 de 
large sur 5">,10 de profondeur. 

Deux autres travées sont creusées dans le rocher. La 
première a conservé sa voûte en ogive avec arcs dou- 
bleaux saillants construits en pierre appareillée. On y 
remarque une gigantesque cheminée bâtie dans le ivn* 
siècle. 

L'ordre du jour appelant la 55* question : 

Étude particulière de Véglise de h Trinité. 

M. Launay prend la parole pour rendre compte de la 
visite faite la veille, par MM. les membres du Congrès à 
l'église de la Trinité et à l'ancienne abbaye de ce nom 
aujourd'hui convertie en quartier de cavalerie. 

L'église de la Trinité devenue paroissiale était, avant 
89, l'église de l'ancienne et célèbre abbaye cardinale de 
la Trinité de Vendôme fondée» au xi*" siècle, par Geoffroy 
Martel. 

Ce monument offre un curieux spécimen de l'architec- 
ture religieuse de plusieurs siècles, sans que l'unité en 
ait souffert. Son plan en forme de croix latine, mesurant 
82« de long sur 18",50 de large, se compose d'une nef 
avec bas-cAtés formant déambulatoire autour du chœur, 
d'un transept à chevet plat et de cinq chapelles absidales 
de grandeurs différentes. Le transept est le seul point 
qui offre encore des vestiges de la primitive construction. 
C'est là que MM. les membres du Congrès se sont arrêtés 
pour commencer leur examen. 

Mais avant d'aborder les détails, signalons l'effet pro- 
duit en entrant dans cet édiGce religieux par cette série 
d'arcades ogivales se déroulant jusqu'au fond du sanc- 
tuaire et surmontées d'un triforium lyouré avec larges et 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 439 

hautes fenêtres au-dessus, semblant en être la continua- 
lion. De là cet aspect d'excessive légèreté imprimé aux 
deux parois de la nef et du chœur par tous ces vides qui 
D*en compromettent nullement la solidité. 

L'iatertransept faisant partie du chœur, a conservé ses 
quatre piliers rectangulaires cantonnés de quatre co- 
lonnes semi-circulaires, avec chapiteaux supportant au« 
trefois des arcades en plein-cintre remplacées par des 
arcailes ogivales surhaussées. La voûte plus élevée que 
celle des deux bras de la croix est, comme ces dernières, 
du style plantagenet. 

Les clefs gardent encore les traces des peintures qui 
en disaient ressortir les riches sculptures. Dans les deux 
bras de la croix, les nervures toriques s'appuient sur des 
fragments de doubles colonnes à chapiteaux reposant eux- 
mêmes sur des têtes formant cul-de-lampe. 

Les chapiteaux des grosses colonnes engagées dans les 
piliers du chœur sont surmontées de statues du xn' siècle 
représentant un évêque, un saint Pierre, un ange, qui 
ont soulevé, de la part des membres du Congrès, une dis- 
cussion intéressante sur leur ancienneté. 

Le chœur du cAté de la nef était fermé autrefois par un 
jubé qui a fait place à la belle grille en fer que l'on voit 
aujourd'hui. Il comprend deux travées en dehors de 
rintertransept et se termine par une abside à cinq pans. 

Cette partie de l'église, ainsi que les cinq chapelles 
absidales et les deux travées de la nef touchant au chœur, 
datent du xiv« siècle. Les colonnettes formant faisceau 
sont cylindriques et couronnées de chapiteaux richement 
fouillés. 

C'est ici qu'il est curieux de suivre les époques diffé- 
rentes de construction des travées de la nef au nombre 
de huit. Après les deux dont nous venons de parler appar- 



CONGRÈS ARCHÉOLOGIOUe PB FRANCE. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. -141 

tenant au xiv* siècle, le style change, les deux qui suivent 
ont les colonnettes de leurs piliers presque arrondies ; 
elles portent encore de riches chapiteaux, les bases des 
piliers sont plus élevées et les balustrades du triforium 
n'offrent plus les quatre feuilles décoratives qui ornent les 
autres. Nous sommes ici en présence de l'architecture de 
la première moitié du xv"" siècle. 

Nous arrivons enfin aux quatre dernières arcades, véri- 
table type de l'architecture prismatique de la fin du xv*' 
siècle offrant des piliers sur bases élevées, allant, d'un 
seul jet, sans chapiteaux, recevoir la retombée des ner- 
vures des voûtes qui en sont la continuation. La balustrade 
du triforium se découpe en flammes à jour. 

La façade construite en même temps que ces dernières 
travées présente l'un des spécimens les plus richement 
ornés de cette époque de l'architecture ogivale. 

Elle est divisée en trois compartiments séparés par d'é- 
pais contreforts dont l'un d'eux renferme un escalier con- 
duisant aux galeries. Trois portes donnent entrée dans la 
nef et dans les bas cAtés. Celle du milieu s'ouvre en deux 
baies entre lesquelles se trouve le pilier symbolique des- 
tiné à porter la figure du Christ qu'entouraient autrefois 
celle des douze apAtres placés dans les niches contournant 
les contreforts. 

Les profondes voussures qui encadrent la porte ont 
aujourd'hui leurs niches veuves des statuettes qui jadis les 
remplissaient. Le tympan, aux meneaux flamboyants ajou- 
rés, jette une vive lumière à l'intérieur de la nef ainsi 
qu'une large et haute fenêtre qui le surmonte (i). 

Un dessin seul serait apte à donner idée de la profusion 

(1) Le tympan et les deux baies ont été reconstruits par le sculpteur 
Monssine, sur un dessin exact, fait avant la démolition et communiqué 
par M. Lannay. 



440 CO\r.RÈS ARCllÉOI-OHInl 



is la chapelle 
représentant 

iX. 

1 peinture sur 
accompagna 

.sent le ponr- 
idredu milieu 
angélisteB aux 
les figures en 
ètue du man- 
1-est, les trois 
inequia lur- 

es figures pla- 
lélres élevées 
elles absidales 
tst loin d'aug- 

sîlence le tra- 
IX ouvriers de 
nu à terminer 
irêcher entre- 
membres prë- 
)lion de l'en- 

. nous avons à 
e la partie des 

eiatmr dn effarti 
■n touta iGCorder 
orablG au leooad. 



442 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

des ornements de toute nature qui décorent cette belle 
façade sans que cette profusioUi elle-même, nuise à Thar- 
moBÎe générale. 

A quelques mètres en avant s'élève le clocher, impo- 
sante construction de la première moitié du xn* siècle 
détachée complètement de l'église et dont un de nos col- 
lègues a donné une description. 

Avant de terminer cette étude de l'église de la Trinité, 
il nous reste à examiner certaines parties qui, sans dé- 
pendre précisément de la construction, méritent pourtant 
d'être signalées. 

Nous citerons trois des entre-colonnements de l'abside 
du chœur remplis par une clôture en pierre de la Renais- 
sance, merveilleusement découpée à jour. Le quatrième 
espace ainsi que le cinquième, occupé autrefois par le 
monument de la Sainte^Larme dont le soubassement en 
pierre dure polie, existe encore avec ses sculptures en re- 
lief entremêlées de larmes. 

Dans l'intérieur du chœur, s'alignent des deux cAtés, 
trente-deux stalles en bois surmontées d'un dossier élevé 
divisé en compartiments correspondant à chacune des 
stalles et séparées par de légers piliers aux pinacles orne- 
mentés. La partie inférieure de ce dossier, restée vide 
aujourd'hui était pleine autrefois, lors de l'existence de 
l'abbaye. Les sujets sculptés sur les miséricordes offrent 
une très-grande variété ; on y voit tour à tour des animaux 
fantastiques, des feuillages, des personnages représentant 
les saisons ou des corps d'état, etc., etc. Ces stalles, 
œuvre du xv« siècle, avaient été enlevées pendant la Ré- 
volution et sont revenues, en 1835, occuper leur ancienne 
place, grâce aux efforts persévérants de H. le curé Caille. 

Les fenêtres nous offrent encore des vitraux assez re- 
marquables dont plusieurs ont été gravement endomma- 



ZXXDL* SESSION, A VENDOME. 443 

gés par Texplosion provenant d'un pont voisin, lors de 
l'entrée des Prussiens en 1870. 

Nous signalerons en première ligne, dans la chapelle 
absidale au sud-est, le vitrail du xiii* siècle représentant 
la Vierge tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. 

H. de Lasteyrie, dans son histoire de la peinture sur 
verre, lui a consacré une savante description accompagnée 
d'un dessin en chromo-lithographie. 

Plusieurs verrières du xav siècle garnissent le pour- 
tour des hautes fenêtres du sanctuaire. Le cadre du milieu 
représente le Christ avec les attributs des Evangélistesaux 
angles. Â droite et à gauche sont rangées des figures en 
pied, de saints, dont une de saint Louis, revêtue du man- 
teau fleurdelisé. Dans la chapelle, au nord-est, les trois 
fenêtres contiennent la légende de la Madeleine qui a sur* 
tout beaucoup souffert de l'explosion. 

Il est à regretter que des verrières à grandes figures pla- 
cées avantageusement autrefois dans les fenêtres élevées 
de la nef, aient été descendues dans les chapelles absidales 
où leur trop grande proximité du spectateur est loin d'aug- 
menter leur valeur artistique. 

Nous ne devons pas non plus passer sous silence le tra- 
vail remarquable, bien que moderne, de deux ouvriers de 
notre ville, MH. Leroy et Bonneau qui ont tenu à terminer 
pour l'ouverture du Congrès, la chaire à prêcher entre- 
prise depuis plusieurs années et dont les membres pré- 
sents ont pu apprécier l'intelligente conception de l'en- 
semble et le scrupuleux fini des détails (1). 

En dehors du corps principal de l'église, nous avons à 
signaler une concession faite par le génie de la partie des 

(1) Dans M dernière séance, le Congrès, juste appréciateur des efforts 
eldn véritable mérite de MM. Leroy et Bonneau, a bien voulu accorder 
an premier one médaille de bronze et une mention honorable au second. 



144 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

cloîtres adossée au bas cAté sud dont il s'était emparé à 
la RéTolntion pour les convertir en magasins et cuisines 
et les abandonner^ par conséquent, dans un état déplo- 
rable. 

D'intelligentes restaurations ont à peu près rétabli dans 
leur état primitif, cette œuvre du xvr siècle dans laquelle 
on pénètre par une baie de la même époque, ouverte à 
Textrémité est du clottre. 

Pareillement en dehors de Téglise et à l'extrémité sud 
du transept, la sacristie actuelle a été installée dans une 
ancienne salle du xnf siècle, divisée en cinq travées à 
deux étages de voûtes superposées dont la plus élevée 
subsiste encore. Le rez-de-chaussée formait autrefois une 
sorte de vestibule servant à communiquer avec la grande 
salle capituhiire dont nous allons avoir l'occasion de par- 
ler plus loin. 

Une dernière observation avant de quitter l'église s'ap- 
plique à la déviation assez sensible de l'axe de la grande 
nef à son extrémité nord-est. 

Cette déviation, que nous avons pu remarquer dans plu- 
sieurs églises de nos contrées, n'est pas admise comme 
intentionnelle par un certain nombre d'archéologues qui 
la considèrent, ou comme une erreur du constructeur, 
ou comme l'effet du hasard. Il est pourtant difficile de 
supposer que les savants architectes du moyen ige n'aient 
pas su planter les fondations d'un édifice en ligne droite. 
11 nous semble plus naturel d'admettre que le plan d'une 
grande quantité d'églises affectant la forme d'une croii,oii 
ait eu ridée d'en incliner le chevet à l'instar de la tête du 
Christ toujours représentée penchée. 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 445 



VWto des bAtlmente dépendant de l'ancleiine mhhmje 

de JLn Trinité. 

En sortant de Téglise de La Trinité, nous nous trou- 
vons en (ace du grand bâtiment encore debout, renfermant 
autrefois les celliers et greniers de l'abbaye. 

Ce bâtiment, long de 120" sur 8»,30 de large et 8" Je 
hauteur, formait jadis la séparation entre la ville 
etTabbaye. Un porche couvert, en face de la porte de 
Téglise, où se trouve l'entrée de la rue actuelle, donnait 
accès dans le couvent. Le rez-de-chaussée était divisé, 
dans sa largeur, par de gros piliers cylindriques suppor- 
tant le plancher du premier étage, dont plusieurs subsis- 
tent encore. 

Construit en partie à Tépoque de la fondation de Tab- 
baye, ce bâtiment offre des spécimens très-variés de 
portes et de fenêtres romanes, les unes très-simples aux 
arrêtes en chanfrein, les autres dont les pieds droits et 
les archivoltes sont ornés de moulures à dents de scie, 
d'étoiles, de zig-zags, et divisées en deux baies plein- 
cintre séparées par une colonnette (1). Ces fenêtres, qui 
s'ouvraient des deux côtés du bâtiment, sont maintenant 
bouchées, du côté de la ville, par les maisons, qu'à une 
époque déjà fort éloignée, on laissa construire le long de 
ce bâtiment. 

Après l'inspection de ce vieil édifice si dénaturé aijyour- 
d'huî, le Congrès est entré dans l'ancien couvent des Bé- 
nédictins devenu quartier de cavalerie et approprié tout 
naturellement à sa destination. 

Déjà, au commencement du xviii* siècle, l'ancien bâti- 

(1) Voir le destiu ci-joiut 



446 COiraniS AflCHiOLOGIQtlE DE FRANCE. 

ment principal, âgurant sur les dessins de l'abbaye don- 
dés par Habillon en 1683, avait fait place à celui que dous 
vojoDs maintenant. Avec ce bâtiment, encore debout au 
XTU* siècle, a disparu la curieuse cniune circulaire du 
XI* au XII* siècle, aux nombreuses cheminées , déoile 
par M. VioUel-le-Duc, l. IV, p. 465 du Diclioimatre d'ar- 
chitecture. 



l'ab8*te de tdcdohe. 

Un couloir traversant le grand bâtiment actuel, donne 
entrée dans la cour des cloîtres existant encore et Inns- 
Tormés généralement en cantines ou en écuries. 

L'une de ces dernières surtout, occupe l'ancienne aile 
capitulaire communiquant, d'un c6lé, avec les clatlres, el 
de l'autre avec la sacristie dont nous avons parlé plus haal- 



XXXIX' SESSION, A VENDOUE. 447 

Celte salle du xv« siècle mesurant 12*" de long sur 8"* de 
large est divisée, dans sa longueur, en trois travées et en 
deux dans sa laiyettr, par deux élégants et minces piliers 
rece?ant la retombée des nervures prismatiques des 
Yoûtes. Le mur, aux deux extrémités, est orné de gra- 
cieuses arcatnres en relief qui devaient faire de cet inté- 
rieur un ensemble des plus complets, déshonoré aujour- 
d'hui par la destination qu'on lui a donnée. 

Le côté sud de l'église, vu de la cour des cloîtres, offre 
an aspect, à la fois, de grandeur et de pittoresque diffé- 
rant de celui du nord, en raison de sa double rangée de 
contreforts et d'arcs «boutants nécessités par la saillie des 
cloîtres adossés au bas-c6té sud. 

Il nous reste encore à visiter quelques vestiges des 
anciennes constructions de l'abbaye. Nous voulons parler 
de la première chapelle élevée à l'époque de la fondation 
du monastère, en attendant l'érection d'un monument 
plus vaste et plus digne de l'importance de la future abbaye 
cardinale de La Trinité. Cette modeste chapelle rectangu- 
laire de 12" de long sur 7» de large, aux étroites fenêtres 
romanes et aux contreforts demi-cylindriques reçut, au 
XJii* siècle l'addition d'un chœur et d'un sanctuaire à trois 
pans avec voûte en pierre appareillées sur nervures to- 
riques et colonnettes à chapiteaux variés. Elle devint alors 
le sacrarium de la grande église. 

Un plancher la divise aujourd'hui en deux étages dont 
le rez-de-chaussée est occupé par l'armurier du régiment 
et le premier par une cantine où les chants sacrés d'autre- 
fois sont loin de se faire entendre. 

Terminons enfin par une visite à la demeure des derniers 
abbés de cet important monastère, demeure devenue le 
presbytère actuel. Cette intéressante construction du xvr 
siècle qui a conservé, extérieurement du moins, son an- 



448 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

cienne physionomie , se compose d'un pavillon percé de 
fenêtres et lucarnes à croisillons au milieu duquel est 
adossée une élégante tourelle octogone contenant Tesca- 
lier, auquel on parvient par une porte surmontée d'une 
accolade ornée de choux délicatement sculptés. 

Un cours d'eau traversant encore le jardin en fiice, 
faisait autrefois tourner un moulin à l'usage du cou- 
vent. 

Quelques pans de murailles, restes des anciennes for- 
tifications de l'abbaje, subsistent encore le long de la ri- 
vière, au fond du jardin. 

En sortant de cette demeure abbatiale, on passe devant 
une construction du xvi* siècle qui devait être l'habitation 
d'un important dignitaire du couvent, et non loin de la 
chapelle Notre-Dame-de-Pitié bâtie assez récemment sur 
l'emplacement d'une ancienne chapelle du xi« siècle, éle- 
vée par les vassaux de l'abbaye, et visitée aux xf' et xn* 
siècles par les papes Urbain U et Calixte II, qui y consa- 
crèrent deux autels. 

Un point de cette description donne lieu à une intéres- 
sante discussion entre MM. Launay, de Cougny, de Salies, 
l'abbé Auber, etc. 

Les piliers du transept sont fort reconnaissables comme 
étant de la construction primitive, ils se composaient d'un 
massif en croix, cantonné de quatre colonnes engagées 
dont il ne reste intactes que celles au-dessous de Tare 
s'ouvrant sur chacun des bras de la croix. Ces arcs sont 
maintenant en ogive surhaussée ayant remplacé les arcs 
plein-cintre primitifs. Au-dessus des chapiteaux, contre 
les parties droites de l'arc surhaussé se dressent quatre 
statues, dont une d'évéque. 

M. de Cougny voit dans ces statues un des caractères 



XXXIX* SESSION, A VENDOUE. 449 

des églises de style plantagenët contemporaines des voûtes 
dominicales des transepts. 

M. de Salies soutient qu'elles sont du xi« siècle et de 
Téglise primitive, et qu'on les a respectées lors de la 
construction des voûtes à la fin du xn* siècle. 

M. de Cougny admet que les piliers sont du xi« siècle, 
mais pour les statues, il les croit du xuf . 

M. de Salies insiste. Le xi* siècle est si avancé en Ven- 
dômois qu'il est très-facile à confondre avec le xii«. 

M. de Cougny soutient qu'il est impossible que ces 
statues dont M. Bouet a fait un excellent dessin soient du 
xi« siècle, pendant lequel les personnages représentés 
sont collés contre la pierre et comme dans une gaine. Ce 
n'est qu'au xii* qu'ils se dégagent peu à peu et finis- 
sent par prendre une apparence de vie et de mouvement. 

H. l'abbé Auber appuie cette opinion par l'exemple de 
la statuaire de Saint-Hilaire de Poitiers et d'un grand 
nombre d'autres églises ; mais M. de Salies , s'appuyanl 
sur certaines particularités de construction, persiste dans 
son premier sentiment. 

H. Marteliëre trouve ces statues trop courtes pour le 
XII* siècle. 

Un autre point attire l'attention du Congrès ; c'est celui 
relatif à la déviation de l'axe de l'église. 

H. l'abbé Auber connaît plus de cent églises où cette 
déviation a lieu, même jusqu'au xiv* siècle. 

M. de Salies cite l'église de Lavardin, construite d'un 
seul jet et dont l'axe est pourtant dévié. 

M. Launay proteste contre l'explication donnée pour 
expliquer ce fait que les architectes du moyen âge 
ne savaient pas planter leurs églises. 11 signale ensuite les 
contreforts cylindriques de la chapelle primitive du XP 
siècle qui précéda l'église de La Trinité et attire l'attention 

29 



450 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

sur les ouvertures de formes variées des greniers romiBs 
de cette abbaye. 

H. Queyroy s'étonne que H. Launay n'ait rien dit des 
mutilations nombreuses que subit la magnifique église 
qu'il vient de décrire. Tout récemment encore une belle 
grille du xvi* siècle vient de disparaître pour faire place 
à une grille moderne d'un goût douteux. 

H. Launay répond qu'il partage pleinement cette opi- 
nion et que, s'il a évité de l'exprimer, c'est par respect 
pour le vénéré pasteur qui, malgré ces erreurs archéolo- 
giques, a toutes les sympathies de l'Assemblée et du pays 
tout entier. 

M. Launay déplore plus que personne 4a facilité avec 
laquelle le clergé mutile les monuments religieux. Il cite 
le porche méridional de l'église de Horée, que l'archi- 
tecte chargé de la construction d'un clocher avait promis 
de respecter et que le curé a fait disparaître sans motii. 

M. de Déservillers remarque qu'il y a peu de remède 
lorsque l'architecte et le curé de l'église ont tous deux 
mauvais goût. 

M. l'abbé Auber croit qu'il n'y a qu'un moyen pour 
prévenir ces mutilations, c'est l'intervention active et 
continue de l'autorité diocésaine. Il a vu dans un diocèse 
une commission archéologique fonctionner utilement 
pendant sept ou huit ans, en suivant des instructions ré- 
digées par un archéologue.Toutes les ^lises étaieutclassées 
et décrites de manière à ce qu'on n'y pût rien changer 
sans qu'on s'en aperçût. On n'avait laissé de cAté que 
celles qui ne pouvaient être gâtées. 

Malheureusement, un nouvel évéque n'y a plus mis d'im- 
portance et cette surveillance a été peu à peu abandonnée. 

M. de Déservillers demande que Ton généralise l'en- 
seignement de l'archéologie dans les séminaires. Sur 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 454 

Tobserration d'un ecclésiastique, que Ton a autre chose 
à y enseigner, M. Tabbé Auber répond que l'art chrétien 
a été, au moyen âge, un des principaux moyens d'influence 
do clergé, que l'importance de cette étude est toiyours 
très-grande et qu'il serait très-fâcheux de la négliger. 

H. de Cougny cite l'insuccès d'une commission archéo- 
gique formée à Tours, qui offrait au clergé du diocèse 
ses conseils et son concours pour toutes les réparations 
i Sûre. Elle n'a été consultée qu'une seule fois en trois 
ans. 

M. l'abbé Haugou ne voudrait pas que tout le blâme 
tombât sur les curés. Il a vu des églises réparées par les 
maires sans deitiander l'avis du curé. 

M. Caron rappelle qu'il n'est permis à personne de 
vendre les meubles des églises, et qu'on peut forcer les 
acquéreurs à restituer les objets vendus. 

H. Bouet dit qu'il a vu cependant à Saint-Pierre de 
Caen le curé voulant changer le mobilier de son église, 
mettre des écriteaux sur la chaire, des grilles et un autel 
en bois doré du xyii' siècle, indiquant que ces objets 
étaient à vendre. L'acquéreur de la chaire n'ayant pas pris 
livraison à l'époque convenue, on la mit hors de l'église 
sur la voie publique. 

Divers membres du Coqgrès péniblement impression- 
nés de ces faits, et sentant de quelle importance sociale 
il est que l'art chrétien reprenne dans les édifices con- 
sacrés au culte, la part qui lui est due, demandent s'il ne 
serait pas à propos de rédiger une circulaire adressée par 
la Société française d'archéologie à tous les évêques de 
France pour les supplier de mettre fin à ces abus. 

M. de Cougny ne voudrait pas qu'une résolution aussi 
importante fût prise sans en référer à H. de Cauinont. Le 
Congrès se range à cette manière de voir. 



452 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

M. Godineau, architecte de la ville de Vendôme, char- 
gé de diriger les travaux de restauration du clocher de La 
Trinité, lit une note succincte, mais substantielle sur la 
56* question : Elude sur le clocher de La Trinili. 

Voici la note de M. Godineau : 



Messieurs, 



Je viens vous parler du clocher et de relise de b 
Trinité de Vendôme qui sont à peu près les seuls monu- 
ments de notre ville, dignes d'arrêter les regards et 1 at- 
tention de l'archéologue ou de l'antiquaire. 

Ils appartenaient jadis à un établissement ecclésias- 
tique considérable, dont quelques bâtiments secondaires, 
qui existent encore, attestent l'importance. 

Le clocher, distant de l'église d'une dizaine de mètres, 
si remarquable par son aspect extérieur, l'est bien plos 
encore par ses dispositions intérieures. Le rez-de-chaussée 
contient une très-grande salle, couverte par une voûte 
ogivale en arc de clottre, sur le sommet de laquelle re- 
pose un pilier central, recevant les retombées de quatre 
arcades destinées à porter les bois d'un beffroi de grandes 
proportions. 

Le système de construction employé est unique en son 
genre ingénieux et surtout très-savant en ce que les pe- 
santeurs, comme les poussées des arcs et les vibrations 
des cloches elles-mêmes sont habilement reportées sur les 
murs latéraux. 

Aussi, depuis qu'elle est terminée, cette œuvre, char- 
mante, n'a-t-elle souffert d'autres dommages que ceux qm 



XXXIX* SESSION, A VENDOUK. 453 

lui ont été înQigéB par la fou- 
dre el surlont par la main des 
hommes. 

Le clocher (oui entier pa- 
rait b&ti d'un seul jet sous la 
seule direction du maître qui 
l'a conçu, et qui semble avoir 
prévu le poids énorme qu'au- 
rait à supporter l'étage du 
beffroi lorqne, pins lard, se- 
raient montées les sept clo- 
ches qui formèrent alors le 
célèbre carillon de VendAme. 
De ce carillon, il ne reste que 
la plus grosse. 

L'église primitive était con- 
temporaine du clocher, et 
l'on voit encore à l'inter- 
section du transept, quelques 
parties de la construction ro- 
mane. Elle fut diitruite, re- 
bâtie à des époques diffé- 
rentes, en grande partie au 
xiv siècle, ou k la lin du xvi< 
que fut élevée la façade, si 
riche par sa décoration, si 
élégante, mais écrasée par la 
beauté sévère de son impo- 
sant voisin. 

Ces deux édifices, dont la 

ville de Vendôme est si jus- 

lemenl fière, sont dans un 

iTÉ DE VENDOME. état de dégradation, presque 



454 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de ruine, dont s'inquiètent, à bon droit, ceux qui les 
connaissent et s'intéressent à leur conservation. Le gouver- 
nement qui sait ce qu'ils valent, les apprécie. Aussi est-il 
venu, cette année, en aide à l'administration municipale 
et sous la direction de l'un de ses architectes, M. Himey, 
il a fait exécuter quelques travaux d'entretien et de ré- 
paration qui sont insuffisants. Nous vous prions de vouloir 
bien appuyer de vos vœux la demande qui doit être faite 
de nouvelles subventions en faveur du clocher et de l'é- 
glise de La Trinité de Vendôme. 

Une importante amélioration que chacun désire et qui, 
tout entière, dépend du gouvernement, serait le complet 
isolement de ces deux édifices qui sont, l'un et l'autre, 
sur le côté sud, enveloppés par les différents bâtiments 
de la caserne. 

Déjà quelques instances, qui n'ont pas été sans succès, 
ont été faites auprès du ministre de la guerre, et le mo- 
ment de les reprendre semble d'autant plus favorable, 
que l'appui de la commission des monuments historiques 
nous est acquis. 

Une haute considération rend cet isolement indispen- 
sable. Des fenêtres donnant vue de la caserne sur le par- 
vis gênent les fidèles, et les convenances sont souvent 
oubliées. 

H> GODINEAD. 



En terminant, M. Godineau prie le Congrès d'émettre 
un vœu pour que le clocher soit complètement isolé des 
bâtiments de l'ancienne abbaye. M. le Président annonce 
â M. Godineau que le Congrès, en visitant la Trinité, a déjà 
formulé ce vœu et qu'il sera émis avec plusieurs autres à 
la séance du lendemain. H. le docteur Cattois demande 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 455 

la parole sur la même question. Bien que le clocher, dit- 
il, soit dans sa partie supérieure d'un accès assez difficile, 
il a pu cependant fétudier avec soin et après cette étude 
attentive, il se demande si un tel monument n'avait pas 
primitivement une autre destination que d'abriter des 
cloches. Tout semble indiquer qu'il avait été fait pour 
recevoir des cloches assez modestes, le beffroi primitif 
devait être très-peu développé et ce qui le prouve c'est 
que plus tard lorsqu'on a voulu mettre des cloches plus 
considérables, on a remarqué qu'elles produisaient un 
ébranlement dangereux pour tout l'édifice. Dans l'opinioD 
de H. le docteur Cattois, ce monument n'a donc pas été 
destiné à recevoir des cloches dont l'importance fût en 
rapport avec une construction aussi grandiose. 

D'ailleurs, deux salles, l'une à sa base, l'autre au pre- 
mier étage de la tour ont particulièrement attiré son atten- 
tion. La salle inférieure «st vaste et terminée par une 
voûte en calote, assez élevée. 

Cette salle est très-soignée, bien qu'elle ne porte pas 
de traces de décorations. La salle supérieure, au contraire, 
n'est pas voûtée, mais offre encore de nombreuses traces 
de peinture décorative, rouges et vertes au fût des colonnes 
et aux chapiteaux. 

M. Cattois rappelle que par une disposition analogue, 
le clocher central de Saint- Pierre de Lille avait été autre- 
fois peint tout entier. Cette salle supérieure du clocher de 
la Trinité de Vendôme lui semble avoir été destiné a re- 
cevoir un beffroi, mais il le répète, dans des proportions 
modestes. 

Quant à la salle inférieure, H. Cattois s'est demandé 
quelle avait pu être sa destination? Il pense que 
c'était un sanctuaire destiné à recevoir les saintes re- 



456 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

liques, les archives, les vases précieux, et même la sainte 
réserve, car souvent tous ces objets sacrés réunis dans 
un seul sanctuaire composaient le trésor des abbayes ou 
des cathédrales. Ainsi, à Saint-Jean de Latran, à Rome, 
jusqu'en 1772, la sainte Eucharistie était conservée dans le 
ciborium de Tautel majeur, à côté des têtes de saint 
Pierre et de saint Paul, et c'est seulement au commen- 
cement du siècle que le chapitre fit placer la réserve à 
l'autel spécial qui lui est encore consacré aujourd'hui. 

La salle des cloches de Vendôme semble avoir été assez 
spacieuse et assez importante pour recevoir une si noble 
destination. 

H. Cattois fait observer à l'appui de son opinion que 
d'après le symbolisme chrétien, l'église doit être plus éle- 
vée que tous les monuments qui l'entourent : aussi géné- 
ralement avait-on soin, au moyen âge, que la tour ou 
la flèche de l'église fût plus élevée que les tours ou le 
donjon du château seigneurial : ainsi, en particulier, à 
Gallardon (Eure-et-Loir), on a construit, avec des efforts 
inouïs, une tour assez élevée pour qu'elle pût dépasser en 
hauteur le donjon du château bâti sur le coteau, tandis 
que l'église est dans la plaine. 

On semble avoir eu la même préoccupation en élevant 
à une hauteur si considérable la belle flèche de la Trinité. 
M. Cattois fait remarquer que Ton voulait exprimer ainsi 
la suprématie de la puissance divine sur la puissance ci- 
vile et politique. C'était donc la partie la plus élevée de 
l'église qui convenait particulièrement pour abriter le ta- 
bernacle; aussi très-souvent a-t-on élevé des tours au- 
dessus des autels : il ne serait donc pas téméraire peut- 
être de soutenir que le clocher de la Trinité a eu poor 
destination première de recevoir, comme dans un magni- 



XXXIX** SESSION y A VENDOME. 457 

fique sanctuaire, ce que l'église a de plus sacré : la sainte 
Eacharistie. 

H. Cattois signale dans le clocher de Lavardin une cha- 
pelle voûtée et assez bien décorée au premier étage ; cette 
chapelle pourrait bien avoir eu une destination semblable. 
En résumé, cette question mérite d'être étudiée avec 
soin, à l'aide de documents et d'un examen archéologique 
très-complet, 

M. Cattois recommande cette étude à l'attention de la 
Société archéologique du Vendômois. 

H. Merlet demande la parole pour répondre à M. Cat- 
tois. n lui a semblé entendre dire par H. Cattois que le 
clocher de Vendôme est le plus beau clocher isolé du 
style roman ou gothique qu'il y ait en France, et peut-être 
dans le monde. 

H. Herlet trouve le clocher de Vendôme admirable, 
mais celui de Chartres lui paraît aussi admirable. S'il 
n'était pas à Vendôme, il se permettrait de dire qu'il est 
encore plus admirable. Jusqu'à nouvel ordre, il ne croit 
pas prouvé que le clocher de la Trinité ait jamais eu une 
autre destination que de recevoir des cloches : la cloche 
a toujours été considérée dans l'Église comme une chose 
des plus sacrées, des plus dignes, par conséquent, d'être 
abritées par un splendide monument. 

M. Herlet connaît lui aussi Gallardon, il ne lui a pas 
semblé que la tour de l'église soit plus haute que le don- 
jon du château, ni surtout qu elle ait dû être élevée avec 
des efforts inouis. Enfin, la question posée par M. Cattois 
est digne d'attention et la Société archéologique de Ven- 
dôme fera bien de l'étudier. 

H. Cattois réplique qu'il est complètement désintéressé 
dans son appréciation du clocher de la Trinité; rien ne 
l'attache plus à Vendôme qu'à Chartres. Il croit pouvoir 



458 CON&RÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

répéter que Ton ne signalera pas un autre clocher de ce 
genre, ayant la même importance. 

M. l'abbé Auber ne croit pas que jamais on ait mis la 
réserve de TEucharistie dans le trésor des églises avec les 
manuscrits, les vases sacrés et les reliques. 

M. Cattois cite des exemples à l'appui de son opinion, 
dans le clocher de Saint-Macaire, il a vu une chapelle où 
on gardait le Saint-Sacrement, De même, à la cathédrale 
de Viviers, la chapelle du Saint-Sacrement est dans le 
clocher qui est, comme à Vendôme, isolé de Téglise. 

M. l'abbé Auber répond que ces exemples et ceux que 
l'on pourrait citer encore, sont des anomalies. Jusqu'au 
XI* siècle, l'église n'avait pas de tabernacles et le Saint- 
Sacrement reposait dans des fene9trae^ pratiquées dans 
les murs du sanctuaire. 

D'ailleurs, il parait inconvenant de placer le Saint-Sa- 
crement loin du centre de la prière et dans un lieu ou 
l'on allait pour sonner les cloches. 

H. Cattois dit qu'à la Trinité la salle dont il a parié 
constitue un sanctuaire spécial ; l'escalier qui conduit aux 
cloches a une entrée distincte. 

H. de Cottgny demande si le clocher de la Trinité n'au- 
rait pas été un baptistère? H. l'abbé Auber répond qu'on 
ne faisait plus de baptistères isolés à cette époque et qu'en 
tout cas il ne devait pas en exister dans un monastère. 

La question 57 : Autres momments curieux : églises 
de Saint-Gilles j de Montoire^ Lavardifij TVdo, Ntmrray, 
HuisseaUy etc., est traitée en même temps que la ques- 
tion 47 : Etude sur le château de Lamrdin et h château 
de Fréteval^ par M. de Salies qui rend compte de l'excur- 
sion faite la veille par le Congrès aux Roches, TrAo, Mon- 
toîpe et Lavardin : 



XXXIZ* SESSION, A VENDOME. 459 



■apport de M, de Satte», Mir rexearaloB telte 
Boches, Ék Montolre» Tr4^o et lAvardlD* |MW plnol 
sBibreo du C^ngrèe, le tt JoIh t8Vt. 



Messieurs. 

Pour éviter à M. le Secrétaire Tennui d'un long résumé 
du rapport verbal que j'ai déjà eu l'honneur devons faire, 
je me suis engagé à donner moi-même ce résumé. Le 
voici. Je tâcherai de n'y rien mettre que vous n'ayez déjà 
entendu; je tâcherai, même, de reproduire, autant que 
possible, mes premières paroles. Car ce n'est pas un mé- 
moire que je donne, c'est une seconde édition de mon 
rapport. La bienveillance toute particulière avec laquelle 
vous avez bien voulu l'accueillir, me fait d'ailleurs un de- 
voir de lui laisser son caractère. 

Si je ne me trompe, — et ceci je ne dois point l'omet- 
tre, — j'ai commencé par faire amende honorable en mon 
nom fvopre, et au nom de la petite pléiade qui m*a suivi, 
pour cette désertion extra-réglementaire que nous nous 
sommes permise. Ces messieurs, — je peux bien les nom- 
mer. — M. le docteur Cattois , le savant collaborateur de 
H. Verdier ; M. Sirodeau, délégué de la société des architectes 
de Paris; H. Palustre de Hontifault; H. Le Dain; M. Le 
Nail; M. de Laurière et H. Nobilleau, ne pouvaient pas 
plus que moi, prolonger leur séjour à Vendôme, jusqu'au 
moment fixé pour l'excursion de la vallée du Loir. Il leur 
en coûtait de partir sans avoir vu les monuments remar- 
quables qu'elle possède, et, même, ses splendides pay- 
sages; il m'en coûtait, à moi, quilles ai si souvent vus et 



460 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

étudiés, de partir sans les avoir montrés à personne. Cela 
fait tant de bien de ?oir partager son vieil enthousiasme 
par de nouveaux venus; de ressaisir en eux cette première 
impression de surprise et d'admiration, qu'on éprouva 
jadis ! La cause de notre péché, la voilà, et je n'insisterai 
pas pour en obtenir l'absolution ; car la grâce avec la- 
quelle H. le Président m'a demandé le rapport de notre 
excursion, prouve que le péché est pardonné. 

Nous sommes partis à midi de Vendôme, en break dé- 
couvert, par un temps chaud, mais magnifique. Pas un 
nuage dans le ciel, et, dans l'air, une brise qui rendait 
la chaleur supportable. 

Je ne décrirai pas la route que nous avons parcourue. 
En admirant le paysage, les belles eaux du Loir , toutes 
couvertes de nénuphars en fleurs, et la sévère découpure 
des collines de roc au pied desquelles nous courions, nous 
avons laissé derrière nous le bourg de Villiers, avec ses 
nombreuses carrières de pierre, et nous sommes arrivés 
au Gué-du-Loir. 

Là, il était décent de mettre pied à terre pour visiter le 
manoir de la Bonnaventure. Il n'y a rien qui soit digne 
de remarque, aujourd'hui surtout, dans ce logis devenu 
ferme (1). Quelques parties de bâtiments ont été démolies, 



(1) Selon Pabbé Simon {Hist de Vendôme, t. III, pp. 91, 98), cette 
terre serait entrée au xiv* siècle, en la possession des CordeUers de Ven- 
dôme, et ils loi auraient donné son nom en mémoire de saint Bonaven- 
ture, qui, en allant au concile de Lyon, oU il mourut, avait présidé leor 
chapitre provincial del«74. C'est seulement lors de la réformede Tordre, 
qu'eUe lear aurait été reUrée, en 150«, par le cardinal d'Âmboise. 

M. de Pétigny (Hist du Vendomoii, p. 84Î, note 2) conteste ces 
faits, se basant sur ce que les Utres de la terre oonsUteot qu'elle appar- 
tenait, dès 1478, à un chevaUer nommé Thomas Thacquin. M. de Pétigny 
est dans le vrai, lorsqu'il montre la Bonnaventure déjà sortie des maias 
des Cordellers en 1478 ; mais nous maintenons les autres faits avancés 
par rabbè Simon. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 461 

des pans de murs de clôture sont tombés; plus d'autre 
insigne du vieux temps, qu'un petite tourelle, assez élé- 
gante, du reste, près du grand portail d'entrée. Hais dans 
ce manoir, qui appartenait à H. de Salmet, un de ses 
officiers, le roi de Navarre, père du bon Henri, Antoine 
de Bourbon, logea souvent et prit ses ébats, avec joyeuse 
compagnie. Il aimait à y boire le vin de Surin, de son do- 
maine de Prépatour {Pratum pastorum)y peu éloigné de 
là, vin qu'Henri lY, roi, se faisait envoyer, plus tard, au 
Louvre, et dont les Parisiens ont fait si naïvement le vin 
de Surène. 

Dans ce manoir aussi, autour d'Antoine, l'esprit et la 
poésie se donnaient rendez-vous. 

C'est là que fit son apparition cette chanson si connue 
par son refrain : 

La Bomiaventore 

Au gué 
La BoDDaveDtare. 

Le prince, en faisant aux muses un accueil empressé, ne 
dédaignait pas non plus de leur payer tribut. 

C'est là que fut composé par lui, ce couplet que VAlceste 
de Molière mettait au-dessus de la poésie à la mode par- 
rai les beaux esprits de son temps : 

Si le roi m'avait donné 
Paris sa graod'ville 
Et qu'il me fallût quitter 
L*amour de ma mie, 
Je dirais au roi Henri (1) 
Reprenez votre Paris; 
J'aime mieux ma mie 

An gué (2) 
J'aime mieux ma mie. 

En nous rappelant ces souvenirs, dans le préau lierbenx 

(1) Henri III. 

(9) Par allusion au Gué-du«Loir. 



462 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de la Bonnaventure, nous nous sommes posé cette ques- 
tion, — les archéologues ont la rage des questions, — à 
saToir, si jamais il a existé un second et un troisième cou- 
plet à cette boutade inspirée. 

Ce n'est pas de poser les questions qui est difficile, c'est 
de les résoudre. Personne de nous n'a pu donner la solu- 
tion de celle-ci. 

Cependant nous remontons en voiture, et fouette cocher. 
Nous allons un train de poste. Après avoir passé par- 
dessus les collines qui, s'avançant au delà dn.Gué-du- 
Loir, font faire un détour à la rivière, nous sommes ren- 
trés dans la vallée. Déjà là, d'un certain point, on aperçoit 
la silhouette du château de Lavardin, sur la gauche, à 
l'horizon. Je me suis bien gardé d'oublier mon devoir. 
J'en ai donné un avant- goût à mes compagnons de voyage. 

Enfin, nous approchons du bourg des Roches , resserré 
entre la montagne coupée à pic, et la rivière du Loir qui 
coule au pied du coteau. Rien de plus pittoresque. Dans 
le rocher, à tous les étages, des habitations humaines, les 
unes avançant, les autres reculant ; les unes entourées de 
pierres abruptes, les autres comme des nids, dans le feuil- 
lage. Et au milieu de tout cela, des ruines qui font rêver : 
une vieille porte de ville, suspendue à mi-côte; les débris 
d'une autre, au bout de la longue rue garnie de jolies mai- 
sons que traverse la route; des encorbellements moulu- 
rés collés au rocher ; et je ne sais plus quoi encore. 

Nous descendons près de la vieille église des Roches. 
Elle est du xv« siècle, et vient d'être restaurée avec intel- 
ligence. Nous faisons découvrir, sur l'autel, un rétable en 
bois doré, d'une jolie ordonnance, dont toute la partie 
architecturale est belle et bien traitée ; mais dont les nom- 
breuses figures sont faibles de dessin et maniérées. Ce 
retable est une œuvre du xvii" siècle. Il figurait autrefois 



XXXIX* SESSION, A TBNDOME. 463 

dans l'église du couvent de femmes de la Virginité (ordre 
de Citeaux), fondé en 1220 par Jean lY^ comte de Vendôme 
et Eglantine sa femme, au fond d'un petit vallon ombreux 
et solitaire, non loin des Roches (1). 

Cette petite station terminée, nous songeons à reprendre 
notre route, lorsque nous voyons s'avancer H. le curé des 
Roches, que la renommée, aussi prompte au village qu'à 
la ville, a instruit de notre visite. On cause archéologie ; — 
de quoi causer quand on est d'un Congrès archéologique? 
— D'une parole à l'autre, H. le curé nous propose d'aller 
voir les restes d'une chapelle taillée dans le roc, et dont 
les parois gardent encore de curieuses traces de peintures. 
Deux cents mètres, trois cents, au plus, nous séparent de 
ce morceau affriollant. Il faut, à la vérité, revenir sur 
ses pas; mais trois minutes, cinq, peut-être, en feront 
l'affaire. 

On fait quelques observations : l'après-midi est courte 
pour tout ce que nous voulons voir, disent les uns; cinq 
minutes de marche, à pied, par 35** de chaleur, c'est 
quelque chose! disent les autres. Je réponds de la ques- 
tion de temps. Un moyen terme est pris pour la question 
de locomotion : la voiture viendra nous prendre au bas 
de la chapelle. Comment résister encore! Les plus hardis 
sont déjà en avant; les plus timides s'ébranlent avec rési- 
gnation. 

c Défiex-vous toujours d'un petit bout de chemin ! » 
c'est on adage des touristes expérimentés. Trois minutes, 

(1) Plusieurg filles de U maison de Vendôme en furent abbesses, no- 
tamment 4eux filles de Pierre I" de Montoire, 15" comte de Vendôme, qui 
y avaient fait profession en 1247. D'après une vidDe géograpliie reli> 
gieuse do Maine, imprimée en 1627, et d'aprëe le Fouillé du JMans, im- 
primée en 16iS, La Virginité dépendait du doyenné de Trôo et de 
rarctiidiaconné de Ghâteau-da-Ix)ir. Le général dej Cisterciens, abbé de 
Clteaox» en était le |»atron . 



464 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

cinq minutes s'écoulent, point de chapellel La voilà là- 
bas. D faut bien encore trois ou cinq antres minutes pour 
y arriver. Allons toujours ! Noos y voici. On esta Toicbre, 
c'est déjà quelque chose, et puis, d'en bas, on aperçoit 
des frises peintes !.. On tressaille ; tout est oublié. 

Nous sommes au pied du coteau, entièrement composé 
sur ce point, d*une roche à pic de 120 à i50 pieds de 
hauteur. Les parties antérieures, tombées par gros quar- 
tiers it des époques qu'on ignore, laissent voir la chapelle 
en question, d'abord, puis, des corridors, des escaliers, 
des chambres, ayant formé jadis tout un ensemble de 
grottes taillées de main d'homme et habitées. A l'extré- 
mité de ces restes béants, se détache, un peu en avant du 
coteau, un pan de mur bien bâti, couronné par un pignon, 
avec un retour en équerre s'appuyant sur le roc. Dans 
ces murs, de jolies fenêtres avec croisillons du xv* siècle. 
Ce sont évidemment les ruines d'un antique manoir féo- 
dal dont tout le reste était pris dans le rocher. Cependant 
plus près de nous, voici une porte haute et étroite, cou- 
ronnée d'un plein cîntre. Une seconde porte la suit, reliée 
à la première par un étroit corridor garni de d^és; 
et, entre les deux, dans la voûte qui les unit, un mâchi- 
coulis desservi par un autre corridor venant du rocher^ 
c'est-à-dire de l'intérieur du manoir. Que faisaient là ces 
deux portes? De quoi dépendaient-elles? Impossible de 
s'en rendre compte; tout a croulé autour d'elles. 

Ce coup d'oeil rapide jeté sur ce qui nous entoure, visi- 
tons la chapelle. Une porte basse scellée dans le rocher 
grince sur ses gonds ; un escalier tournant, avec ses degrés 
usés se présente devant nous, tout cela taillé dans la pierre. 
Nous nous élançons. 

Nous voilà dans la nef de la petite église. A gauche, 
dans une sorte de bras de croix, des restes assez con- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 465 

sidérables de peintures appellent notre attention. Nous 
y courons, cherchant à démêler un sujet où les per- 
sonnages sont représentés de demi-grandeur^ mais que 
les iqures du temps et peut-être aussi celles des 
hommes, ont fort mutilé. Nous distinguons un sei- 
gneur monté sur un palefroi^ il porte un faucon sur le 
poing. Près de lui se montre une dame sur sa haquenée. 
Pois des fragments de jambes, de bras, de têtes, ayant 
appartenu à d^autres personnages ou à leurs montures. Les 
costumes reconnaissables, appartiennent au xvi* siècle. 
L'ornementation est de la même époque. Du reste, le dessin 
est correct, l'agencement habile, la touche ferme. Quant 
au mode de peinture, on dirait un mélange de fresque et 
de détrempe. Ce n'est pas sur le rocher même que s'est 
exercé le pinceau ; un enduit de bon mortier, bien appli- 
qué et bien uni, a été disposé pour le recevoir. 

Hais quel est le sujet représenté? Est-ce une légende 
de saint? Est-ce un souvenir de la vie seigneuriale du 
manoir? Impossible de le dire. Une chose nous frappe, 
sans nous paraître moins énigmatique que le reste : 
toutes ces peintures reposent sur un fond semé d'her- 
mines. Il y aurait peut-être là une lumière. Pour le mo- 
ment, ce n'en est pas même l'aube. 

Nous nous arrachons à cette contemplation première, et 
nous cherchons à nous rendre compte du plan de l'ora- 
toire. Près de la moitié a disparu avec la chute du rocher. 
Nous demeurons pourtant bien convaincus que la forme 
primitive a été celle d'une croix grecque. Plus tard, pour 
gagner de l'espace, on a étendu les bras de la croix, celui 
qui reste semblerait du moins le prouver, et on a élargi 
la petite nef d'un côté seulement. L'abside est évidemment 
la partie la plus ancienne. Elle est demi-circulaire et voû- 
tée en col de four. Sa paroi de droite est tombée ; celle 

30 



466 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

de gauche conserve quelques restes de peintures d'orne- 
ment, d'un style tout différent de celles que nous avons 
déjà examinées. Nous demeurons d'accord qu'elles sem- 
blent appartenir au xu* siècle. 

Qu'était-ce que cette chapelle? Qu'était-ce que ce ma- 
noir dont elle dépendait? Nul ne lésait. La diapelle 
était sous le vocable de Saint-Gervais, dont on voit encore 

« 

une statue de bois peint, clouée contre le rocher, en re- 
gard de la vallée. Le manoir est connu sous le nom de 
château de Bjodan. Toute cette masse de roc, percée 
comme une ruche, à diverses hauteurs, se nomme les 
châteaux Saint-Gervais. C'est tout ce que j'en peux dire, 
et H. de Pétigny, dans son Histoire du Vendomois^ en dit 
moins encore; car il ne prononce pas même le nom do 
château de Bodan, et ne parle pas des peintures. 

Du reste, dans cette partie de notre excursion, j'avais 
cessé d'être le cicérone, pour garder le rôle de simple 
observateur. C'était, en effet, la première fois que je visi- 
tais ces ruines, sur lesquelles rien, auparavant, n'avait 
appelé mon attention. 

Hais l'heure a marché. Nous remercions M. le curé des 
Roches et nous prenons congé de lui. 

Le break part. En un instant le bourg des Roches est 
derrière nous. Puis, c'est la Pointe, ainsi nommée parce qae 
la chaîne des collines s'avance, là, comme un promontoire, 
dans la vallée. La route tourne la Pointe, pour se diriger 
obliquement dans la plaine vers la ville de Montoirei 
dont nous apercevons les maisons, le clocher, et le vieu 
château, à trois kilomètres devant nous. Quant au Loir 
qui coulait depuis assez longtemps déjà au pied des co- 
teaux, à quelque pas au-dessous de notre route, il nous 
quitte à la Pointe, et se serre vers les coteaux opposés, 
pour aller baigner Lavardin, dont le magniGque château 



XXXIX* SESSION, A VENDOBIE. 467 

se dresse à deux kilomètres sur notre gauche, au sommet 
de la montagne. 

En admirant tout cela, et, sur notre droite, l'immense 
Tallée qui court vers l'ouest à perte de vue avec des ondu- 
lations admirables, nous arrivons à Montoire. Nous jetons 
un coup d'œil, en passant, mais en passant seulement, 
sor celte charmante petite ville, sur sa vaste el belle place 
que ne désavoueraient pas des cités importantes, sur ses 
Irottoirs bien alignés, sur son aspect propre et riche. Puis 
nous tournons à droite, et nous nous dirigeons vers Trôo. 

La chaleur est toujours brûlante, mais une légère brise 
nous rafraîchit. Nos chevaux d'ailleurs courent un train 
de poste. Les six kilomètres qui vont s'ajouter aux vingt 
p'ils viennent de faire, semblent les animer au lieu de 
les abattre, et nous admirons comment de pauvres bétes 
qui ne semblent entretenues que pour démontrer Tostéo- 
logie de l'espèce, peuvent si bien résister à la fatigue. 

Voici le petitbourgdeSaint-Quentinvers lequel, durant 
la guerre de 1870, les Prussiens s'étant maladroitement 
aventurés un beau jour, ils se virent menacés d'être 
tous pris, douze ou quinze cents qu'ils étaient. Mais, 
hélas ! ils n'en eurent que la menace, et s'esquivèrent, 
quittes pour la peur. 

Saint-Quentin dépassé, nous voyons Tr6o se rapprocher 
de plus en plus, avec ses maisons basses, avec ses ter- 
rasses et ses grottes étagées, avec sa grosse butte et son 
église qui couronnent le sommet de la colline. Tout cela 
fait saillie dans la vallée. On dirait une immense tour 
avancée, flanquée d'épais massifs de noyers, et faisant tète 
à de grands rideaux de peupliers posés en avant, comme 
des retranchements de verdure. 

Mais voici déjà les premières maisons du bourg, et 
bientôt, la roaladrerie de Sainte-Catherine. Deux pas de 



468 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

plus, voici rhôtel où les respectables chevaux qui nous ont 
traînés, doivent enfin trouver, dans un repos d'une ou deax 
heures, la récompense de leurs services. Pour nous, pas 
de repos; partant, pas d*hôtel. 

Nous gravissons une côte raide, en terrasse, et le long 
de laquelle s'étale un grand placard, en grosses lettres. Il 
dit, ce placard, que les charrettes chargées ne peuvent 
suivre cette route. Nous marchons, en effet, sur le vide. 
Sous nos pieds, ce sont le.s voûtes minces d'une foule de 
caves inférieures, habitées pour la plupart, comme 
celles qui se montrent à notre droite, en arrière do joli 
rang de maisons blanches et proprettes qui bordent la 
route. 

Par ci, par là, entre les maisons, et collés sur le roc, 
ce sont des pans de murs en bel appareil, de solides con- 
treforts, des arcs en ogives, étroits et robustes. Tout cela 
en ruines, mais rappelant l'ancienne importance de celte 
place forte de Trôo, que se disputèrent longtemps les 
Français et les Anglais. 

Du côté de la plaine, c'est un panorama incomparable. 
La vallée du Loir est à nos pieds; nous la voyons s'étendre 
à droite et à gauche, descendant vers La Ghartre et Châ- 
leau-du-Loir, d'une part ; remontant vers Hontoire, La- 
vardin, les Roches et Vendôme, de l'autre. De ces deax 
côtés quel est le plus beau? Nul ne le saurait dire. Les 
mêmes prairies les couvrent de leurs tapis verdoyants, 
les mêmes massifs d'arbres, les mêmes rideaux de peu- 
pliers les découpent. Là-bas, comme ici, le Loir se joue 
au milieu du paysage avec des caprices indescriptibles. 
Tantôt il se cache sous la verdure ; tantôt comme un ruban 
d'argent, il déroule ses courbes gracieuses à travers les 
prairies ; tantôt, arrêté par la haute digue d'un moulin, il 
se repose dans un large bassin, et ses eaux profondes re- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 469 

Hèlent i travers les nénuphars, le sombre azur de notre 
beau ciel d*été. 

En avant, de Tautre côté de la vallée, les collines s'a- 
baissent, un vaste plateau les domine. Pour nous, placés 
si baut, c'est, en quelque sorte, une continuation de la 
vallée. Hais ce trompe l'œil disparaît si l'on suit avec at- 
tention les mouvements du terrain jusqu'à l'horizon. Le 
plateau va toujours remontant, en effet, et bientôt^ on 
peut deviner qu'il court rejoindre les hauts plateaux assis 
entre le bassin de la Loire de celui du Loir. Au point 
où le passage se fait déjà sentir, nous découvrons un 
booif : c'est Temay, localité romaine, où souvent on re- 
trouve des médailles antiques, des briques à rebords et 
que sais-je ! Là, venant de Tours, à travers les derniers 
couverts de la forêt de Gastine, passait une voie romaine 
qui se dirigeait sur Artins, dont nous voyons la position 
au milieu des arbres. Un pont romain, encore apparent 
il y a quelques années, jetait cette voie sur la rive droite 
du Loir. Elle traversait la vallée, et prenait sa direction 
vers la vallée de la Braye, dont une brèche éloignée, dans 
la continuité des collines, nous permet de reconnaître le 
débouché. 

Que tout cela est beau, avec ce ciel pur, avec ce soleil 
splendide! Nous sommes dans l'enthousiasme, dans le 
ravissement. Nous dépensons plus de points d'exclama- 
tion en cinq minutes, que l'imprimerie Hachette dans 
une année tout entière. 

Il faut pourtant s'arracher à tant de merveilles. C'est 
moi qui ai la barbarie de rappeler que le temps presse, 
et, prenant un petit sentier que je suivis cent fois, j'en- 
traine toute la troupe. Nous faisons ainsi, le tour d'une cein- 
ture de vieux murs de défense duxu* siècle, parfois assez 
entiers, souvent interrompus. Est-ce à Philippe-Auguste 



470 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

qu*il faut les attribuer ? Est-ce à un roi d* Angleterre? 
Voilà les points d'interrogation, qui succèdent aux points 
d'exclamation. Mais comment y répondre ? Que ces mars 
aient été œuvre française ou œuvre anglaise, du reste, 
peu importe à Tarchéologie. L'époque est la même, les 
caractères ne peuvent différer sensiblement. 

En suivant cette ceinture de défense, nous avons re- 
joint un petit chemin qui, s'ouvrant sur la grande roate, 
presque vis-à-vis la maladrerie de Sainte-Catherine, re- 
monte directement le coteau, sans s'inquiéter de la rai- 
deur des pentes, et conduit au bourg supérieur. Noos le 
suivons et nous montons avec lui. Sur notre droite, plu- 
sieurs maisons du xiv« ou du xv siècle, en belle pierre 
d'appareil, attirent notre attention. Accolées au rocher, ou 
s'avançantvers le chemin, elles ont des attitudes divises, 
des formes étranges ; mais un cachet qui ne permet pas de 
passer sans les regarder. C'étaient des maisons apparte- 
nant aux chanoines de la collégiale de Trôo. 

Nous montons toujours. Nous voici au pied de la vieille 
enceinte qui défendait la ville haute. La forme générale 
paraît avoir été circulaire. L'enceinte se compose d'un 
mur épais, flanqué, à des intervalles fort rapprochés, de 
grosses tours rondes , ne présentant qu'un massif de ma- 
çonnerie. C'est la méthode romaine. L'espace entre les 
flanquements , la disposition des courtines sont ro- 
mains aussi. Cependant le revêtement des murs est for- 
mé de silex bruts, de grosseur à peu près égale, bien 
rangés ; mais ne pouvant en aucune manière se confondre, 
ni même rappeler le petit appareil romain. Je n'ai jamais 
hésité à attribuer ces constructions au x« siècle. Ceux 
qui croient que le petit appareil a été conservé jusqu'au 
XI* et même au %iv siècle, et qu'il régnait souverainement 
encore au x% ne seront pas de mon avis. Cependant j'ai 



XXXIX^ SESSION, A VENDOME. 471 

trop analysé de vieilles constructions militaires, et je 
commence à pouvoir citer trop d'exemples, pour ne pas 
insister sur mon opinion. Tous mes compagnons de 
voyage me font Fhonneur de se ranger à mon avis. Leur 
impression est d'accord avec l'opinion que j'émets de- 
vant eux. 

Nous mesurons encore un instant, de l'œil, les énormes 
fossés qui défendaient l'approche des défenses du castrum^ 
et nou8*entrons dans le bourg. 

Un petit chemin gazonné, à gauche, nous conduit vers 
l'église. Elle appelle vivement notre attention. Parfaitement 
isolée, i deux pas de la grosse butte dont les grands 
arbres et les gazons viennent la trouver , elle est facile à 
visiter à l'extérieur. 

C'est la forme d'une croix latine, avec clocher sur l'in- 
tertransept. L'abside garde à peine, à sa base, quelque 
trace de murs anciens. Elle a été refaite au xiv"* siècle. 
Les transepts, dont l'état de délabrement fait peine à voir, 
portent des appareils de tous les âges. La nef est d'un 
caractère plus tranché : c'est du xii" siècle pur. 

Là se présentent à nous, entre les contreforts qui corres- 
pondent à la séparation des travées intérieures, d'énormes 
arcs ogivaux, sans pieds droits. Leur ouverture embrasse 
toute la travée. Elle est fermée par un mur qui parait fort 
vieux. Son revêtement en silex brut, rappelle celui des murs 
du eosfrtim, et fait contraste avec le joli appareil du reste 
de la nef. Voilà les points d'interrogation qui recommen- 
cent. Ces grands arcs écrasés s'ouvraient-ils autrefois sur 
des nefs latérales, et les aurait-on bouchés en retran- 
chant ces nefs ? Nous sommes bientôt convaincus que les 
n^s latérales n'ont jamais pu exister. Qu'était-ce donc 
que ces arcs ? 

M. le docteur Cattois émet l'opinion qu'ils ont été jetés 



472 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRAUCE. 

sur des fragments de murs d'une église plus ancienne, 
fragments qu'on voulait respecter et conserver en souvenir 
de l'édifice primitif, et dont l'épaisseur était hors de 
proportion avec la charge des voûtes de l'édifice nou- 
veau. 

Je rappelle aussitôt que des arcs semblables se voient 
dans beaucoup d'églises anciennes , notamment dans 
l'église de la Couture, au Mans, et dans la cathédrale 
d'Angers. Les conditions dans lesquelles ces arcs se pré- 
sentent dans ces ^lises, semblent être les mêmes qu'àTrôo. 
Tout le monde est prés d'admettre l'opinion de H. le doc- 
teur Cattois. Cette opinion s'illumine tout i coup d*unjoiir 
inattendu, qui ne permet plus d'hésitation. 

En visitant le côté nord de la nef, en effet, dans l'an 
des vieux murs renfermés sous les grands arcs, se montre 
une porte d'un caractère antérieur aux grands arcs et à 
l'église du uV" siècle. Cette porte a été entamée par les 
nouvelles constructions ; donc elle leur est antérieure, 
et faisait partie d'un ensemble dont le nouvel archi- 
tecte a bien voulu conserver un pieux souvenir ; mais 
auquel il ne s'est point assujéti. Notre conviction est faite 
à ce sujet, et lors même que notre excursion n'aurait 
servi qu'à bien fixer ce point archéologique , elle n'aura 
pas été inutile à la science (1 ). 



(1) Depuis le Congrès, j'ai rêva les arcs de Tég^ de U Goatore, m 
Mans. Us m*ont confiiiné dans Topinion adoptée & Tr6o. Lorsqu'on eia- 
mine à rexlériear les murs renfermés dans ces arcs, on voit qu'ils sont 
en petit appareil fort ancien et bien antérîeors à la nouvelle église. A 
rintérieur, un de ces murs garde aussi une arcature du w ou x* aiéde, 
et un antre, une porte dont le caractère d'ancienneté est encore pins 
accusé. Ces mors sont, en outre, comme à Trôo, beaucoup moins épais 
que les arcs et les murs qui les surmontent. Ils ont appartenu éndem- 
ment à une première église qui, n'ayant pas de voûtes, ne demandait pas 
des murs aussi forts. La cathédrale d'Angers m'a présenté des faits ana- 
logiMi. 



XXXIX* SESSION^ A VENDOME. 473 

Noos examinons maintenant le clocher carré, placé 
comme je l'ai dit, sur Tintertransept. Il était destiné à 
aToir au moins deux étages. Il n'en a qu'un^ le second a- 
t-il été détruit, ou n'a-t-il jamais été élevé ? On ne sau- 
rait le dire. Ce que Ton sait avec certitude, c'est que le 
clocher était autrefois couvert d'une flèche de pierre qui 
a été renversée par le feu du ciel. Quant aux ouvertures 
de l'étage existant, elles sont ogivales, avec ébrasements 
garnis de colonnettes et de cintres en tores. C'est gracieux. 
Un étage de plus ce serait élégant. 

Nous nous dirigeons vers la façade de l'église. C'est du 
xn* siècle pur. Rien, du reste, de remarquable. 

A l'intérieur, l'église de Trôo parait moins délabrée 
qu'à l'extérieur. II est vrai que le badigeon n'y a pas été 

« 

épargné, et qu'il cache bien des choses. La nef a deux 
travées de voûtes plantagenét parfaitement cupuliforme, 
et nervées de tores élégants. Un grand arc ogival carré, 
sépare ces travées. Il repose sur des pilastres en forme 
de demi-colonnes engagées, dont les chapiteaux sont ad- 
mirablement travaillés. L'un d'eux surtout, est un véri- 
table chapiteau corinthien, moins, toutefois, les volutes 
aux cornes des tailloirs, les caulicoles, les fleurs des 
tailloirs et les petites volutes qui s'y raccordent. Les 
chapiteaux qui décorent les piliers de l'intertransept 
sont moins beaux et paraissent plus anciens. Us repré- 
sentent divers sujets symboliques : des colombes buvant 
dans un calice, Daniel dans la iosse au lion, le sagittaire, 
et des sujets difficiles à interpréter. 

L'intertransept est voûté au-dessous du clocher. Les 
transepts forent voûtés, jadis, mais en berceau. Les 
voûtes tombées ou démolies fort anciennement, sont rem- 
placées par des voûtes en bois du xiv* ou xv^ siècles, 
avec entraits emparents, et dans un assez pauvre état de 



174 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCS. 

conservation. Le chœur, plus moderne, ainsi que l*abside, 
comme nous l'avons déjà remarqué en visitant rextérieur, 
est mieux conservé que les bras de croix. Il vient, du 
reste, d^élre restauré en partie, et chargé même, autour 
de l'autel, de peintures simples, mais d'un bon effet. 
Nous remarquons, surtout, dans le sanctuaire, à gauche, 
en regardant l'autel, un enfoncement carré, garni en 
avant, de colonnettes élancées qui soutiennent un galbe 
renfermant de gracieuses découpures ogivales, surmon- 
tées d'un trois-feuilles. C'était là probablement que se pla- 
çait le siège du prieur ou celui de l'officiant. Cette orne- 
mentation appartient au xiv* siècle. 

Nous examinons ensuite les stalles de bois du xv« siècle. 
Hormis quelques choux frisés, quelques crossettes et de 
petites figures sans valeur, elles ne présentent pas de 
sculptures, et n'ont pas d'intérêt. 

S'il fallait faire l'histoire de cette vieille collégiale de 
Saint-Martin de Trôo, je rappellerais qu'on attribue sa 
fondation à Geoffroy-Martel, fils de Foulques Nerra, comte 
d'Anjou. Geoffroy fut comte de Vendôme, avant de succéder 
à son père, et c'est lui qui fonda, avec sa femme Agnès de 
Poitiers, la célèbre abbaye de La Trinité de Vendôme, dont 
le Congrès a visité et admiré les restes. Hais autant est cer- 
taine la fondation de La Trinité, par Geoffroy, autant Test 
peucelledelacoU^aledeTrôo. Si quelquechose reste qui 
pût être attribué à ce fondateur, ce serait assurément ces 
grands murs pieusement conservés des deux côtés de la 
nef, sous les grands arcs ogivaux dont j'ai déjà parlé. Le 
revêtement de ces murs n'est pas sans quelque rapport 
avec celui des vieux murs du transept gauche de La Tri- 
nité, restes évidents de l'église de Geoffroy. Toutefois, je 
ferai remarquer que les vieux murs de la coll^ale de 
Troô, sont trop minces pour avoir jamais appartenu à un 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 475 

édiiice de quelque importance, et surtout à uu édifice 
voûté, comme nous en voyons, dès avant l'époque de 
Geoffroy. Il est donc beaucoup plus probable que ces 
restes de la première église sont antérieurs à Martel. 

Quant à la restauration du xii« siècle, à voir cette archi- 
tecture si franchement accusée, et ces belles voûtes plan- 
iagenèt, surtout, il est difficile de Tattribuer à d'autres 
qu'à Henri II d'Angleterre. 

Un mot d'histoire encore. Au xvu» siècle, la collégiale 
de Trôo était le centre d'un des trois doyennés de l'ar- 
chidiaconé de Château -du-Loir, relevant de l'église du 
Mans. Quarante-cinq paroisses en dépendaient. Le doyen 
était à la nomination de l'évèque. L'évêque avait aussi la 
nomination du chevecier, de trois prébendes, du desser- 
vant de la chapelle de Sainte-Catherine, et de deux des- 
servants des quatre chapelles fondées dans la collégiale. 
Les desservants de deux de ces quatre dernières chapelles 
étaient nommés par le chapitre. C'est ce que nous apprend 
le Pouillé du diocèse du Mans, imprimé en 1648. 

Mais c'est trop s'arrêter sur le même monument, avec 
le peu de temps qui nous reste et tout ce nous voulons 
voir. 

En sortant de l'église, nous nous dirigeons vers la butte. 
Des sentiers gracieusement tracés en spirales, sur les 
pentes gazonnées et plantées de grands arbres, permettent 
d'en atteindre le faite. Dans l'état actuel, il présente une 
plate-forme assez considérable. La butte a, dit-on, été 
baissée. La plate-forme était donc plus restreinte autre- 
fois. 

Nous nous avançons au midi, sur la vallée. C'est une 
vue semblable à celle que nous avons admirée déjà sur 
la terrasse inférieure, devant les maisons attachées à la 
pente du cAteau. Nous ne pouvons nous empêcher de Tad- 



476 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

mirer encore ; mais bientôt reviennent les points d'inter- 
rogation. Qu'était-ce que cette butte ? 

Inutile de dire qu'une certaine école d'archéologues, 
d'historiens, si vous voulez, n'a pas manqué d'y voir une 
tombelle celtique; et de là, l'imagination aidant, des pein- 
tures d'un dramatique à faire frémir. D'autres, plus mo- 
destes, en ont fait, si j'ose ainsi parler, une station de 
signaux par le feu. Je ne voudrais déranger les petites 
idées de personne; mais ces deux hypothèses me paraissent 
si peu acceptables, qu'en vérité, je ne sais pas garder le 
silence. 

Pourquoi ne pas voir dans la butte de Trôo une ancienne 
motte, ayant porté un château en terre et en bois, avec 
tous ses accessoires? On s'effarouchera peut-être de ren- 
contrer cette motte placée, non plus vers le plateau, 
comme c'est le plus souvent l'usage, mais sur le bord des 
pentes. Qu'on y réfléchisse pourtant. De toute antiquité, 
une grande partie de la population de Trôo, a vécu dans 
les caves de roc dont tant de spécimens nous sont offerts 
encore. Ces caves habitées, s'étageaient sur la pente à pic 
du coteau. Il s'agissait de les protéger, de défendre leurs 
approches. Une motte reculée sur le plateau eut-elle rem- 
pli ce but? Au contraire, placée en surplomb, comme 
nous la voyons, elle commande le pied du coteau et ses 
abords. Elle est pour la population troglodyte une protec- 
tion réelle. 

Et voyez comme tout semble appuyer cette hypothèse 
d'une motte ayant porté un château. Autour de la butte 
tout est désert. Pas un bâtiment. Je me trompe, il y en a 
un : c'est le châtelet bâti sur les ruines de ce château 
qu'avait élevé Foulques le Jeune, comte d'Anjou, au pied 
et à l'ouest de la butte, et auquel il avait donné le nom 
de Louvre. En dehors de cela, rien que la collégiale iso- 



XXXIX* SESSION, A VSlVDOlfE. 477 

lée, dont on se représente le premier sanctuaire abrité 
dans la baille du vieux château de bois, derrière les plessis 
et les palis de Tépoque. 

Et si j'ajoutais que, dans Tintérieur des grands souter- 
rains de Trôo, dont je parlerai tout-à-rheure, débouche 
un passage étroit et raide, taillé dans le roc, et venant du 
centre de la butte, n'aurai-je pas rappelé que tous les 
vieux donjons avaient des échappées souterraines, et con- 
firmé, par ce souvenir, mon hypothèse? 

Hais laissons là les dissertations. Si la butte de Trôo 
n'a pas vu les scènes que nous ont décrites les partisans 
du celtique à tout prix; si des victimes humaines n'y ont 
pas été immolées^ la nuit, au clair de lune ou à la lueur 
des torches, avec des rites farouches et cruels ; dans des 
temps plus rapprochés, elle fut témoin des tristes sup- 
plices qu'eurent à subir quelques malheureuses victimes 
des guerres religieuses. Les notes manuscrites d'un cha- 
noine de Trôo nous apprennent, en effet, que le 4 janvier 
1548, un hérétique, nommé le Grandami, y fut brûlé à 
petit feu. Dans l'automne de la même année, Jean Leclair, 
cardeur de laine, y reçut le fouet et la fleur de lis et y fut 
pendu, pour avoir dit que le pape était l'anléchrist (1). Ce 
sont là de pénibles souvenirs. Pour y faire diversion, allons 
bien vite à la découverte de nouvelles ruines. 

Nous prenons la Grande-Rue de Trôo, à l'ouest de 
l'église. Elle nous conduit à la porte de ville qui s'ouvrait 
de ce côté. Cette porte est fort curieuse. Elle conserve la 
trace de deux époques, et s'il reste assez de chacune 
d'elles pour fixer une date approximative et restituer le 
passé, il est complètement impossible de se représenter 
comment ces deux débris ont pu s'accorder pour consti- 

(1) Observations historiques du temps passée par Michel Garraait, 
chanoine de Trôo, ms. du temps, (Bibl. de Vendôme.) 



478 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

tuer, dans les derniers temps, une porte quelque peu ca* 
pable d*ètre fermée et défendue. Inutile donc de chercher 
la solution du problème. 

Mous remarquons la partie la plus vieille de l'ouver- 
ture. C'est celle de gauche, en regardant de l'extérieur. 
L'appareil de l'arc élevé, dont la retombée subsiste encore 
avec son montant, est composé de pierres blanches et de 
grès ferrugineux, d'un rouge foncé. L'aspect en est byzan- 
tin. Serait-ce l'œuvre de Foulques, le jeune comte d'An- 
jou, qui possédait Trôo du chef de sa femme Aremburge, 
seule héritière du Maine, et qui restaura les murailles du 
vieux castrumy en même temps qu'il bâtit ce château ap- 
pelé Louvre^ déjà mentionné, et dont il ne reste plus que 
deux pans de murs, dans des constructions modernes? 
On sait que ce Foulques le jeune, est celui qui, 
plus tard, devint roi de Jérusalem. Hais cela suffit-il 
pour que la porte byzantine de Trôo lui soit attri- 
buée ? je ne le pense pas ; car nous ne voyous nullement 
que Foulques soit allé en Orient avant d'être nommé roi 
de Jérusalem, et nous ne voyons pas davantage qu'il ait 
quitté après, la Terre-Sainte, pour revenir dans le Haine 
ou l'Anjou. Il est donc beaucoup plus logique d'attribuer 
cette porte à Richard Cœur de Lion, s'il faut absolument 
l'attribuer à quelqu'un. 

Cette curieuse porte, bien examinée, nous observons 
encore de ce côté, les murs et les tours du ca$trum. Ici, 
le fossé qui les défendait est comblé ; mais les fortifica- 
tions restent debout, du moins vers la vallée ; car en re- 
montant vers le plateau, à gauche de la porte, les tours 
sont tombées ou elles ont été détruites. 

Que de choses nous diraient ces vieux restes, s'ils pou- 
vaient parler! Le dernier souvenir précis qui s'y rattache 
nous vient du bon chanoine que j'ai déjà cité et qui s'ex- 



XXXIX* SESSION, À VENDOME. 479 

prime en témoin oculaire. C*était peu avant 1576, au mo- 
ment de la grande fermentation produite dans le Bas-Yen- 
domois par la nouvelle prise d'arme des Calvinistes, c Au 
( mois de septembre, dit-il, nous fîmes réparer les fossés 
c et murailles et faict faire une porte au lieu appelé la 
c Yieille-Porte (celle que nous venons de visiter). Nous 
( fîmes réparer la cure, pource que nous tenions fort 
I contre les gendarmes. En deux mois furent faictes les 
c tranchées, murailles et portes de ladicte ville, et le jour 
€ de Saint-Martin, fut dicte une messe à diacre et à sous- 
( diacre, dont il y avoit une solennité représentant que 

< nous étions en guerre. Il y avoit à ladicte messe environ 
« quarante enfans de la ville, tous l'arquebuze au cou et 
( la chandelle à la main, et vinrent à Toffrande de la messe 
€ par oblacion, dont je Tai réduict par mémoire, tel qu'il 
« a esté faict, vous assurant que tous les jours nous avions 
« des gendarmes par raison des différends du roy et de 
« H. son frère.... • 

Gomme tout cela est vivant, quand on est sur les lieux 
décrits par le chroniqueur ! Un mot encore pour achever 
le croquis : 

« L'an 1576, au 26 janvier, nous fîmes flanquer et mu- 
« railler nostre église pour nous garantir, s'il estoit pos- 
« sible, des gendarmes, et la porte fut pendue et faicte 

< toute neuve au modèle de la porte de ville duchasteau. 

< Le sixième jour de febvrier fut le jour que le capitaine 
i Lachesnaye et les soldats de Trôo firent la guerre, tant 

< qu'il y en eut de tués trois d'un costé et trois de l'autre, 
t Les mois de mars, avril et may, je fus contraint d'abau- 
t donner mes biens et logis, et toutes personnes estoient 

< en fuite pour raison des grandes guerres qui régnoient 
c en France.... > 

Quelle peinture naïve , et comme ce sont bien là les 



480 CONGRÈS ARCHÈ0L06IQUB DE FRANCE. 

temps troublés ! On répare ses murailles, on rétablit ses 
portes, on recreuse ses fossés de défense, on s'arme 
jasques aux dents, et tout cela,... pour abandonner après 
« ses biens et logis » et fuir c pour raison des grandes 
c guerres. » 

Hais tournons le feuillet, ou, plutôt, fermons le livre, 
et poursuivons notre excursion. 

Nous avançons de quelques pas à Fouest, hors de TrAo, 
et nous jetons un coup d'œil sur le paysage. Nous décou- 
vrons, de ce côté du grand môle qui porte le bourg, des 
points que nous n'avions pas vus clairement de sa partie 
antérieure. Nous distinguons très-bien, par exemple, quoi- 
que le soleil nous vienne un peu dans les yeux, la posi- 
tion du camp romain de Songé, dont il a été question dans 
une de nos séances. 

Quelques points d'admiration, jetés encore au vent, 
nous nous hâtons de rentrer dans Trôo ; car nous n'avons 
pas tout vu. A côté de la porte byzantine, nous remar- 
quons les ruines de l'église Saint-Michel, appuyée sur 
l'enceinte du castrum. Ce qui en reste est fort peu de 
chose et porte le cachet du xi^ siècle. 

Nous allons de là, sur la gauche, en remontant vers le 
plateau, visiter le puits de l'ancienne Maison-Dieu dont 
on aperçoit encore quelques restes du xi* ou xu« siècle. 
Ce puits est ri)nd, fort large, avec une belle margelle en 
pierre, ornée de moulures, et de laquelle s'élancent quatre 
poteaux en bois qui soutiennent un toit pyramidal. Un 
peu au-dessous du mur qui porte la margelle, la maçon- 
nerie s'interrompt ; le puits est taillé dans le roc qui laisse 
voir en s'enfonçant à une immense profondeur, des exca- 
vations que l'œil ne peut suivre , mais que l'imagination 
se plaît à considérer comme des ouvertures de conduits 
souterrains. Il faut bien qu'il y ait, en effet, quelque 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 481 

chose de semblable dans l'intérieur de ce puits; car il s*y 
produit un écho remarquable. Cet écho répète très-distinc- 
tement et avec beaucoup de force, tous les mots de deux 
syllabes, nettement attaqués. Nous nous livrons un ins- 
tant à cette expérience, les uns après les autres, en nous 
disputant même un peu le pas, comme des collégiens en 
vacances. C'est si joli, un puits qui parle, et qui parle 
bien, surtout ! 

Puisqu'on fait les collégiens, il ne faut pas jouer son 
rôle à demi. Nous jetons une pierre, deux pierres dans le 
pnits. L'écho se fâche. C'est un vacarme effroyable. Nous 
gagnons à cette manœuvre, de distinguer parfaitement la 
nappe d'eau, que l'ombre du gouffre nous dissimulait, et 
que des reflets éclairent maintenant dans son agitation. 
Quelle profondeur ! c'est à donner le vertige. 

Autre expérience. Il s'agit de laisser tomber, bien d'a- 
plomb, une épingle ordinaire. En rencontrant la sur- 
face de l'eau, elle doit produire plus de bruit qu'une 
petite pierre dans un antre puits. Voici T épingle; je 
la tiens par la pointe, la tête en bas. Je la lâche. Nous 
comptons, une, deux, trois, quatre et jusqu'à sept 
ou huit secondes, avant de rien entendre. L'épingle a 
touché l'eau ; mais le bruit produit est beaucoup moins 
fort que d'habitude. Nous n'avions pas assez attendu que 
l'eau fut remise de ses agitations. Tant pis ! c'est assez 
d'enfantillages comme cela. 

Nous revenons vers l'est, nous dirigeant sur les ruines 
de l'ancienne église de Notre-Dame-des-Marchais, fondée 
très-authentiquement, celle-ci, par Foulques le jeune, dont 
j'ai parlé déjà, et sa femme Aremburge, en 1124, en de- 
hors de l'enceinte du castrum. Nous y voici. L'église se 
reconnaît très-bien encore. Tout un côté du chœur est 
debout, avec une partie de son abside demi-circulaire, 

31 



48S CONGRÈS ARCHAoLOGIQUB DB FRANCE. 

avec ses fenêtres plein-cintre , ornées de colooettes à 
chapiteaux sculptés. Les piliers engagés sont aossi debont 
contre les murs, avec leurs chapiteaux variés et la cor- 
niche sculptée qui les surmonte. Il ne manque qae les 
voûtes. C'est du joli xn* siècle, dans sa simplicité première 
et aussi dans son élégance. 

Des transepts, Tun, celui de droite est démoli, i un 
mètre au-dessus de terre. Celui de gauche est devenu 
une grange. La nef a complètement disparu. 

Nous faisons le tour, à l'extérieur. Dans Tangle, formé 
par le chœur et le transept de gauche, une tourelle reste, 
avec escalier porté sur une voûte en couchis. On le ferait 
du XI* siècle, si l'on n'avait une date certaine, tant ce sys- 
tème est traité d'une manière primitive. La tourelle de- 
vait conduire autrefois sur les voûtes, peut-être sur l'in- 
tertransept où se trouvait probablement un clocher, comme 
à la collégiale. 

A l'extrémité du même transept de gauche, est accolé 
un bâtiment, avec fenêtres du xt* siècle, marquées d'une 
accolade bizeautée sur leur linteau. Nous contournons ce 
bâtiment. Son ouverture principale au couchant, est une 
porte du même genre que les fenêtres. Par ci, psr là, 
quelques écussons, mais vides de tout blason. Ce bâti- 
ment, aujourd'hui devenu ferme, était le prieuré de Notre- 
Dame-des-Harchais. Car après avoir fondé leur église, 
Foulques et Arembui^e, la donnèrent à Guillaume, abbé 
de Marmoutier, qui se hâta d'y établir douze moines en- 
tretenus avec partie des revenus des prieurés du Sentier 
et de Saint-Laurent-en-Gastines, dans la Touraine. 

Il est plus que probable que les terres entourant l'église 
jusqu'aux murs ducastrum, d'une part, etjusqu'aubaade 
la pente, ou à peu près, de l'autre, dépendirent du prieuré, 
et que le grand mur qu'on voit encore au nord, du bas 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 483 

an haut de la colline, fut fait, ainsi que son fossé, pour 
clore les moines. H. de Pétigny a cru voir dans ce mur 
l'enceinte d'une seconde ville ajoutée à la première, et 
dont toutesles maisons auraient été rasées, sous Charles V, 
par les bandes qui se ruaient alors partout. 

Ceci est tout à fait hypothétique et me parait peu pro- 
bable ; car pourquoi si bien raser les maisons et laisser 
parfaitement intact le mur qui les aurait protégées ? Cette 
enceinte, peu épaisse et sans aucun flanquement, fait tel- 
leoient contraste avec tout ce qui reste ailleurs des forti- 
Gcations de Trôo, même postérieures au castrum, qu'on 
aurait bien de la peine à y reconnaître une défense de 
ville. Elle trouve au contraire partout des analogues, si on 
ne la considère que comme une clôture de couvent. 

Mais passons là-dessus. En ouvrant le Fouillé du diocèse 
de Tours, à l'article des prieurés dépendant de Marmou- 
lier, je trouve que, pour le chapitre général tenu chaque 
année dans l'abbaye, le prieuré de Notre-Dame*des-Har- 
chais, devait envoyer le prieur et un compagnon. Le 
prieuré ne payait rien pour la mense abbatiale ; mais il 
payait 1 7 sols aux officiers. 

Cependant nous reconnaissons avec frayeur que l'heure 
marche trop rapidement. Je voudrais montrer à mes com- 
pagnons d'excursion, les fameux souterrains de refuge de 
Trôo, dans lesquels débouche, je l'ai dit, un passage ve- 
nant du centre de la butte. Ces souterrains sont immenses, 
et fort curieux à visiter. On les dit gaulois. Ce qu'il y a 
de certain, c'est leur grande ancienneté. Hais une chose 
est plus certaine encore, c'est que leur destination, comme 
souterrains de refuge, ne fut jamais mieux utilisée que 
pendant l*invasion prussienne de 1870. Une partie de la 
population de Troô s'y était cachée, avec ses bestiaux et 



484 CONGRÈS ARCH&OLOGIQUE DE FRANCE. 

ses provisions. Malheureusement cet asile cherché i h 
hâte, ne fut pas tenable bien longtemps. 

Je voudrais aussi montrer, non pas les restes, il n'y 
en a pour ainsi dire plus, mais la place où se voyait autre- 
fois, en partie taillée dans le roc, l'église de Saint-Gabriel, 
la plus ancienne de Trôo. 

Un îolle général accueille mes propositions. Toutes ces 
montées à pic, toutes ces contemplations de vieilles mu- 
railles, par un soleil ardent de 35 ou 36*, finissent par 
révolter les plus calmes, c Des souterrains à l'heure qu'il 
est I > et toutes les montres sont tirées pour démontrer 
qu'il est tard. 

Nous le savions bien ! La vérité vraie, c'est qu'on meurt 
de soif et que j'ai vanté le vin blanc de Trôo comme va- 
lant parfois le Sauteme. Il ne sera pomt tard pour s'aller 
rafraîchir. 

De fait, c'est parfaitement juste. Voilà cinq heures que 
nous courons, et le corps n'est pas de fer, si énergique 
que soit la volonté. 

Du reste, un de nos compagnons de voyage est allé tu 
devant du souhait général. Possesseur d'un petit ermitage 
à mi-côte, dans l'enclos même de Notre-Dame- des-Nar- 
chais, il nous a déjà quittés pour aller préparer ches loi, 
les rafraîchissements. Oh! bénie soit notre bonne fortune 
d'archéologues ! Trouver sur le même point, des vues ad- 
mirables, des ruines curieuses, des puits qui parlent, 35' 
de chaleur, et du bon vin offert par un ami ! Vit-on jamais 
pareille chance ! . . . 

Le chemin descend, et il est ombragé. C'est déjà un 
avant-coureur du repos. 

Ah ! nous voici rendus I... lia grille est toute grande ou- 
verte. Quatre pas de plus, nous sommes dans la coquette 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 485 

Boêlide de M. Nobilleau; car c'esl lui qui est notre Pro- 
vidence, en même temps que le possesseur du clos dont 
les produits vont nous remettre sur pied. 

Une table est dressée , des verres la couvrent , des 
chaises Tentourent. 

En un clin d'œil le breuvage est aux lèvres. Toutefois 
on s'aperçoit vite à quel nectar on a affaire. De Teau, vite 
de l'eau! — On en puise... — En voici. — Vient-elle du 
puits qui parle? Peu importe. Elle est fraîche, des plus 
fraîches; c'est l'essentiel. 

Ce n'est pas tout : voici venir du pain, du fromage, des 
fruits... goûter bucolique, que vous fûtes charmant! En 
un instant, comme des fleurs allanguies par les rayons trop 
ardents d'un soleil caniculaire, et qu'une main protectrice 
arrose abondamment, nous relevons la tête. Nosyeux aussi se 
ravivent, nous retrouvons la parole, nous retrouvons même 
la gaîté, une gatté d'entrain. C'est bientôt un feu roulant 
de facéties. Je crois, Dieu me pardonne, que nous avons, 
même, fait des calembours ! Ce que c'est qu'un peu de 
vin de Trôoi... Âh ! sans calembour cette fois. 

Mais il faut s'arracher à tant de douceurs. Nous remer- 
cions notre hôte de tout cœur, et nous voilà sur le chemin. 
Nous rejoignons la grande route, vis-à-vis la maladrerie 
de Sainte-Catherine, délicieux spécimen du xii* siècle, 
malheureusement fort mutilé, quoique bien entier. 

Pendant la courte visite que nous lui faisons, on attelle 
notre voiture, et, bientôt après, nous repartons comme le 
vent. 

Déjà Saint-Quentin est dépassé. Devant nous sont 
d'autres maisons; c'est Montoire. Halte! il y a ici aussi de 
belles choses à voir. On met pied à terre. Sans dételer, la 
voiture va nous attendre, et nous courons faire nos visites 
d'archéologues. 



486 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Voici la grande place que nous avions remarquée 
en allant à Trôo. L'église est placée sur l'un des cdtés. 
Ce fut primitivement une chapelle dédiée i Nolre-Dame- 
de-Pitiéy par Louis de Bourbon, comte de Vendôme, au 
xy« siècle. Elle ne présente rien de remarquable, si ce 
n'est qu'elle a été restaurée récemment dans un style qoi, 
pour les péchés de TinTonteur, devrait bien prendre son 
nom. Passons, passons, s'il vous platt ! 

La place est fort vaste et assez régulière. Elle fat criée 
dans la première moitié du xviu^ siècle, par H. de Tal- 
lard, seigneur de Honloire. Car cette petite ville, qui était le 
centre d'une des baronnies du Vendomois, comme Lam- 
din, Poncé et Courtiras, fut, en 1718, donnée par le Ré- 
gent, au maréchal de Bellisle, en échange de Belle^Isle- 
en-Mer, et celui-ci la vendit à H. Desnoyers de TOrme, 
fils d'un aubergiste de Blois, qui la revendit à M. de Tal- 
lard. Ajoutons que de M. de Tallard, après deux possesions 
intermédiaires, elle entra dans la famille de Querhoênt, 
pour devenir un marquisat peu avant 1789, ce qui ne de- 
vait guère la dédommager de son ancien titre de capitale 
du Bas-Vendomois. 

Cette vaste place a été embellie depuis peu. On l'a 
plantée d'accacias et on a élevé, près de l'une des extré- 
mités, une fontaine de forme pyramidale, en gluten vol- 
canique ou autre, créé et mis au monde avec la prétention 
d'imiter la pierre. Passons, passons encore ! 

N'allons pas trop vite pourtant. A droite, en toanaot 
le dos à l'église restaurée, voici de jolies maisons renais- 
sance. L'une, la plus grande, appartient à M. Busson, le 
charmant peintre de paysages que vous savez, et dont le 
musée de Vendôme, nous montre une vue de Lavardin 
qui a figuré à l'exposition de Paris, en 1870. 

A gauche, c'est une caserne de cavalerie, renfermant toa- 



^ XXXIX* SESSION, A VBNDOME. 487 

jours un escadron, détaché de la garnisoir de Vendôme. 
Cette caserne est établie dans un ancien couvent d'An- 
gustins, fondé, comme la chapelle Notre-Dame-de^Pitié, 
par Lonis de Bourbon, et approuvé, en 1427, par Adam 
Châtelain, 59* évéque du Mans. Ce couvent, était assez 
vaste. Le réfectoire pouvait contenir 60 religieux. Il reste 
on assez joli fragment du clottre, que nous n'avons pas le 
temps de visiter. Il reste aussi le bas côté de l'église. 
Elle n'en avait qu'un. La nef a été détruite. L'emplace- 
ment qu'elle occupait est devenu le passage de la caserne. 
Dans les antres bâtiments anciens, on montre le pavillon 
d'Henri lY. C'est là, dit-on, que logea le roi de Navarre, 
pendant les conférences qui amenèrent l'édit de pacifica- 
tion du 9 mai 1576. 

Dans le côté de la place opposé â l'élise, s'ouvre une 
rue nouvelle â laquelle on a donné le nom du grand poète 
vendomois, dont la statue viendra, par son érection, clore 
les fêtes données à Vendôme, â l'occasion du Congrès. Cette 
rue conduisait sur un beau pont de pierre, de trois arches, 
qui venait d'être terminé, lorsque l'invasion prussienne 
s'est laite. Dans une belle heure de rage intelligente pour 
les précautions inutiles, on en a fait sauter une arche. Le 
pont, jeune encore, et ne pouvant supporter une telle in- 
jure, a, de désespoir, laissé choir les deux autres. On va 
rétablir ce monument ; mais pour le quart d'heure, une 
passerelle en bois, transporte les passants sur la rive 
gauche du Loir. Nous subissons le sort de tous les passants ; 
seulement nous nous arrêtons sur le milieu de la passe- 
relle, â contempler la magnifique nappe d'eau du Loir, 
profonde de 20 pieds dans cet endroit, et encadrée, comme 
à plaisir, dans une verdure ravissante. 

Nous voilà sur la rive gauche. Ce faubourg populeux, 
mais un peu resserré entre la rivière et le château, c'est 



488 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANGE. 

Tancien Montoire du moyen âge. Son église dédiée à saint 
Oostrille, et convertie en magasin à fourrage de la troupe, 
est là au pied de la forteresse féodale, dont elle occupait 
autrefois un petit coin de la cour basse, ou, si tous l'aimes 
mieux, de la baille extérieure. Telle qu'elle est, cette 
église est du xv* siècle ; mais plusieurs parties de ses 
murailles remontent au xa* et même au xi*. 

Nous arrivons dans la rue principale^ faisant suite, le 
pont entre deux, à la rue Ronsard. Plusieurs maisons re- 
naissance d'un joli goût appellent notre attention » une, 
entre autres, avec une petite colonnade ionique qui des- 
sine le premier étage. Il y avait un second étage; il a été 
démoli. Du milieu du toit de cette maison, sort un tuyau 
de cheminée, carré, en briques, couronné d'une corniche 
de pierre sur laquelle s'élèvent quatre frontons curvi- 
lignes, correspondant aux quatre faces du tuyau. Du tym- 
pan de chacun de ces frontons, sort une figure accoudée, 
style François I"', en plein relief, qui a l'air de regarder 
les passants. Aux quatre coins, quatre bidustres ronds, 
isolés, et moulurés avec grâce, forment comme quatre 
quilles, qui donnent à l'ensemble une légèreté el une 
harmonie remarquables. Nous admirons un instant cette 
jolie pièce qu'on voudrait pouvoir emporter avec soi, et, 
tout à côté, par une petite ruelle, nous allons chercher la 
chapelle de Saint-Gilles. 

Saint-Gilles était un prieuré, qu'on dit avoir été fondé 
par Charlemagne, lorsqu'il vint dans le Maine. Je me hâte 
de dire que rien ne justifie cette opinion, pas même le 
nom de pré Charlemagne^ donné à un pré qui a dépendu 
autrefois du prieuré. Les anciens pouillés du diocèse et le 
registre des Insinuaiions eedéeiaetiqueSj qui mentionnent 
le prieuré comme étant de l'ordre de Saint-Benoit, el à la 
présentation de l'abbé de Saint-Calais , ne disent rien 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 489 

autre chose, sinon (]u'il avait été fondé par les seiffneurs 
du lien. 

La chapelle de Saint-Gilles est du si' siècle pur, en 
bel ^pareil, avec fenêtres plein-cintre, entourées, à l'ex- 
térieur, d'une archivolte sculptée en damier, qui se re- 
tourne à la hauteur des coussinets des arcs, pour former 
corniche d'one fenêtre à l'autre. Le plan de ce curieux 



VUï E\TERIEUHE DE LA 

édifice, est une croix latine, des mieux proportionnée. 
L'abside el les transepts, sont encore intacts, couverts de 
leurs foùtes eu berceau, et terminés par un cnl de four. 
L'inlertransept est voûté en calotte, je n'ose dire en cou- 
pole ; car ce n'en est que l'incorrecte apparence. Il portait 
autrefois un clocher carré. Quant à la nef, une très-petite 
partie, fernifc par un mur moderne, appartient aujourd'hui 



490 CONGRÈS AIlpHiOLOGlQUE DE FBANCE. 

à la eluipelle, encorecettc partie esl-elle privée de» wMe 
et couverte d'une toiture brute. Le reste u'a plus ni voûte, 
ni toiture. Ses murs seuls, par&itement intacte, cepen- 
dant, s'étalent dans un jardin, et serrent à soutenir des 
treilles. Ds présentent ceci de particulier, qu'ils sont per- 
cés à'oeuU au lieu de fenêtres. Nous remarquons, toute- 
fois, que ces ouf ertures sont évidemment un remanie- 
ment postérieur. 

Jusque-là, Saint-Gilles serait simplement une petite 
chapelle assez curieuse à voir. Hais cette chapelle possède 
un vrai trésor qui lui donne un intérêt de premier ordre : 
je feux parler de ses fresques des xi* et xn* siècles. Leur 
aspect saisit tout à coup lorsqu'on pénètre dans l'édicule 
dont elles couvrent les voûtes basses et peu éclairées. 
C'est bien autre chose lorsque , l'œil étant fait an demi- 
jour, on peut démêler tous les détails, et recomposer par 
l'imagination, ce que le temps a dévoré. On ne sait plus 
alors s'arracher de ces lieux ; car tout est matière à étude : 
composition, dessin, style, mode de peinture, enduit posé 
pour recevoir la couleur, et que sais-je ! Cest ce que 
nous éprouvons tous devant ces pages magistrales an Eure 
si simple, si sobre et cependant si complet. 

Je me hâte de dire, du reste, que ceci s'applique surtout 
aux fresques de la seconde époque ; car les peintures de 
Saint-Gilles sont bien évidemment de deux dates diffé- 
rentes. A la première, appartient tout ce qui orne les 
voûtes du chceur et de l'abside. Le Christ enseignant, de 
grandeur colossale qui couvre le cul de four, en est l'ex- 
pression complète. Il porte le nimbe crucifère, est assis 
sur un trêne, et enveloppé de deux auréoles, Tnne ellip- 
tique, qui va de la partie supérieure jusqu'au trône; 
l'antre circulaire, qui part du trône et descend jusqu'au 
dessous des pieds. Tout cela est composé de quelques 



XXXVX.* SESSION, A VENDOME. 491 

li^es. A peine saisit-on la trace de minces et maigres 
ornements. Le dessin est des plus incorrects, et la dé- 
trempe plutôt que la fresque semble en avoir fait presque 
tous les frais ; ce qui expliquerait son état de dégradation 
sur un enduit bien conservé. Les quatre animaux, repré- 
sentant les quatre évangélistes, autour du Christ, sont 
du même style, ainsi que des figures de chérubins qui 
ornent l'arc du chœur. Le xi' siècle nous a paru devoir 
être assigné pour date à toute cette partie. 

Les peintures des transepts, sont bien au-dessus de 
celles du chœur et do Tabside : une grande correction 
relative de dessin; un meilleur mode de peinture, la fresque 
pure ; une ornementation plus riche et des draperies plus 
étudiées : voilà surtout ce qui les distingue, et ce qui nous 
les tait rattacher au xu« siècle. 

Le cul de four du transept de droite est occupé par un 
christ triomphant, couronné d'un nimbe non crucifère, et 
entouré de deux auréoles que les eaux enveloppent, en 
ondulant, d'après un passage de l'Apocalypse, souvent in- 
terprété par les artistes dans le tympan des cathédrales. 
Une main seule, conservée avec un fragment de bras, à 
gauche, remet au Christ une clé. Cette main est sans 
doute celle de Dieu le père ; car elle est dans les mêmes 
proportions que le christ, pendant que les autres person- 
nages dont on aperçoit quelque trace, sont beaucoup plus 
petits. 

La fresque du transept de gauche, est la plus belle de 
toutes et la plus caractéristique. Elle représente encore un 
christ colossal, couronné du nimbe crucif&re; mais entouré 
d'une seule auréole elliptique, enveloppée des eaux, elle 
aussi, comme les auréoles du transept de droite. Le christ 
est un christ bénissant, accompagné des douze apôtres, 
il diffère des autres christ de ce genre en ce que , de ses 



492 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

mains percées, s'échappent au Heu de rayons, des filets 
de sang qui vont se reposer sur la tête de chacun des dis- 
ciples choisis. Nous remarquons dans le groupe des apô- 
tres, des tètes d'une expression admirable et d'un dessin 
fort correct. Les personnages sont aussi groupés avec 
beaucoup d'art, et toutes les lignes présentent des contours 
d'une harmonie irréprochable. Ce qui, dans cette fresque, 
et dans le reste du transept, se rattache à l'ornementation 
pure, est aussi plein de cachet. 

La calotte de l'intertransept ne présente que des coupes 
de pierres indiquées en rouges. C'est bien pauvre à cAté 
du reste, et entre les quatre arcs qui sont chargés de su- 
jets ou d'ornements. Nous arrivons pourtant à nous con- 
vaincre que l'enduit* n'a jamais reçu autre chose. 

Sur les retombées de l'arc qui s'ouvrait vers la nef, 
nous remarquons des vertus représentées en costumes de 
chevalier, la tète coiffée d'un casque normand, une cotte 
d'armes aux mailles d'acier, serrant le corps, et un écu 
triangulaire écartelé d'argent et de gueules, armant le bras 
gauche. De la pointe de leur lance, elle percent un dragon 
à leurs pieds* Au-dessous de l'une on lit en lettres onciales : 
CASTiTAs ; au-dessous de l'autre : patiengia. Ces siiyets 
se rapportent à la première époque, xi* siècle. 

Dans cet écu écartelé, faut-il voir les armes du fonda- 
teur de Saint-Gilles ? faut-il y vqir celles du prieuré lui- 
même, que j'ai vainement cherchées ? Il ne faut peut-être 
y voir ni les unes ni les autres ; car il est, ce semble, un 
peu tôt pour trouver des armoiries régulières au xi* siècle. 
Je ne jurerais pourtant pas que, dans les conditions où 
elles se présentent ici, la chose ne fût parfaitement pos- 
sible. 

Enfin, la petite partie de la nef que nous pouvons ex- 
plorer, nous offre plusieurs couches de peintures au trait 



XXXIX' SESSION, A VENDOME. 493 

représentant diverses végétations et des coupes de pierre. 
Lesquelles sont les plus anciennes? Cette question est 
assez difiScile à trancher. Il ne nous parait pourtant pas 
que la priorité appartienne aux coupes de pierre. 

Par là se termine notre visite à Saint-Gilles de Mon- 
toire. Nous quittons la petite chapelle émerveillés. Hais il 
faut rengainer nos belles phrases et nos points d'exclama- 
tion. 

Cette fois, en effet, le temps nous presse sérieusement; 
car dans ce soleil qui baisse, on peut démêler l'heure du 
crépuscule. 

Nous marchons d'un pas rapide vers notre voiture. Ce 
grand château de Montoire qui nous domine, n'obtient de 
nous qu'un coup d'œil fugitif. Il offre pourtant de belles 
et curieuses choses, comme construction militaire^ et son 
donjon du xi* siècle est plein d'intérêt. Alix de Bretagne, 
fille du duc Arthur de Monfort et veuve de Bouchard VI, 
comte de Vendôme, s'y retira aussi durant son veuvage, 
et y mourut en 1377. Enfin, il subit un siège sérieux en 
1590 (1). Hais peu importent ces souvenirs pour le quart 
d'heure. Le temps nous presse ; cela répond à tout. 

(1) Le château de Montoire est bien moins étendu que celui de Layardin ; 
mais ses souterrains sont beaucoup plus vastes. Son entrée principale était 
à Tangle fonné par les murs du midi et de Fouest. Elle se voit encore 
béante, sur un rocher en surplomb. Il ne reste plus rien du pont dor- 
mant qui traversait les douves. Une autre porte, au nord, mettait en 
communication le château avec la baille inférieure et le bourg. C'est en 
passant sons ses restes qu'on entre aujourd'hui dans la vieille forte- 
resse. 

Le château de Montoire fîit restauré au x\^ siècle, en même temps que 
le château de Lavardin le fut pour la troisième fois, et sans doute aussi 
par Jean VIII» comte de Vendôme. Les magnifiques murs d'enceinte qui 
dominent les donves, au midi, sont un précieux spécimen de cette belle 
restauration. 

Quant au siège de 1590, il fut dirigé en personne par m^ssire Jehan 
de Vallée, lieutenant pour les princes catholiques, au pays de Vendomois. 
Gilles de Chambray, brave gentilhomme normand, qu'Henri IV avait mis 



494 CONGRiS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

Que nous reste-l-il doue à visiter pour couronner cette 
après midi si bien remplie ? Une merveille encore ; le 
château de Lavardin ! 

Je l'avais réservé pour cette heure avancée du jour ; 
mais non sans une secrète intention. Ses ruines sont si 
belles, et le paysage qu'on découvre de leur sommet est si 
admirable, dans ces conditions de lumière I... Oh I qu'on 
me pardonne cette coquetterie à l'égard d'un château 
dont j'ai si longtemps étudié les moindres restes, dont 
j'ai écrit l'histoire avec une tendresse passionnée , dont 
j'ai fait, enCn, pour un long roman historique, le centre 
d'une action où se déroule toute la vie des derniers jours 
du moyen âge. C'est un château, à moi, pour ainsi dire : 
ne l'ai-je pas restitué, restauré, réédifié ? que sais-je ! 
Le montrer sur les croupes pittoresques où il est assis, 
et dans le labyrinthe de ses souterrains, fut toujours un 
bonheur pour moi. Jugez de ce que je devais éprouver 
cette fois, au milieu du cortège d'archéologues et d'ar- 
tistes dont j étais le guide ! 

Déjà notre voiture dévore l'espace. Les dernières mai- 
sons de Montoire ont disparu ; nous sommes en plate cam- 
pagne. A gauche, c'est la vaste plaine jusqu'à la Pointe, 
jusqu'aux Roches, où nous sommes passés ; â droite ce 
sont des prairies verdoyantes, puis le Loir, dans les arbres, 
et, au-dessus du Loir, un coteau boisé, presqu'à pic, qui 
court comme une muraille de verdure entre Montoire 
et Lavardin, laissant voir, â demi cachées dans le feuil- 
lage, les mystérieuses ouvertures de plusieurs grottes 

pour gOQTenieor dans le château, après la prise de Vendôme^ se défendit 
vaillamment. Forcé de se rendre, il obtint, le li septembre 1590, one 
capitulation honorable, dont M. de Rochambeao, notre collègue, a été 
assez heureox pour retitraver l'original, imprimé atgourdliui dans le 
Bulletin de la Société arehéologigue^ scientifique et littéraire du 
VenÀomoit, 



XXXIX* SESSION, ▲ VEEVDOHB. 495 

droidiqttes (1); enfin, devant nous, s'étageant sur les 
pentes d'une langue de terre taillée en promontoire, c'est 
notre objectif, c'est le château de Lavardin. 

Au pied du cbàleau, au levant, et de Tautre côté, par 
rapport à nous, d'un vieux pont de plusieurs arches, est 
assis le village dans des bouquets de peupliers et de 
noyers. Verticalement au-dessous du donjon éventré de 
la forteresse, se voient, sous l'apparence d'un petit castel 
moderne, les restes de l'ancien prieuré de Saint-Martin, 
jadis enclos dans la baille extérieure, à l'ombre des murs 
et des tours de trois formidables enceintes (2). 

Et à chaque instant change d'aspect , avec les légères 
courbes de la route, et la rapidité de notre véhicule, ce 
paysage, cette toile de fond, ce décor féerique dont les 
yeux ne peuvent se détacher. 

Hais, voici le Loir franchi -, la voiture s'arrête. Nous 
sautons à terre, tout renouvelés par le désir de voir 
encore. 

Patience ! sur notre roule, c'est l'église du village ; elle 
est du pur xi' siècle, avec vestiges plus anciens, et de- 
mande une visite. 

A l'extérieur, l'abside demi-circulaire , se présente la 

(1) Ces grottes nont nombreuMs. Des deax principales, l'ane, la plus 
rapprochée de Hontoire, porte le nom de Grotte Auduée. Ce nom lui 
Tient d'une ancienne source sacrée qui coule à quelques pas, à l'est, de 
b grotte ; Vautre, très-rapprochée du château de Lavardin, se nomme la 
Grotte des Vierges, On dit qu'elle fut autrefois le siège d'un collège de 
druidesses, et de là son nom. D'autres prétendent qu'elle abrita les demoi- 
seOes d'honneur de la cour de Charles VII, lorsque ce roi vint séjourner 
à Lavardin, pendant te siège du Mans. Mais ce fait que, dans son Dic- 
tiotmaire des communes^ M. Joanne applique au château de Lavardin 
du Maine, autour duquel il n'existe pas une seule grotte, ce fait n'a pas 
l'ombre de la vraisemblance. 

(9) Le prieuré de Saint-Martin fut fondé en 1050, par Salomon, pre- 
mier seigneur connu de Lavardin, et sa femme Adèle, qui le donnèrent à 
Marmoutier. Il fut à plusieurs reprises l'objet des libéralités des puis- 
sants maîtres du château. 



496 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

première devant nous. Ce qui nous frappe tout d'abord, 
entre les contreforts, ce sont des arcs plein-cintre noyés 
dans la maçonnerie, et dont les retombées touchent le sol. 
Ils nous rappellent, quoique dans de bien plus petites 
proportions, les arcs ogivaux de la nef de Tréo ; car ils 
enserrent dans leur courbe, un reste de vieux mur dont 
le petit appareil, contraste avec l'appareil moyen, xi* 
siècle, du reste du monument. Voilà une preuve frap- 
pante à l'appui de l'opinion émise par M. le docteur 
Cattois, et adoptée par nous tous. Il est très-clair que ces 
fragments de murs en petit appareil, sont les pieuses ré- 
serves d'une église primitive réédifiée. 

Nous contournons l'église, du côté du nord. Nous re- 
marquons des fenêtres ornées de colonnettes cannelées en 
spirale ou en lignes brisées. Leurs chapiteaux sont à per- 
sonnages et représentent des scènes de légendes, ou 
autres. On les pourrait prendre pour œuvre du xn'' siècle. 
Cependant l'étroitesse des voussoirs des cintres et les ar- 
chivoltes en damier qui les accompagnent, ainsi que le 
faire général, nous ramènent au xi* siècle^ A la fin tout 
au moins. 

Un bas-relief qui semble avoir fait partie d'une frise 
appelle aussi notre attention. Il porte le cachet du xiv« 
siècle. D'où est-il venu, et comment a-t-il été appliqué 
dans un mur où rien ne motive sa place ? Nous essayons 
vainement de le comprendre. 

La façade principale de l'église n'a pas d'intérêt. Ce- 
pendant nos yeux s'arrêtent sur plusieurs pierres de 
l'appareil qui portent des personnages découpés, sans 
modelé aucun. L'abside nous a présenté quelques pierres 
de ce genre. M. de Pétigny, n'a pas hésité à voir là les 
restes d'une église à sculptures mérovingiennes, qu'on au- 
rait encastrés dans l'église du xi*^ siècle. Je fais remar- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 497 

quer que celle opinion est inadmissible : 1° Parce que 
toules les pierres ainsi sculplées ne diffèrent sa rien, ni 
pour la qualité, ni pour la taille, ni pour la grandeur, 



VI R RITrniF.I'ItR DE L't.(iUSZ DB UVARBIM. 

Jes autres pierres de tout l'appareil du xi* siècle, de l'é- 
tjlise; 2* parce que, ces sculptures sont toujours enca- 
drées par un rebord saillant, laissé sur les ardles de 



498 CONGRÈS ARCHEOLOGIQUE DE FRANCS. 

chaqae pierre, ce qui ne permet pas de supposer qa'en 
se joignant à d'autres, elles aient pu former un ensemble 
quelconque d'ornementation ; 3"* enfin, parce qu'une de 
ces pierres, au nord de l'élise, présente, au lieu de per- 
sonnages ou d'animaux, un entrelacs avec tête de chien 
ou de dragon, du genre de ceux qu'on voit souyent sor 
les manuscrits du xi« et du xiV siècle, ce qui équi- 
vaut à une date. Tous ces messieurs adoptent mon opi- 
nion. A la manière dont ces sculptures sont traitées, 
nous demeurons aussi d'accord, qu'elles sont dues au 
ciseau d'un simple tailleur de pierre, qui a voulu s'a- 
muser, ou, peut-être , faire de cela une marque de lâ- 
cheron. 

La fiiçade du midi de l'église, est du xi% pareil à la 
façade nord, pour ce qui regarde la nef; mais le mur du 
bas côté a été remanié au xv* siècle. Ainsi ce bas côté, 
au lieu de se terminer comme l'autre, par une absidiole 
en cul de four, se termine par un pan coupé, sans carac- 
tère et sans voûte. 

Nous entrons par la porte de cette façade du midi. Le 
plan de l'église nous apparaît tout d'abord. C'est un vais- 
seau à trois nefs, sans transepts. Jusqu'au choeur, deux 
rangs de piliers carrés, assez élevés, supportant des 
pleins-cintres, et garnis d'une corniche au droit du cous- 
sinet de l'arc, forment la séparation. Nous remarquons, 
malgré l'épais badigeon qui couvre l'église, que les murs 
entre les cintres et au-dessus, sont en petit appareil sem- 
blable à celui qui se voit au dehors. Les trois nefs sonl 
couvertes en lambris et ne paraissent pas avoir jamais été 
couvertes autrement. 

Le chœur est voûté en berceau, et l'abside en cul de 
four. Il y a déviation bien évidente de l'axe du chœur, daiis 
l'abside. Il incline & droite de l'église, c'est-à-dire à notre 



XXXXV SESSION, A VENDOME. 499 

gauche. On s'en aperçoit surtout aux deux fenêtres laté- 
rales dont Tune, celle à la droite du visiteur, laisse voir 
son vitrail au fond de Fembrasure, tandis que l'autre le 
cache et ne montre qu'une petite partie du mur ébrasé. 

Le chœur est séparé des bas côtés, par deux arceaux 
lourds et bas, retombant sur un pilier rond, court et 
trapu, coiffé d'un chapiteau sculpté de la manière la plus 
primitive. Ces arcs et ces piliers appartiennent certaine- 
ment à la première église. Peut-être des arcs et des pi- 
liers semblables se continuaient-ils autrefois le long de la 
nef, au-dessous de ces restes de murs en petit appareil 
que soutiennent à présent les piliers carrés et les arcs 
du XI* siècle ; mais rien n'autorise à l'aflirmer. 

En passant dans la petite nef du nord, nous apercevons 
une épitaphe en prose rimée. C'est celle d'un fourrier des 
logis de François I"% lequel fourrier avait, dans le bourg, 
une maison renaissance assez curieuse, qu'on va visiter 
pour ses peintures murales, et sa charmante échauguette 
dont le plafond est sculpté en caissons avec emblèmes et 
devises. 

Nous nous dirigeons ensuite vers le bas de l'église qui 
n'est pas la partie la moins curieuse. Cette partie se ter- 
mine au clocher, voûté au rez-de-chaussée en manière de 
porche, et dont la masse carrée s'alignerait avec les piliers 
de la nef, si n'étaient deux grands murs qui s'y appuyent 
en fermant les bas côtés. Ces deux grands murs sont percés 
de deux portes. L'une, celle à notre droite, s'ouvre dans 
une sacristie ; l'autre, celle à notre gauche, donne accès 
vers un curieux escalier du xiv* siècle, qui conduit au- 
dessus de la première voûte du clocher. Qu'y a-t-il au- 
dessus de cette première voûte ? Une chapelle fort inté- 
ressante à visiter, toute délabrée qu'elle est. 

L'autel de cette chapelle est placé dans l'ouverture d'un 



500 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 



B 



CHAPITEAUX ET PILIER DU CHŒUR DE L EGLISE DE UVKRDIK. 



XXXIX" SESSION, A VENDOME. 501 

arceau, au levanl ; il est conséquemmenl orienté, comme 
le maître-autel de l'église. Sur le mur qui ferme Tarceau, 
se voient encore au-dessus de l'autel des traces de pein- 
tures, mais fort mutilées. De chaque côté de l'arceau qui 
couvre l'autel, s'en ouvraient autrefois deux autres qu'on 
a complètement aveuglés. Les trois formaient certaine- 
ment, dans l'état primitif, trois ouvertures donnant dans 
Téglise. 

Quand s'est faite cette restauration? Probablement 
quand on a fait l'escalier, c'est-à-dire au xiv* siècle. Le 
peu qu'on voit des peintures semble bien étr.e aussi de 
cette époque. Hais qu'y avait-il là auparavant? Etait-ce 
déjà une chapelle, ou était-ce une galerie? Rien ne l'in- 
dique. Toutefois, la disposition primitive du gros œuvre, 
mérite que nous l'examinions avec soin. 

Sur les trois autres côtés du carré règne une arcature 
pareille à celle qui regarde l'église, et ce local ainsi dis- 
posé, était couvert par une calotte demi-sphérique, ou à 
peu près, élevée avec la prétention d'imiter une coupole. 
Ce n'est pas là le morceau le moins curieux de l'église. Je 
pourrais dire, même, que c'est le plus digne de remarque. 
La partie centrale de cette coupole, — donnons-lui le nom 
que lui donnait certainement son- naïf architecte, — cette 
partie centrale est tombée. Je dirai tout à l'heure par suite 
de quel événement. Mais ce qui reste est justement ce qui 
pouvait nous permettre d'étudier le mieux les procédés de 
l'artiste. 

On sait que pour construire une coupole sur plan 
carré, on commence par élever, dans les angles du carré, 
les triangles concaves compris entre les segments d'une 
première coupole dont la base, si la coupole était entière, 
eirconserirait le carré. Ces parties triangulaires conduites 
à la hauteur où elles se réunissent pour former un cercle, 



502 CONGRÈS ÂBCHÈOLOGIQUE DE FRANCE. 

iMcritj celui-ci, dans le carré, on s'arrête, et sur le plan 
de ce cercle, on élève la seconde coupole, la véritable » 
celle destinée à couvrir l'édifice. Quant aux triangles éle- 
vés d'abord, on les nomme pendantifs^ et l'ensemble de 
cette opération qui n'a pas deux modes quand on veut à 
la fois faire solide et élégant, cet ensemble est caractérisé 
par cette phrase : élever une coupole sur pendantifs. 

Sans être du métier, on comprend que les pendantils 
ne peuvent être reconnus pour des parties de coupole, 
que par un oeil exercé à l'analyse des formes arcbitecto- 
niques. Il n'est donc pas étonnant que nos architectes du 
XI* siècle, nés dans un âge où l'art de construire se ré- 
veillait à peine, n'eussent pas bien démêlé le pendaniîf, 
et le cherchassent par des tâtonnements qui ne pouvaient 
remplacer ici la théorie. Ces tâtonnements se sont traduits, 
à Saint-Front de Périgueux, par des encorbellements for- 
més de pierres considérables, placées horizontalement, et 
dont la longue queue cherchait â faire contrepoids à la tête. 

A Lavardin, les tâtonnements sont plus près du pen- 
dantif ; mais ils n*y sont pas encore. Sans calcul préalable, 
sans courbe certaine, l'architecte a élevé dans les quatre 
angles de son carré des manières de trompillons concaves 
qui, par des moyens empiriques, cherchent, en s'élevanl, 
le cercle inscrit qui doit asseoir la coupole. Il va sans dire 
que ce cercle elles ne le trouvent point. A la place, arrive 
une figure composée de plusieurs courbes, raccordées à 
l'œil, tant bien que mal. Et c'est de ce plan que l'archi- 
tecte part pour faire sa voûte sphérique. Il en appuie d'a- 
bord les cintres sur les quatre faces du carré. Là les choses 
marchent â peu près régulièrement ; mais dans la direc- 
tion des angles, comme les trompillons ne sont pas assez en 
saillie, la diagonale d'un trompillon à l'autre est plus grande 
que le diamètre de la coupole. Les tâtonnements con- 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 503 

tinueni donc jusqu'au tiers, environ, de la hauteur de 
la voûte, où rarchilecte parvient à trouver le cercle tant 
cherché. La calotte élevée à partir de ce point est régu- 
lière. Seulement Tensemble ne saurait prendre le nom de 
coupole ; car il n'en a aucune des propriétés. 

Eh bien ! c'est la partie régulière de la voûte de Lavar- 
din qui est tombée. On s'en rend facilement raison ; car 
la coupe des voussoirs irréguliers qui se raccordaient à 
elle, n'avaient rien qui fût normal à sa propre courbe. 
Toutefois, il a fallu plus que le poids de la calotte pour 
occasionner cette chute, nul écartement ne s'étant produit 
dans les murs. Et ici, je reviens à cette cause de chute 
dont j'avais plus haut ajourné le récit. 

Il existe à Lavardin et dans le pays, une tradition per- 
sistante qui veut que, lors de Tattaque du château, en 
1590, par les troupes d'Henri IV, une batterie d'artillerie 
ait été placée dans la tour de l'église. Quoique ce ne soit 
point par ce côté que la brèche sérieuse ait été faite, il 
faut reconnaître que tout donne raison à la tradition. 

La face du clocher qui regarde le château, est démolie 
jusqu'à la hauteur de l'extrados de la calotte, et remplacée 
aujourd'hui par une cloison en bois. Les encoignures, 
elles-mêmes, des deux côtés de cette face, ont beaucoup 
souffert et se détachent par fragments. Or, quand on exa- 
mine dans ce qui reste de la chemise du donjon de Lavar- 
din, les embrasures qui recevaient du canon, on en 
remarque une, sur la face orientale, ouverte évidemment 
avec le clocher de l'église pour principal objectif. L'éven- 
tualité était donc prévue, et, devant l'état des ruines du 
clocher, il est difficile de ne pas admettre que, battant le 
château, il a été contrebattu. 

Mais si la tour de l'église a été armée de canon, nous 
avons là aussi Texplication de la chute de la voûte. On 



fi 






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I 
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504 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. i 

I 

sait, en effet , quelle secousse est produite par le tir ' 

d'une pièce d'artillerie. Il faut, pour y résister des cons- 
tructions particulières. Les plates-formes des tours mili- 
taires du moyen âge et des donjons eux-mêmes, s'ébran- 
laient et tombaient quand on montait dessus des batteries, 
pourtant bien faibles alors. Que devait-il en être d*une 
voûte de clocher ? 

Ces dissertations terminées en quelques mots , — car 
sur les lieux, la parole peut être brève, tout parlant aux 
yeux, — nous descendons du clocher et nous nous ache- 
minons vers le château. 

Ce n'est point par le sentier ordinaire que j'y conduis 
ceux dont ma bonne fortune me fait le cicérone. H est 
un chemin plus pittoresque et moins suivi. C'est sur ce 
chemin que nous nous dirigeons, laissant les douves entre 
le château et nous. 

Déjà nous découvrons au milieu des arbres la porte 
principale de la forteresse. Bientôt elle est devant nous 
avec son arc ogival surmonté d'une petite niche 'à mon- 
tants saillants, dais et pinacle, avec les grandes coulisses 
des flèches de son pont-levis, avec les deux grosses tours 
qui la flanquent. L'ouvrage est complet, de la base au faite, 
jusqu'aux consoles des mâchicoulis inclusivement. Les 
crénaux seuls ont été jetés bas, l'ouvrage a été écréléy pour 
employer le mot technique, qui peint si pittoresquement 
la chose. Toute la construction est en belle pierre, en bel 
appareil, solidement établi, et dans des proportions dont 
la sévérité n'exclut pas l'élégance. C'est de l'architecture 
duxiv« siècle (4). 

(1) Telle qu'elle se présente, cette porte est bien du xiv* siècle; nuis 
tout ce que nous avons devant nous est un repUcage exécuié avec une 
perfection irréprochible, sur des maçonneries du xii* siècle, ainsi que 
nous aurons occasion de le voir bienl6t. Le même fait existe partout, do 
reste, dans le cbâtetu de Lavardin. 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 505 

Du ponl donnant qui précédait le pont-levis, il ne reste 
rien. Les murs puissants formant escarpe au-dessous des 
tours, et dont le pied plongeait dans les douves, sont aussi 
tombés. Ainsi, cette porte avec ses défenses, apparaît 
complètement isolée, et suspendue à trente ou quarante 
pieds au-dessus du vide. Pourtant, elle garde la voûte 
plein-cintre de son passage, elle garde son robuste seuil 
de pierre porté sur le mur du saut de loup, et, dans ce 
mur, la gargouille saillante par où s'écoulaient les eaux 
de la cour intérieure. Les tours aussi gardent leurs talus. 
Tout cela semble fait d'hier, et la verdure masquant les 
déchirures comme les ruines des parties basses, on se 
figurerait volontiers qu'à tout moment, sur ce seuil vide, 
va paraître un homme d'armes pour serrer les grands huis 
doublés de fer, et commander à l'entresol la manœuvre 
du treuil qui laisse tomber la herse. 

Cependant, si l'on porte les yeux à droite et à gauche, 
plus d'illusion possible. Les grands murs de l'enceinte 
qui se reliaient aux deux tours de l'entrée n'existent plus. 
Une partie de l'escarpe se retrouve bien sur la gauche ; 
mais le mur crénelé qui la couronnait, faisant saillie sur 
le terre-plein et couvrant les lices, a disparu complète- 
ment. Une avance rectangulaire, obliquant un peu sur la 
face de cette escarpe, laisse pourtant deviner que là existait 
un eschif, petit ouvrage flanquant destiné à prendre le pont 
en écharpe, pour en défendre le passage par un tir rasant 
à hauteur d'homme. L'entrée du pont était aussi défendue, 
ne fut-ce qu'au moyen d'une demi -couronne en palis. C'est 
le point sur lequel nous sommes qui devait porter cet ou- 
vrage, ou tout autre plus important ; mais il n'en reste 
rien d'appréciable. 

Après avoir jeté un dernier regard d'admiration sur ces 
magnifiques restes, nous nous engageons dans un sentier. 



506 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

à travers les arbres et la luxuriante végétation qui bor- 
dent les douves. Ce sentier descend bientôt sur un petit 
pont de bois, à Tusage des propriétaires de caves ou de 
jardins du voisinage. Le petit pont franchi, le sentier se 
tord comme un serpent, au pied des grands rocs, et che- 
mine tout bordé de pervenches, de gazons et d'arbustes. 
Je montre en passant, les restes d'une encoignure en pierre 
d'appareil. C'est sur ce point que se retournait pour re- 
monter le coteau, Tenceinte jusque-là parallèle aux 
douves. Plus ordinairement de pareils retours angulaires 
étaient défendus par une tour. Ici la disposition du terrain 
rendait un tel ouvrage inutile. Il devait pourtant j avoir 
sur le haut de l'encoignure, une échauguette, pour ne pas 
laisser tout-a-fait l'angle sans défense et ses faces sans 
flanquements. 

Mous suivons à mi-côte un sentier parallèle aux douves 
que nous venons de traverser, nous dirigeant vers la 
grande porte, mais, cette fois, par ce qui fut l'intérieur 
du château. Je montre en passant un vaste souterrain 
voûté, de 3" d'élévation sous clé, et de 2" de large. Il 
contournait la base du palier sur lequel le donjon est assis, 
reliant entr'elles, par une route abritée et directe, les di- 
verses parties de la défense. Interrompu sur plusieurs 
points, on le constate partout. 

Nous donnons aussi un coup d*œil à l'extérieur du don- 
jon, en surplomb au*dessus de nos tètes. C'est sa face 
méridionale qui se présente à nous, avec ses contreforts, 
ses mâchicoulis, ses créneaux et, à gauche, une robuste 
tour d'angle, pleine de menaces encore. A la hauteur du 
premier étage, entre les contreforts, se détache une déli- 
cieuse fenêtre carrée, divisé par un meneau, et découpée 
en deux ogives tréflées, surmontées chacune d'un quatre- 
feuilles. Elle éclairait jadis la grande salle. Au-dessus se 



XXXIX* SESSION, A VENDOME. 507 

voient, au droit du deuxième el du troisième étage, des 
fenêtres plein cintre bouchées. Ce sont des témoins de la 
restauration du xii' siècle, épargnés par celle du xiv*. 

Plus loin se montrent les restes de l'enceinte, ou, pour 
employer le mot technique, de la chemise du donjon. 
Celte face encore si belle, avec son contrefort demi-cylin- 
drique et son grand contrefort carré, fut restaurée au 
xv« siècle pour recevoir du canon. 

Enfin nous arrivons à rentrée du château. Voilà bien 
l'intérieur des tours qui la flanquent, avec leur corps de 
garde, leurs meurtrières et, même, leurs embrasures à 
canon, ajoutées plus tard ; voilà bien les rainures de la 
herse, les montants de la seconde porte avec les trous, 
encore marqués de rouille, qui renfermaient ses énormes 
gonds. Au-dessus du passage, voilà Tentresol, le mâchi- 
coulis, la chambre de la herse. A droite et à gauche, sur 
les voûtes des corps de garde inférieurs, ce sont deux 
pièces qui s'ouvraient sur les chemins de ronde dont il 
reste quelques débris, avec les montants des portes qui 
y accédaient. Un créneau et un merlon s'y voient aussi. 
Tout peut être facilement et exactement reconstitué; mais 
tout est éventré, tout est en ruines dans cet ouvrage qui, 
du dehors, pouvait nous paraître prêt à la défense. 

En oQontrant tout cela âmes compagnons de voyage, je 
leur fais remarquer que la construction première remonte 
au xii'' siècle. Les traces en sont faciles à suivre sur les 
murs : ici, c'est un reste de l'appareil primitif; là, c'est 
un cintre qu'on a rempli, une porte qu'on a bouchée ou 
déplacée. Et de ces observations il résulte que, sauf de 
petits détails accessoires, et l'adjonction des mâchicoulis, 
la restauration du xrv* siècle, vivante pour ainsi dire de- 
vant nous, n'a pas, quant aux dispositions d'ensemble, 
entendu la défense autrement que celle du xii% ce qui est 



508 CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. 

d'autant plus intéressant à noter, qu'on le constate partout 
dans le château. 

Derrière la grande porte d'entrée se trouvait une cour 
carrée, dominée à une hauteur considérable, par les murs 
d'une seconde enceinte couronnés de créneaux et de mâ- 
chicoulis. La porte de cette seconde enceinte était dans 
Tangle de la cour, à droite. Son montant de gauche, avec 
le premier voussoir de son arc ogival, le tout mouluré 
dans le style du xiy" siècle, se voit encore contre le grand 
mur du fond. Dans ce grand mur, préexistant à la construc- 
tion de la porte, on voit aussi les entailles faites pour 
appuyer la galerie des mâchicoulis qui défendaient l'en- 
trée en la surplombant. Pour un œil observateur, tout 
cela peut se rétablir. Enfin, voici l'ancien passage du 
XII* siècle, de cette seconde enceinte que nous allons 
escalader. La porte plein cintre existe intacte avec ses 
murs d'ailes, mais enfouie sous les débris, et cachée dans 
les halliers. 

Un petit sentier nous conduit dans Tintérieur de la se* 
conde enceinte et nous arrivons sur un palier élevé de 7", 
qui portait jusqu'au pied du donjon tous les bâtiments 
d'apparat du château, enserrés dans une forte muraille et 
défendus â la pointe du palier, en regard du village, par 
une puissante tour ronde. Hormis quelques pans de mur 
de la tour et le noyau des bâtiments, dans lequel se dé- 
roulait le magnifique escalier d'honneur, il ne reste par- 
tout que des fondations â fleur de terre. Un gazon fin et 
uni couvre le sol qui semble transformé en une terrasse, 
d'où l'on découvre, dans toutes les directions, de char- 
mants paysages. 

De l